CHAPITRE XX
Le Roi de France est généralement reconnu en Provence comme Comte-Souverain. — Administration de Palamède de Forbin. — Sa disgrâce. — Les États-Généraux confirment la réunion de la Provence à la Monarchie Française.
— Cbarles VIII, successeur de Louis XI , accepte aux conditions fixées par cette assemblée. — Troubles à Marseille.
— Nouveau règlement municipal. — Charles VIII et Louis XII font la guerre en Italie pour y faire valoir les droits des anciens Comtes de Provence. — Établissement du Parlement d'Aix. — Pouvoir de cette compagnie. — Ses différends avec la Cour de Rome. — François I*' en Provence.— Revers des Français en Italie. — La Provence est envahie par le connétable Charles de Bourbon à la télé d'une armée impériale. •'— Belle défense des Provençaux. — Siège de Marseille. — Courage et patriotisme des habitans de cette ville. — Le Connétable est obligé de lever le siège.
— On le poursuit dans sa retraite. — Le duc d*0riéaB8 , second fils de François I**", célèbre à Marseille son mariage avec Catherine de Médicis. — Amélioration de la justice. — Nouvelle guerre entre TEmpire et la France. — La Provence, de nouveau menacée^ est mise dans un bon état de défense. — Nouvelles preuves de patriotisme. — Charles- Quint et le duc de Savoie passent le Var. — Leur entrée à Aix. — Ils sont forcés d'évacuer le pays. — Malheureux état de la Provence.
Ljouis XI régnait en France depuis vingt ans lorsque le testament de Charles du Maine , dernier comte de Provence, le fit parvenir, en i^8i ,kh,
souveraineté de ce pays. Il en confia Tadministration à Palamède de Forbin, qui l'avait si bien servi dans ses projets ambitieux. Ce seigneur , investi de la confiance du monarque j fut récompensé selon ses œuvres. Il exerça en Provence, en qualité de gouverneur et de lieutenant-général, des pouvoirs étendus, semblables à ceux d'un vice-roi. Il reçut aussi en don la vicomte des Martigues (i).
Palamède confirma les privilèges municipaux d'Arles et de Marseille, et ces villes se déclarèrent ouvertement pour le roi de France. Il n'en fut pas ainsi de quelques gentilshommes qui embrassèrent le parti du duc de Lorraine, petit-fils de René, lequel réclamait, comme un légitime héritage, la souveraineté du comté de Provence aliéné à son préjudice. Ses raisons pouvaient être bonnes, mais il n'y avait pas de tribunal pour les apprécier. C'était là un de ces différends qui ne se vident que par les armes , et le prince de Lorraine était trop &ible pour soutenir la lutte avec quelque avantage. Son parti, après quelques démonstrations stériles, put se convaincre de son impuissance et n'osa pas remuer.
Pendant que Palamède consacrait tous ses soins au gouvernement du pays, l'intrigue, l'envie, les mauvaises passions conspirèrent pour le perdre. On l'accusa de vouloir usurper la souveraine puissance ,
(i) Cette Ticomté avait été érigée par René.
et a se vit obligé d'aller se justifier auprès de Louis XI y après avoir laissé Fadministration du comté à son gendre Raymond de Glandevès, grand sénéchal. Le roi de France recoQnut l'innocence de Palamède de Forbin et lui rendit toutes ses dignités. Cependant les ennemis de ce seigneur provençal ne se découragèrent pas , et Louis XI , donnant un libre cours à ses soupçons injustes, le suspendit de ses fonctions jusqu'à ce qu'il se fût justifié. £n même temps il envoya en Provence Jean de Baudricourt, gouverneur de Bourgogne , pour faire une enquête sur la conduite de Palamède. En cette circonstance le conseil municipal de Marseille donna à l'accusé des marques éclatantes d'intérêt et de sympathie. Les informations prises par Baudricourt tournèrent à la honte des calomniateurs, et Palamède de Forbin fut rétabli dans son gouvernement.
Sur ces entrefaites , les états-généraux de Provence s'assemblèrent extraordinairement à Toulon. Louis XI avait fait annoncer à l'archevêque d'Aix le prochain mariage du Dauphin avec Marguerite d'Autriche, fille de l'empereur Maximilien et de Marie de Bourgogne. Selon le désir du monarque, l'assemblée des états nomma des députés pour assister à la cérémonie des noces que l'on devait célébrer à Amboise. Les, députés choisis au nom de la province furent d'Entrevènes, de Beines et de Sénas. Les Terres Adjacentes eurent pour repré-
sentans l'assesseur Jacques de Candole^ élu par le conseil municips^ de Marseille, l'avocat Louis de Coreïs et Rainaud j nommés par la ville d'Arles (i). Les députés provençaux n'arrivèrent à Amboise que pour être témoins des derniers momens de Louis XI.
Ce prince mourut le 3o août i483. Charles Vni, son fils et son successeur , à peine monté sur le trône, destitua Palamède de Forbin, mémorable victime de l'ingratitude royale. Il enveloppa même dans sa disgrâce Raymond de Glandevès, son gendre, qui perdit la charge de grand sénéchal, donnée à Aimar de Poitiers , baron de Saint- Yallier. Il confia l'emploi de gouverneur à François de Luxembourg, qui eut aussi la vicomte des Martigues. a Toutefois, dit un ancien historien (si)^ « Palamède ne fut pas trop marry de ce nouveau ce changement et de la privation de ces belles char- « ges; sachant fort bien que rien du monde n'est ce permanent, et que la plus grande récompense a de l'homme de bien et vertueux , est sa propre a conscience et la satisfaction intérieure d'avoir « bien £ait. »
Le roi de France n'avait pas encore rempli auprès de la nation provençale les formalités nécessaires pour consommer l'union du pays à la cou-
Ci) Saxi , Pontif, Ardat. p. 371.
(3) Hon. Bouche , t. 11 , liv. x.
ronne, et le duc de Lorraine , toujours bercé d'un vain espoir y alla demander le comté aux états-généraux du royaume assemblés à Tours. On nomma trois commissaires chargés d'examiner la cause de ce prince dans le délai de quatre ans^ et la cour lui donna par provision une pension annuelle de trente^six mille livres et une compagnie de cent lances entretenues (i). Le duc attendait en« silence l'issue de cette afiaire, lorsqu'une révolution nouvelle éclata dans le royaume de Naples. Le pape Innocent YIII et les barons napolitains s'étant brouillés avec Ferdinand P^ , successeur du grand Alfonse, se tournèrent vers la Gourde France, et ceUe-CL voulut bien consentir à ce que le prince de Lorraine fît l'expédition pour son propre compte. Mais à peine était-il arrivé à Lyon , qu'il apprit la nouvelle de la paix signée entre le Pape, la noblesse napolitaine et le roi Ferdinand. Alors, sans attendre le délai de quatre ans qu'on lui avait fixé , il renoua ses intelligences avec les seigneurs provençaux attachés à sa cause. Le parti lorrain leva ausit6t la tête. Il disposait de plusieurs communes, et le pays pouvait être en proie à toutes les horreurs de la guerre civile. En ce danger pressant, le parti français députa vers Charles VIII, Jean-Baptiste de Pontevès, baron de Cotignac, et Roolin Barthélémy de Sainte-Croix, pour hâter l'union l^ale et
(i) Mézeray, t. vu, édit d'Amsterdam.
définitive du comté de Provence à la monarchie française. Ces députés furent accueillis par le roi avec une extrême bienveillance , et ils retournèrent à Aix suivis des commissaires delà Gourde France , chaînés de convoquer les états-généraux.
Cette assemblée se réunit dans la capitale du comté de Provence au mois de mars i486. La £siotion du duc de Lorraine ^ maîtresse d'un grand nombre de suffrages dans les trois ordres ^ y souleva des orages, et Ton se sépara sans avoir rien résolu. Le parti français fut plus heureux dans une nouvelle assemblée tenue le mois d'août suivant. Les représentans de la nation provençale n'avaient jamais discuté des intérêts plus graves. On y déli« béra à peu près unanimement a De se donner d'un a cœur franc au roi de France, et le supplier de € recevoir les provençaux en bons et fidèles sujets ; tf les laissant vivre dans leurs statuts , coutumes , a libertés et privilèges, avec assurance de n'être ce jamais désunis et séparés de la couronne à laquelle c ils prétendaient d'être inséparablement attachés , ce non comme un accessoire à son principal, mais a comme un principal à un autre principal; et ce ce conformément à la dernière disposition de leur a dernier comte Charles du Maine (i). » Par lettres-patentes données à Compiègne le ^4 octobre de la même année , en présence des ducs d'Orléans et
(i) Honoré Bouche, îBUL
de Boarbon, des comtes de Clenuont^ de Montpensier et de Vendôme , de Farchevéque de Bordeaux, de Tévêque de Périgueux, du seigneur de la Trimouille y du baron de Granville et de plusieurs autres grands dignitaires du royaume , Charles YIII acœpta pour lui et ses successeurs Tofifre des états de Provence y aux conditions fixées par cette assemblée nationale. Les trois ordres derechef réunis à Aix^ au mois d'avril de Tannée suivante ilfi^jy supplièrent le roi de France de persévérer dans ses intentions, et déclarèrent ^ au milieu des plus vifs appiaudissemens ) confirmer j ratifier et homolo^ guer t union (i). Cet acte solennel, &it en toute liberté, selon les maximes fondamentales et les règles constitutionnelles du pays , fut le supplément indispensable du testament de Charles II. Cent cinq députés, à savoir, douze pour le clergé, soixante-sept pour les possesseurs de fiefs, et vingtsix pour le tiers-état, garantirent , par cette délibé<! ration célèbre, Tindépendance politique de la Provence. Dès, ce moment les inquiétudes s'évanouirent, les agitations se calmèrent, les intérêts particuliers disparurent devant l'expression de la volonté nationale, et le parti lorrain, perdant tout son espoir, expira sans murmure.
