CHAPITRE XXV
X 59a - iSgS.
Le dac d'Épernon gouverneur de Provence à la place de' La Valette. — Le comte de Carces chef des ligueurs pro* vençaux. — Lesdiguières entre en Provence pour les soumettre, mais il est bientôt forcé d*en sortir. — Événemens divers. — Les deux partis quittent les armes et les reprennent — D'Épernon dirige sans succès toutes ses forces contre la ville d'Aix. — Suspension d'armes à la nouvelle de l'abjuration d'Henri IV. — Les seigneurs provençaux des deux partis se liguent contre le duc d'Épernon. — Henri IV est reconnu dans la plus grande partie de la Provence y mais Arles et Marseille tiennent encore pour la ligue. — Troubles à Aries. — Domination de Charles Casaulx et de Louis d'Aix à Marseille. — Le duc d'Épernon persiste à rester dans son gouvernement malgré les ordres d'Henri IV. — Soumission d'Arles à la puissance royale. — Le duc de Guise, nouveau gouverneur de Provence , vient prendre les rênes de l'administration. — D'Épernon n*en persiste pas moins à prolonger la lutte.
Apais la mort de La Valette, le marquis d'Oraison et le baron de Montaud prirent le commandeipent des tro upes royales. Le parlement de Sisteron^ alorç présidé par le seigneur de Saint-André, re-
tint le gouvernemeot civil jusqaes à Tarrivée d'un nouveau gouverneur, et il ne tarda pas à déférer, par intérim, le commandement général de Tarmée du roi au fameux Lesdiguières. Cependant les principaux chefs royalistes , craignant que la division ne se mit dans cette armée , s'assemblèrent à Cuers le 17 février iSga, et chargèrent Mesplez et d'Escaravaques de se rendre auprès dUenri IV, pour le supplier de donner la place de La Valette à son frère le duc d'Épernon. Le roi, accueillant leur demande , nomma le duc au gouvernement de Provence.
De son coté le parlement d'Aix, après le départ du duc de Savoie, élut le comte de Carces commandant général des ligueurs provençaux. Mais avant que ce chef pût se mettre en campagne, Lesdiguières entra dans la Haute Provence sans éprouver la moindre opposition, et fit une pointe vigoureuse à la tête de quinze cents fantassins et de mille chevaux. Il ne lui fallut que peu de temps pour s'emparer de Saint-Paul, de Jouques, de Kians, de Ginaservis, et pour balayer jusqu'au Var les garnisons ennemies. Les ligueurs furent consternés de tant de pertes. Les états-généraux de leur parti , assemblés à Aix , décidèrent d'envoyer deux députés vers le parlement de Sîsteron, pour lui proposer une trêve. Leur intention était de gagner du temps et de se procurer des secours. Mais le président de Saint-André répondit à ce
message que sa compagnie ne voulait se prêter à aucun accommodement, à moins qu'au préalable la ligue provençale ne reconnût Henri de Bourbon pour roi de France.
Les ligueurs d'Aix jurèrent de né jamais obéir à un roi hérétique , et défendirent, sous peine de mort , de &ire aucune proposition de paix au roi de Navarre. Pour prouver que leur défense n'était pas vaine, ils dressèrent des potences en divers quartiers de la ville. Leur parlement, chargé de toutes les affaires civiles et politiques du pays depuis le départ du duc de Savoie, députa vers ce prince de Tulles et de Flottes, tous les deux mem* bres de la compagnie, le grand- vicaire Matai, le seigneur de La Molle, Denis finiys, dernier consul d'Aix, et Siméonis, greffier des états. Ces envoyés devaient implorer l'assistance de ses armes pour la défense de la foi catholique. Charles Emmanuel n'envoya que quelques subsides. Le parlement , d'accord avec un conseil-général tenu à l'Hôtel de Ville, sollicita aussi des secours du roi d'Espagne, du Souverain Pontife et du duc de Mayenne, sans pouvoir rien obtenir.
Cependant Lesdiguières poursuivait le cours de de ses succès rapides. Antibes, Yence, Draguignan, Grasse, Barjols et I^e Muy tombèrent sous ses lois. La Cadière se racheta des horreurs du pillage moyennant quinze mille écus d'or. Le Castelet en donna trois mille. Signe, La Ciotat, Ceyreste et
Roquefort payèrent aussi une rançon pour se soustraire aux impitoyables lois de la guerre. Le château d'Évenos, perché sur un rocher inaccessible, près Toulon, défia les armes de Lesdiguières, lequel perdant Tespoir de s'en rendre maître, se replia sur le village de Rians, pour finir de jsoumettre la Basse Provence. Mais il fut bientôt obligé de reprendre la route du Dauphiné où le duc de Nemours , l'un des principaux ligueurs français , venait de faire une invasion.
De Carces, toujours ennemi de la comtesse de Sault, résolut de surprendre Marseille où cette dame se maintenait puissante , bravant tout à la fois les ligueurs d'Aix et les partisans d'Henri IV. Le 4 août 1 59a de Carces partit de Gardanne avec quatorze cents arquebusiers et quatre cents hommes de cavalerie. Deux cents soldats d'élite sous les ordres de Saint-Roman le précédaient. Cette avant-garde avait mission de se jeter sur la porte d'Aix , et tout le reste de cette petite armée devait accourir au bruit de la première attaque pour soutenir les assaillans. Saint-Roman, placé en embuscade dans un ravin à cinq ou six cents pas de la ville , fit distribuer la poudre à ses soFdats. L'un d'entre eux s'étant approché trop près des barils, y laissa tomber la mèche de son arquebuse. Tous furent renversés à terre par l'explosion , et quarante eurent presque tout le corps brûlé. Les Marseillais, avertis de l'approche des ennemis.
pourvurent à tous leurs moyens de défense, firent une sortie , emmenèrent les quarante bkssés , et les troupes du comte de Garces s'enfoirent sans combattre. Cette journée fut appelée la journée des brûlés.
