‹ Histoire de Provence (volume 4)Chapitre 43 sur 98 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

DaVair 9 premier président du parlement de Provence, est nommé garde des sceaux , ensuite il est sacré <évéque de lisieox. — LoQÎs Xm en Provence. — Contestation entre le pariement eC la cour des comptes. — Ravages de la peste. «-* Prétentions despotiques du cardinal Richelieu. — Attitude et résistance du pays. — Excès populaires. — Confédération des Cascaveous blancs et bleus. — Nouveaux désordres. — Triomphe des Cascaveous blancs — Arrivée du prince de Condé et pacification des troubles. — Vexations du maréchal de Tîtry, gouverneur. *— Mécontenlemens du pays. — Les Espagnols s'emparent des îles.d^yè^ res et les Français les leur repreoment. — Patriotisme des Provençaux dans cette guerre* — Yitry est remplacé par le comte d'Alais. — Nouveaux empiétemens du ministère sur les privilèges de la Provence. — Suppression des étatsgénéraux et lenr remplacement par les assemblées des communautés. — Mort de Richelieu et de Louis XIIL

I àh minorité de Louis XIII fut orageuse. Les protestans se laissèrent encore entraîner par l'esprit de révolte , et il y eut des mécontens audacieux

jusqu'au sein de la cour. Une de leurs principales demandes fut la convocation des états-généraux du royaume y lesquels se tinrent à Paris au mois d'octobre i6i4; et cette assemblée tumultueuse ne produisit que de vaines disputes et des remontrances stériles. La Provence, où la tranquillité ne fut pas troublée , envoya aux états l'archevêque d'Aix pour le clergé , de Villeneuve des Arcs et Matberon de Salignac pour la noblesse , La Motte Sabolin , premier consul d'Hyères^ pour les communes. La ville de Marseille s'y fit représenter en particulier par Théocrènede Glandevès, Balthasar de Vias et Léon de Valbelie.

Bientôt le roi devint majeur; mais le prince de Condé arbora derechef le drapeau de la révolte , et les embrasemens de la guerre civile s'étendirent dans le royaume. En ces conjonctures difficiles le chancelier de Silleri fut disgracié, et Louis XUJ donna les sceaux de France à Guillaume du Vair , premier président du parlement d'Aix. Toutes les corporations de cette capitale s'empressèrent de féliciter l'illustre magistrat. Du Vair se rendit au parlement pour en prendre congé. Le président de Bras et l'avocat général de Monnier lui exprimèrent , d'une part , les plus vifs regrets de le perdre, et de l'autre , la joie que son élévation fesait éprouver à tout l'ordre judiciaire. Au mois d'avril 1616, du Vair, allant prendre possession de sa charge nouvelle , sortit d'Aix accompagné

des consuls-procureurs , de Tévéque de Sisteron et d'une foule de gentilhommes dont la plupart le suiTirent jusqu'à Avignon. Au mois de septembre de la même année le prince de Condé (ut arrêté au Louvre , et Guillaume du Yair, ayant désapprouvé cet acte de rigueur j perdit les sceaux . Jeannin et Villeroi, ministres en crédit^furent aussi sacrifiés. On les bannit de Paris , et Richelieu , évéque de Luçon , fut nommé secrétaire d'état. Cependant la Cour continuait d'être agitée par des intrigues. Les plus grands seigneurs du royaume s'étaient réunis pour s'opposer aux projets ambitieux du maréchal d'Ancre. La fin tragique de ce Êivori rétablit tout à coup la tranquillité ^ et le roi se hâta de rappeler du Yair pour lui confier une seconde fois les sceaux. Ce digne chef de la magistrature française fit nommer d'Escalis de Bras premier président du parlement de Provence. Peu après, et toujours en 1617 , il fut sacré évéque de Lizieux. Quelques années auparavant, un magistrat au parlement d'Aix lui avait donné cet exemple. L'avocat général de Laurens , guéri des vanités et des plaisirs du monde, avait été promu par le roi à l'archevêché d'Embrun.

Le calme cependant ne régnait pas en France. Les catholiques exaltés demandaient la révocation de l'édit de Nantes, et 1^ protestans, menacés dans leurs privilèges , tenaient sur plusieurs points des assemblées séditieuses. Louis XIII était impatient

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de les abaisser , et ceux-'Ci , plëios de confiance en leurs forces ^ se préparèrent à la guerre «t choisirent le duc de Rohan pour chef. Le roi soumit dans le Poitou et dans la Guienne la plupart des villes qui voulaient se soustraire à son obéissanoe. puis il passa dans le Languedoc , fut obligé de lever le siège de Montauban , se présenta devant Montpellier également préparé à une défense opi«niàtre. Ce prince , qui avait cru marcher à des victoires faciles, ne montra plus que du découragement, et ses ennemis s'enhardirent de sa faiblesse. Bientôt on négocia. La paix se fit à des conditions avantageuses pour les protestans , qui obtinrent l'entière liberté de leur-culte et la paisible jouissance de leurs droits. Louis XIII se résolut alors à pousser jusqu'en Provence. Le 29 octobre i&a'k il passa le Rhône et fit son entrée dans la ville d'Arles. Le parlement et la cour des comptes y avaient envoyé d^ députés qui lé haranguèrent solennellement. Le lendemain il prit la route d'Aix. Les consuls-procureurs , qui l'attendaient à la porte des Augustins pour le placer sous un dais, le supplièrentde jurer le maintien delà Constitution Provençale. Il prononça le serment au milieu des plus vives acclamations. Un jeune homme, dans le costume des anciens grecs y monta sur un grand théâtre et lui déclama une pièce de vers provençaux faite par Claude Brueys^qui montrait dans les compositions de ce genre une facilité char-

DE MlOVEHCE. • W

tuante^ un tour d'esprit tout à feit agréable (i)» Lotris Xin se rendît ensuite à Marseille, y jura le maintien des franchiser municipales , et devint le héros des plus pompeuses fêtes. Aix pourtant l'emporta par la magnificence de ses hommages, et Fon assure que le monarque pix^nonça ces paroles : fai été reçu à Arles comme un gentilhomme , à Marseille comme un seigneur ^ mais à Aix comme un dieu (12).

