C6 HISTOIRE
souverain, accueillant, les plaintes légitimes des magistrats qui rendaient la justice en son nom, déclara par arrêt du conseil y k la date du 3o no* vembre i633 , qu'à lui seul il appartenait decasaer les arrêts des cours souveraines ; ota au maréchal la connaissance du guet dans les villes qui n^étaient point places de guerre, lui laissa la juridiction des patrouilles dans tous les lieux où il y avait garnison y et le droit exdusif de permettre lea assemblées des communautés 9 excepté lorsqu'il s'agirait d'affaires litigieuses. Alors c'était au parlement à permettre ces réunions , à la charge par lui d'en donner avis au gouverneur. Louis XIII enleva aussi au maréchal le pouvoir arbitraire qu'il s'était arrogé dans Félection des consub; et comme sa présence pouvait causer de nouveaux malheurs , il lui ordonna de se rendre à la Cour. Le hiarquis de Saint'-Chaumont fut envoyé en Provence avec la qualité de lieutenant du roi y et chargé du commandement provisoire.
Le maréchal ne se hâta guère d'obéir , et Saint- Chaumont arriva en Provence au mois d'octobre 1634. Partout sur son passée il y eut de bruyans transports de joie , qui n'étaient qUe l'explosion des sentimens de haine à l'adresse du gouverneur. Le commandant provisoire n'osa pas entrer à Aix où Vitry se tenait toujours. Il alla droit à Toulon et s'établit ensuite à Hyères. Il y resta comme assiégé , et le maréchal , dominé par une inconce-
vable frénésie, entreprit même de le faire enkver pendant la nuit. Mais les habitans d'Hyères s'ai^ notèrent pour défendre le commandant , et cette tentative coupable tourna à la honte de son au* teur. Saint-Chaumont se plaignit au parlement et aux pro€ureur$ du pays. Le parlement rendit aus* sitôt un arrêt qui enjoignait aux gentilshommes et seigneurs feudataires de la Province ^ à tous les gouverneurs de plac^ et châteaux , à tous les of^ ficiers ^ consuls et habitans des villes de prêter main-forte au lieutenant du roi contre Us entrù^ prises des étrangers et perturbateurs du repos public. On comprend aisément quel est celui que le padement voulait désigner sous ces dénominations. Ensuitela compagnie envoya versSaint- Chaumont le président de là Roque , deux conseillers et le procureur général j pour l'a^su^rer de la protection des corps judiciaires. En même temps la province lui députa un des procureurs du pays et un grefBer des états pour se tenir auprès do sa personne. De tout côté on lui ofiEHt des secours. Le maréchal voyant bien, dans cette situation des esprits , qu'une plus longue résistance serait aussi dangereuse qu'inutile, prit enfin le parti de se rendre à la Cour .
Les remontrances du parlement d'Aix , les cris accusateurs de la nation provençale semblaient iné* vitablemenl attirer sur le maréchal de Vitry une disgrâce (Complète. Mais ce gouverneur avait du
crédit , et Finflexible Richelieu aurait cm ùAre une concession dangereuse en le sacrifiant à la colère publique. D'ailleurs , comme il Favait lui-même pourvu de cette charge importante , il ne voulait point faire l'aveu pénible d'un mauvais choix et d'une erreur. Il en coûte à tous les hoitimes de détruire leur ouvrage , et lorsque les gouvernans sont engagés dans une voie mauvaise, ils n'en sortent qu'avec répugnance , dominés qiAls sont par une fausse politique et par un misérable oi^eil. Le maréchal de Vitry obtint son pardon et retourna tHomphant en Provence, tandis que Saint-Chaumont reçut urie destitution brutale.