Le duc de Savoie, qui ne renonçait pas à ses projets d'agrandissement, donnait, du côté du Var, de l'inquiétude aux royalistes. Ce prince ôta le commandement de son armée de Provence au comte Martinengo et mit à sa place le général espagnol don Sanchez de Salines. Le colonel Aimo de Scalenghe^les comtes François de Villa et Troïlo Sansecondo conduisirent successivement à Nice trois mille fantassins et quatre cents cavaliers. Charles Emmanuel vint bientôt se placer à la tête de ses troupes (i), passa le Var , s'empara du château de Cannes , Ynit une colonne en observation auprès de la ville de Grasse , puis il tenta la prise d'Antibes. Le 3i juillet il emporta d'assaut un faubourg, fit main basse sur la garnison et sur les habitans, n'épargna que les femmes et les enfans qui s'étaient réfugiés dans une église. Le duc tournant toutes ses forces contre la citadelle ^ la battit avec trois pièces d'artillerie, et livra un assaut dans le» quel il fut repoussé. Il faillit même être emporté par un boulet de canon pendant qu'il traversait les rangs de ses soldats pour ranimer leur courage.
(i) Gmchenon , Uitt. Géuér. de la Maison de SaToie.
L'ardeur était égale de part et d'autre. £060 les assiégés capitulèrent le 7 août iSg^y à condition d'avoir la vie sauve et de sortir avec leurs bagages. Charles Emmanuel trouva dans la citadelle des munitions considérables^ prit deux galères dans le port^ et frappa la ville d'une contribution de trente mille écus.
Ce prince, obligé de retourner dans ses états, laissa dans la citadelle d' Antibes une garnison piémontaise. £n même temps le duc d'Épernon, nonveau gouverneur, entra en Provence par Mondra* gon avec dix mille hommes d'infanterie. Âpres avoir Êiit vérifier ses pouvoirs au parlement royal qui s'était transporté de Sisteron à Manosque, il alla délivrer Fayence assiégé par les ligueurs. Ensuite il s'avança vers Draguignan et vint attaquer le village de Montauroux défendu par douze cents hommes du comte de Carces. Les troupes royales s'étant logées dans quelques maisons qui dominaient les barricades de ces douze cents ligueurs, ceux-ci se rendirent le i5 septembre, et d'Épernon punit de mort un de leurs capitaines et soixante soldats. Il se disposait à châtier la ville d'Aups qui lui avait fermé ses portes. Mais les principaux bourgeois s'étant jetés à ses genoux eurent le bonheur de calmer sa colère. D'Épernon fixa son quartier-général à BrignoUes , où vinrent le joindre plusieurs gentilshommes qui avaient suivi jusqu'alors le parti de la ligue, notamment
VilleDeiiYe'^yauclauae, le comte de Bar^ le baron deTretSy le chevalier de Castellane-fiiosc» le seignear de Meyrargaes. Peu après, la comtesse de Sault vint aussi se ranger sous les drapeaux du gouverneur. Triste rôle pottr une femme qui na* guère marchait l'égale d'une souveraine^ recevant les hommages de ses courtisans empressés. Quel changement dans sa situation ! Victime deFincons* tance populaire , elle venait d'être forcée de sortir de Marseille, et Casaulx qui lui devait tout, l'ingrat Casaulx qu'elle avait tiré de la foule pour le conduire par la main au faite des dignités municipales, s'était lui-même tourné contre elle. La comtesse de Sault tomba pour ne plus se relever. Admise à la cour d'Henri IV, elle y traîna une vie assez obscure^ et l'histoire n'eut plus à citer son nom.
Le duc d'Épemon assembla à firignoUes, le aS septembre, les états-généraux du parti royaliste; ces états votèrent des subsides pour l'entretien de huit mille hommes et de douze cents chevaux. La ville d'Âix épouvantée par les préparatifs de guerre qui la menaçaient plus que jamais, recourut de nouveau à l'assistance du duc de Savoie, et envoya vers lui, à Turin , Raimond Chavignot, troisième consul, et Nicolas Audibert, ancien assesseur. Ce prince , trop occupé contre Lesdiguîèresqui s'était rendu maître des vallées du Piémont , se contenta de fournir quelque argent aux ligueurs et de leur donner de vagues espérances. Le fanatisme de ceux«>
ci ne paraissait pas se refroidir. Un gentilhomme de Lambesc, nommé de Taillades, de la maison de Lauris^ (ot massacré à Aix le 9 novembre, pour avoir déploré les misères publiques et Ëiit entendre des paroles de paix.