Louis XIII alla visiter Saint-Maiiimin et se prosterna dans la grotte célèbre où l'on dit que Sainte Magdeleine versa sur ses faiblesses des larmes de repentir. Le roi sortit de Provence par Tarascon . Bientôt après il témoigna l'envie d'obtenir pour la reine mère quelques reliques de la pénitente dont il venait d'honorer la mémoire et il en fit adresser la demande au parlement d'Aix. Cette cour chargea aussitôt son premier président , un conseiller-derc et l'un des avocats généraux de se i*endre à Téglise de Saint-Maximin pour y prench'e une portion du dépôt sacré. Le peuple de cette ville voulut s'opposer à l'enlèvement , et les députés décrétèrent de prise de corps les plus mutins. En même temps la discorde éclata entre les deux compagnies souve* raines. La cour des comptes prétendit avoir seule

(x) Bineys était g^tilhomme d'Aix. Ses poésies sont imprimées, en un vol. in-i6 intitulé : Giardin dey Musos Provençales ^ dipisa in quatre pariidos ,

(a) Pitton , Hîst. tf Aix , liv. v.

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le droit de connaître de tout ce qui conceniftit les reliques de Saint-Maximin et chargea quelques* uns de ses membres d'aller en faire l'inventaire. Instruit de cet arrêt le parlement se hâta d'en ren* dre un autre par lequel de nouveaux commissaires furent nommés pour remplir la même mission. Trois ans après il y eut une rupture beaucoup plus grave entre le parlement et le duc de Guise. Ce gouverneur , voulant pourvoir à l'entretien des troupes j ordonna de lever un impôt sur les vigueries de Draguignan , de Grasse et de Saint-Paul , sans avoir obtenu des procureurs du pays l'autorisation qui seule pouvait le rendre légal. Mais la chambre des vacations y gardienne des lois nationales ^ défendit provisoirement cette levée et commença même une information. Le duc de Guise fiit obligé de rétracter son ordonnance. Seulement» pour épargner à son amour-propre une humiliation trop blessante y il donna à cet acte de révocation une date antérieure à l'arrêt du parleoàenl.

Bientôt ces rivalités disparurent devant un fléau destructeur , et l'on ne pensa plus qu'au salut commun. En i6di y la peste avait ravagé les Martigues, mais elle n'en put franchir l'enceinte ^ grac;^ aux sages mesures qui furent aussitôt prises. La sécurité régnait partout lorsque la contagion vint exercer ses fureurs dans la ville de Digne. Elley fut apportée au mois de mai 1629 par un marchand qui revenait de Lyon , et pendant quatre

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mois qu'elle dura , l'atmosphère fut embrasée, U chaleur devint suffocante , le ciel se couvrit d'épais et sombres nuages que la foudre sillonnait souvent. La nature sembla prendre un voile de deuil. L'inexpérience des médecins hâta le développement de cette crudle maladie qui s'annonçait avec d'af* freux symptômes y égarait Timagination , enflammait les sens et produisait des choses étonnantes . Un malheureux , atteint du mal pestilentiel , s'i^ magina qu'il pourrait voler , monta sur un lieu élevé d'où il prit son essor et se fracassa la tête dans sa chute. Un père infortuné jeta par la fenêtre son fils encore au berceau. Des personnes , portées à le fosse commune qui regorgeait de cadavres , donnèrent des signes de vie après plusieurs jours. Un homme laissé pour mort sur son lit de souffrance , se réveilla au bout de quatre jours , courut les champs , fit le prophète, prêcha la pénitence, et recouvra miraculeusement la santé (i). Digne, livrée à toutes les horreurs du fléau dévorant, n'offrait que des scènes de désespoir et de misère. L'épouvante gla-* çait les âmes , Tégoisme desséchait les cœurs, chacun vivait dans un isolement funeste, et ceux d'entre les malades qui pouvaient écouter la voit de la pudeur, s'enveloppaient eux-mêmes dans un linceul pour ne pas être ensevelis tout nus. Au milieu de la terreur générale la cupidité se montra

(i) Pierre Gassendi, yotitiaecclesiadiniensis^Depestilentidanni 1639.

hideuse. Les plu^mauraises passions vinrent se dé* ployer sur le théâtre affreux où la mort entassait ses victimes livides y comme si la perversité humaine , qui ne sait jamais faire grâce , devait constamment se mêler à tous les fléaux de la nature. Des malfaiteurs , encouragés par le sommeil des lois 9 pillèrent des maisons et s'abandonnèrent à tous les excès. Avant cette contagion meurtrière , Digne avait dix mille habitans. Sept mille cinq cents mounirenty et parmi eux il y eut plus d'hommes que de femmes , plus de jeunes gens que de vieillards. Les paysans qui gardaient les passages avaient pris la barbare résolution de livrer aux flammes cette ville dépeuplée, croyant éteindre le mal dans un si vaste embrasement. Mais ils y renoncèrent quand ils apprirent que plusieurs communes voisines venaient de recevoir les premières atteintes du venin pestilentiel.

La maladie se manifesta à Aix le 29 juillet de la même année. Le docteur Franc fut le premier à la reconnaître ; et pendant que les autres médecins y divisés en deux écoles, se livraient à de longues disputes sur des questions diverses , la peste , trompant les stériles efforts dekur science conjecturale^ allait sans cesse étendant ses ravages, et laxnortfe* sait sa moisson . Le parlement fit dire des messes à tous les coins des rues pour que chacun pût l'entendre de chez soi (i), -nomma des inteodans

(i) Pitton , ouv. cité , liv. v.