Le cardinal de Richelieu , au milieu des cabales et des conspirations qui se formaient sans cesse contre lui, poursuivait avec une constance inébranlable le cours de ses grands projets politiques, parmi lesquels il plaçait en première ligne l'abaissement de la puissance autrichienne. Il souleva contre elle une partie de l'Europe et déclara la guerre à l'Espagne sous le plus frivole prétexte. En cette conjoncture, les Impériaux et les Espagnols s'uni«> rent pour conjurer l'orage d^nt ils se voyaient menacés. Ces derniers envoyèrent dans la Méditerranée une armée navale, pleine de iX)ntianc6 et d'espoir parce que les Français n'avaient aucune force à leur opposer dans les ports de Marseille et de Toulon, Le i3 septembre i635, les ennemis afttaquètrent l'tle Saiute-Marguerite et s'en rendirent
maîtres le lënd^iiain. Ik emportèrent aussi 111e de Saiot-Honoraty et fortifièrent ces deux iles que le gouvernement français avait laissées presque sans défense. Les Espagnols se tournèrent ensuite contre le village de Cannes et le fort de la Croizëtte. Mais ils en furent repoussés par les efforts réunis de Saint-'Marc-Chasteuil, de son fils le^ baron de Châ* leauneuf , de Yilleneuve-Mons et de Grasse-Roquebrune. Le maréchal de Vîtry , qui se trouvait alors à la Tour-^AigueSy vint fixer son quartier-général à Cannes , où il convoqua la noblesse «t les milices du pays. Secondé par le zèle patriotique de' d'Autric-Vintimille, de Julianis , de MathuronrSaligmic et de Balthazar Bouche , consuls-procureurs , il pourvut à la sûreté des côtes. C'est tout ce qu'il pouvait faire ^ car il fallait une escadre pour reprendre les iles d'Hyères.
De plus, la Cour de France avait besoin de fonds pour soutenir u^e guerre qui épuisait les finances , et l'on eut recours à l'expédient des édits bursaux. Ces édits créaient en Provence des offices de trésoriers y de greffiers^ de receveurs des épices, un siège de judicatureà Riez et des droits' jusqu'alors inconnus ;sur les cabaretiers. L'exécution en fiit confiée à l'abbé de Beauvau , évéque de Nantes. Ce prélat , nommé commissaire extraordinaire du roi , était aussi chargé de presser l'armement de plusieurs vaisseaux dans les ports de la Méditerranée. Aumoîside février i636 les états^^généraux
de Provenoe se réunirent à Fréjos. L'abbé da Bea»vau leur fit la demande d'un don gratuit pour les frais de la guerre et les besoins de Tétat. L'assemblée accorda douze cent mille livres, à condition que les nouveaux édits seraient supprimés. Le roi accepta le don , révoqua les édits, et fesant même ce qui ne lui était pas demandé , il confirma toutes les franchises provençales par lettres«-patentes du i8 avril de la même année.
Cependant une escadre , armée dans les ports de l'Océan , se préparait à mettre à la voile , sous les ordres du comte d'Harcourt Elle était composée de cinquante-neuf vaisseaux , chai^^ de six mille sept cents combattans et d'une formidable artillerie. Henri de Sourdis , archevêque de Bordeaux , s'y était embarqué en qualité de chef du conseil de la marine. Vers la fin de juillet cette Botte longea les c6tes de Provence, et fut jointe par l'escadre sortie de Toulon sous le commandement du marquis de Pont-Courlay. On y comptait douze galères , un galion , quatorze vaisseaux, plusieurs brûlots et petits navires. Les Espi^ols avaient dans les eaux de Provence vingt-deux galères et cinq vaisseaux qui ruinaient le commerce marseillais. Ije duc de Femandines en était l'ami^ rai. A l'approche des Français l'armée navale d'Es-' pagne s'enfuit vers Gênes. Les-troupes du maréchal de Yitry , les vaisseaux du comte d'Harconrt et du marquis de Pont-Courlay se préparèrent à l'attaque
des îles SaiBie*Bfar|[ueriile el Saiiil-dIODorat y défeti* dti^ par deux mille Espagnob. Le 8 décembre ^ les généraux réunis en conseil de guerre, au château de Cannes y délibéraient pour assurer le succès de cette entreprise. L'archevêque de Bordeaux y assistait. Une contestation s'éleva entre le maréchal de Yitry et le comte d'Harcourt, msdfaeureusement divisés par cet esprit de jalousie et de rivalité y si funeste en tout lieu mais surtout dans les camps. L'archevêque de Bordeaux voulut prendre part à la querelle, et peut-être le fit-il avec une chaleur dé;placée. Quoiqu'il en soit, Yiti^, toujours irascible Bt brutal, traita le prélat de cagot (i) , et le frappa d'un coup de canne. Le conseil se sépara aussitôt saisi d'étonnement et de douleur. La plupart des gentilshommes, voulant donner au gouverneur une marque éclatante de mécontentement, abandon*nèrent les drapeaux.^Les milices se débandèrent, et l'expédition , qui s'annonçait d'abord sous de brillans auspices , fut renvoyée k des temps plus heureux (a).
Elle intéressait trop le patriotisme provençal pour qu'on ne la reprît pas avec ardeur. Au retour du printemps , 1687 , le pays tout entier s'y porta avec un dévoûment admirable. Le parlement donna vingt-quatre mille livres, la cour des comptes
(i) Pîtton, ibid.