Les esprits moins prévenus finirent pourtant par écouter la voix de la modération et de la sagesse. D*Aubrès , viceJégat d'Avignon , voulut réconcilier les deux partis qui se fesaient depuis si long^temps une guerre acharnée. Il s'adressa d'abord au duc d'Épernon, et trouvant en lui des dispositions Êivorables à la paix , il députa à Aix un gentilhomme de Carpentras, pour en instruire le parlement ligueur et le comte de Carces. On convint d'entamer une négociation et d'élire des députés de part et d'autre. Le parlement de Manosque, agissant au nom du parti royaliste, nomma d'Arcussia et de Suffiren , deux de ses membres , Trichaud de Saint-Martin, procureur- général, Pompée Pérille, évêqued'Apt, Garron, conseiller à la cour des comptes, le chevalier de fiuoux, Castitlon, le prieur Eimini, Ermenjaud de Barras. Le parlement d' Aix et le conseil municipal de cette ville choisirent comme représentans de la Confédération Catholique, les conseillers de Thoron et d'Arnaud, l'évêque de Sisteron, le docteur Vervins, de Galice, membre de la cour des comptes , Mistral de Croses, Glandevès-Gréoux, St.-Roman, Allamanon, Barthélémy Sainte-Croix, le consul Dupérier et l'assesseur Gibert.
Les royalistes et 1^ ligueurs suspendirent les hostilités. Mais le duc d'Épernon crut que la trêve n'existait qu'entre les cowbattans d'une même patrie et que les étrangers ne pouvaient en invoquer le bénéfice. En conséquence, il attaqua avec six mille hommes la ville d'Antibes, occupée par une garnison savoyarde sous les ordres du comte de Piossasque. Le 6 décembre , après une défense vigoureuse, la garnison capitula avec les honneurs de la guerre, et se retira à Nice enseignes déployées» La citadelle, commandée par le colonel Aimo de Scalenghe, prolongea sa résistance et fut prise d'assaut le si3 du même moi^. d'Épernon , violant tontes les lois des peuples civilisés, fit pendre vingt-trois soldats et envoya les autres aux galères de Toulon. Pour s'emparer du fort de Cannes, il n'eut qu'à se présenter devant lui. Après quoi il alla prendre ses quartiers d'hiver à BrignoUes.
Les députés des deux partis s'assemblèrent à Saint-Maximin le an janvier iSgS. Dès la première séance , l'on vit combien il serait diflQcile de rapprocher les esprits divisés sur tant de questions irritantes. Après de long débats, Içs conférences furent rompues, et les deux partis ne pensèrent plus qu'à recourir à la force des armes.
Les^ habitans d'Aix tinrent une assemblée générale dans laquelle le comte* de Garces déclama violemment contre le duc d'Épernon , appelant sur sa tête la vengeance des bons catholiques. On
résolut de mettre la ville en état de défense et Ton décréta un impôt général pourlesfiraisde la guerre. D'Épernon prit Gardanne sans coup férir , tailla en pièces la compagnie du capitaine Rastin de Marseille qui se retirait à Velaux, et se jeta ensuite sur Âuriol. Ce bourg ét^it défendu par le capitaine Blanc qui se battit en désespéré et se vitenfinobligé de céder à des forces supérieures. Son courage ne trouva pas grâce devant le duc , lequel fit pendre cet infortuné à Fune des fenêtres du château et les officiers de la garnison aux arbres qui se trouvaient à l'entrée du village. Quant aux soldats , ils furent tous envoyés aux galères. Après ce crud exploit, d'Épernon se dirigea vers Roquevaire. Les habitanSy frappés de terreur, lui envoyèrent des députés pour lui jurer obéissance. Le duc, satis^ fait de leur soumission, n'exerça sur eux aucun acte de rigueur. Il laissa dans le bourg un régiment commandé par le seigneur de Pérnes, et se rendit le soir même à Aubagne qui avait embrassé la cause royaliste depuis le commencement des troubles. Là il passa la revue de son armée , réunit autour de lui ses principaux capitaines, et leur déclara le dessein qu'il avait de surprendre Marseille, le principal soutien de la ligue ennemie. Tous approuvèrent sa résolution qui flattait leur courage en même temps qu'elle les berçait de l'espoir d'un riche butin. Dans la nuit du la avril 1 593 il s'avança vers cette ville avec quatre mille
arquebusiers et douze cents chevaux. Peu s'en ÊiUut qu'il ne réussît. Déjà il avait renversé par le moyen d'un pétard la porte d'Âix gardée seulement par vingt-cinq ou trente hommes assez mal armés. Restait un pont levis qu'il fallait abattre. MaisTex* plosion jeta l'alarme dans la ci té; des feux placés de distance en distance brillèrent tout à coup au milieu des ténèbres. Leshabitans prirent les armes^ coururent à la porte d'Aix ou se présentèrent sur les remparts. D'Épemon, voyant son entreprise manquée, jugea prudent de battre en retraite. Les habitans de Roquevaire , enhardis par cet échec des royalistes, chassèrent les soldats de Pernes et leur tirèrent de bonnes arquebusades (i). Imprudensqui ne sentaient pas leurfaiblesse! Oh combien il leur en coûta! Le duc , impatient de venger cette injure, marcha sur Roquevaire , l'investit , le canonna vivement , y entra par la brèche le %o avril, et le livra au pillage. Selon sa barbare coutume, il fit périr sur une potence le capitaine Bourdon, le consul et trente-cinq habitans désignés par le seigneur du village , irrité contre ses vassaux qui avaient abattu l'une de ses maisons.
J>e gouverneur, toujours impitoyable, imprimait sur ses pas la terreur de son nom. Plusieurs gen* tilshommes reconnurent son pouvoir, et les troupes savoyardes commandées par don' Sanchez de
(i) LoiiTot, o«y. esté, i* part.
Salines évacuèrent la Provence, ne laissant qu une
garnison dans la forteresse de Berre.