chargés de pourvoir à toutes les nécessités , prit enfin toutes les mesures de police exigées par ces circonstances calamiteuses. Rien pourtant n'adoudt la violence du mal ,,qui ne se calma qu'après avoir emporté douze mille personnes de tout âge , de tout sexe et de toute condition. Déjà les pre« miers citoyens , manquant de courage , avaient abandonné la ville. Le parlement résolut , à son tour, de se transporter ailleurs. Toutefois il ne voulut pas que la capitale restât privée de l'administration de la justice, et il chargea de ce soin onze avocats (i) auxquels il confia aussi Tin tendance de la santé. Le ^ti octobre , la compagnie ayant à sa tête le premier président Forbin-Maynier , baron d'Oppède , se rendit à Salon , après avoir envoyé à Pertuis une de ses chambres , sous la présidence de Coriolis , pour y connaître des appels des sièges de Digne, de Forcalquier et de tout le pays au-delà de la Durance. La coUr des comptes, entraînée par ce mauvais exemple, se retira à Toulon, et la sénéchaussée d'Aix alla siéger àTrets. L'assesseur Martelli et le consul Borilli restèrent à leur poste et bravèrent tous les dangers. Les autres deux procureurs du pays, Gaspard Forbin-la-Barben et Balthazar de Yeteris ^ sortirent de la ville ,

(i) GesavocâU étuent Loqaei , Fabri, GorioUs, Alazardî, BoiMieli, Vitalis, Bruis, Mimata , Dalmas, Roque et Fabrot. Il est bon de wppeler leurs noms à la reconnaissance publique.

soit que leur cœur faillît en ces momens critiques,

soit qu'il fallût ailleurs s'occuper des affaires de la

province.

Le parlement 9 malgré son absence , continua d'exercer la haute police dans la capitale où rien ne se fesait qu'en vertu de ses ordres. Chaque jour l'assesseur se rendait à la Barrière de Saint-Cannat pour conférer ayec les commissaires de la cour , et allait ensuite veiller à l'exécution de ce qu'ils avaient arrêté.

Les premiers symptômes du mal parurent àMar* seille le aa février i63o. A cette nouvelle sinistre , soixante mille habitans sortirentdela ville dans un désordre inexprimable, et plusieurs d'entre eux forent étouffés aux portes , tant la foule s'y pressait. Les chemins étaient couverts de malheureux de tout âge qui ne savaient où reposer leur tête tristement abaissée sous le poids des douleurs. Neuf mille Marseillais succombèrent. Les consuls Nicolas de Gratian et Léon de Valbelle, restés au foyer de la contagion , méritèrent bien du pays par la chaleur de leur dévouement , par la sagesse de leurs mesures. Après tant d'objets déplorables , après les scènes où l'égoîsme et la faiblesse viennent jouer leur rôle humiliant , il est bien doux de fixer nos regards sur des spectacles de philantropie et de courage.

Au mois de juillet i63o la peste disparut en Provence, mais elle ne s'en éloigna que pour céder

sa place à ua fléau presque aussi redoutable , au fléau des divisions intestines. Le cardinal de Ri* chelieu régnait alors sous le nom de Lotiis XIII ; et ce ministre impérieux j organisé pour la domination , voulait que tout cédât à ses désirs inflexibles, à sesTolontés absolues. Bien c'eût été chez lui, s'il n'eût fait emploi de ses facultés puissantes que pour triompher des résistances rebelles , pour abattre les derniers vestiges, d'une féodalité orgueilleuse , gênante pour les rois , funeste pour les peuples. Mais il fesait encore servir son pourvoir à des complots de tyrannie administrative , à des plans de fiscalité oppressive ; mais il brisait avec ^dédain tout ce qui pouvait comprimer ses mouvemens et son allure ; mais il n'avait aucun respect pour les franchises provinciales, pour ces garanties publiques qui maintenaient dans de juste bornes le commandement et l'obéissance ^ Lorsqu'on s'est abreuvé à la coupe du despotisme, on ne peut pas se préserver d'un ûtal enivrement. Richelieu , sans consulter les états de Provence , éleva à cent mille livres le tribut annuel de trentesix mille livres , dit du taillon , légalement établi vers le milieu du siècle précédent pour l'entretien de la gendarmerie. Peu après il établit aussi un impôt sur le sel , dont il augmenta le prix d'une double manière , en imposant la mesure plus haut et en la réduisant au tiers. Le cardinal alla beaucoup plus loin dans ses empiétemens sur les liber-

tés dû pays. Il créa de nouTeaux offices à. la cour des coDtiptes f au bureau des trésoriers généraux auxquels il donna une juridiction plus étendue; enfin il nomma des experts jurés et des contrat ieurs des greffes^ avec le droit d'exiger des salaires^ Cesi innovatioi^ fiscales excitèrent une alarn^e générale. Les états assemblés à Aix en i6a8 envoyèrent auToi f employé en ce moment au siège de la RocheUe, une députation composée de l'archevêque d'Aix , frère de Richelieu , de Castellane-Salernes et de Gaufridy ^ procureurs nés du pays ; du mar* quis de Forbin-Janson et du greffier de l'assemblée 9 pour obtenir la révocation des édits. On es* pérait beaucoup de l'archevêque d'Aix , mais ce prélat passa au siège de Lyon , et les autres députés n'eurent aucun crédit. D'Effiat^ surintendant des finances^ voulait leur donner audience en plein conseil , afin de simuler une instance judiciaire et de rendre contre la province un arrêt de condamnation. Mais ceux-ci ^ évitant le ptége , persistèrent à ne demander qu'une conférence ministérielle. Pendant long- temps on la leur promit ^ mais ils virent enfin que l'on se jouait d'eux et ils reprirent avec fierté la route de leur pays.

Sur ces entrefaites , la Rochelle , cette ville fameuse par sa puissance et par ses révoltes, ce redoutable boulevart du calvinisme français , se rendit après onze mois de résistance. Le cardinal de Richelieu, poussé à l'arbitraire par un succès

aussi briUant ^ ordonna la levée des cent mille livres de taillon , et augmenta de quarante sols Féroine de sel par un arrêt du conseil où Ton disait faussement que le pays avait été ouï. De plus il envoya un Commissaire spécialement chargé de l'exécution de ces ordres. Aussitôt les consuls^ procureurs protestèrent avec énergie. Sur, leur requête le parlement et la cour des comptes rendirent chacun unr arrêt portant dé^ fense de lever ces impôts violateurs de la constitution provençale. Il y eut à Aix une assemblée générale des communautés , et Ton y manifesta l'intention de transiger avec le commissaire royal ; mais comme celui-ci n'avait pas des pouvoirs sufBsans, les communautés se bornèrent à approuver l'opposition juridique des consuls-procureurs.