Marseille cependant vit son sein déchiré par toutes les fureurs d'une horrible anarchie. Depuis
(i) Honoré Bondie, là.
long-temps les principales familles se disputaient les charges municipales et entraînaient dans leurs querelles leurs cliens et leurs amis. Deux factions divisaient le conseil de ville. La majorité de l'assemblée subissait l'influence de Jacques de Candole et de Jacques Cépède. La minorité avait à sa tête le sage Adam de Yento, l'un des trois consuls, et Jean Ricaut, ennemi fougueux de la famille Candole. Au dehors le peuple prenait fait et cause pour l'une ou pour l'autre de ces factions acharnées; mais la minorité du conseil avait dans la cité une majorité évidente. Pour comble d'infortune , François de Luxembourg 9 gouverneur de Provence, et Âimarde Poitiers de Saint-Vallier, grand sénéchal, vinrent augmenter le désordre par la lutte de leur puissance rivale. En 149^9 Aimar de Poitiers fit un règlement qui portait à soixante-douze le nombre des conseillers municipaux , fixé à quarante-huit depuis dix-sept ans par Jean de Cossa, gouverneur sous le roi René. Louis de Luxembourjg, appuyé par la majorité du conseil et par le crédit de la famille Candole, cassa le décret du grand sénéchal, comme entaché d'un excès de pouvoir et comme nul pour cause d'incompétence. Il réduisit à trente-six le nombre des conseillers, et donna la charge de viguier de Marseille à Rertrand , seigneur d'OliouUes. De son côté Aimar de Poitiers pourvut de la même charge Jean Cottier, l'une de ses créatures. Le seigneur d'Olioulles vint s'instal-
1er à lHôtel de Ville. En même temps Jean Cottier, appuyé tout à la fais par la minorité du conseil et par la majorité populaire, fit son entrée à Marseille pour y exercer son emploi. Il y eut dès lors deux drapeaux ennemis , deux pouvoirs en présence ; il y eut deux viguiers lançant Tun contre Tautre des arrêts de proscription , en se donnant le nom d'usurpateur. Les haines politiques s'envenimaient tous les jours davaiitage; l'orage s'annonçait menaçant et terrible. Le ao avril i493 les partisans du grand sénéchal et de son viguier Jean Cottier prirent les armes en tumulte , s'emparèrent de l'Hôtel de Ville et en chassèrent la majorité du conseil municipal qui siégeait sous la présidence du seigneur d'OliouUes. Aussitôt la populace en fureur, dirigée par l'implacable Jean Ricaut, piUa les maisons des membres de cette majorité proscrite, s'abandonna aux plus coupables excès, traîna dans les rues le seigneur d'OliouUes, Jacques de Candole, Jacques de Cépède^ Jean Vivaux, les deux frères Montolieu , Jean de Bourgogne , lesquels furent accablés de coups, puis jetés dans la tour Saint-Jean. Charles Cassin crut trouver un asile assuré dans l'église de la Major; mais ce malheureux, livré à Ricaut par un infâme prêtre, perdit la vie au milieu des souffrances.
Marseille présentait un spectacle désolant ; on y voyait les passions déchaînées, les lois méconnues, les crimes impunis, et la multitude sans frein. C'é-
tait un peu la tante de Charles Vin qiii avait négligé de renfermer dans des limites invariables , dans des attributions précises ^ les pouvoirs du gouverneur et du grand sénéchal. Ce prince ^ voulant porter un remède efficace aux maux d'une ville infortunée, sacrifia au bien public ses affections particulières en destituant Louis de Luxembourg et Aimar de Poitiers , et en nommant à leur place le marquis de Hocbert qui eut le cumul des deux emplois. Charles YIII approuva cependant le règlement d'Aimar de Poitiers sur le conseil municipal de Marseille , et par lettres-patentes il en ordonna l'exécution. Les ressentimens s'apaisèrent , l'ordre se rétablit, la confiance revint, et bientôt il ne resta plus de traces de ces malheureuses discordes (i).
Le dernier comte de Provence avait transmis aux rois de France ses droits, ou si Ton veut, ses prétentions à la couronne des Deux-Siciles. Les revers des souverains-comtes dans la péninsule italienne, les flots de sang provençal si souvent répandus sur cette terre mouvante, n'apprirent rien aux princes français, rebelles aux leçons de l'expérience. Louis XI, dévoré de soucis et de maladies, n'entreprit rien contre le royaume de Naples. Le temps et la volonté lui manquèrent. Mais Charles YIII, plus jeune, tourna de ce côté ses pensées
(i) Voyw mon Hi»t. de Marseille , t. ii» Ut. y , p. a8.
iranitenses. Ludovic Sforza, usurpateur du Milanais sur la branche française des ducs d'Orléans qui représentait l'ancienne famille ducale des Yisconti, ne cessait d'animer Charles VIII à la conquête des états napolitains ^ par l'effet d'une politique particulière. Le roi de France perça l'Italie comme un éclair rapide, rendit la liberté aux Pisans soumis aux Florentins , lesquels chassèrent à leur tour Pierre de Médicis, leur dominateur détesté. Les Français entrèrent à Florence y et puis Rome leur ouvrit ses portes. L'épouvante marchait devant eux. Alfonse , roi de Naples , passa rapidement le Détroit et se jeta dans un monastère à Messine, laissant la couronne à son fils Ferdinand. n ne fallut que quinze jours à Charles pour conquérir tout le royaume. Le ai février i^gS il fit son entrée à îtaples, monté sur un cheval blanc , dans une attitude triomphale. L'exemple de la capitale entraîna les provinces au-devant de la domination française. Cependant, comme au temps des comtes de Provence , après de beaux succès vinrent bientôt des revers déplorables. Tandis que Charles V in se livrait aux plaisirs , le pape Alexandre VI , l'empereur Maximilien^ le roi d'Espagne, les Vénitiens, le duc de Milan lui-même formèrent une ligue pour lui enlever sa conquête mal affermie. Le roi de France se vit obligé de quitter brusquement Naples, ne laissant en Italie que trois ou quatre mille hommes sous les ordres de Gilbert de Bour- ///. 8
114 HISTOmE
bon, comte de Montpensier. Il culbuta à Fornoue, près de Parme, trente mille confédérés, pendant que Ferdinand rentrait dans son royaume. Charles VIII revint en France et mourut au Château d'Amboise, le^ avril 1498» frappé d'une attaque d'apoplexie.
Louis XII, son successeur, fut aussi engagé dans une guerre funeste , par les illusions de l'orgueil et par des espérances chimériques. S'étant uni aux Vénitiens et au Souveraiti Pontife pour dépouiller Ludovic Sforza, il envoya un corps d'armée au-delà des Alpes. Le Milanais et l'état de Gènes furent conquis en vingt jours. Parla victoire ou par les alliances, Louis XII se poussa bientôt jusqu'aux frontières du royaume de Naples. Ligué avec Ferdinand -le -Catholique, roi d'Aragon, il. partagea avec lui les provinces subjuguées. Il garda la Terre de Labour et l'Abruzze avec le titre de royaume. Ferdinand prit la Pouille et la Calabre avec le titre de duché. Mais aussitôt après ce partage , le roi d'Aragon rompit avec Louis XII.
Au milieu de cette guerre , l'administration de la justice fut réformée en Provence.
Louis XI et Charles VIII avaient souvent reçu des plaintes sur la cour souveraine d'Aix et en particulier sur les nombreuses juridictions intermédiaires qui éternisaient les procès. Charles r^ésolut d'améliorer l'organisation judiciaire, mais la guerre de Naples l'empêcha d'exéaiter ce des-
DE PROIHBNCE. 115
sein. Après sa mort les états de Provence députè*rent à Louis XII pour le supplier de fixer son attention sur cet objet important. Occupé à son expédition dltalie , le roi se contenta a De décer- « ner commission à certains grands et notables c personnages pour besoigner au fait de la réfor<- «c mation et abréviation de la justice, lesquels c commissaires y dès ledit temps, se transportèrent c au pays de Provence et besoignèrent en cette « matière y et en rédigèrent par écrit plusieurs c articles (i). » Louis XII , dès son retour en France, promulgua à Lyon , au mois de juillet 1 5oi , un édit dans lequel il parle « Des défauts et abus « de justice qui avaient cours auxdits pays et « comté de Provence, au très-grand détriment, «r préjudice et dommage des babitans et sujets «c d'iceux, et obvier aux grandes longueurs, sub- «c terfuges et délais des parties plaidoyant, lesquels « par le premier train et forme accoutumée de « ladite justice, pouvaient appeler des sentences c qui sont données par les juges inférieurs, à qua- « tre , cinq ou six fois devant que venir à la «c définitive , tellement que les procès estaient et c sont comme immortels (2). :i> En conséquence, le monarque institua im parlement à Aix tant pour les comtés de Provence et de Forcalquier que pour
(i) Texte de Védkt royal.
(s) Idem.
les Terres Adjacentes. Il voulut « I^e fournir et dé- « corerd'un bon et Umité nombre de conseiders, ce gens notables et suffisamment fondés et expéri- « mentes au fait de judicature, lesquels seront sou- «c verains et mettront fin ez appellations , comme ce il est fait aux autres cours de parlement du a royaume (i). »
Le parlement de Provence fut composé, à sa naissance, d'un président, de onze conseillers dont quatre clercs, d'un avocat-général et de deux procureurs-généraux-fiscaux, d'un avocat et d'un procureur des pauvres, de quatre greffiers ou secrétaires , d'un premier huissier et de deux huissiers ordinaires (a). Le grand sénéchal devint le chef de cette compagnie comme il l'était précédemuient de la cour souveraine de justice, et les membres reçu- Ci) Texte de Tédit royal.
(a) Le roi nomma président Michel de Riccio. 1 élut conseillers d*Église, Jean de Cuers, prévôt de l'Église de Marstille, Goillaumc Pujet, prévôt de l'Église d'Aix, Raimond Ricard et Pierre de Brandy. Les conseillers laïcs furent Emery de Andréa , Bertrand Durand , Melchior Séquiran, Pierre Mathei, Simon de Tributiis, Michel Andibert, et Gaspard Dupérier. Louis XII donna la charge d'avocatgénéral à Antoine Murry. Jacques de Angelo et Aimé Curaty eurent chacun celle de procureur-général.
