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plices furent condamnés à être pendus et ensuite traînés dans la ville. D'autres furent envoyés aux galères à perpétuité; et le jour même le bourreau deBeaucaire fit sa charge (i).
Le royalisme n'avait rien gagné à cette révolution locale^ car les vainqueurs et les vaincus appartenaient au parti de la ligue. Le a5 mars, jour des élections municipales, on nomma consuls Nicolas Jean , de Bindrai , Guillaume d'Antonelle et de Monde. Nicolas Jean voulut imiter l'audace de La touche qu'il venait de renverser. Il rendit la liberté aux prisonniers condamnés au& galères, et permit à un factieux de monter sur un âne et de faire le tour de la ville en criant : marche , iVbvarre (a). Cette insolence indigna une partie du peuple et toute la noblesse, principalement Charles de Saint-Martin, Robert de Chiavary et Antoine d'Antonelle. Cependant Nicolas Jean comprima tous les efforts des royalistes qui dévorèrent leurs affronts en silence.
A Marseille, Charles Casaulx, premier consul, exerçait une véritable dictature populaire, au nom de la ligue religieuse dont néanmoins il était indépendant. Détesté par les classes riches , il avait les faveurs de la multitude et nourrissait de grands projets. Il s'était associé Louis d'Aix en qualité de
(i) De Lalauzière , HUt Ghronol. d'Arles. (a) Par allasion k Henri IV , roi de Navarre.
DE PROTENCE. 38?
Tiguier; mais celui-ci, toujours humble et sôumis, ne le gênait eu rien dans son allure despotique. Ces deux hommes bravaient les entreprises de leurs ennemis, et leur main vigoureuse avait toujours su détourner les traits lancés contre eux. Le sultan Amurat III les engagea dans une lettre à se soumettre à leur roi légitime, sans doute sur la prière de l'ambassadeur français àla cour deConstantinople (i). A Finstigation d^un banni , nommé Porcin, quatre conspirateurs, cachés dans une maison sur la place Neuve , où Casaulx se promenait tous les soirs, firent feu sur lui simultanément, le manquèrent 9 mais tuèrent à ses côtés son cousin Jean Altovitis. Les gardes du premier consul pénétrèrent aussitôt dans cette maison, massacrèrent lai assassins et jetèrent leurs cadavres par les fenêtres. Peu de temps après, Casaulx trouva le moyen de s'emparer du fort de Notre-Dame-de-la- Garde, et y plaça son fils Fabio avec une garnison dévouée (2).
Au commencement du mois d'avril, Henri IV, qui venait d'entrer à Paris, envoya en Provence un gentilhomme nommé Jean de Lafin , avec ordre d'examiner la situation des choses (3). Lesdigoières, appelé pour combattre d'Épernon^ parut devant
(i) Papon , t. xy, Iît. xii.
(2) Mon Hist. de Marseille, t. ii , Ut. v.
(3) Pitton , ouT. cité , Ut. it.
Pertuisà la tête de cinq cents hommes de cavalerie et de quinze cents arquebusiers. 11 réunit ses troupes k celles du comte de Garces , et ces deux chefs vinrent attendre du côté de Senas le ducd'Epernon qui avait onze mille combattans sous ses ordres. Tandis que les deux armées s'observaient, il y eut plusieurs escarmouches. Dans l'une d'elles Castellane-Besaudun, qui s'était réuni au comte de Garces, fut pris par un capitaine ennemi. On le conduisit au duc d'Épernon qui le fit tuer d'un coup de pistolet en sa présence.
Les deux armées n'en vinrent pas aux mains. Le commissaire royal publia, le premier mai 1594^ une trêve qu'elles acceptèrent. D'Épernon entra dans la ville d'Aix et y fut bientôt suivi de Lesdiguières. L'existence de deux parlemens dans la même province n'était plus qu'un contre-sens funeste, et le parlement de la capitale se décida à envoyer des députés vers celui de Manosque, pour l'engager à la réunion. Le 6 juin, les magistrats de Manosque se rendirent à Âix et y furent accueillis au milieu des applaudissemens , car le peuple croyait voir dans leur retour un gage de concorde et de tranquillités La nouvelle compagnie , formée des deux cours souveraines, vérifia, le 27 du même mois, un édit par lequel le roi confirmait les franchises du pays et les privilèges de la ville d'Aix. Il maintenait les décisions judiciaires, excepté celles que les deux parlemens avaient rendues l'un contre
l'autre oa contre les membres eugagés dans le parti opposé. Enfin il accordait un pardon général pour tons les crimes commis dans la chaleur des guerres intestines.