Le duc d'Épernon ne pensa plus dès ce moment qu'à porter tous ses coups sur la ville d'Aix, siège du gouvernement ligueur. Mais avant de commencer cette opération importante , il alla conférer au faubourg de Trinquetaille-lez- Arles avec Montmorency , gouverneur du Languedoc , tout récemment nommé connétable de France. Montmorency lui ayant fourni quelques renforts, il vint ravager le territoire d'Aix à la tête de sept mille hommes d'infsinterie et de dix-huit cents chevaux. Il y avait à l'entrée du pont de l'Arc un moulin défendu par une compagnie de Marseillais sous les ordres du capitaine Cornille. D'Épernon emporta oe moulin par force et fit pendre huit soldats du poste aux fenêtres de la maison rurale de l'avocat Fabri de Fabrègues y appelée Fenouillères et située tout près de là. Croyant faire une raillerie bien piquante y il manda à Fabrègues que Fenouillères portait des fruits superbes. Le comte de Carces, usant de représailles, fit pendre seize prisonniers royalistes, huit aux fourches patibulaires et huit à la tour dite des Jnèdes. Après quoi il répliqua en riant que les fourches et la tour portaient le double des fruits de Fenouillères.
Le 17 juin le gouverneur s'empara de la vieille tourd'Ëntremonty située sur une montagne voisine de la ville d'Aix , y logea quelques hommes, et
dressa son camp sur le pla^au. On assure que sHl fut tombé à l'improviste sur la capitale , il eût pu s^en emparer sans'peine au milieu du tumulte des cérémonies religieuses et civiles, car on y célébrait la Fête-Dieu (i), et hi les périb de la guerre, ni la proximité de Tennemi , n'avaient empêché les habitans de faire la procession du roi René, laquelle fut toujours pour eux la plus importante de toutes les affaires nationales. Le ti2 , d'Épernon ordonna à Mesplez d'aller attaquer avec une colonne d'infanterie le couvent des Capucins et l'hôpital St.-Jacques, deux postes situés hors des remparts et d'où il était facile d'incommoder les assiégés. De La Salle et d'Âlamanon sortirent delà ville à la tête de leurs compagnies, pour défendre ce couvent et cet hôpital gardés par les soldats du seigneur de Luines et du capitaine Volonne d'Apt. Après un combat sanglant, les royalistes furent repoussés. Deux cents de leurs cavaliers, étant allé butiner le long de la rivière de l'Arc, trouvèrent quelques pauvres moissonneurs qu'ils pendirent aux premiers arbres qu'ils rencontrèrent (a). Le a5, d'Épernon fit descendre ses troupes dans les vallons, tirant dé l'est à l'ouest entre les chemins de Puyricard et des Pinchinats, et vint asseoir son camp sur le plateau de Saint-Ëutrope, d'où il com-
(i) Gaufridi , t. ii , liv. xnr.
(i) HoD. Bouche , t. ii , liv. x, Sjix.
mença à battre la ville avec sept grosses pièces d'artillerie. H y construisit à la hàle des maisons entourées de remparts, donna h cette forteresse en forme de ville le nom de Cité Valette on de Ville d'Aix supérieure, et y plaça le siège de deux consuls de son parti , portant le chaperon de vdours violet comme les consuls de la capitale.
Les habitans d'Aix, secondés par une garnison pleine de bravoure, se défendaient avec autant de vigueur que d'intelligence, sous le commandement du comte de Carces, général en chef de la ligne provençale. Une commission de salut public veillait au maintien de l'ordre , cUrigeait tooles les affaires d'administration et de police. Elle était composée de deux ecclésiastiques, de quatre magistrats, dont deux choisis parle parlement, et les deux autres par la cour des comptes , des cinq capitaines de quartier , de trois gentilshonunes et de plusieurs consulaires (i).
Les assiégés avaient plaoé sur Farchevédié et sur la terrasse de l'église de Saint-Sauveur des canons qui répondaient au feu du camp de Saint- Eutrope. Un éclat de pierre brisée par un boulet fracassa la tête de Raimond Chavignot , troisième consul d'Aix. En général l'artillerie, dont on se ser* vait fort mal, £esait peu de ravages dans la ville. Seulement les toits et les cheminées des maisons
(i) On appelait Consulaires ceux qui araient paasc parle coasulat.
sonfifraienl beaucoup. Mais les ligueurs ne restaient pas toujours derrière leurs murailles. Us sortaient quelquefois, et il y avait alors des rencontres meurtrières entre tes deux partis. Le dud d'Épernon y perdit ses meilleurs hommes d'armes et quelques-'uns de ses plus vaiHans capitaines , entre autres Mesplez , La Fraissinière et le baron de Montaud. Tous tes bourgeois étaient soldats (i), et il y avait un si bon ordre dans la cité que les tribunaux ^'interrompirent pas pendant un seul jour te cours de la jtistice. Le matin au palais on entendait tes causes, et l'audience levée, tous les hommes de robe couraient à l'efnnemi (a). Les femmes même, quand on fêsait une sortie, allaient se jeter daqs la mêlée , pour encourager les défenseurs de la foi et leur fournir des rafraîchissemens (3). Une de ces femlnes ayant donné à boire par mégarde à un soldat des troupes ennemies , rompit sur sa tête te broc qu'elle portait et le tua siir la place (4).
Lé duc d'Épernon , qui ne s'attendait pas à une défense si vive, envoya dans la ville un prêtre de Carpentras pour faire des propositions de paix.