Plus tard le nombre des magistrats jiMigmenta considérablement. En x544 François V créa la chambre de la Toumelle, et Henri II institua celle des Enquêtes en i554. So«s Charles IX il y avait déjà quatre présidens et trente-six conseillers. Au i8* siècle on compuit huit présidens à Mortier , trois aux enquêtes et oiii'{uante conseillers.
rent les mêmes gages que ceux du parlement de Paris. Ces gages furent fixés à six cents livres pour le président, deux cent cinquante pour les conseillers clercs, et trois cents pour les laïcs (i).
Bien que les Provençaux eussent vivement sollicité une réforme judiciaire, ils craignirent que l'établissement de la nouvelle cour ne portât quelque atteinte à leur constitution politique; et les états , animés d'un esprit de contradiction bizarre, députèrent à Louis XII pour conserver leurs anciens tribunaux. Le roi , bien aisé de connaître les vrais motifs d'une répugnance qui lui paraissait inexplicable, envoya en Provence Champdenier, son chambellan, et Massé Toustain, conseiller au parlement de Paris. Sur le rapport de ces commissaires, il confirma son premier édit par un autre édit daté de Grenoble, du a juillet iSoa. L'exécution en fut confiée au marquis de Hocbert, gouverneur et grand sénéchal de la province.
Une maladie contagieuse qui ravageait la ville d*Âix empêcha l'installation du parlement dans cette capitale. Le marquis de Hocbert l'établit à BrignoHes vers la fin de la même année. Les nouveaux magistrats, réunis dans la chambre du conseil, commencèrent par enregistrer l'édit de création, et prêtèrent ensuite serment, entre les mains
(«) Francis V^ accorda à chacim soixante-quinze Hyret de^upplémcftt pour U trayail des après'dt'néet.
118 HISTOIRE du gouverneur, d'être fidèles au roi, comte de Provence, d'administrer loyalement la justice à ses sujets, sans acception de personnes , de ne recevoir aucun présent défendu par les lois , d'observer et de faire observer les statuts &its dans l'intérêt de la chose publique (i).
IjC parlement prolongea sa résidence à BrignoUes. Le di octobre i5o3, il s'installa avec pompe à Aix, et reçut le serment des avocats, des procureurs et de tous les agens de justice. Cette coutume^ empruntée aux autres parlemens du royaume , devint annuelle. Les consuls d'Aix , procureurs nés du pays, supplièrent la cour de jurer le maintien des privilèges de la capitale. Tous les magistrats prêtèrent individuellement ce serment, la main sur les Évangiles, et le greffier en délivra l'acte qui fut inséré dans les archives de l'Hôtel de Ville. Cette compagnie voulait détruire, par des démonstrations pleines de bienveillance et de patriotisme, les préventions fâcheuses que l'on avait cherché à faire naître contre elle. Trois de ses députés, le président Antoine de Mulet (2), Louis de Forbin, seigneur de Luc, et Michel Audibert, conseillers.
(l) Fosj'uraiu quhd amodb eritis fidèles chrisîianUsimo domino nostro régi comiti Proçinciœ , omnibus ahsque aceeptione pereomm justidam ministnmdo, . . . nec donum à jure prokihitum recipieds^ et staiutapro decentid autorii ac uiUitate reipublicœ facta et fienda obsen^atis, etpro* curabitis ab alils observari,
(a) Successeur de Michel Riccio.
visitèrent les principales communes pour réduire la calomnie au silence, et ils se montrèrent partout comme les soutiens du droit constitutif du pays. Arles les reçut avec pompe. Le premier consul et l'assesseur leur présentèrent à l'Hôtel de Ville le livre des Évangiles, et leur firent jurer sur ce livre saint fidélité aux franchises municipales de la cité (i). Les députés du parlement de Provence prononcèrent ce serment tant en leur nom qu'en celui de la compagnie entière. Ils allèrent ensuite à Marseille remplir la même formalité, au Palais de Justice, entre les mains des consuls (a).
Des difficultés ne tardèrent pas à s'élever entre les membres de cette cour souveraine, leur chef le grand sénéchal et le lieutenant de celui-ci, touchant Texercice de leurs charges respectives. La compagnie fit un règlement qui portait entre autres dispositions : ce Item appartient au sénéchal d'être « assis à l'audience au coin de ce milieu , ayant un carreau et le « au lieutenant du roi; et au c « chaque audience, se doit lève « bonnet au poing, avec honneu « doit demander audit sénéchal « s'il lui plaît qu'on commence.
«> chai ou son lieutenant doit répondre honeste-.
(i) Saxi , ouy. cité, 38 1.
(«) Archi^M de l'Hôtel «U Ville de Marseille, citéct par Rufli.
« ment: oui ; et quand besoin sera d'assembler les c conseillers en ladite audience, doit demander «c ledit président audit sénéchal s'il lui plaira qu'on « les assemble, de quoi se doit accorder ledit sénéce chai et se doivent assembler devant lui (i). »
Le parlement de Provence ne resserra pas son autorité dans le cercle des attributions judiciaires. Son influence, allant beaucoup plus loin, envahit le domaine de la politique et de l'administration ; il eut pourtant la sagesse d'éviter tout conflit de pouvoir entre lui et les états-généraux , ou les procureurs du pays nés et joints. En toute occasion il usa librement de Vannexe. L'annexe était le droit de vérifier les brefs, les bulles, les rescrits et les mandats apostoliques , tant pour les dispenses des vœux ou des mariages , que pour la collation des bénéfices , les jubilés, les indulgences. Auam acte de la Cour de Rome et de la légation d'Avi- " être exécuté en Provence sans la perarlement. Il n'y eut d'exception que fs particuliers de pénitencerie. Le [e défendait le pays des atteintes du tifical, comme le droit d'enregistremeni le aetendait des atteintes de la puissance royale.
Dès l'année. i5o4, un différend s'éleva sur l'annexe. Le parlement, par les ordres du roi , repoussa
(i) Gabasse, Etsaithist sur le Parlement deProvenoe, Uipch.m,
la nomination de Fabias Sénatoriis, l'un des camériers du pape Jules II , à la prévôté d'Arles , possédée par le neveu de Jean Ferrier/ archevêque de cette ville (i). Le pontife se mit en colère; cepen* dant il ne tarda pas à reconnaître le droit d'annexé, et, en i5o5 , un concordat j dressé à ce sujet , fut signé par François de l'Estang , vice>légat d'Avignon y agissant au nom du cardinal-légat Georges d'Âmboise. D'autres difficultés surgirent l'année suivante. Le parlement députa à Avignon le président Antoine de Mulet , le conseiller Louis de Forbin , et Jacques de Angelo , procureur-général. Un arrangement intervint bientôt entre ces commissaires et le vice-légat, et le droit d'annexé reçut une sanction nouvelle (a) ; ce qui n'empêcha pas les foudres du Vatican de tonner sur la compagnie.
Le pape Léon X, ayant choisi pour légat d'Avignon le cardinal de Clermont, neveu du cardinal d'Amboise, réclama auprès du parlement d' nexe de sa bulle; cette cour, bien aise de ter le roi avant de se décider , ajourna la c du souverain pontife. Léon X, prenant o aélai pour un refus formel , ne fut plus n sa colère. Peu après, c'est-à-dire en 1 5 1 1 , 1< de Latran se réunit à Rome. A l'insti^act^ti u» Pape, Marins de Pérussi, promoteungffe l'assem-
(i) Cabasse, iàUL ch« nr.
(a) HoD. Bouche , t. ii , Iît. x.
blée, porta plainte , dans un long exposé , contre le parlement de Provence, sur les empéchemens qu'il apportait à l'exécution des mandats apostoliques. De Pérussi articula contre la cour d'Aix d'autres griefs , indépendans de Tusagede l'annexe, à savoir : d'exécuter la pragmatique sanction, d'empêcher les appds au Saint-Siège , de réduire arbitrairement le nombre des desservans dans les églises, de renvoyer les comptes ecclésiastiques à des juges laïcs, de fixer même l'ordre du chant et du costume dans les cérémonies, de faire comparaître les évéques tête nue à l'audience. Sur cet exposé , où le langage de la passion se mêlait à l'expression de la vérité, le Pape, après avoir pris l'avis du concile, fulmina contre les magistrats un monitoire pénal, avec assignation à comparaître en personne à Rome, dans le délai de trois mois , sous peine d'excommunication. LéonX prévoyant, avec raison , qu'aucun prêtre n'oserait publier ce monitoire dans le ressort du parlement de Provence, en ordonna la publication à Avignon , Nice et Vintimilie.
Le conseiller de Forbin-Soliers, fils du fameux Palamède de Forbin (i) et l'un des ambassadeurs du roi de France au concile de Latran , fit connaître au parlement d'Aix le décret lancé contre lui.
(i) Palamède de Forbin mourut à Aix , au mois de ferrier i5o8 , et fut enseyeli dans l'église de rObsenranoe.
La compagnie ne se troubla pas beaucoup; elle sa* vait que, par le droit public établi en France, les magistrats des cours souveraines ne devaient crain* dre ni les menaces de Rome, ni le vain bruit de ses fulminations (i). Le parlement députa au roi Esprit Parisiis, l'un de ses membres, pour lui dénoncer l'atteinte portée à son indépendance par le monitoirede Léon X. Des négociations commencèrent aussitôt entre la Cour de France et le Saint- Siège, négociations qui amenèrent la suspension , pour deux mois , de ce décret fameux. Dans cet intervalle, Léon X demanda une autre annexe pour un bénéfice. Le parlement la lui refusa encore, et le pontife, bondissant de courroux, fit citer en personne le président de Beaumont et les conseillers de Brandis et de Coriolis, comme les instigateurs de cette résistance.