<a) Bimche f C it.
72 HISTOIEE '
qoîm» mille. Les diverses sénédiaussôes contribué» renl suivant leurs faeultés ; les corporations s'im* f^oserent des sacrifices proportionnés à leurs richesses. La TiUe d'Âix fournit six mille livres , de la poudre, des munitions, cent cinquante charges de blé et cent mousquetaires entretenus pour deux mois* Marseille donna tfente mille livres et des munitions pour six mille; Arles , du blé pour la valeur de trente mille livres. Toulon , Hyères et Olioulles fournirent deux mille quatre cents hommes sur «ix vaisseaux frétés à leurs dépens. Dragutgnan en arma quatre cents avec leur G^bsistanoe. Le boui^ de Biot , dans h viguerie de Grasse , en envoya trois cents y entretenus pour un mois. De plus, le parlement ordonna qu'on inscrirait à son greffe le nom des gentilshommes déjà employés à Texpédition^ et en même temps il enjoignit à tous les autres nobles , capables de porter les armes , de joindre les drapeaux français sous peine de flétrissure. Tous répondirent à cet appel y et Ton vit le vieux seigneur de Romolles, âgé de 94 ans, se présenter pour combattre , malgré la présence et les supplications de sas trois fils.
Le a8 mars, lestroqpes de débarquement , protégées par la flotte , s'approchèrent , sur des bateaux légers^ de File Sainte-Marguerite que défendaient cinq forts construits par les Espagnols avec des lignes de communication. Le régiment de Vaîllac descendit le premier. Le plus petit des forts fut
DE PROVESrCE. 73
eofrporté d'emblée , et les Français te Telranchèrent dans 111e , se liTtant aussitôt à des travaux de siège. Trois autt-es forts ie reodîrent tout à tdur. Lécia^ qtûàme fit ime résîstdDoe opimàtra. Les Esps^ncds y avaient rassemblé toutes leurs forces sous le commla.nd6il)eint de don Mi^eLPeréz de Gôua , et iU ne l'évaouèreilt que le ta mai» avec tous les honneurs de la guerre. Le lendemain, l'île Saint- Honorât fut investie par la flottejrançaise, el: le comte d'Hari:ourt y débarqua douze cents hom* mes. U n'y avait qu'un .seul fot*!, lequel capitula le 1 5. Plusieurs Provenons de distinction , empor* tés par leur ardeur guerrière , perdirent la vie à l'attaque des deux iles , entr'autres Gaspard de Séguiran, le cheyidier de St.-Tropez^ Thorenc, Mazaugues , Lioux , Bonfik, de Puget > Bdlon , d'Isnard, de Rousse. D'antreay reçurent des blessures plus ou moins graves^ et parmi eux l'on cite de YiUeneuve-Flayose, Roquebrune , le baron de Forcalqneiret, de Yalbelle j Saint-Antoine de Sis* teron , Louis Félix de Marseille. D'Aiguières-Mé^ janes , premier consul d'Arles , combattit à la tête de la milice de cette ville ^ et quoiq«e blessé , il se fit porter à la brèche. -
Peu après , d'autres Provençaux payèreAt aussi à la patrie une dette de sang^ L'armée navale de France donna la chasse à une escadre espagnob de quinze galères et la joignit près de Gènes. L'acharnemeot'fiit égaKde part et d'autre , le choc terri-
74 msTonŒ
ble et su^^tant. Les Français perdirent trobgatères
et les Espagnols six. Cosme <le Yalbelle, d'Arèoe >
Monier , Montolîeu j le baron de la Garde ^ Gmra-
mond et Fortia-Formlle tombèrent de la mort des
braves.