(i) Les royalistes de rarmée du dac d'Épernon les appelaient ttcntofii , éeritoires. ]&i général ils douBaknt ce nom à tous le» ba* bitans d'Aix^ considérés comme lettrés.
(a) Pitton , ouv. cité , liv. iv.
(3) Hon. Bouche , ibitL
(4) Pitton , éid.
Mais les deux partis ne purent s'entendre , et les
hostilités recommencèrent.
Saint-Roman^ de Crozes et le baron d'Oyse entrèrent dans Aix j suivis d'un renfort de bonnes troupes. Jamais les ligueurs de cette capitale n'avaient montré plus d'exaltation , plus de con- 6ance en eux • mêmes. Un de leurs soldats , Êiit prisonnier par les royalistes , recouvra sa liberté moyennant une rançon , et vint fournir au comte de Garces des renseignemens d'une exactitude parfaite sur la situation des ennemis. U désigna l'en* droit où la tente du duc d'Épernon se trouvait placée. Il dit que tous les jours f vers les deux heures après midi , ce général se délassait au jeu dans un pavillon voisin. Le 1 5 juillet ^ pendant que d'Épernon jouait avec le seigneur de Vala voire, en présence de Saint-Vin cens, de Montpesat, du Poûet, de Torrètes, de La Bory et de Charpeil , deux pièces de canon placées par les habitans d'Aix sur la plate-forme de Villeneuve, forent pointées si juste, qu'un boulet emporta Saint-Vincens, fit voleren éclats la table et d'autres meubles, et blessa le duc si grièvement qu'on le crut mort pendant quelques heures (i). On le transporta à Pertuis, et ses médecins déclarèrent que sa blessure n'était pas mortelle. Ses lieutenans de Gistillon et de Passage prirent le conimandement du camp deSt.-Eutrope.
(i) Louyet et Gaufridi, loco citaio.
Le comte de Carces , croyant les royalistes découragés par Fabsence du duc d'Épernon , fit plusieurs sorties qui n^eurent aucun succès. Au commencement du mois d'août onrecommen^ àparler d'une trêve, et te lieu des conférences fut fixé à Éguilles. La commission de salut pubKc nomma neuf de ses membres qui furent le chanoine Cadedet, d'Arnaud et de Thoron, conseillers aa parlement, Galice, conseiller aux comptes , le consul duPérier, Forbin La Fare, Ahimanon, Châteauredon et Fabri de Fabrègues* Elle leur donna des pleins pouvoirs pour traiter de la paix , à la charge pourtant de ne rien conclure avant d'avoir communiqué les conditions à tous les chefs de famille delà capitale assemblés dans. un conseil général. Le duc d'Épernon, qui vaquait aux affaires de son gouvernement, bien qu'il ne fut tout-à-fait guéri deses^blessures, choisit pour ses mandataires Forbin-Saint-Canat, Passage, Péraud, Monroi et Tabaret. Le 8 du même mois^ les députés des deux partis se rendirent au lieu indiqué et rédigèrent un projet d'armistice durant lequel les ligueurs et les royalistes demeureraiait maitresdes places qu'ils possédaient. Suivant ce projet, d'Épernon devait être gouverneur , mais il ne pouvait entrer dans la ville d'Aix qu'après l'expiration de la trêve. A cette époque il devait démolir la forteresse Saint- Eutrope, et promettre de ne faire aucun changement dans la religion ni dans^ Tordre civil. Leduc
appronva ces articles , et par ordre du parlement le conseil^général des chefe de Ênnille se réunit le 1 5 août au réfectoire d^ Âugustins. Jamais on n'avait vu une délibération plus tumultueuse. Des énergumènes , armés de bâtons et d'épées, forcèrent à la retraite les hommes les plus sages , et euxmêmes ne pouvantVentendre, renvoyèrent la décision au parlement auquel ils adjoignirent , pour cette affaire y le comte de Garces, les consuls-procureurs et vingt notables. Tel était l'état dés choses, lorsque Bonnet , secrétaire du comte de Garces , apporta la nouvelle que le a3 août le roi Henri IV avait abjuré publiquement l'hérésie à Saint-Denys, entre les mains de l'archevêque de Bourges , et que Mayenne avait signé une trêve de trois mois. G'était l'événement le plus heureux qu'on pût désirer. Aussi le peuple d'Aîx fit éclater des transports bruyans d'allégresse. Le parlement publia la conversion du roi et la trêve générale dans une audience solennelle, en présence de l'évêquedeSi»» teron , du comte deGarces, des consuls-procureurs, et de mille chefs de fisimille qui pleuraient de plaisir et se livraient à desembrassemens patriotiques. Des hérauts - d'armes parcoururent la vilk au milieu d'une foule immense, ^ l'on remercia Dieu dans l'église métropolitaine, au son des cloches, au bruit des fanfares et de l'artillerie.
Le même jour, le comte de Garces fit demander au duc d'Épernon s'il n'avait pas l'intention de
DE FReiTElICE. 375
mettre aussitôt fia à toote hostiltté. Le duc lui
répondit qu'il se reœtait des ordres que du roi.