Le duc d'Épernon persistait à rester dans son gouvernement. Lesdiguières et de Carces, fatigués de tant de délais, conçurent le dessein de détruire la forteresse de Saint-Eutrope. Mais ils voulurent y être autorisés par le parlement , lequel exigea que Lesdiguières lui en fît la demande par écrit; ce chef ayant présenté sa requête , la cour rendit, te lo juillet, un arrêt secret qui ordonnait la destruction de la forteresse. Lesdiguières et de Garces trouvèrent le moyen de s'en emparer par surprise. Toute la population delà capitale et des campagnes environnantes accourut aussitôt et se mit à l'œuvre de la démolition avec une ardeur incroyable. Trois jours après il n'y restait pas pierre sur pierre^
Lesdiguières reprit la route du Dauphiné, et le connétable de Montmorency, chargé par Henri IV de concilier tous les intérêts, tint à Beaucaire, le 121 du mois d'août 1594^ une assemblée où se trouvèrent, d'un côté, le duc d'Épernon et quelques gentilshommes de son parti, et de l'autre côté, les députés du parlement et de l'union d'Aix. Montmorency, n'ayant pu rétablir la paix, ordonna, le 19, que les parties se pourvoiraient devant le roi, et que cependant par provision il y aurait une trêve de trois mois, pendant laquelle chacune d'elles gar-
derait ses places. Le 9 septembre , les états-généraux se réunirent à Aix , et, après de longs débats sur la situation du pays, ils résolurent d'accepter cette trêve.
L'archevêque Gilbert Génébrard, réfugié à Bfarseille 9 fesait tous ses efforts pour ranimer le feu de la ligue expirante. Saint- Roman ^ intraitable ligueur y réunissait à Salon un grand nombre de factieux. Arles, Berre et les Martigues restaient rangés sous les mêmes enseignes. A la demande de Charles Casaulx , ces villes envoyèrent des députés à Marseille. Tous ils promirent, sous la foi du serment, de ne point rompre la sainte union et de se prêter une mutuelle assistance. Mais leurs vaines clameurs , maïs leurs efforts stériles ne servirent qu'à mettre leur faiblesse à nu. Les temps étaient bien changés. Cette cause avait perdu son crédit, sa puissance , son prestige sur l'esprit du peuple. Elle s'éteignait faute d'aliment, et il ne lui était plus donné de remuer par la tempête les flots qui tous les jours se calmaient davantage.
Casaulx se voyait sans cesse menacé par des conspirateurs pleins d'audace. Suivant une ancienne coutume , le viguier et les consuls de Marseille allaient, pendant les trois fêtes de Noël, se prosterner vers le soir devant le Saint-Sacrement exposé dans l'église des Prêcheurs. Deux moines dominicains, Brancoli et d'Atria, jetèreift sous les bancs du choeur un pétard qui devait Élire
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sauter Casaulx et Louis d'Aix lorsqu'ils seraient venus s'asseoir. Brancoli fit quelques confidences à son beau-tfrère nommé Bequet y et celuinci mit Casaulx sur la voie de la conspiration tramée con« tre lui, mais à condition que Brancoli aurait la vie sauve. Ce moine reçut en efiet son pardon ; maiad'Âtria et un marin convaincu de complu cité furent pendus , leurs cadavres brûlés et les cendres jetées au vent (i).
Henri IV ordonna une prolongation de la trêve entre lés royalistes de Tunion d'Àix et les troupes du duc d'Épernon. La nouvelle en fut portée en Provence le 5 janvier iSgS. Des députés du parlement et de la capitale se rendirent à Brignolles pour la notifier au duc; mais cdui^ci, profitant de la supériorité qu'il avait acquise, devint de plus en plus exigeant. Sa conduite excita dans la ville d'Aix une indignation générale. Le parlement convoqua les chefs de l'union royaliste , et cette assemblée délibéra de faire une guerre à mort au duc d'Épernon. De son coté, le duc, toujours plus ferme dans ses projets , pcit le lieu de Gaubert, y massacra tous 1^ soldats qui l'avaient défendu , fit raser le château de La Garde près de Dragui* gnan , mit à feu et à sang le bourg de La Valette , ordonna au mestre de camp Belloc, capitaine gascon 9 de ravager le territoire de Toulon et d'y *
(i) G^uftidi 9 1. II » lîv. »T. *^ Hiil. de UAneUie, t. n, li?. ▼.
couper les oliviers. Ses ordres furent exécutés
impitoyablement.