Après tant de dévoûment^ de sacrifices , la Pro^ ▼enee espérait être déchaînée de Fenfretien des garnisons françaises. Mais la sobsislance de plusieurs régimenai fut encore laissée à sa charge. Les consuls*procureurs s*y opposèrent de toutes leurs forces y parce que les états -généraux n'avaient pas voté cette dépense^ qui dès-lors était illégale. La CotiTj irritée d'une opposition consciencieuse^ mé^ dita de nouvelles attaques contre la constitution provençale. Elle obtint du conseil d'état un arrêt qui sé|>arait du consulat d'Aix la procure du pays, et en fit une commission royale qui ne fiit attHbuée qu'à des hommes servilement dévoués aux caprices ministériels. L'arcltevéque d'Aix , l'assesseur Jullianis, et de Piles, gouverneur du Ghâteaud'If , furent investis de cette charge , jusque-là si honorable , et qu'on voulait dénaturer au point d'en faire un ayeugk instrument d'arbitraire* En même tea^^s 1^ trésoriers généraux reçurent l'ordre d'asseoir -sur la Provence l'imposition destinée à l'entretien des troupes , si mieux animaient y les nouveaux procureurs du pays, la répartir eux-mêmes. Tous les Coeurs provençaux sentirent cette injure« Et vraiment il y avait de quoi s'éknouvoir ,
DE WlOVia?CE. 75
de quoi s'indignek* à titre légitime. Une chose était évidente ; la Cour, dans la langue série de ses empiétemens déloyaux , tenait plus à tirer rançon du pays qu'à détruire ses privilèges. En fin de compte ses entreprises lui amenaient toujours des sub« sides. La ville d'Aix se hâta de députer au roi le eonsulaire Oaufredi. Louis XIII écouta ses plaintes. Mais il ÊiUut encore se résoudre à des sacri^fices. On convint que la province entretiendrait un certain notilbre de régimens , et à cette condition le consulat d*Aix fut rétabli dans ses prérogatives.
L'on eut bientôt une satisfaction plo^ grande. L'outrage reçu en plein conseil de guerre par l'archevêque de Bordeaux avait ttop fait de bruit et de scandale en France pour y rester couvert du voile de Foubli et de l'impunité. ïje moment approchait où Vitry , reconnu pour incorrigible , devait enfin porter la peine de ses etnportemens et de ses excès. Son protecteur , lé cardinal de Richelieu ) fut le premier à provoquer sur hii là sévérité du monarque , et le maréchal fut rappelé pour rendre compte de sa conduite. Tandis qu'il allait à St.-Germatn pour tâcher de se justifier auprès de Louis XIII, des gardes l'arrêtèrent sur la route lé ay octobre 1637, et le conduisirent à la Bastille , d'où il ne sortit qu'après la mort du premier ministre.
Le caixlinal de Lyon , l'archevêque de Bor-
deaox et le comte d'Harcourt solltcttèreDt le gouvernement de Proirence. Chacun d'eux fit valoir ses titres , mit en mouvement se& amis y usa de tous ses moyens d'influence pour obtenir cette place importante. Mais le roi la donna à un autre seigneur qui ne s'était pas mis sur les rangs et qui fut surpris de cette Êiveur inattendue. Cétait Louis de Valois^ comte d'AIais , fils du comte d'Auver«> gne, prince légitimé de France (i).
Ce nouveau gouverneur arriva en Provence au commencement de l'année j638. Il n'était à Aix: que depuis quelques jours , lorsque le prince Casimir, frère consanguin de Ladislas VII, pqi de Pologne, fesant route sur ifne galère génoise vers le Portugal , où il allait exercer les fonctions de viceroi f descendit à St.-Tropez , visita successivement Toulon et Marseille, se rembarqua, et fut bientôt forcé, par le ^lauvais temps, de relâcher à la Tour de Bouc. Le gouvernement français, reprochant sans dpute à ce prince d'avoir examiné trop attentivement les fortifications de Toulon et de Marseille, ordonna au comte d'Alais de le constituer prisonnier. D'Alais chargea Chantereine, capitaine de ses gardes , d'exécuter cet ordre ^ et Casimir fut transféré daps la citadelle de Sisteron , puis conduit à Vjincennes. Les ministres l'interrogèrent , et bien- Ci) Le comte d'Alais était petit-fiU do roi Charle» IX et de Marie Touçbet de la ville d'Orléans.
tôt après on le rendit à ta liberté ^ comblé de présens et d'honneurs.