Le 29 , de PttlTiael, geBtfflhouuBie duOauphiné^ kn
apporta une lettre dHeari IV qui iui ordoanait
de suspendre la guerre. Après avoir fiiit vérifier ia
trêve au patiemenl royal de Manosquùe, Pulvind
▼iaC à Ait et y fitt accueilli avec de grands hott*
nears« Aussitàt ligueurs et royalistes ^ habîtans de
la ville et soldats du caaap de Saiut-fiutrope^ tous
également &tigués d'une lutte homicide où vain^
queurs et vaincus recevaient d'égides blessures ,
tous ensemble) sans distiaction d'âge ni de condi**
tion sociale 9 tous se mêlèrent dans un beau mou->
vendent de réconciliation fraterneUe, tous oublié**
rent leurs soufïrances devant la perspective riante
d'un avenir Consolateur. Après cet élan de joie,
le dîxc d'Épernon désira d'avoir une cooférenee
avec le comte de Caroes. Les deux chefs la fixèrent
au 6 septembre^ entre le camp et la ville. Le duc
s'y rendit accômpagtié daPulvineletde quelques^
uns de ses gentilshommes. Le comte y fut suivi du
président Duchaine^ de l'évéque de Ststoron, des
procureurs du pays et des notables de la capitale.
Le premier' voulait continuer les fortifications de
son camp ; }e second au contraire demandait qu'elles
fussent démolies^ Comme.ils tie purent s'accorder
sur ce point, ib convinrent que chaque parti
enverrait un député à son chef; savoir y le duc
d'Épernon au roi , et le comte deCarces au duc de
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Mayenoe, afin qu'on réglât à^ Paris la conduite que les deux commandans devaient tenir en Provence. £n même temps^Forbin-Saint-Canat fut chai^de veiller au maintien de la trêve et de juger comme arbitre les différends qui pourraient s'élever (i).
Il eût fallut de part et d'autre beaucoup de tolérance et de ménagement, car tout n^était pas terminées France; il n'y avait qu'une suspension d'armes entre Henri IV et le duc de Mayenne. A Paris, le légat de Clément YHI, au lieu de favori* ser l'abjuration du monarque français , avait défendu d'assister à la cérémonie, et ce Pape luimême se montrait inflexible. L'on rencontrait une foule de fanatiques qui refusaient de croire à la sincère conversion du bon roî. Plusieurs théologiens écrivaient avec un redoublement de frénésie, et des prédicateurs se livraient à des déclamations furibondes. En ces conjonctures orageuses^ Gilbert Génébrârd , ancien moine bénédictin deRiom ^l'un des plus furieux ligueurs de Paris, fut nommé par le Pape à l'archevêché d'Aix, à la place d'Alexandre Canigeani qui venait de mourir à Rome. Ce prélat turbulent prit possession de sa dignité le 19 sep* tembre iSgS. Une cessa d'outrager le roi et de souffler le feu de la révolte. Ses fureurs insensées empêchèrent la pacification du pays.
Une autre cause retarda cette pacification désî-
(i) Hon. Bouche, loco cktUo, -^ Papon , U vr, liv. xiii;
rée. La conduite du duc d'Épemon fesait beaucoup de mécontens , même parmi les personnes de son parti. En effet, il commettait des exactions énormes et blessait Torgueil national des Prorençaux. Il avait à sa suite une multitude d'étrangers, presque tous gascons , intrigans sans doctrines politiques , sans conviction i^ligteuse , lesquels fesaient métier de la guerre , se ruaient à la curée des bons emplois j et poursuivaient la fortune à travers les malheurs publics. Un royaliste de premier rang , le seigneur de Janson, de llUustre maison Forbin, étant allé visiter le duc d'Épernon , avait été reçu avec froideur, et souvent il lui était arrivé de se promener, en attendant Taudience , dans la salle ou dans la cour de l'hôtel , tandis que la porte (du cabinet était ouverte aux capitaines gascons. Tja noblesse provençale était ti^p fière pour pardonner ces oo* trages.
La disposition des esprits était telle que la pré* sence du duc d'Épemon ne pouvait faire que du mal à l'autorité royale elle-même. Les seigneurs provençauxde l'un et del'autre parti s'expliquèrent mutuellement leur position et leurs intérêts» Tous ensemble ils promirent d'oublier leurs querelles de secte et de se réunir contre l'ennemi commun^ C'est là précisément ce que voulait Henri lY, cpii avait résolu de destituer d'Épernon ; mais il ne le pouvait faire qu'avec beaucoup de ménagement et d'adresse, parce que ce grand seigneur jouissait d'un
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crédâl; consklérable et se voyait àe piM £oateiui par le connétable de Moatmoreocy son parent. Le roi ordonna à Lesdiguîères d'appuyer de toutes ses forces les geotilshomLfnes provençaax contre le duc d'Ëpernon , et ce fidèle serviteur envoya en Provence denu cents cavaliers soms les ordres de Vinlimille-Tourves. De son côté d'Épernon fit des recrues dans la Saintonge , mit en bon état de défense son caoïp de Saint-£utrope ^ et passa dans le Languedoc pour voir Montmorency qui lui avait donné rendez-vous à Pesenas. Pendant ce temps, la révolution se préparait. Elle éclata le ao novembre, et Forbin-Saint-Canat en donna le signal. Forbin- Soint-Canat mit hors de Pertuis la garnison épernonienne, et fit crier par le peuple : f^iwle Roiî vwe la Liberté ! Le marquis d'Oraison , Yalavoire et DescorteSy qui commandaient à Maoosque, à Saint-Maximin et à Digne , suivirent cet exemjde. A. l'arrivée de Forbin-SoUers , pèrede Forbio>Saint- Canat 9 le peuple de Toulon prit les armes ; quelcpies hommes périrent dans ce premier tumuke, et les soldats qui purent se soustraire aux iiireurs de la multitude^ allèrent se jeter dans la citiadeHe bâtie par La Valette quelques années auparavant d'Ëscaravaques y qui avait le ccmimaQdemeDt de la ville, était le gendre de Forbîn-Soliers ^ et dirigeait lui-même le mouvement iosurrectlooneL La citar délie était défendue par an capitaine gasoon, nommé Signac. On la battit pendant trois jours