Bien que le calvinisme eàt reçu une blessure mortelle, il respirait encore en Languedoc par la fermeté de son chef le duc de Rohan. A la même époque le roi luttait en Italie contre la maison d'Autridie. Dans ces circonstances le cardinal de Richelieu fit demander aux états provençaux assemblés à Tarascon la somme de quinze cent mille livres, à défaut de quoi il les menaçait non-seulement des derniers édils, mais encore d'autres actes beaucoup plus acerbes. Les états offrirent neuf cent mille livres y et le ministre refusa. Quelques communautés élevèrent cette sopime ^ en ce qui

les coDoernait , mais elle furent désavouées par une assemblée générale. Richelieu y bravant les plus légitimes murmures ^ ordonna aux trésoriers généraux de lever mille mulets pour porter les munitions à l'armée d'Italie. C'était encore blesser Iç droit constitutionnel d'une province libre où les officiers du roi ne devaient rien prendre d'autorité^ mais seulement par le consentement des mandataires du peuple. La peste , qui régnait alors ^ ne permettait aucune résistance , et les communautés, assemblées à Barjols y prirent un parti qui semblait concilier les franchises du pays avec les exigences de la Cour. Elles ordonnèrent elles-mêmes la levée de neuf cent^ mulets , six cents sur le comté proprement dit, et trois cents sur les terres adjacentes. Peu après, le roi revint triomphant d'Italie pour achever la soumission des protestans langue* dociens. Une nouvelle assemblée générale se tint àValensole au mois d'avril i63o. Cette assemblée^ voulant terminer les différends avec le premier ministre » envoya des députés à Louis XIII; mais ceux-ci furent renvoyés avec colère; et leur orateur , pour prix de son langage patriotique et mesuré tout à la fois , n'eut que la moquerie des courtisans , détestable race d'hommes qui avaient aussi feit du sage et vieux Sully un objet de risée (i).

(x) Sully y rappelé à la Goar quelques années après la mort d'Henri IV, parce qu'on avait besoin de ses ayis, fut tourné en

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Richdieo , toujours plus à l'aise dans ses réformes , ne pensa plus qu'à fiaire exécuter l'édit des élus. Cet ainsi qu'on appelait l'acte de nomination des nouveaux, offices. On disait même que le ministre se proposait d'aller beaucoup plus loin. On craignait que , dans ses plans financiers, il ne donnât une base plus large à l'assiette des impôts en établissant la taille personnelle, en soumettant aux charges publiques le travail et l'industrie qui jouissaient d'une franchise entière. Ce système, si conforme à la justice, aurait eu pour règle et pour sanction les vrais principes de l'économie politique , et depos jours nous ne pourrions concevoir un système exclusif d'impositions sur les propriétés foncières. Mais comme le projet du cardinal ^ ou du moins ce que Ton croyait tel , choquait les idées reçues , portait atteinte aux lois, fondamentales de la Provence où la taille avait toujours été réelle, et oùies habitans , assemblés dans leurs communautés, sHmposaient eux-mêmes de la manière la plus convenable , on se prit à crier bien fort contre une innovation qui paraissait d'autant plus monstrueuse qu'elle avait pour auteur un ministre chargé de la haine publique. Richelieu nomma commissaires pour l'exécution de l'édit des

ridicule par les jeunes oourdsaiis. U en fut indigné. « Sire f dit-il « alors à Louis XIII, quand le roi yotre père me fesait, l*honneur de «* me consulter , au préalable il fesait sortir tous les bouffons et « baladins de Cour ».

élus le dac de Gaise^ gouvernenr de la province depuis trente-cinq ans , les deux premiers présidens , Forbin-Maynier-d'Oppède , du parlement, et Séguiran , de la cour des comptes. Il leur adjoignit Forbin-la-Barben , premier consul-procureur. La Cour , vu les difficultés sérieuses qui menaçaient l'exécution de Tédit , recourut de plus à la nomination d'un intendant. D'Aubray, maître des requêtes , fut pourvu de cette nouvelle chai^. Le duc de Guise se trouvant à Orgon , où d'Aabray et les commissaires royaux se rendirent aussi, délibéra s'il Êillait agir d'autorité , ou demander le consentement des trois ordres. D'après l'avis de Forbin-la-6arben , il résolut de faire présenter les deux édits des élus et de l'intendance aux états-généraux indiqués à Brignolles, au mois de mai i63o. En signe de deuil national, les consuls de cette ville et les officiers de la sénéchaussée cessèrent leurs fonctions ; les artisans quittèrent leur travail , les marchands fermèrent leurs boutiques* Forbin-la-Barben, soupçonné de trahir les intérêts populaires , fut appelé dans les rues vendeur de patrie^ et subit d'autres apostrophes injurieuses. Les mêmes symptômes d'agitation se manifestèrent dans toute la Provence. Avouons , à la gloire de ce beau pays , qu'il sut montrer, en certaines conjonctures, un patriotisme admirable , et que l'esprit public que quelques hommes sans portée regardent comme tout moderne , éclatait quelque-

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fois chez nos ancêtres avec un ensemble étonnant f avec une rare énergie. Les commissaires du roi , se voyant exposés à des ressentimens qui croissaient en violence , feignirent' de ne pas trou* ver leurs pouvoirs en règle , et ie duc de Guise , qui devait aller à Paris ^ rompit l'assemblée ^ renvoyant les affaires à son retour.

Le i*^ septembre de la même année , le parlement j n'ayant plus rien à craindre de la peste , quitta Salon et se rendit à Aix. On devait brûler à cette occasion un feu de joie sur la place des Prêcheurs. Le bruit courut que les jeunes gens les plus hardis et les plus aventureux de la petite noblesse et de la bourgeoisie avaient résolu de jeter dans ce feu le premier consul Forbin-la-6arben. A cette nouvelle y la cour souveraine défendit le feu , et la Barben frappé de terreur prit aussitôt la fuite. Le parlement qui, en l'absence du gouverneur, avait lui-même le gouvernement du pays , autorisa la tenue, à Pertuis, d'une assemblée des Seigneurs. Ceux-ci eurent l'air de ne dresser que des remontrances , mais au fond ils délibérèrent de défendre la liberté par tous les moyens , et nommèrent une commission insurrectionnelle de six membres.