Louis XII venait de mourir (a) après avoir vu ses affaires ruinées en Italie. François !•'', son successeur, annonça au parlement de Provence , comme à tous ceux du royaume, son avènement au trône. Ce prince eut hâte de porter ses armes dans le Milanais, et débuta dans sa carrière en gagnant sur les Suisses la célèbre bataille de Marignan. Un concordat intervint entre ce monarque et Léon X. Le Pape donna au roi la libre nomination aux évé-
(i) Gaafridi , HUt. de Proyence, Ut. ix. (i) Le i" janvier i5i5.
chés et aux abbayes de son royaume , et le roi accorda au Pape les annates , c'est-à-dire les revenus d'un an de ces grands bénéfices y à chaque provision nouvelle. François P', sentant tout le prix de l'alliance pontificale , exigea que le parlement d'Aix terminât au plus vite ses démêlés avec la Gourde Rome. La compagnie, obtempérant aux ordres du roi , envoya auprès du Saint-Siège Pierre de Brandis, conseiller-clerc, et investit en même temps de ses pouvoirs Forbin-Soliers , l'ancien ambassadeur français au concile de Latran. De son côté, Léon X, bien aise de plaire au roi de France , son nouvel allié, aplanit les voies de la conciliation , tout en ménageant son amour-propre. Forbin-Soliers, au nom du parlement de Provence, admit les griefs de la Cour de Rome , protesta de son obéissance et demanda l'abolition des censures ecclésiastiques. C'était la satisfaction demandée par Léon X. En même temps le souverain pontife signa une nouvelle reconnaissance du droit d'annexé. A la vérité il voulut en rendre l'effet inutile, en défendant à Forbin-Soliers de se dessaisir de cet acte sous peine d'excommunication. Mais aussitôt que ce magistrat fut en Provence, il fit enregistrer la pièce au greffe de l'officialité de Toulon , sans abandonner l'original, conciliant ainsi, autant qu'il le put, sa foi religieuse et son zèle patriotique (i).
(i) Cabasse, iiid, — Hon. Bouche, iàid.
Après la rédiictioa de tout le Milanais, François 1^ laissa ses troupes en Italie sous le comman. dément du connétable de Bourbon, et vint visiter la Provence (i) où Pavaient précédé Louise de Savoie sa mère, la reine son épouse, sa sœur la duchesse d'Alençon, le seigneur de Montmorency, Févéque de Paris et plusieurs grands dignitaires du royaume. Cette brillante cour avait une escorte de quinze cents hommes de cavalerie. Le roi entra en Provence parSisteron (a); le lendemain il se rendit à Manosque. La fille d'Antoine de Yoland, l'un des habitans notables, lui fit un compliment et lui présenta les clés de la ville. Les regards de François P^, arrêtés avec complaisance sur cette jeune personne aussi belle que vertueuse, alarmèrent sa pudeur. Elle se retire inquiète, agitée. Dans la solititude son imagination s'exalte, son cœur ému palpite avec violence. Elle prend en haine les charmes ravissans que la nature lui prodigua et les maudit comme un don funeste qui met en péril sa pureté virginale. Il faut que désormais son repos soit assuré; il faut que son honneur soit à l'abri de toute souillure. C'en est fait. La voilà , cette fille admirable , la voilà qui se prépare au sacrifice résolu. Elle prend du soufre, y met le feu, et courbe son visage sur ce soufi^ enflammé. La fraî-
(i) Dans les derniers jours de x5i5 et dans les premiers de i5i6. (a) Ganfridi , ouy. cité , liv. x.
cheur de son teint se flétrit à Finstant, et sa beauté ne laisse aucune trace. François P^, plein d'admi* ration y donna à la Eaimille de Yoland des marques de libéralité (i). Ce prince alla ensuite à la Sainte- Baume et fit ses dévotions dans cette grotte célèbre. Après quoi il partit pour Marseille. Son entrée y fut signalée par des fêtes pompeuses j par de grandes magnificences, au milieu des acclamations populaires. Il visita les galères , et il y eut devant lui le simulacre d'un combat naval dans lequd les com« battans se jetaient des oranges. Lui-même prit une part active à cette lutte amusante (a). Toute la noblesse de Provence j ayant à sa tête le grand sénéchal et le marquis de Trans» s'était dirigée à Marseille pour présenter ses hommages au roi qu'elle suivit à Aix , mêlée à tous les seigneurs de la cour. Il assista à une audience du parlement, et se rendit à Salon où Jean Ferrier, archevêque d'Arles, le reçut dans un de ses palais richement décoré (3). De là François P' se transporta à Arles, puis à Tarascon , et sortit de Provence en prenant la route d'Avignon.
La mort de l'empereur Maximilien (4) vint donner une scène plus vaste aux événemens politiques.
(i) Le Père Colomby, Hist. de Manosqae. (a) Ruffi , Hist. de Marseille , Uv. yii , ch. v. — Mémoires d'Honoré de Valbelle, cités par Hon. Bouche, Ht. x.
(3) Saxi, Pontif. Arelat, , p. 383.
(4) En i5i9.
François P' brigua la dignité vacante, mais Charies- Quint fut préféré, astre naissant qui devait bientôt porter au loin sa splendeur radieuse. La guerre édata entre l'Empereur et le roi de France , et ce dernier eut aussi à combattre le pape Adrien YI , le roi d'Angleterre , Tarchiduc d'Autriche , le duc de Milan , les Vénitiens , les Florentins et les Génois. Pourtant cette confédération si formidable fut beaucoup moins funeste que la révolte du connétable Charles de Bourbon , dépouillé de ses biens parFamoureux dépit d'une princesse vindicative (i). Les ennemis pénétrèrent dans le royaume , et les Français qui se défendirent avec succès chez eux , furent battus en Italie; ils se virent contraints d'évacuer le Milanais. Dans cette retraite, le chevalier Bayard placé au dernier rang pour couvrir ses fantassins j reçut une blessure mortelle et se fit coucher au pied d'un arbre <k le visage devers l'ennemi , c où le duc de Bourbon, qui estait à la poursuite « de notre camp , le vint trouver , et dit audit « Bayard qu'il avait grand pitié de lui , le voyant « en cet estât, pour avoir esté si vertueux cheva-
(i) La mère du roi, amoureuse du connétable» lui fit les propostdoDS de mariage et essuya un refus. Le chancelier Duprat senrit U Tengeanoe de cette femme irritée. On disputa au connétable tous les biens de la maison de Bourbon , sous prétexte qu'il ne descen* dait pas des aines en ligne directe. Ce procès , fondé sur la mau- Taise foi, fut jugé à son désavantage , et ses biens furent mis en séquestre par arrêt du parlement de Paris.
oc lier. Le capitaioe Bayard lui fit réponse : Mon-^ € sieur, il n'y a point de pitié en moi, car je mears « en homme de bien. Mais j'ai pitié de vous , de « vous voir servir contre votre prince et votre a patrie et votre serment. Et peu après, ledit ce Bayard rendit l'esprit et fut baillé sauf-conduit oc à son maistre-d'hôtel , pour porter son corps en « Dauphiné, dont.il estait natif (i). »
L'Italie était délivrée de l'invasion française , et tous les habitans de cette péninsule , si souvent tourmentée par l'ambition des rois , ne désiraient que le repos ; mais les généraux vainqueurs , peu soucieux: du bonheur des peuples qur'ils prétendaient défendre , voulaient faire de nouveaux progrès dans la carrière des combats, et le connétable de Bourbon mettait plus d'ardeur que les autres à continuer la guerre. Il écrivit à l'empereur Charles- Quint et à Henri VIII roi d'Angleterre, que le moment était venu de franchir les frontières de la France, de se venger de leurs ennemis, et de détrôner François P''. Il assurait qu'à son seul nom ses anciens vassaux se soulèveraient et viendraient se ranger en foule sous les enseignes impériales. Les deux monarques eurent l'imprudence de croire sur parole un prince émigré qui ne prenait conseil que de ses passions haineuses. Le premier donna ordre à son armée de pénétrer en Provence ; le se-
(0 Mémoire de messire Martin de Bellay, liv. ii.
coud fournit des subsides en même temps qu'il promit d'attaquer les provinces du Nord (i).
François P' ne négligea rien pour mettre la Provence dans un bon état de défense. 11 envoya à Marseille l'amiral Lafayette avec une flotte de trentetrois vaisseaux pour protéger les côtes de la Méditerranée. Le roi fit aussi entrer dans cette ville le maréchal de Ghabannes , Philippe de Brion , comte de Chabot , et l'ingénieur Miradel. Bientôt Renzo de Céri^ baron romain , vint les joindre , par le Rhône, avec cinq mille italiens qui avaient suivi les Français dans leur retraite du Milanais; parmi eux se trouvaient plusieurs gentilshommes que les révolutions d'Italie avaient forcés de quitter pour toujours le lieu de leur naissance.. Les Marseillais se préparèrent avec ardeur à repousser les attaques de l'ennemi. Tous ceux qui étaient en état de porter les armes s'enrôlèrent volontairement , et cette garde bourgeoise s'éleva à neuf mille hommes. On répara les murailles, on les garnit d'artillerie, on rasa dans les faubourgs et dans la campagne les édifices où l'ennemi pouvait se loger. Les églises et les monastères ne furent pas épargnés.
Les femmes, se dépouillant de la faiblesse de leur sexe par enthousiasme patriotique, travaillèrent sans repos aux fortifications de la ville, et lors-
(i) De Sismondi , Hist. des Républiques Italiennes du mo^en-â^,
t. XV, Ch. CXY.
qu'on eut pris toutes les mesures convenables, lorsqu'on eut fait tous les préparatifs nécessaires, le maréchal de Chaban nés sortit de Marseille pour se joindre à Jean de Pontevès, comte de Carces , qui s'était mis à la tête des gentilshommes d'Âix et d'Arles.