avec quatre gros canons, et Ton se servit aussi, pour la foudroyer , d'un vaisseau anglais qui se trouvait dans le port. Lorsqu'une brèche fiit fisiite , on donna un assaut général , on tua sur place une partie des assiégés , et Signac fut ùàt prisonnier. Un Toulonnais, appelé Bonnegracei s'avança aussitôt et se mit à lui dire : Ah ! poltron , te voilà donc ici? — Compagnon , répondit Signac , dix noiille écus ne sauveroot-ils pas la vie d'un gentiU homme ? Bonnegrace lui répliqua qu'il en avait plus que lui, et en même temps il lui déchargea sur la tête un coup de pertuisane. Un maçon , nommé Olivier Gras ^ acheva Signac à coups de levier de fer (i). Au milieu de l'attaque, Descaravaques reçut un coup d'arquebuse à la jambe et «a mourut bientôt après. Le peuple toulonnais , ivre de sa victoire , se mita démolir avec tant d'ardeur cette citaddle menaçante , construite pour le brider , qu'ea peu de jours il la rasa de fond en comble (a). La ville et le château de Tarasoon se dé« darèrent aussi contre le doc. Trets , Gardanne f Éguilles, Marigiiane et Cabrières chassèrent à leur tour les garnisons ennemies. Saint-Roman , qui commandait à Salon , s^empàra de Pélissane par surprise, pendant la nuit , et massacra tous les soldats du duc qui tombèrent soiis sa main. La
(i) César NoetratUmans, ouv. àté , S* partie.
tour de.Bonc et les Martigues Grent aussi leur moti«-
veraent et reçurent les troupes du comte de Caroes.
D'Épernon , à la première nouvelle de cette insurrection imprévue , leva dans le Languedoc quatre cents hommes de cavalerie , et passa le Rhône en toute diligence. Au milieu de la confusion générale ^ les seignenrs provençaux , ligués contre lui^ nes'étaient guère avisésdes'opposer àsa marche. Au mois de décembre , d'Épernon arriva au camp de Saint-Eutrope et releva par sa présence le courage de son armée. La ville d'Aix se vit de nouveau menacée. Le comte de Garces en sortit, accompagné du marquis de Villeneuve-Trans , Forbin-Soliers , Forbin-Saint-Canat et douze autres gentilshommes. Il se rendit avec eux à Pertuis^ où il trouva le marquis d'Oraison, et tous ensemble ils concertèrent les moyens de chasser le duc de la province.
Le 3 janvier 1594 , une assemblée des chefs ligueurs et royalistes se réunit à Aix, sous la présidence du comte de Garces, et délibéra de reconnaître Henri IV roi légitime de France et dç Navarre; de demander à ce prince Toubli du passé, le rap* pel du duc d'Épernon , la confirmation des privilèges du peuple provençal , l'exercice exclusif du culte catholique. Deux jours après, le conseil-général des chefs de famille d'Aix adopta par acclamation l'arrêté des seigneurs. Les procureurs du pays portèrent ensuite cet arrêté au parlement, et en sollicitèrent l'homologation. La cour rendit un
arrêt par lequel elle ordonna à tous tes tiabitans de la province d'obéir à IJenri IV, sous peine d'être punis comme perturbateurs du repos public^ Cet arrêt portait aussi injonction à tous ceux qui suivaient les étendards du duc d'Épernon ^ de regagner leurs foyers^ dans le délai de huitaine i et d'y rester soumis aux ordres de la cour.
La décision des magistrats fut reçue avec de» transports de joie, et Ton nomma le conseiller Joannis de Châteauneuf , le seigneur de Forbin- Janson , le consul Dupérier et l'avocat Fabri de Fabrègues , pour porter au roi les témoignages de fidélité du parlement d'Âix , de cette capitale en particulier et.de la province entière. £q vain l'archevêque Gilbert Génébrard, toujours phis séditieux, toujours plus fanatique, s'écria que bien que Henri lY eût fait profession de la foi catholique, on n'était pourtant pas obligé de lui obéir, jusqu'à ce que le Saint Siège eût approuvé sa conversion ; en vain il fit assaut de violence dans l'exercice de son ministère, force lui fut d'à-» bandonner son poste , et il se réfugia à Marseille avec Masparaut, maître des requêtes, que le duc de Mayenne avait envoyé dans cette ville pour y administrer la justice.
D'Épernon reprit les hostilités contre la ville d'Âix qui déjoua tous ses efforts. 11 eut plus de succès au village d'Ëguilles qui se rendit après trois coups de canon. Les habitans furent pendus ou
passés au 61 de Tépée. Saint-Cammt fut beaucoup plus heureux , car sa petite garnison put sortir avec les honneurs de la guerre, Lambesc, Marignane, Trets, Saint-Maximin et Rians ouvrirent leurs portes. D'Épernon retourna an camp de JSaint-Eutrope pour faire une dernière tentative contre la capitale : mais cette tentative ne lui réussit pas mieux que les précédentes.