Le 4 mars, le parlement fulmina un arrêt contre le àxxc fauteur des troubles et adhérant aujc ennemis de F état. D'Épernon , poussé à bout, prit la résolution de se ranger du côté des ligueurs, et fit un traité d'aliance avec Mayenne qui déployait encore le drapeau de la révolte dans son gouverne* ment de Bourgogne. Sur ces entrefaites, de Carces alla mettre le siège devant Salon, toujours occupé par Saint-Roman. Il se rendit maître de la viJIe par surprise et força Saint-Roman de se réfugier au château. Vitelli , gouverneur de Berre pour le duc de Savoie, changea de système en voyant changer les circonstances. Il s'unit au duc d'Épernon , et prit les armes contre le comte de Carces dont il avait été Tami jusques alors. Le parlement Supplia Lesdiguières de venir défendre la Provence contre les ennemis du roi , et ce général , qui ré» pondait toujours à Tappel quand on invoquait son dévouement et son courage , vola des frontières de la Savoie à Salon pour secourir le comte de Carces pressé d'un côté par la garnison du château dont il formait le siège , et de l'autre par l'armée du duc d'Épernon campée devant la ville. Il y jeta un renfort et retourna vers la Savoie où d'autres soins l'appelaient. D'Épernon , désespérant deprendre Salon , se retira précipitamment à Rognes pour défendre les places de sa dépendance que les
royalistes menaçaient. Après son départ , deCarcés tourna toutes ses forces contre le château qui capitula le 117 avril. Saint-Roman sauta une muraille assez élevée, se cassa une jambe dans sa chute et put se traîner assez loin pour ne point tomber dans les mains de ses ennemis (f ).
Le roi , mal affermi sur le trône , voulait user de tous les ménagemens compatibles avec sa dignité. Il envoya en Provence Dufresne , secrétaire de ses commandemens, pour s'informer de l'état des affaires. Ce commissaire eut une conférence avec le duc d'Épernon à Peyroles et le suivit jusqu'à Saint-Maximin. Là il lui déclara que l'intention de Henri IV était qu'il sortît de Provence , parce que ce prince en avait donné le gouvernement à un autre. D'Épernon répondit qu'ayant acquis un gouvernement difficile j aux dépens de sa fortune , au prix du sang de Lavalette son frère , de ses amis y de ses meilleurs soldats , il ne voulait pas l'abandonner , et qu'il plaçait toute sa confiance sur son bon droit et sur ses armes. Dufresne lui ayant dit que s'il n'obéissait pas promptement le roi viendrait en personne pour le punir de sa désobéissance: « Qu'il vienne , répliqua le duc transporté de fu- « reur, qu'il vienne, je lui servirai de fourrier, flt non pour marquer les logemens, mais pour les «c brûler sur son passage. » Cependant d'Épernon,
(1) Loavety loco citato.
pluscalme, signa une trêve de deux mois. Dufresne, profitant de cemomentdepaix^envoyaun trompette à Casaulx et à Louis d'Aix, pour leur remettre des lettres d'Henri IV. Le trompette, rencontrant Louis d'Aix qui revenait à pied de sa maison des champs suivi de quelques amis y lui donna les lettres royales. A cette vue , d'Aix pâlit de colère ; il ordonna que le trompette fut aussitôt pendu ; mais, sur les représentations de ses amis , il se contenta de lui Éaire couper les oreilles (i).
Le roi fit prolonger la trêve jusqu'au mois de novembre ; mais les deujc partis, ne pouvant rester dans les bornes de la modération, firent de temps en temps des courses toujours funestes à Tun des deux. De leur côté, quelques membres de l'église troublaient encore le pays par leur fanatisme insensé, et le parlement se vit obligé d'user de rigueur contre eux. Le roi nomma bientôt à l'archevêché d'Aix Hurault de L'Hôpital, plus connu sous le nom deVallegrand. Mais les fureurs croissantes deGénébrard quirésidait toujoursà Marseille obligèrent Henri IV de donner des ordres au parlement de Provence pour qu'on procédât contre lui selon les règles ordinaires. Les élémens d'accusation se présentèrent en abondance. Il fut prouvé que ce prélat était l'auteur d'un livre contre la monarchie; qu'il avait été l'un des membres les plus actife du
(i) Gaufndi, lococUato,
Conseil des Seize à Paris; qu'il avait fomenté la rébellion à Aix et Élit tousses efforts pour que cette ville ne retournât pas sous Fobéissance royale. La Cour le bannit à perpétuité du royaume y avec défense d'y retourner , à peine de la hart. De plus, elle confisqua tous ses biens et condamna son livre aux flammes.