Richelieu , dont l'humeur aitière n'était jamais blessée impunément, entreprit de transférer à Toulon la cour des comptes ; et la ville d'Aix , voyant dans cette mesure un attentat à ses prérogatives et à sa splendeur , déclara qu elle s'y opposerait

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de vive force. Arles et MarseiHe formèrent anssi opposition par requête j et la cour des comptes maintint provisoirement sa résidence. Au milieu de la fermentation des esprits , le premier président d'Oppède et l'assesseur Martelli eurent Timprudence d'engager d'Aubray à se rendre à Aix , où il n'avait pas osé paraître. Le 19 septembre , cet intendant descendit à l'hôtel du gouverneur, et le conseil municipal lui envoya de suite les présens usités de iflambeaux et de confitures. On répandit le bruit que d'Aubray venait procéder à la translation de la cour des comptes et à l'établissement des élus. Le peuple s'émut aussitôt; on sonna le tocsin ; des attroupemens se formèrent sous la direction de deux hommes pleins d'influence , le consulaire Sauve et l'avocat Gras. Le logement de d'Aubray fut assailli par cette multitude qui cher^ chait à l'immoler à ses fureurs , au moment même où le conseiller d'Agut ^ suivi de tous les officiers de la chancellerie y venait lui apporter les sceaux(i). Pendant que ce magistrat s'efforçait de calmer le courroux populaire » l'intendant se sauva par la toiture de l'hôtel de Guise et trouva un asile dans la maison du conseiller la Fare. Un de ses valets reçut un coup d'épée. Ses hardes et son carrosse

(i) Les membres du Conseil d'État , dont d*Aubray fesait partie, avaient le droit de garder, pendant trob mois , lès sceaux de la Province où ils se trouvaient en mission.

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furent brûlés sur la place des Prêcheurs. Le parlement, assemblé à la hâte, chargea les conseillers Olivier , Flotte , d'Agut et Boyer , du soin d*apaiser l'émeute, de se rendre auprès de l'intendant et de le placer sous leur sauvegarde. D'Aubray ne demanda qu'à sortir de la ville, et les quatre commissaires du parlement lui procurèrent le moyen de se retirer secrètement à Cavaillon. Forbin- Maynier-d'Oppède , également poursuivi par l'animadversion publique , jugea aussi prudent de prendre la fuite.

lie désordre cessa. Mais le peuple d'Aix, qui s'était fait une triste habitude des mouveipens séditieux , ne resta pas long-temps tranquille. On s'occupa du noui^el état , c'est-à-dire de l'élection des consuls-procureurs. La foule , qui détestait les officiers en charge comme vendus au gouvernement ^ assiégea l'Hôtel de Ville et menaça de se ruer sur le conseil municipal , s'il confirmait les candidats qui étaient présentés , selon Tusage, par les consuls sortans. Le conseil nomma d'office dea patriotes, et leur choix^fut accueilli par des applaudissemens unanimes. Le roi était alors malade à Lyon. Les nouveaux procureurs du pays lui envoyèrent des députés pour excuser l'efifervessence populaire et pour tâcher d'obtenir en même temps la révocation des édits. Le comte de Brienne leur déclara que l'on devait obéir avant tout; qu'il £sillait que la cour des comptes sortit d'Aix, et qu'elle

serait ensuite rappelée. Jacques GaufHdlt^ Pun des

députés 9 protesta des kiconvéniens , et tous se

retirèrent.

On fit courir à Aix le brtiit de la mort du suN intendant d'Efûat, et l'on brûla son effigie aux Prêcheurs le i3 octobre (i). Cet acte d'indigne vengeance inspira aux mécontehs une audace nou-* velle. Les principaux d'entre eux s'assemblaient, toutes les nuits , à la plateforme du quartier de Villeneuve. Là on s'excitait , ou s*échaufïait mutuellement ; on se livrait à des exagérations de tout genre , comme on le fait toujours dans des réunions semblables où chacun veut lutter de patriotisme et d'ardeur. Tous convenaient de la nécessité de l'insurrection , du besoin de Toler aux armes pour, défendre les lois avilies. Un membre se mit alors à rappeler l'apologue ingénieux où les rats menacés d'être surpris paç un chat, décident de lui attacher un grelot ali coup afin d'être avertis de son approche. Mais nul ^ continua l'orateur, ne se présenta pour V attacher , quoique tous con^ ifinssent que la décision était sage. A ces mots , Paul de Joannis, seigneur de Châteanneuf, s'écria, brûlant d'eothou^sme : eh bien ! c'est moi qui rattacherai. Aussitôt il mit à son chapeau un grelot suspendu à un ruban blanc. C'était se déclarer k chef d# la révolte.^s amis l'applaudirent

(i) Pitton , liv. V.

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et Timitèrent. L*avocat Vian passa ses journées à distribuer des grelots aux habitans d'Aix , et tous les patriotes du pays* adoptèrent le même signe. Ce parti prît le nom de Casca^^eou qui signifie gre-: lot en langue provençale.

Le seigneur de Châteauneuf était le neveu du président Coriolis (i) qui venait d'embrasser les intérêts populaires après s'être brouillé avec le premier président de sa compagnie pour une frivole stfSgàre d'^iquette. Dès ce moment, Coriolis , chef du parlement en l'absence de Forbin-Maynîerd'Oppède f fut appelé à jouer un grand rôle. Cette cour souveraine délibéra des remontrances à Louis XIII. Tous les corps de la province se réunirent dans un même esprit d'opposition aux actes du gouvernement. Au milieu de l'irritation générale plusieurs écrits cirailèrent, et celui qui portait pour titre/a f^irité provençale au Boiûxa, surtout l'attention. « Sire, y lisait-on , je suis la Vérité, cette «c déesse, fille du Temps, aujourd'hui si peu connue « et si fort méprisée dans le palais des rois. L'arobi-^ «c tionet l'avarice des courtisans occupent entière- « ment ma place, et me retiennent depuis long-temps « à la porte de votre Louvre. Je me suis habillée à « la provençale ^ et poussée de cette humeur har* a die et impatiente qui est naturelle à la nation ,

(i) Coriolis était fiU da magistrat de ce nom qui avait présidé le parlement royal de Blanosque dnrant les troubles de la tîgae.