Le parlement d'Aix et le comte de Carces réso-' lurent de convoquer les états-généraux du parti royaliste, pour que ce conseil national prît toutes les mesures exigées par les circonstances. Comme on l'a vu, le royalisme s'était déplacé. U se trouvait maintenant sous les drapeaux des seigneurs ligués contre d'Épernon , et il avait pour adversaire ce gouverneur, bien que le roi n'eût pas encore osé le destituer. Les états se réunirent à Atx le 8 mars 1694 y sous la présidence du conseiller de Rascas. L'assemblée ne fut pas nombreuse. Le marquis d'Oraison, en parlant de la justice de sa cause, s'éleva à de beaux mouvemens d'éloquence entraînante , ou du moins à ce que les passions politiques, plutôt que le bon goût, regardèrent comme tel. On délibéra la levée de douze cents chevaux et de huit mille hommes d'infanterie. U fut arrêté, en outre, qu'on solliciterait les secours de Lesdiguières. En même temps le duc d'Épernon tenait à Riez l'assemblée des communautés de son parti. Lui aussi, mauvais discoureur, vint prononcer sa
harangue^ et b colère seule la hii founiit. Il représenta l'noioD des gentilsbowines proYençaiix comme Toeurre mons^ueuse des ennemis du roi et de la patrie , comme nne ligue pins coupable que celle qui se trouvait Ibrmée par le fanatisme religieux.
Celte dernière ligue tenait encore an sol provençal par d'asseat fortes racines, puisqu'elle régnait à Arles et à Marseille.
Deux ligueurs arléstens de la pins basse extrae^ ti€m opprimaient alors leur patrie et l'emplissaient de calamités. On les nommait Latouche et Conque. Avant que le malheor deatemps, ou si Ton veut, le caprice de la fortune, les eût poussésau pouvoir, ils gagnaient misérablement leur vie, le premier comme cliapeKer, le second comme pécheur. Ces humbles conditions ne les contentant pas, ils cherobèrent dans la guerre civile un sort plus favora* ble, et ils s'érigèrent en chefs de séditieux, traînant à leur suite cette tourbe <ie gens sans aveu, que l'esprit de désordre trouve si fiicilement disponibles dans les grandes villes , ce tas d'hommes perdus de dettes et d'honneur qui ont appétit d'anarchie. Latouche et Conque s'opposèrent aux ordres du parlement d'Aix touchant la reconnaissance d'Henri de Bourbon; et le conseil de villey délibérant sous le joug de leur autorité tyrannique, décida qu'il fallait attendreravis du duc de Mayenne. Ces deux hommes, toujours plus puissans, firent
soulever la milice et une partie du peuple contre les consub Balthazar de Quiqueran, Charles de Piquet, Marc Gallon et Vincent Aubert. Us atteu* tèrent même à la vie de ces deux derniers. Aubert^ qui avait conçu le projet de se délivrer de ses ennemis , se hâta dans l'exécution. U eut plusieurs conférences avec Nicolas Jean^ bourgeois fort accrédité dans4a ville et fort zélé pour le rétabUssement de la magistrature consulaire. Il engagea le père Fouque à parler en chaire des violences dont il avait été victime, et ce prédicateur, bien aise de le servir, eut le courage de déclamer contre les deux tyrans dans un de ses sermons. U toucha, il émut; tous ses traits atteignirent le but de ses désirs. Latonche et Conque comprirent qu'il allait prendre des précautions sans tarder davantage. Le a4 février ils assemblent leurs amis, leur distribuent des armes, vont se saisir de THôtel de Ville, font des barricades aux avenues. Durant ce tumulte, Nicolas Jean appelle à lui ses deux beauxfrères, s'empare de l'église de Saint-Georges et s'y fortifie. En même temps le consul Aubert, le chaperon sur la cuirasse, va par la ville pour animer les bons citoyens. Plusieurs personnes de qualité viennent bientôt le joindre. Escofier et Robert de Chavari lui amènent des hommes armés. De toutes parts on vole à son secours, et dans peu d'heures il se trouve à la tête de mille défenseurs. Une troupe de partisans de Latouche et de Conque
dressent de$ barricades au quartier de lia Roquette^ sous les ordres d'un nommé Leucate. Les deux partis ne tardent pas à se livrer un combat sanglant où cinquante hommes périrent de part et d'autre, et parmi eux le fils d'A^ubert. Les consuls victorieux rentrèrent dans l'Hôtel de Ville. Latouche et Conque allèrent se retrancher dans plusieurs maisons qu'ils percèrent pour communiquer de l'une à l'autre. 11 fallut employer le canon pour forcer cette espèce de citadelle, et la plupart des prisonniers furent passés au fil de Tépée. Latouche reçut un coup de mousquet qui lui cassa les deux jambes. On le saisit, on le porta dans les cachots avec trente-trois de ses complices. Conque parvint à s'évader par le toit d'une maison et sut toujours se soustraire aux recherches de ses ennemis (i).
Le lendemain, les consuls d'Arles assemblèrent le conseil municipal et y firent approuver leur conduite. On noqima trois commissaires pour instruire le procès des rebelles avec la plus' grande diligence. Le 12 mars au matin, le lieutenant criminel Fauchéry, assisté de sept avocats qui lui servaient d'assesseurs, et suivi du capitaine Raybaiid à la tête de sa compagnie bourgeoise , se rendit au Palais de Justice et prononça le jugement contre les factieux. Latouche et cinq de ses com-
(i) GaufHdiy loco ciutto.