Cependant le connétable de Bourbon , se disant comte de Provence , titre qu'il avait obtenu de Charles^Quint, s'avançait vers le Var avec son lieutenant le marquis de Pescaire , tandis qu'une flotte impériale de seize galères, sous le commandement de Hugues de Moncade, longeait le rivage pour protéger l'armée et transporter sa grosse artillerie. Cette flotte aborda à Monaco où elle fut reçue par Augustin de Grimaldi , évêque de Grasse et abbé de Saint-Honoré de Lerins. L'escadre française , commandée par Lafayette, était supérieure en nombre. Elle sortit du port de Marseille et vint attaquer la flotte impériale à la hauteur de Nice. Lafayette fit échouer trois galères ennemies que Pescaire brûla aussitôt pour qu'elles ne tombassent pas au pouvoir des Français, et il contraignit Hugues de Moncade de s'enfermer de nouveau dans le port de Monaco. De plus, il s'empara de Philibert de Châlons, prince d'Orange, qui était parti de Barcelone , avec un assez grand nombre de seigneurs français et espagnols, pour se joindre au connétable dont il était un des plus chauds partisans . I^afayette envoya tous ces prisonniers à Marseille.
Au commencement de juillet 1524^ Charles de Bourbon passa le Var pour entrer en Provence avec sept nlfUe lansquenets , six mille fantassins espagnols , deux mille italiens ^ et six cents che* vaux légers. Le général Lannoy levait promis de les suivre de près avec mille hommes d'armes. Claude de Tende ^ gouverneur et sénéchal de Provence, avait confié^la défense de la frontière à son lieutenant Ludovic de Grasse , seigneur du Mas. Ses treupes , presque entièrement composées de paysans levés à la hâte , se débandèrent aux premiers coups de fusil. Jean de Pontevès de Carces, son frère Honoré , seigneur de Flassans , et tous les gentilshommes qui marchaient sous leurs enseignes, ne furent pas plus heureux. Les impériaux, ne trouvant aucune résistance, eurent bientôt franchi cette £aible barrière.
Le connétable Charles de Bourbon voulait profiter de l'épuisement où les Français avait été réduits par la dernière campagne , pour marcher sans retard sur Avignon ou sur Lyon ; il espérait qu'en même temps une armée espagnole pénétrerait en Gùienne , une anglaise en Picardie, et peutêtre une allemande en Bourgogne. Mais Charles- Quint et Henri YKI ne songeaient point à accomplir à cet égard les promesses qu'ils lui avaient faites ; et le marquis de Pescaire , ne voulant pas compromettre le sort de ses troupes en les conduisant au cœur du royaume de France, insista pour
borner ses opérations au siège de Marseille (i). Le connétable s'empara d'abord sans aucune difficulté des bourgs de Saint-Laurent et de Villeneûve, puis des villes d'Ântibes et de Grasse, et suc» cessivement de Fréjus, de Draguignan, d'Hyères, de Toulon y de BrignoUes et de Saint-Maxiroin. U arriva à Tretz dans les premiers jours du mois d'août, plaça ses chevaux-légers aux villages voisins, à Peinier, àFuveau, à Bouc, à Gardane, et fixa son quartier-général au plan d'Âillane, près du hameau des Milles. Par trois fois il envoya un héraut pour sommer la ville d'Aix de se rendre. Quelque confiision y régnait , et le parlement avait porté son siège ailleurs (a). Le 7 du même mois, à la troisième sommation , le premier consul , Honoré de Puget, seigneur de Pras , monta à cheval , et, suivi des deux autres consuls et d'un grand nombre d'habitans notables , il alla présenter à Charles de Bourbon les clés de la capitale de la Provence , le suppliant de vouloir bien lui conserver ses firanchises et se$ privilèges. Le connétable en promit le maintien et donna la charge de viguier à Honoré de Puget. Le nouveau magistrat fit pendre à l'un des arbres de la place des Trois-Ormeaux un pauvre paysan qui, revenant du travail, ne voulut jamais crier: Vive Bourbon (3).
(i) De Sismoudi , ihid,
(a) On ignore quel est le lieu où il se réfugia.
(3) Pitlon , Hist d'Aix, liy. iv.
Le connétable, après avoir reconnu Marseille le i3 août, y mena, le 19, toute son armée pour en Élire le siège. Le marquis de Pescaire se logea avec les siens 'à Thôpital Saint-Lazare ; les lansquenets occupèrent Portegalle , les Espagnols et les Italiens campèrent au chemin d'Aubagne. La tran* chée fîit bientôt ouverte; et, le ^3, l'artillerie enne» mie commença son feu. L'artillerie de la ville riposta vivement et fit de grands ravages dans le camp des impériaux. Ceux-ci pourtant poussèrent la tranchée assez près des remparts pour pratiquer une mine redoutable. Les assiégés lui opposèrent une contremine , et les femmes, qui déjà s'étaient distinguées par un zèle admirable , y travaillèrent avec tant d'ardeur, avec tant d'héroïsme, qu'on appela cette £3rtification la Tranchée des Dames (1). Tous les Marseillais firent leur devoir en ce pressant danger. L'histoire leur en rend le flatteur témoignage; elle ne laisse pas que de citer plus particulièrement le viguier Antoine de Glandevès, seigneur de Cugets; les consuls Pierre Vento , Pierre Comte et Mathieu T^uze ; l'assesseur Sabatéris ; Carlin Blanc, Charr les de Monteoux, Cosme Arnaud et Julien Beissan , capitaines de quartier et chefs de la milice bourgeoise; Jean de Caux et Gabriel Vivaud , commandans de l'artillerie. On a aussi conservé le souvenir de Charles de Forbin , Nicolas d'Arène, Honoré
(i) Là où est aujourd'hui le boulerait des Dames.
de Valbelle, Antoine d'Albertas^ Bertrand de Candole, Thomas de Montolieu, Riquetty, Âurias, Gras de Gérente, Bricard, Bourguignon , Pierre de Gépède , et plusieurs autres gentilshommes ou bourgeois qui méritèrent bien de leur patrie et acquirent , par leur dévoûment etptr leur courage, des titres éternels à la reconnaissance publique. Cependant les impériaux battant avec succès leà remparts de Marseille , y firent une large brèche. Le a4 septembre^ au soleil couchant, le connétable, de Favis de son conseil de guerre, mais contre Topinion du marquis de Pescaire , résolut de donner Tassant. Ses troupes s'avancèrent en bon ordre vers les remparts ; mais la garnison et les citoya:is les repoussèrent au milieu d'une mêlée horrible , où les femmes combattirent à côté de leurs époux et de leurs fils (i). Dès ce moment la délivrance de Marseille et de la Provence entière fut assurée. Le connétable de Bourbon se vit dans la nécessité de lever le siège et de battre en retraite. Sa position en effet n'était plus tenable. Les munitions et les vivres commençaient à lui manquer. Les maréchaux de Chabannes et de Montmorency, maîtres d'Avignon avec une artillerie formidable, se préparaient à lier leurs opérations militaires à celles du comte de Garces, qui avait fsiit de nombreuses
(i) Voyez y sur toutes les opérations de ce siège, mon Hist de Marseille, t. ii, p. 46 et suiv.
levées. Les troupes du roi se concentraient sur la Duranee^ et bientôt l'on apprit au camp impérial que l'armée française avait poussé son avant-garde jusqu'à Salon. Charles de Bourbon ^ abandonné du marqnis de Pescaire et forcé de fiiir à travers la Provence si rapidement conquise ^ fit embarquer sa grosse artillerie ; mais comme la mer n'était pas libre, la plupart des pièces furent brisées et l'on chargea le bronze sur des mulets. D'ans la nuit du aS au ^9 septembre ^ après quarante jours de siège, le connétable leva son camp et prit à marches forcées le chemin du Yar, poursuivi par les paysans , par les milices des Yigueries , les bandes du comte de Carcesy les troupes des maréchaux de Chabannes et de Montmorency: L'armée impériale eut beaucoup à souffrir danâ sa retraite au milieu d'uq pays aride et montneux. Elle repassa le Yar dans un tel délabrement, que les consuls de Nice osèrent lu? refuser l'entrée de la ville. Les impériaux se jettèrent sur les faubourgs et sur les campagnes environnantes , pillant les maisons , coupant les arbres , se livrant à tous les excès qu'ils avaient déjà commis en Provence. L'approche de l'armée française prédpita leur fuite.
Le connétable de Bourbon avait à peine levé le siège de Marseille , que des bandes, sorties de cette ville, allèrent piller celle d'Aix pour la punir de la Êicilité avec laquelle elle avait ouvert ses portes au connétable. Les Marseillais donnèrent à leurs voi-
sins le nom de Bourbonnais^ et cette expression injurieuse était encore en usage deux siècles après (i). François I*"" ne tarda pas à foire son entrée dans la capitale delà Provence. Voulant donner un salutaire exemple, il priva les consuls de la robe rouge pendant douze ans et fit trancher la tête à Honoré de Puget (a), sur la place des Prêcheurs, comme coupable de trahison et de révolte. Cet acte de sévérité ne fut pas approuvé par tout le monde. Un écrivain nous apprend (3) que le gouverneur Oaude de Savoie , le comte de Chabot et le baron Renzo de Céri soutinrent que la conduite du premier consul d'Aîx avait été plus digne d'excuse que de blâme ; que la capitale du pays s'étant trouvée sans garnison ^ sans moyens de défense , sans espoir d'être secourue, avait dû se rendre à Farmée impériale , et que son premier magistrat n'avait été que l'organe de ses concitoyens, aux vœux desquels il ne pouvait résister. Au contraire le maréchal de Montmorency pensa que bonne justice avait été faite par le supplice d'Honoré de Puget.
François I«^, ayant ensuite passé les Alpes, reprit Milan. Mais la funeste journée de Pavie le fit prisonnier de Charles-Quint. Il obtint plus tard sa
(i) Hon. Boache, qui écrivait vers Tannée tySoy assure que , de son temps, le peuple de Marseille donnait encore ce sobriquet aux habitans d'Aix.
(a) Le 3 octobre de la même année i5a4.