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fc j^ai franchi toutes ces barrières d'iniquité et « d'injustice pour vous Êiire mes représentations. « n est vrai , Sire, que les peuples doivent contri- « buer de tous leurs biens pour conserver la dite gnité de leur roi et la garantir contre leurs coma muns ennemis. Mais les rois se sont obligés de a faire tout ce qui serait requis au bon gouverne- « ment de l'état. L'obligation des sujets est une «c promesse de sang et de biens, et celle des souce verains une promesse de bonté et de sagesse; et a les deux ont rapport à une même fin qui n'est « autre que la félicité commune. La prudence et la «c bonté des princes doit aussi garder ses mesures ce et modérer cette grande puissance. U faut, Sire^ « que la raison maîtrise les rois aussi souveraine* a ment qu'ils maîtrisent leurs sujets, que cette « image de Dieu qu'ils représentent en terre, soit •c toujours dans leur souvenir , et qqe sa crainte « sonne continuellement à leurs oreilles (i)-^

n y avait pourtant. des paroles moins pures. L'insurrection la plus légitime ne se maintient pas toujours dans de justes bornes , parce qu elle est obligée d'appeler à son aide ces esprits désordon* nés qui vont toujours au-delà du but, ces mauvaises passions qui ne placent la liberté que dans la violence et font des spéculations affreuses sous le masque du patriotisme indigné. Si la résistance

(i) Papon f tom. ly » llv. xni.

du pays n'eût été que parlementaire et municipale^ son attitude eût été bien belle, car il y avait encore une vie bien puissante dans ses institutions. Mais il en fut autrement. Presque partcmt et notamment à Saint-Maximin ^ à BrignoUes , à Draguignan , à Grasse , les Cascaveous se livrèrent à des actes de vengeance. Tout ceux qu'ils r^ardaient comme des ennemis du bien public souffrirent des persécutions j et la plupart furent contraints de prendre la fuite. A Aix la populace pilla la maison de Dumas, lieutenant du prévôt. Elle se rendit ensuite dans un champ que cet officier possédait à peu de distance des remparts, en arracha les ceps de vigne et les apporta eâ triomphe. Les maisons de l'auditeur Chaix , de Mène , greffier en chef de la cour de comptes , du bourgeois Sigaud , furent aussi dévastées , et leurs meubles jetés au feu sur la place des Prêcheurs. Les excès populaires ne s'arrêtèrent point là. Des paysans de Rians , de Lambesc, dePélissane, d'Éguilles, De Saint-Cannat, de Ventabren et d'autres villages voisins vinrent se joindre aux fiEictieux d'Aix. Le 4 novembre, deux mille cinq cents hommes sortirent de cette ville, tambour battant, enseignes déployées, et mardièrent sur la terre de Forbin-la-Barben , située à quatre lieues de distance. Ce rassemblement était conduit par le seigneur deChâteauneuf lui-même , tandis que le chevalier son frère et la plupart de ses amis restaient à Aix pour y main*

tenir son pouvoir. Le château de la Barben fiit pillé , et les bois qui en dépendaient devinrent la proie des Gammes. '

Le duc de Guise , retiré à Marseille et vivant au sein des plaisirs j ne pouvait rien contre la révolte. Les deux frères Châteauneuf , leur oncle le président Coriolis y un autre président nommé Laroque y les conseillers Espagnet et Villeneuve étaient les seuls maîtres des affaires , disposaient des milices et des troupes , régnaient au parlement comme à l'Hôtel de Ville. Les nouveaux consuls-procureurs n'avaient plus qu'un simulacre d'autorité , bien qu'ils appartinssent aussi au parti des Cascaveous. Le cardinal de Richelieu leur ordonna de sortir d'Aixy s'il ne parvenaient pas à remplir leurs fonctions avec indépendance. Le premier consul Sextius d'Escalis , baron de Bras ^ était un homme de cœur qui brûlait de venger l'honneur de son chaperon. Il supportait d'autant moins son injure qu'il avait donné plus de gages à la cause de la liberté. Se voyant soutenu parle lieutenant Pélicot-Saint-Paul et par des amis dévoués , il forma une confédération qui portait aussi un grelot au chapeau j pour indiquer l'objet commun des deux ligues, et un ruban bleu avec cette devise Vive le Koi! à bas les Élus. La confédération consulaire n'était guère composée que de gentilhommes , tandis que celle de Coriolis et de Châteauneuf s'appuyait princi* paiement sur la bourgeoisie et sur le peuple.

Bientôt ces deux partis qui j aa fond , étaient ani* mes d'une même pensée^ devinrent implacables, et chacun comprit qu'ils ne pouvaient pas tarder d'en venir aux mains.

En effet il y etit bientôt une collision , sur la l^ce des Dominicains , entre des hommes au ruban blanc et d'autres hommes au ruban bleu. Ces derniers eurent le dessous , et le parlement parut en corps pour arrêter le désordre. Le baron de Bras , croyant qu'il ne pourrait rétablir son pouvoir consulaire qu'en chassant de la ville le président Goriolis et ses deux neveux , les frères Châteauneuf , se prépara à frapper ce grand coup. Le 6 décembre , à deux heures après midi , de Bras, le chaperon sur l'épaule , l'épée nue d'une main ^ un pistolet de l'autre , sortit de sa maison , accompagné de Pélicot-Saint-Paul et de quelques officiers armés. Il se rendit d'abord à l'Hôtel de Ville, puis au quartier des Récollets , fit un appel à ses partisans , les attroupa , se mit à leur tête et alla investir le logement de Coriolis qui s'y trouvait avec ses neveux et les conseillers d'Ântelmy et Gautier. On tira des coups de pistolet dans la rue; il y eut des blessés de part et d'autre ; un seul homme , de la fisiction de Bras , fut tué. Enfin , , après une vive résistance , Coriolis et les quatre personnages que je viens de nommer se virent obligés de sortir de la ville et de se retirer au