La France, encore accablée du poids d'une longue guerre, avait usé ses dernières ressources financières, d'ailleurs Richelieu ne ménageait pas, comme Sully , les reveniis de l'état , et l'économie ne convenait point à son faste. La Ck)ur avait toujours plus obtenu des pays d'état que des provinces sans représentation politique; ce qui ne doit étonner personne, parce que l'expérience démontre que les gouvernemens absolus sont presque toujours à bon marché , et que la liberté se paye cher. Cependant tous les genres d'impôt avaient été déjà mis en usage , et Richelieu recourut derechef à un expédient qui n'était pas nouveau , mais qui uvait au moins le mérite d'avoir toujours réussi en Provence. Il créa de nouveaux offices , persuadé que le pays , pour s'en délivrer , ferait offre d'un don gratuit , selon ses habitudes. L'édit du mois de mars i638 créa trois corps judiciaires , l'un à Aix , l'autre à Forcalquier, le dernier à Draguignan. Ces tribunaux n'étaient propres qu'à réduire l'autorité du parlement d'Aix en diminuant sa juridiction. Chacun ^]enx fot composé de deux présidens, de douze conseillers, d'un procureur et d'un avocat général. Le parlement refusa de vérifier-l'édit ; mais le roi en ordonna l'enregistrement au grand conseil, et chargea de Lauzun , conseiller d'état, de le faire exécuter. De Lauzun arriva à
78 HISTOmB
Forcalquier au mois de mars 1639. Il y trouva le conseiller de Gautier et le procureur général de Gant^y députés du parlement, lesqueb lui notifièrent l'opposition de cette compagnie. De Lauzun leur en concéda l'acte , mais en déclarant que c'était sans préjudice de sa commission à laqueUie il allait incessamment procéder. En effet , il parvint en peu dé temps à organiser les présidiaux de Forcalquier et dç Draguignan ; mais celui d'Aix présenta plus d'obstacle. Tous les officiers de la sénéchaussée firent signifier leur opposition , et le parlement chargea le premier président de Bernet et les conseillers de Perier et de Valbelle d'aller demander eu Cour la révocation de l'édit. Ces magistrats traitèrent avec la Cour sans consulter l'opinion publique, et ils obtinrent, au mois de juillet 1639^ la suppression des présidiaux, en proposant aix-mémes l'établissement des experts jurés et des auditeurs des comptes tutélaires , en titre d'office , au nombre -de cent quatre-vingtneuf, sans compter trente grefiSers. lie gouvernement accepta cette offre. C'était une transaction dérisoire , une moquerie révoltante. En effet, la création de la plupart de ces offices datait de sept ans, et les états assemblés à Brigoolles l'avaient bit révoquer moyennant finance/Le parlement d'Aix , qui ne craignait rien tant que les présidiaux^ n'écouta dans cette question que la voix de son intérêt et de son oi^ueil. Il enregistra l'édit,
malgré la faible opposition de quelques-uns de ses membres. Mais des murmures énergiques s'élevèrent dans la province; et la Cour , qui après tout tenait beaucoup plus à l'argent qu'à l'exécution de cet édit, le révoqua en recevant une somme consi. démbfe.
Au milieu de ces attaques continuelles , où l'es^ prit des libertés provinciales luttait avec désavan*^ tage contre le génie du despotisme ministériel , les états-généraux vinrent faire un triste naufrage. Ils avaient tenu leur dernière séance à Âix en février 1639^ et s'étaient prononcés avec énergie contre la création des nouveaux ofRces. La Ck>ur n^osa pas les supprimer entièrement ^ parce qull est vraisemblable que la Provence n'eût pas souffert cet.attenfat à sa constitution respectée. Mais on n'en conserva que l'image. On cessa de les convoquer , sans qu-'aucun acte en prononçât l'abolition, et ils furent remplacés par les afssemblées générales des communautés , qui exercèrent à peu près les mêmes pouvoirs , et devinrent à leur tour une représentation nationale statuant sur Timpôt. L'assemblée des communautés , moins nombreuse et moins imposante que les anciens états , était com* posée de l'archevêque d'Aix , président , des trois consuls et de l'assesseur de cette ville, procureurs du pays nés , de deux évéques y procureurs joints pour le dergé-y de deux possédans-fiefs , procu^ reurs joints pouf la noblesse , de vingt-deux dépu-
tés des chefs-lieux de chaque viguerie , et de quinze autres députés des principales communes (i), fesant en tout quarante-six votans (a).
D'autres orages se préparaient. Vers la fin de la même année^ le ministère créa deux sénéchaussées nouvelles , Tune à Sisteron et l'autre à Castelanne. Le ressort de ces tribunaux fut formé aux dépens des sièges de Forcalquier , de Draguignan et de Digne. En outre on institua vingt-neuf bur^oix de comtmissaires-priseurs^ établis en diverses villes de la province pour estimer lés biens provenant des héritages acceptés sous bénéfice d'inventaire et tous autres biens vendus par autorltédè justice. Peu après , le comte d'Alais , excité par sa femme qui venait de se brouiller avec la première présidente du parlement d'Aix, fut bien aise de contrarier l'époux de ceUe-^^ en obtenant l'érection d*une chambre des requêtes , destinée .à faire paHie de la cour souveraine et chargée déjuger ce^ines causes en première instance. Le parlement de
(i) Tons ces dépiués étaient ordinaîrement consolfl.