(3) Ganfridi , liv. x.
liberté, et recommença la guerre au lieu d'exécuter les conditions de son rachat. Le pape Clément YII j qui redoutait la puissance impériale , souleva contre elle toute l'Italie. Le roi de France eut quelques succès dans cette péninsule; mais vaincu , peu après, dans le royaume de Naples et dans la Lombardie, il fut obligé de battre en retraite sur les Alpes. Le traité de Cambrai suspendit le cours de la guerre, et le Pape unit sa nièce, Catherine de Médicis, à Henri, duc d'Orléans, second fils du roi. La ville de Marseille fut choisie pour la célébration du mariage. François P' s'y rendit, le 8 octobre 1 533, avec ses trois fils, la reine son épouse» le duc et la duchesse de Vendôme. Il avait été précédé par le cham:elier Duprat, les ministres, les grands officiers du royaume et les ambassadeurs des puissances européennes. Le 1 1 du même mois, une flotte de dix-huit galères et de six vaisseaux , sous le commandement du duc d'Albanie , entra dans le port de Marseille. Elle portait le Souverain Pontife et une partie du Sacré Collège. Clément Vil fut reçu par la Cour de France, dans tout l'éclat des pompes triomphales. Il eut avec François P' plusieurs conférences sur les affaires publiques, et principalement sur l'état de l'église romaine en lutte avec les réformateurs.
Cette église portait la peine de son orgueil et de sa trop longue puissance. Luther et Mélanchton (i)
(i) Califin ne commença à débiter sa doctrine qu'en i534*
lui fesaient éprouver des déplaisirs mortels. Les abus du catholicisme avaient d'abord excité leur colère; ses dogmes exercèrent ensuite leur témérité.
Le a8, le Pape consacra l'union de Catherine et de Henri au milieu de nouvelles fêtes. Après avoir nommé quatre cardinaux fran^is, il donna la bénédiction et l'absolution générale au peuple marseillais. S'embarquantle lo novembre sur la galère du grand-maître de France , il partit escorté par vingt-deux autres galères; et quelques jours après , le roi quitta aussi Marseille ^ suivi de toute sa cour.
Depuis long-temps François l^^ s'occupait de l'amélioration de la justice en Provence. Des commissaires choisis dans le sein du parlement d'Âix , préparèrent Tédit de i535 qui consacra les bienfaits de cette réforme désirée, i® Le grand sénéchal y par cet édit , cessa d'être le chef du parlement, et ne le fut plus qqe des officiers subalternes de la province ; 2^ on ordonna que les expéditions des arrêts ne seraient délivrées à l'avenir qu'au nom du roi; 3® que toutes les sentences seraient rendues au nombre de sept juges , lorsque le président assisterait, ou de huit 9 dans le cas de son absence, et qu'alors le plus ancien conseiller laïc pourrait expédier les affaires, tant à l'audience que dans la chambre; 4^ que le gouverneur ne pourrait avoir rang au parlement qu'avant le premier conseiller de la cour; 5® que la place des lieutenans serait au-
dessous de celle des conseillers ; 6^ qu'ils ne pourraient entrer dans la chambre les jours de conseil que lorsqu'ils y seraient mandés par la cour; 7^ que y pour ce cas, il leur serait donné un lieu honnête et convenable^ 8® Que les charges de jugemage et de juge d'appeaux ^ autrement appelé le juge des premières appellations, celles des viguiers (i), clavaires et sous-clavaires^ seraient supprimées et remplacées par cinq tribunaux subalterneSy pour rendre la justice en première instance. Ces tribunaux furent fixés à Aix , Arles, Draguignan, Digne et Forcalquier. Le roi en érigea plus tard un sixième à Marseille. Le nombre fut successivement porté jusqu'à douze. Les six derniers furent placés à Hyères, Toulon, Grasse, Brignolles, Sisteron et Qistellane. On les appela sièges, parce que le grand sénéchal devait y siéger; 9^ enfin, le roi révoqua tous les offices extraordinaires qui avaient été donnés aux évéques, afin que ces prélats pussent mieux s'acquitter des fonctions épiscopales.
Jean Feu , président au parlement de Rouen , fut chargé de faire exécuter Tédit qui sanctionnait ces utiles innovations. Il le porta à l'audience du parlement d'Aix, le publia en présence des consuls, de la noblesse et du peuple, et ordonna ensuite de le transcrire dans les registres de la cour. Le con-
(i) Les vigniers , supprimés par cet édit, furent presque immédiatement rétablis.
seiller Claude de Gérente, doyen de la compagnie, prit la parole au nom de ses collègues. Il déclara qu ils avaient toujours été bons serviteurs du roi , et qu'ils étaient disposés à garder ses commandemens en toute occasion. Le lendemain le président Feu se rendit au sein des états-généraur assemblés dans le réfectoire des Prêcheurs. Après avoir exalté les soins que le roi prenait à distribuer la justice à ses sujets avec le moins de dépense et le plus de célérité qu'il était possible, il fit lire Fédit, et puis il exhorta les représentans de la nation provençale à veiller à sa stricte observation. Antoine Filholi, archevêque d'Aix et président des états, répondit que l'assemblée remerciait le roi de la feveur qu'il accordait au pays.
Le parlement vérifia, le 5 janvier i536, un autre édit qui statuait sur les vacances (i), et les officiers
(i) Le commencement en fut ùné au premier juillet , et la fin au dernier septembre.
Il n'existait aucune disposition relative aux fériés du cours de l'année, et , pour y suppléer, Tavocat-général Garçonnet remontra à la cour, le 3o octobre i537, que les autres parlemens du royaume ne tenaient point eT audience les vigiles des Fêtes annuaux , et qu'il serait convenable de se conformer à cet usage, La cour Tadc^ta en effet, et depuis cette époque elle ne siéga plus, la veille des Fêtes solennelles, ni le jour suivant ; ce qui s'appelait antè et post. Mais la veille de Noël et le samedi qui précède le Dimanche de Rameaux , la chambre de la Tournelle , assistée de deux députés de la grand'cbambre^ allait visiter les prisons, pour y recevoir les plaintes des détenus, pourvoir à leurs besoins, et en élargir quelques-uns en l'honneur des Fêtes.
subalternes, créés par le premier édit de réformatioDy prêtèrent leur serment avec solennité en présence de l'archevêque et des procureurs nés et joints. Le parlement détermina ensuite le temps de Tannée où il s'occuperait de l'appel des jugemens de chaque siège ; ce qui s'appelait les audiences du rôle. Le siège d'Aix, nommé le siège général , obtint les mois d'octobre et de novembre, et le reste de l'année fut partagé entre les autres.
Les lieutenans des sièges étaient obligés d'assister à l'audience où les appels de leurs jugemens étaient portés. On voulait ainsi les instruire de la jurisprudence de la cour souveraine, ^is cet usage devint bientôt une simple formalité de bienséance; et les juges des tribunaux inférieurs, après avoir assisté à deux audiences, obtenaient la permission de se retirer.
L'établissement des grands jours suivit de près celui des sièges. C'était une chambre ambulante qui se transportait dans les principales villes de la province, pour y tenir des assises chargées d'expédier les affaires urgentes et recevoir les plaintes qui pouvaient être portées contre les ofiâciers subalternes.
Un président et six conseillers devaient tenir chaque année ces assises à Marseille. La session durait vingt jours. Toutes les appellations des juges ordinaires y étaient portées, et la ville vit ainsi donner une nouvelle sanction au privilège précieux
dont elle avait toujours été jalouse et fière, le privilège de non extrahendo. Le voyage et le séjour de la chambre chargée des assises étaient aux frais du parlement.
François I^ avait renoncé au duché de Milan par le traité de Cambrai; mais cette renonciation, die** tée par la force, n'était pas sincère, et le roi cherchait le moyen de £aire valoir ses droits. Dans ce temps-là même, le duc François Sforza étant mort sansenfans, l'empereur Charles-Quint se mit en possession du Milanais, et berça le roi de France de l'espoir de donner ce duché à l'un de ses fils. François P' résolut alors d'envahir les états du duc de Savoie, beau frère de l'empereur. Le duc fut obligé de sortir de Turin avec sa famille et de se retirer à Verceil , après avoir fait embarquer sur le Pô son artillerie et ses meubles les plus précieux. Il envoya à Nice son épouse Béatrix avec son fils Emmanuel-Philibert, âgé de cinq ans. Pendant que les troupes françaises inondaient le Piémont, un autre corps d'armée s'avança dans les Alpes Maritimes par la vallée de Barcelonette , combinant sa marche avec la flotte provençale établie en croisière depuis Antibes jusqu'à Oneille, et menaçant de bloquer la ville de Nice. Charles-Quint, fier de son expédition d'Afrique où il venait de battre le célèbre Barberousse, général de Soliman, affectait une hauteur injurieuse à l'égard de François I*', On connut bientôt ses mauvaises disposi-
tîons par une harangue pleine d'invectives qu'il fit à Rome contre le roi en plein consistoire. Peu après il leva tout-à-fait le masque , et la guerre se ralluma entre l'Empire et la France. Par un de ces changemens de fortune qui donnent tant de mobilité à la scène politique sur laquelle s'agitent tant d'intérêts divers , tant de passions ardentes , les Français perdirent en peu de jours tout le fruit de leurs premières victoires. Forcés d'abandonner le plat pays et la ville de Turin , ils se bornèrent à laisser des garnisons dans les principales forteresses. Le duc de Savoie reçut l'empereur dans la capitale de ses états, au milieu des acclamations de ses sujets. Là on tint un conseil de guerre pour fixer les opérations de la campagne^ et l'on décida de tenter une seconde expédition en Provence , d'après l'ancien projet du connétable de Bourbon. Charles- Quint voulut marcher en personne à la tête de ses troupes, pour saisir de sa propre main l'ancienne couronne des rois d'Arles qui flattait son ambition. Toutefois, comme il Êillait agir contre les Français qui restaient encore en Piémont , on résolut de laisser en Italie, avec la qualité de lieutenant-général de l'Empereur, le marquis de Saluées qui avait abandonné la cause de François P' pour celle de son rival, et Gautier Lopez de Padilla, mestre de camp espagnol, reçut l'ordre de rester à Turin à la tête de huit mille hommes (i).