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couvent de Saint-Pierre , situé dans le territoire ( i ). Le triomphe du baron de Bras n'eut qu'une Inen courte durée. L'assesseltr Rolland se déclara pour lui y mais ses deux autres collègues les consuls Bonpar et Anglesy désapprouvèrent sa conduite. Le lendemain le parlement députa auprès des magistrats si violemment expulsés tes conseillers de Périer, d'Agut et Flotte pour les ramener dans son sein. D'un^autre coté^ Bonpar et Anglesy allèrent à la -rencontre des deux frères Cbâteauneuf et rentrèrent avec eux. Coriolis vint solennellement déposer sa plainte au gouvernement , et Fabry , capitainedu quartier de Bellegarde,fut aussitôt mandé au Palais de Justice avec sa compagnie, pour la garde de la cour et la liberté des délibérations. Cependant le baron de Bras ne s'endormait pas sur ses dangers. II courut au corps-de-garde de la place des Prêcheurs , se fit suivre par tous les soldats de ce poste , fut rejoint par un de ses parens et par plusieurs de ses amis, et s'avança vers le Palais où le parlement était en séance. Comme il voulait en forcer Tentrée^Fabry l'arrêta tout court. Un des serviteurs du premier consul tira son mousquet sur le capitaine , le manqua, et du même coup blessa à mort l'avocat Orsel, volontaire dans la compagnie de Bellegarde. Le meurtrier fut mis en pièces sur le champ. Tandis que l'on se battait au

(i) Hou. Bouche, tooi. ii, liv. x.

Palais de Justice , le tocsin sonnait dans la ville ; les conseillers Espagnet et Villenei^ve couraient de boutique en boutique pour exciter les artisans contre le baron de Bras et les hommes au ruban bleu. Tous les quartiers prirent les armes. La bande du baron de Bras se dispersa; Tun desftiyards fiit criblé de blessures pf es l'église S^-Barthélemy, et le baron^ poursuivi vivement, entra dans le couvent des Prêcheurs et se sauva au clocher . La foule envahit le cloître par une brèche , poussant des ciris de mort contre le premier consul. En vain le parlement voulut intervenir pour calmer la fureur de ces flots populaires. En vain les religieux firent desexhortations. Leur voix méconnue alla se perdre au mibeu des plus affreuses clameurs. Us crurent réussir en exposant le Saint-Sacrement sur Fautel; mais rien n'y fit. Alors un de ces moines , revêtu des habits sacerdotaux , prit le Saint*5acrement à la main , et s'écria comme frappé d'une illumina^ tion soudaine : « Dieu tout-puissant , puisque le « respect de ce saint lieu et la majesté de votre . « présence ne sont pas capables d'arrêter l'inso- « lence de ce peuple obstiné , souffrez que cette « même main et ce même ostensoire avec lesquels « vous l'avez si souvent béni, servent aujourd'hui « à lui donner votre malédiction (i). » A ce dernier mot, les plus forcenés se prosternent en

(i) Boudie, iMd,

demandaDt miséricorde , et tous sortent du doître daDsun silaioe jeligieux. Le baron de Bras , mis en la protection des moines , se retira qndques jours après dans son château d'Ansouis , avec la permission du parlement.

La confédération des Cascaueous bleus ne pot pas se relever de la chute qu'elle venait de &ire^ et les blancs exercèrent sans trouble un pouvoir incontesté. Leurs ennemis ne cherchèrent qu'à leur nuire hors de la Provence. I^e baron de Bras se rendit à Paris où se trouvaient déjà les premiers présidens d'Oppède et de Séguiran y le conseiller de Paule , Forbin-la-Barben , Chaix , Dumas , l'intendant d'Âubray;et tous ensemble , travaillés d'un même désir de vengeance, ils fatiguèrent la Cour de leurs plaintes, ils excitèrent par des récits passionnés le ressentiment du roi, et surtout œ» lui de Richelieu. Le parlement d'Aix fut instruit de leurs intrigues. Toujours dominé par les Qisca^ peons blancs , il délibéra d'envoyer des députés à la Cour pour y balancer l'influence des chefs de la £iction contraire. Le président deCkillifet, les con-. seillers de CoUongue , d'Antdmy , et le procureur gén%al Guérin furent chargés de cette mission dé* Ucate. D'Antelmi prit le devant avec son frère l'avocat, lequel avait reçu un mandat semblable du conseil municipal. Les deux d'Antelmi , arrivés à Paris, n'écoutèrent pas les conseils de la prudence. Ils écrivirent à leurs amis d'Aix pour les engager

à continuer les troubles afin d'intimider le gouvernement. Richelieu les fit aussitôt mettre à la BastiUe , et donna ordre aux autres députés de se retirer en toute diligence. En même temps , pour en finir avec tous ces mouvemens de révolte, ou si Ton veut d'indépendance déréglée ,1e mini^* tre se décida à envoyer en Provence Henri de Bourbon , prince de Coudé , à la tête d'une armée de cinq mlHe hommes d'infanterie et de six cents chevaux .

A cette nouvelle , l'assemblée des communautés fut convoquée par mandement du duc de Guise, pour le lo janvier i63 1, à l'abbaye Saint-Yictor de Marseille. Tout s'y passa dans un désordre extrême, et l'on n'y prit aucune «solution. Si les défenseurs des intérêts populaires avaient eu pour chef un de ces hommes puissans par la parole et par le génie , un de ces hommes privilégiés qui entraînent sous leur drapeau les masses obéissantes , l'insurrection provençale aurait pris sans nul doute un développement redoutable. Mais ce chef désiré ne se rencontra pas. Quelques-uns firent un moment reposer leur espoir sur le duc de Guise. Ils pensèrent que ce gouverneur pourrait se mettre lui-même à la tête des mécontens , pour se venger du cardinal de Richelieu, qui voulait le perdre parce qu'il n'avait pas voulu se démettre en sa faveur de la charge d'amiral des mers du Levant , jusqu'alors attachée au gouvernement de Provence*

Mais de Guise ^ ami du repos , comme te sont en général tous les liommes avancés en âge , ne fit rien qui pût compromettre sa fortune , son existence et son nom. Ce qui finit d'aiUeurs d'ôter au mécontentement public son énergie primitive, c'est que l'on sut que le prince de Gondé avait pouvoir de traiter pour la révocation des édits.