(a) Les Terres Adjacentes étaient réprésentées dans cette assemblée par les consuls d'Arles et de Marseille , jamais ensemble , mais à tour de rôle. Ces mandataires étaient sans yoix délibératiye dans les affaires générales , et on ne les consultait que par déférence. Maik leur suffrage comptait dans toutes les questions qui intéressaientune portion du territoire provençal comprise sous le nom de Terres Adjacentes. Tel avait toujours été leur droit aux états-généraux, et ce droit ne leur fut jamais dilaté dans les assemblées générales des communautés « ...
DE WlOVEN€E. 81
Paris et celui de Rouen avaient ^ depuis quelques années ^ une chambre semblable. Celle d'Aix fut érigée par édit de janvier i64o. Le comte d'Alais^ jaloux de consolider son ouvrage , associa quelques magistrats à sa vengeance , en leur persuadant que les offices des requêtes leur seraient avantageux, parce qu'au lieu de n'introduire leurs enfans dans la magistrature qu'en leur résignant leurs charges, ils pourraient leur donner un siège sans se dépouiller eux-mêmes. D'un autre côté, le premier président , ne négligeant rien pour paralyser les efforts de ses ennemis , fit comprendre à la plupart des mttibres de sa compagnie que la trop grande multiplicité des offices causerait un immense préjudice au tribunal suprême. Aussi les chambres réunies délibérèrent que des remontrances seraient rédigées et qu'un député de la cour irait les déposer au pied du trône. Mais l'édit était déjà scellé , et plusieurs des charges dont il portait création avaient été vendues, entr'autres celles du président , acquise par l'assesseur Gaufridy.
Le 4 février , Cazet de Vautorte , commissaire du roi avec le titre d'intendant de justice, entra dans le parlement , fit défense de s'assembler sans un ordre exprès du prince , et ajourna au grand conseil, auprès duquel il exerçait lui-même les fonctions d'avocat général, les conseillers de Laurens et d'Anlelmi , ardens adversaires de la
ir. 6
nouvelle création. Le 8 mars , le gouveniear et l'intendant se rendirent au sein de la compagnie pour y promulguer Tédit. Les gens du roi conclu* rent à Tenregistrement, sans préjudice des remontrances que la cour se réservait d'adresser au roi. On passa ensuite aux opinions , et le président Duchaine venait d'accorder la parole au doyen , lorsque, le comte d'Alais ordonna au gre£Qer en chef d'enregistrer l'édit sur-le-champ. Celui-ci s'en étant excusé , le gouverneur fit remplir cette formalité par son secrétaire et leva la séance. Quelques jours après , treize magistrats (i) furent ajournés au conseil pour y rendre compte de leur conduite, et interdits provisoirement de leurs fonctions. En même temps on décréta de prise de corps le greffier en chef et l'un de ses commis. De Bernet lui-même , premier président, ne tarda pas j à Tinstigation du gouverneur , d'être la victime d'une politique violente. Une lettre de cachet vint l'arracher à l'inamovibilité de sa charge et lui assigna la ville de Bourges pour lieu d'exil. La chambre des requêtes fut installée. Mais les anciens magistrats du parlement , ne pouvant plus contester la juridiction des nouveaux officiers de
(t) Ce farent les conseillers d* Albert , Gourdon » Barr^me , d*Oppède, Valbelle, d* André , Milan , d'Arband , Cauyet , Perier , Saint-Marc et les deux Thomassin. Les greffiers décrétés de prise de corps étaient Etienne et Bonnet »
cette chambre, voulurent les tenir à distance , et s'opposèrent avec une frivole taquinerie au libre exercice de leurs droits honorifiques. Les querelles se prolongèrent au palais entre tous les hommes dérobe, mais sans retentissement au dehors, parce que l'intérêt public , l'honneur , la liberté, ces grands mobiles des passions nationales, n'étaient pas en cause. Au milieu de. la misérable lutte de quelques puérilités vaniteuses , RicheUeu expira, triomphant de ses ennemis, rassasié d'honneurs et de richesses , dépositaire inébranlable de «l'autorité souveraine. Quelques mois après (i), Louis Xin^qui n'avait rien su faire sans lui ,alla le rejoindre dans la tombe. C'était mourir bien à propos.
(i)Le amai 1643.