(i) Samuel Gnichenon , Hist. Génér. de la Maison de Savoie , 1. 1 , p. 643 et suiv.
François V^ se rendit à Lyon pour hâter les préparatifs de défense. Nonobstant la neutralité du pape Paul III , successeur de Clément VII, il établit à Avignon le quartier-général de Tarmée française dont il donna le commandement au maréchal de Montmorency. U envoya sur les lieux Poton Rafin, sénéchal d'Agenois, pour y asseoir le camp, et il ordonna au maréchal d'Aubigny de prendre les devants avec huit mille Suisses. Il confia le gouvernement de Marseille à Antoine de la Rochefoucauld qui avait sous ses ordres Montpesat, Yillebone, Routières, la Roche du Maine, Christophe Gasque, Yastris, Fontrailles, Aubijoux, capitaines de la première volée, comme parle un historien (i). Tarascon reçut une garnison de cinq cents hommes sous les ordres de Rabadenc. Ronneval fut chargé de la défense d'Arles. On essaya de mettre la ville d'Aix en état de soutenir un si^e. Les habitans, encouragés par les consuls Ralthasar Rodulphe de Châteauneuf, Charles de Malespine de Montgestin , Philippe Rouissoni, et par l'assesseur Honoré Feraporte (2), travaillèrent avec ardeur à quelques fortifications. On ruina le £iubourg Saint- Jean et l'église des Pères Servites. Le seigneur de Montejan, l'un des généraux de l'armée française, croyait que la ville pourrait résister aux attaques
(i) Ganfridi, liv. x.
(a) Archives de THôtel de Ville d*Aix , citée» par Pitton , liv. iv.
des impériaux; d'autres pensèrent qu'elle n'était pas tenable. Cet avis prévalut, et l'on abandonna les ouvrages commencés. Le pays organisa à ses {irais une milice de quatre mille hommes , et le gouverneur Claude de Savoie, comte de Tende, en eut le commandement. Il choisit pour ses principaux officiers le seigneur d'Urre, Jean de Pontevès, de Mas, de Villeneuve, et quelques autres gentilshommes provençaux qui allèrent camper aux environs de Grasse. Dans un beau mouvement de patriotisme, on résolut d'affamer toute la contrée du Yar au Rhône pour enlever à l'ennemi des moyens de subsistance. Les seigneurs du Mas , de Calas, de Carces, voulurent donner l'exemple en brûlant eux-mêmes leurs blés, en dispersant leurs denrées, en abattant leurs moulins et leurs fours, en portant la destruction sur toutes leurs terres. Ils eurent partout des imitateurs, et d'horribles dévastations furent faites comme un immense sacrifice au bien public. Les habitans d'Aix mirent le feu à leurs provisions de bouche sur la place des Prêcheurs, et ne gardèrent que ce qui leur était strictement nécessaire. Ceux du Luc et de Trets furent les seuls qui ne comprirent pas ce dévouement; mais leur égoïsme leur coûta bien cher. Un détachement de cinq cents hommes vint ravager le territoire du Luc , et le capitaine Bonneval livra Trets au pillage.
La flotte impériale, conduite par André Doria, ///. lO
le plus célèbre marin du seizième siècle , s'empara par capitulation de la place d'Antibes et ravagea toute la côte jusqu'au voisinage de Marseille. La ville d'Hyères fut seule épargnée , lamiral de Charles-Quint ayant pour elle une affection particulière. Quelques vaisseaux de Nice et de Gênes , qui accompagnaient cette armée navale y retournèrent chargés de butin.
C'était une invasion bien autrement redoutable que celle du connétable Charles de Bourbon. L'empereur avait cinquante mille hommes (i). Le m juillet 1 536 il arriva à Nice, accompagné du duc de Savoie et d'une foule de princes et de généraux qui servaient sous ses ordres. Parmi eux on distinguait les ducs d' Albe, de Bavière et de Brunswick , le prince de Salerne, Alfonse d'Avaloz^ marquis de Guast, Antoine de Leva , le comte de Horn , don Fernand de Gonzague (a). Béatrix , duchesse de Savoie, et son jeune fils Emmanuel-Philibert allèrent à la rencontre de Charles-Quint, avec l'évêque, le gouverneur et les consuls de Nice. On présenta aux deux souverains les clés de la ville avec des couronnes
(i) Selon Mézerai, Tarmée impériale avait dix mille cavaliers el quarante mille fantassins , ( t. vii , p. i3i , édition d'Amsterdam. )
Suivant Samuel Guichenon, cette armée eut quarante-six mille cinq cents combattans» ainsi divisés : ai,ooo allemands, 10,000 espagnols, ia,ooo italiens, et a,5oo hommes d'armes iuliens, espagnols et flamands. ( Ouv. cité. )
(a) Muratori , Annal. Ital. — Paradin , Chronique deSavoie, Uv. m.
de laurier, au milieu des plus bruyantes acdamatioDS. L'armée campa sur les collines qui s'étendent en demi-cercle depuis Cimiez jusqu'au Var. Les régimens de la garde occupèrent les faubourgs de Nice, et l'intérieur de la ville fut destiné au logegement de la cour et des principaux généraux (i). Le !25 juillet, l'empereur ordonna le passage du Var , et ce passage se fit sans résistance. Érasme de Galléan , à la tête d'un corps de volontaires où se firent inscrirent les premiers gentilshommes de Nice , conduisit Favant-garde en Êice du village de Garros. Le comte de Tende mit le feu à la ville de Grasse qu'il ne pouvait défendre ; Fréjus et Draguignan se rendirent à la première sommation. BrignoUes et Saint-Maximin furent livrés au pillage. Charles-Quint prit ensuite sa route sur Aix. Pendant toute cette marche , les bourgeois et les paysans qui étaient en armes sur les montagnes , ne cessèrent de harceler les impériaux , en tombant àl'improviste sur leurs derrières, et les impériaux brûlèrent des populations entières réfugiées dans les bois, sans les admettre à composition. Ginq gentilshommes provençaux , dignes d'une mémoire éternelle , Albod, Châteauneuf, fialb, Escragnole et Boniface, s'embusquèrent au village du Mny avec trente paysans et quinze soldats, dans une tour qui dominait un défilé où de-
(t) Darante, Hist. de Nice, t. ii, ch. ii.
vait passer Tarmée ennemie , résolus à foiire tous ensemble une décharge de mousqueterie sur l'empereur (i). Dans cette attente /ils virent s'avancer un groupe de seigneurs , au milieu desqueb il y en avait un de grande apparence, que les autres semblaient escorter. C'était un capitaine espagnol nommé Garcia Lazzio , monté sur un cheval de Naples et couvert d'un riche manteau d'écarlate. Tout indiquait que c'était Charles-Quint lui-même , et les hommes embusqués ne le connaissaient pas. Ces hommes tirèrent sur Lazzio et retendirent sur la place. L'empereur, qui se trouvait à quelques pas de distance, fit abattre la tour à coups de canon , et les cinquante provençaux furent tous massacrés, victimes d'un dévoûment dans le genre antique.
Charles-Quint et le duc de Savoie firent leur entrée dans la capitale de Provence, le 9 du mois d'août , avec un faste éblouissant. L'empereur portait sur sa cote d'armé un manteau de.damas blanc. Sa tète était couverte d'une toque surmontée de plumes orangées, blanches et violettes. H descendit à l'archevêché qu'il avait choisi pour logement (a). Le lendemain il se rendit avec toute sa cour à l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, où il se fit couronner roi d'Arles et de Provence par
(i) Antonius de Arena. ^- Gaufridi , Ht. xi. (a) Pitton , ouv. cité , liv. it.
Jérôme d'Arsagis, évéque de Nice, qui Tavait accompagné. Il voulut que ses troupes gardassent la plus sévère discipline et qu'elles eussent surtout du respect pour les choses saintes. Il plaça des corpsde-garde aux portes des maisons religieuses, et fit pendre un soldat qui avait volé des vases sacrés. Malgré le bon ordre qui régnait à Aix , Farchevéque, les consuls, la plupart des nobles et des bourgeois n(^bles avaient pris la fuite. Le parlement avait aussi quitté la ville et s'était d'abord fixé à Tarascon. Croyant ensuite nécessaire, à cauppi* succès des armes impériales, de se sépàîev^ des ennemis parla Durance, il alla s'établir à Avignon ; mab le légat s'opposant & ce que cette cour exerçât ses fonctions dans une cité soumise au gouvernement pontifical, les magistrats fiirent contraints de se rendre au Pont-Saint-Esprit, d'où ils vinrent tenir leurs audiences en deçà du Rhône, dans une ^lise du territoire de Montdragon qui fesait partie de la Provence (i). Pendant que les magistrats se trouvaient ainsi éloignés de leur siège habituel, le duc de Savoie fit incendier le Palais de Justice (ql), dans le dessein, dit-on, de détruire les chartes et les titres qui y étaient renfermés, et sur lesquels les rois de France, successeurs des souverains-comtes de
(i) Histoire maniBC. àa Parlement d'Aix, à la bibliothèque pubfi* qoe de Marseille.
(s) Paiaàwn régis pMmtm brulopU aquense, Ant. de Arena.
Provence , s'appuyaient pour réclamer le comté de Nice, la vallée de Barcelonette et la viguerie de Puget-Théniers. Le duc fut néanmoins trompé dans son espoir, car la partie la plus importante des archives avait déjà été placée hors des atteintes des incendiaires par les soins du maréchal de Montmorency, du président Barthélémy Chassanée , et du conseiller Fouquet Fabri , qui l'avaient transportée à la forteresse des Baux.