Au mois de septembre , Henri IV, vainqueur du duc de Mayenne au combat de Fontaine-Française, fit un voyage à Lyon , accompagné de sa cour 9 pour traiter avec le duc de Savoie et pour s'occuper desaffaires de la Provence et du Dauphiné. Val* legrand , nouvel archevêque d'Aix , le comte de Carces , quatre députés ilu parlement , deux de la cour des comptes, le marquis d'Oraison, de Sainte- Croix, premier consul de la capitale, et l'assesseur Meynier de Saint Lambert se rendirent auprès du roi pour le supplier de mettre fin aux malheurs de la province. Le duc d'Épernon prit aussi la route de Lyon pendant que Henri IV en sortait pour aller dans la Picardie. Il rencontra à Valence le connétable de Montmorency , de Fresne, le marquis de Pisani et le seigneur de Roquelaure qui lui ordonnèrent , de la part du roi, de remettre son gouvernement à Charles de Lorraine^ duc de Guise^ fils àaB€dafré.
Le rappel du duc d'Épernon excita dans la ville d'Aix un contentement général. Quelques jours après ^ le cardinal d'Aquaviva, légat d'Avignon, fit
annoDcer que la Cour de Rome venait de se réconcilier avec le roi, et cette heureuse nouvelle augmenta la joie populaire. La ville d'Arles ne tarda pas de se déclarer pour le bon Henri. Le consul Nicolas Jean, gagné par ce prince /n'attendait que le moment favorable pour se donner à lui, lorsque le seigneur de Beines et Robert Quiqueran de Beaujeu parurent avec une écharpe blanche dans Téglise métropolitaine au milieu d'une foule considérable. Des cris de Fiue le Roi retentirent de tous côtés 9 et le peuple, fatigué delà tyrannie des ligueurs, proclama sans obstacle l'autorité du monarque qui mettait son bonheur à fermer les plaies du pays. Le lendemain les consuls réunirent le conseil municipal , et l'on y résolut d'envoyer quatre députés à Henri IV pour lui prêter serment de fidélité. Pendant trois jours, sous un soleil brillant, la religion ajouta l'éclat de ses pompeuses cérémonies au spectacle des réjouissances publiques; et quand la nuit venait jeter son voile sur. tant de scènes variées, la ville, gardant encore ses ornemens de fête , se montrait resplendissante de feux de joie et de lumières symétriques (i).
D'Épernon , abandonné de la plupart de ses partisans, ne céda pas à sa mauvaise fortune, etvoulut prolonger une lutte désespérée. Pontevès-Buoux,
(i) Nostradamus , Honoré Bouche et Gaufirldi , loco cUato, — Saxi , Pot^f, jârelat.
arborant l'étendard royal , rangea sous 1^ lois d'Henri IV, Moustiers , Riez, Aups, Castellane. Le capitaine Boyer soumit Olioulles, le Bausset, 6émenos, Ceyreste, et fit crier /^«Ve le Boi sur tous les lieux de son passage. En même temps , le duc de Guise entra en Provence avec cinq mille hommes d'infanterie et quatorze cents cavaliers. Lesdiguières fit aussi son entrée en qualité de lieutenantgénéral du nouveau gouverneur, pour pacifier plus tôt le pays. Il prit le chemin de Forcalquier, et de là il se dirigea vers Sisteron que les soldats du duc d'Épernon occupaient encore. Cette garnison se rendit sansopposer la moindre résistance. Grasse gémissait sous les violences d'un chef nommé Laplane qui la commandait au nom du duc de Savoie. Plusieurs capitaines placés sous ses ordres , Jean Claude, Jean Robert, Antoine Sufroin de Riez, César de Puymoisson, Granier et Sauvaire, formèrent un complot pour se défaire de ce tyran. Pendant que le duc de Guise s'approchait de la ville, Granier entra dans la chambre de Laplane, le tira parla barbe, et lui dit : Compagnon^ il faut mourir (i). En même temps il lui donna deux coups de poignard dans la poitrine. Jean Robert le renversa la tête contre terre, et les autres conjurés le percèrent de mille coups. Ils se rendirent auprès des Consuls, lesquels parcoururent aussitôt la ville
(x) Gaufiridi , ibid.
en criant Fwe le JRoil et le duc de Guise qu'ils ap* pelèrent y arriva aux acclamations du peuple entier. Il donna le commandement de la place à Pontevès-Buoux, et en sortit peu après pour continuer ses travaux.