L'empereur tint solennellement dans le palais comtal un lit de justice où il abolit les statuts et les privilèges du pays, les tribunaux et le corps municipal de la ville d'Aix. Il remplaça le parlement par un sénat composé de dix jurisconsultes qu'il avait amenés de Nice, et mit à la tête de cette compagnie un marseillais fugitif et rebelle, nommé Jean Carie, que le connétable de Bourbon , au service duquel il s'était dévoué, avait récompensé d'une charge de sénateur à Milan. La nouvelle cour souveraine , dès qu'elle fut installée, confisqua, par arrêt, les biens des malheureux habitans d'Aix que la terreur avait dispersés (i). Ala place du viguier,
(i) Parmi les condamnés on cite Feraporte , Bemnsaty» Descalis, De Veteris, Segniran, Fcirier, Millon, Peyronnet , Raynand, De Cormi8,De Coionia, Maurel, Nicolas Fabry, Joannis , Meigron~» Aufridy, Brunel, Alby, Talamar, Fabre» Bruis» Salle, Yincens, Cauvin, Durand, Silvy, Donaud, Pognant, Genesy,Pontevez, Fresquière, Hermine, Audric, Astier, BufTy, Domicelly» Meoilhon , Blegier, etc.
Charles-Quint créa un vicomte , et en donna l'emploi au bâtard de Barras qu'il fit aussi baron de l'Empire. Il voulut que trois tribuns du peuple occupassent la charge des consuls^procureurs , et confia ce pouvoir tribunitien à Jean de Brignole , à Jean Martin et à Bos. Ensuite le monarque victorieux distribua les grands fie£» et les hautes charges, n fit Antoine deLeva vicaire de l'Empire dans les Gaules, le duc d'Albe, vice-roi d'Arles , André Doria, amiral, Granvelle, chancelier, et Canoë, surintendant des finances. Il donna le gouvernement de Marseille au marquis de Guast , celui du pays d'en deçà la Durance à Fernand Gonzague, et le commandement de la contrée au delà de cette rivière au comte de Horn.. Il érigea aussi quatre duchés, quatre principautés et quatre marquisats. Les duchés furent les Iles d'Hyères sous le nom d'Iles d'Autriche, Fréjus sous le nom de Charleville, Brignolles sous celui de Nicopolis, et Forçaiquier sous sa dénomination. Les principautés furent les Baux, les Martigues, Sault et Montelimar. Les marquisats : le Muy, le Luc, Tourves et Trets. Pour achever dignement cette parade impériale, un prêtre napolitain, nommé Capel, monta en chaire dans l'église de Saint-Sauveur , et prononça le panégyrique du prince en termes si magnifiques, qu'il le mit au-dessus de Constantin, de Justinien et de Charlemagne. Il le compara à Josué, traita le roi François P' de Philistin, de Pharaon, et dit enfin
que la Provence était la terre promise. L'empereur donna Farchevéché d'Aix à ce prédicateur ridiaile. L'armée ennemie campait au plan d'Aillane, près de la capitale, et déjà les vivres manquaient. Des détachemens fesaient des courses dans les lieux du voisinage , à Rians , Jouques , Peyroles , Meyrarguesy Trets, Saint-Cânnat^Malemort; mais comme toutes les campagnes étaient dévastées, les impériaux revenaient toujours sans butin. Tous les moulins à blé depuis Antibes jusqu'à Aix et à Marseille avaient été renversés par les Provençaux. Un seul restait debout au village d'Auriol, et les ennemis le fesaient soigneusement garder par une compagnie d'hommes-d'armes. Montluc et Tavanes, officiers de la garnison de Marseille, se chaînèrent de le détruire. S'étant mis à la tête d'une petite troupe de cent vingt volontaires, ils surprirent pendant la nuit les soldats préposés à la garde du moulin, tuèrent les uns, mirent les autres en fuite, brisèrent la machine , entraînèrent les pierres dans l'eau, et, sans avoir perdu un seul des leurs, ils retournèrent à Marseille par des chemins inaccessibles à la cavalerie qui aurait pu les poursuivre.
)Lie 19 du mois d'août, l'empereur accompagné du duc d'Albe, du marquis de Guast, de Fernand de Gonzague et du comte de Hom, partit du Plan d'Aillane et vint reconnaître le territoire et la ville de Marseille avec trois mille Espagnols, quatre mille Italiens et cinq mille Ijadsquenets. Le prince
s'avança jusqu'à la plage èiArenc. Cette reconnaissance fut pour lui de bien mauvais augure, car il courut les plus grands dangers, et bien lui dit de s^estre trouvé derrière quelques vieilles murailles ^ il ne s^en serait pas retourné comme il était venu (i). Ses troupes , maltraitées par le canon de la ville et par celui des galères françaises qui s'approchèrent pour balayer la plage , reprirent la route du camp. Peu de temps après, le marquis de Guast et Paul de Saxe ne furent pas plus heureux du côté d'Arles où ils avaient conduit un corps de cavalerie (a). De Guast, s'étant approché d'un moulin à vent pour examiner lui-même l'état de la place , fut aperçu par le seigneur de Bonneval et par le sénéchal d'Agenois qui se promenaient aux Arènes. Ceux-ci le désignèrent au seigneur de Villiers, commandant de l'artillerie arlésienne, lequel braqua si à propos une couleuvrine , que sans que /edit marquis^ vqjrant mettre le feu^ se jetât de côté y il /ut tenu quUl en aidait dans le corps (3). Fernand de Gonzague alla s'emparer du château de Lourmarin ; mais Jean de Pontevès, comte de Carces ^ l'en délogea bien vite. Une troupe de gentilshommes Provençaux attaqua près de Roquevaire un convoi ennemi escorté par cinq cents cavaliers
(i) Loaret deBeasTais, HUt. desTroubleB de Proyence,!'* partie, (a) Saxi , Pond/, Ardai. , p. 386.
(3) Montaigne, Essais, liy. i, ch. xii. -^ Mémoires de Guillaume de Bellay» liy. yii.
qu'il mit en pleine déroute. Soixante furent tués , et il y eut quatre-vingts prisonniers. A Senas et à Eyguières des détachemens impériaux essuyèrent aussi un échec. Il n'y eut nulle part des actions décisives; mais des combats de tous les jours, mais des engagemens continuels. Les soldats isolés étaient massacrés; les communications se trou* valent interrompues. Les Provençaux firent à Tennemi une guerre de partisans, guerre toujours plus funeste aux envahisseurs que celle qui peut se terminer par une bataille rangée.
Des maladies diverses, et surtout la dyssenterie exerçaient de grands ravages dans l'armée impériale ; la chaleur était suffocante. Antoine de Leva, un de ses généraux , mourut à Aix. Tout annonçait que l'expédition de Charles-Quint devait avoir des résultats aussi désastreux que celle du connétable de Bourbon. François P"* réunissait à Avignon des forces considérables , et tous les paysans du pays s'étaient levés en masse. L'empereur connut enfin les dangers de sa position, et son conseil de guerre décida la retraite. Elle commença le 1 1 du mois de septembre dans le plus affreux désordre. L'artillerie et les équipages étaient abandonnés. L'armée impériale, harcelée dans sa marche par la population des campagnes, poursuivie par les troupes du comte de Tende, du comte de Garces, de Villeneuve et de la Molle, joncha de morts et de blessés la route qu'elle suivit d'Aix à Fréjus. Cette armée^ naguère
si florissante , perdit les deux tiers de ses soldats. Elle fesait vraiment pitié, tant elle était malheureuse. Et ce monarque fugitif qui n'échappa qu'à grand'peine aux coups des Provençaux qu'il s'était vanté de subjuguer facilement, pitié aussi pour lui, car c'est l'héritier des Césars, c'est le possesseur des Espagnes, des Pays-Bas et des Deux-Siciles. Charle&<^uint, suivi du duc de Savoie, passa le Var le a4 septembre, s'arrêta quelques instans à Nice et se rendit ensuite à Monaco où les galères d'André Doria vinrent le prendre pour le conduire à Gènes.
François I^, accompagné de son fils le dauphin , du cardinal de Lorraine et du maréchal de Montmorency, entra en Provence pour visiter les villes d'Arles et de Marseille. Il envoya à Aix le seigneur de Langey avec mission de faire tous ses efforts pour réparer les maux que cette capitale avait soufferts durant la dernière invasion. Son état était véritablement pitoyable. Les remparts et les principaux édifices avaient été détruits. On ne voyait partout que des scènes de douleur et de misère. Le grand nombre de cadavres laissés dans les rues y produisait une affreuse infection. Le commerce et l'industrie semblaient anéantis; le cours de la justice elle-même paraissait suspendu. Au reste, le sort de la Provence entière n'était pas meilleur. Le deuil était universel; la souffrance commune.
Les états-généraux assemblés à Marseille au mois de janvier 1 537 ^* ^ ^ix au mois de février suivant, | ^ 3 /
156 msTomE
députèrent au roi Balthasar de Gérente, évéque de Vence, et Rogiers, l'un des consuls-procureurs, pour obtenir quelque soulagement par une diminution d'impôts. François P"*, sourd à cette juste prière, écrivit aux états la lettre suivante datée de Lyon le 9 octobre de la même année. « Chers et <c bien amés, nous avons entendu par l'évéque de et Yence et par le sieur de Rogiers , vos commis et
« députés, les délibérations prises Ib nous ont
c semblablement remontré les ruines et pertes que « vous avez souffertes par la venue de Teikipereur <c audit pays; et combien que notre vouloir soit y ce avoir égard, et vous soulager et supporter, non <c seulement au paiement des tailles, mais à tous « autres endroits qui nous seront possibles, toutea fois au moyen des grands et urgents af&ires que ce nous avons pour la défense et conservation de <c notre royaume, il n'est possible pour cette heure et de satisfaire à notre dit vouloir. Mais après qu'il ff aura plu ^ Dieu nous mettre hors desdites affiiic res, que sera dans brief, comme nous espérons, ce nous vous donnerons à connaître le désir que « nous avons de vous soulager, en sorte que vous « aurez cause à persévérer au bon vouloir que vous «t avez toujours eu et avez envers nous. » Le dévouement des Provençaux méritait une autre réponse. Il est vrai que François I^ avait ses embarras et ses peines. Ses finances étaient épuisées; les plus durs sacrifices devenaient nécessaires. Tels sont toujours
les résultats de la guerre. La plus heureuse entraine après elle des maux sans nombre, et les blessures qu'elle Êiit restent long^temps saignantes.