Il entra dans la capitale vers le milieu du mois de décembre 1595. Le 1 8, il vint s'asseoir à sa place de gouverneur devant toutes les chambres du parlement assemblé y et Tavocat-général de Laurens prononça un discours sur les espérances de repos et de bonheur que la nomination du nouveau chef inspirait si justement. La cour enjoignit à tous les gascons de sortir de Provence, de remettre dans un délai de huit jours aux officiers du roi les places qu'ils occupaient , sous peine d'être poursuivis sui« vant toute la rigueur des lois. Elle ordonna en outre à tous les gentilshommes et gens de guerre de venir prêter serment de fidélité devant elle et de n'obéir dorénavant qu'au duc de Guise. Lesdiguières arriva à Aix à peu près en même temps que le gouverneur, et bientôt 11 en sortit pour souûaettre les Martigues et Marignane. Ensuite il alla défaire dans le territoire d'Auriol un gros de cavalerie du duc d'Épernon. Lui et le duc de Guise poussèrent une reconnaissance jusque sous les murs de Marseille ) et ne tardèrent pas à rentrer dans la ville d'Aix où les états-généraux devaient se réunir. L'assemblée vota des subsides pour l'entretien de six mille hommes de pied et de quinze cents chevaux
D'Épernon^ toujours plus opiniâtre dans ses desseins, bien qu'il ne pût raisonnablement con* server aucune espérance de succès , se tenait en-* fermé dans Brignolles, et la haine des Provençaux s'accumulait sur sa tête. Un paysan » nommé Bergue, du lieu du Val, formale projet d'attenter à sa ¥ie, et ne craignit point d'exposer à la mort une foute d'autres personnes, pour satisfeire le sentie ment de vengeance qui consumait son co^r comme une fièvre ardente. Il remplit deux sacs de pou* dre à canon, disposés de telle manière que lorsqu'on les délierait, une ficelle ferait partir un artifice qui s'y trouvait caché. La communauté du Val devait deux charges cte blé au nommé Roger dans la maison duquel le duc avait son logement. Bergue vint lui annoncer qu'il était chargé d'acquitter la dette, et en effet il apporta les sacs & l'heure où d'Éper^ non se mettait à table. Il les plaça dans le vestibule, sous la salle où le duc allait diner , et contre un mur mitoyen qui soutenait le plancher de cette salle. Bergue sortit ensuite. Un peu plus tard , sa* chant queie duc était à table, il donna une pièce d'argent à l'un des valets du logis et le pria d'aller ouvrir un des sacs. En même temps, il s'éloigna en toute hâte ; le valet, déliant le sac, tira la ficelle qui mit le feu à la poudre. L'explosion fit sauter le plancher en l'air, et tua beaucoup de monde. Le malheureux valet ne fiit pas épargné. D'Épernon, retenu par une poutre, eut quelques meur-
trissurés et la moitié de la barbe brûlée (i). Bergue courat à Aix publier la mort du duc qu'il croyait assurée 9 et le peuple reçut cette nouvelle avec des transports de joie ^ comme si son ennemi n'eût pas été victime d'une trahison infâme , comme s'il fut tombé sous une arme courtoise. Passions aveugles des partis! Triste morale qui préfère l'utile à l'honnête ! Le peuple d'Aix fut bientôt détrompé sur la mort du duc d'Épernon; et ce seigneur dont le courage ne fesaitpas défaut, mais qui ne voulait pourtant plus le prodiguer au service d'une cause perdue, désira trouver le moyen de sortir du pays, sans compromettre son caractère et sa réputation. Lesdiguières , après avoir soumis à l'autorité d'Henri IV plusieurs places de la Haute Provence, revint à Aix pour faire vérifier par le parlement ses lettres de lieutenant-général. La cour demanda le consentement des états, à l'instigation du^ comte de Carces et du marquis d'Oraison qui aspiraient à la même place et la voyaient avec peine dans les mains d'un étranger professant la religion protestante. Lesdiguières fatigué des traverses qu'il essuyait sans cesse, dégoûté des intrigues qui s'agitaient autour de lui , retourna dans le Dauphiné où l'on savait mieux conserver le souvenir de ses services.
(i) Voyez tous les anciens historiens de ProYcnce.