Gondé s'avançait vers la Provence , accompagné du marquis de Nangis , commandant 'en second , des présidens d'Oppède et Séguiran , de l'intendant d'Âubray auquel on avait adjoint Charles de la Potherie, conseiller d'état. Les personnages les plus compromis se sauvèrent à l'approche des troupes firançaises ^ et il n'y eut nulle part des projets de résistance. Les procureurs du pays nés et joints , assemblés à Aix le a3 janvier j résolurent d'envoyer une députation à la rencontre du prince deCondé^ pour conjurer l'orage qui semblait menacer la capitale; car on disait qu'elle devait être livrée au pillage , et les habitans commençaient à cacher leurs effets les plus précieux* Les députés étaient Louis Duchaine» évèquede Senez, le grandvicaire Mimata j l'assesseur Rolland <, le vicomte de P#urrières , l'avocat Arnaud, premier consul de Rie2 , Yillenettve-Vauclause , Meyronet , Baudun , Valavoire et Volone. Ils rencontrèrent Condé au pont Saint-Esprit et lui promirent obéissance au nom delà Provence. Le prince les reçut avec bonté et continua sa marche sur la ville d'Aix. En même

temps il somma les deux cours souveraines , le bureau des trésoriers généraux et la sénéchaussée d*en sortir, conformément aux ordres du roi. Le parlement se retira à Brignolles, la cour des comp* tes à Saint-Maximin ^ le bureau des trésoriers à Pertuisy et la.sénéchaussée à Lambesc. Condé logea d'abord ses troupes dans les villages voisins d'Aix. Mais le 19 mars i63i , le marquis de Nangis, à la tète de quatre régimens , entra dans la capitale et s'empara de tous les postes. Le lendemain le prince, entouré d'un imposant appareil de guerre , fit son entrée et refusa tous les honneurs que les consuls voulaient lui rendre.

Bientôt la consternation régna dans les familles, car d'Âubray et de la Potherie,. chargés d'informer prévôtalement contre les plus coupables d'entre les mutins , se .firent assister par quelques officiers du Languedoc et déployèrent toute la sévérité de cette justice exceptionnelle qui peut bien être indépendante , mab qui semble toujours asservie, qui peut bien obéir aux inspirations de l'équité , mais qui a toujours l'air de frapper avec passion . Trente malheureux furent condamnés , les uns au bannissement , les autres aux galères, et plusieurs à mort. Parmi ces derniers un se trouva qui fut saisi d'une telle fureur à la lecture de l'arrêt fatal dans la chapelle de la Conciergerie , qu'il rompit avec les dents les menottes de fer dont il était garrotté, s'empara d'un couteau qu'il avait caché

sur Fautd y mit en fuite les assistans et tomba enfin percé de coups d'arquebuse (i). Le roi fit ajourner devant son conseil les présidens de Coriolis et de la Roque, les conseillers Flotte, d'Espago^t, de Perrier , et il interdit de leurs fonctions les conseillers d'Antelmi , de Villeneuve et l'avocat général de Cormis.

Le duc de Guise convoqua à Tarascon les étatsgénéraux suivant les instructions que le prince de Condé avait reçues de la Cour de France. A Tooverture de cette assemblée , le prince prononça un discours sur la puissance du monarque et sur les travaux de Richelieu dont il fit un pompeux éloge. La conduite des états fut noble et digne. Au lieu de se courber sous le joug de la servitude , ils défendirent pied à pied les privilèges du pays. L'évêque de Sisteron réfuta avec une chaleur généreuse les impostures de Charles de la Potherie. Mais celui qui porta tout le poids des affaires fut l'assesseur Rolland. Magistrat sans tache , patriote sans ostentation , il donnait à ses paroles l'autorité de ses vertus, et à ses àrgumens la profondeur de sa science. Dans les séances générales et dans les conférences particulières il attribua les derniers mouvemens non à un esprit de révolte , mais à un juste et naturel sentiment de liberté. La Cour demanda un subside de deux millions de

(i) Bouche et Pitton, oay. cité.

livres. I^es états y représentant FiDipuiésance du pays j offrirent un million. Les commissaires royaux dédarèrent que cette somme était insuffisante. La discussion s'échau£Eiet traîna en longueur, les uns demandant davantage , les autres ne voulant rien donner de plus. Enfin , de guerre las y les états consentirent à accorder quinze cent mille livres. Le gouvernement promit^ de son côté, de rétablir à Aix les corps judiciaires, le bureau des trésoriers généraux , et de révoquer Tédit des élus y cause de tous les désordres.

Apresla clôture de l'assemblée, le prince de Cohdé retourna à Paris , laissant au comte de Soycourt le commandement des troupes françaises. Le parlement, la cour des comptes et le bureau des trésoriers revinrent à Aix où la sénéchaussée siégeait déjà. lie président Coriolis obtint la permission de se retirer dans une de ses terres pour y finir tranquillement ses jours. Mais averti qu'il n'y était pas en sûreté , il résolut d'aller en Cour pour se réunir aux autres magistrats qui poursuivaient leur réintégration. Un peu plus tard, Gaston , duc d'Orléans et frère du roi, se révolta pour se venger de Richelieu , se jeta dans le Languedoc, et entraîna dans son parti le maréchal de Montmorenci, gouverneur de cette province. Coriolis , qui aurait dû n'aspirer qu'au repos et se tenir en garde contre de nouvelles . intrigues politiques , embrassa fort imprudemment la cause du prince rebelle. IJne es-

carmouche plutôt qu'un combat finit k guerre à la journée de Castelnaudari. Coriolis se réfugia à Barcelone où il donna des leçons de droit romain pour vivre. Richelieu assembla des commissaires qui le condamnèrent par contumace à la peine capitale. Sa maison d'Aix fut rasée , et ses biens confisqués au profit du roi. Cependant la fin des troubles et l'amnistie accordée au plus grand nombre des révoltés firent espérer à Coriolis qu'il pourrait sans danger quitter l'Espagne et se retirer à Avignon pour se rapprocher de sa famille. Mais enlevé sur la route^ il fut conduit à la tour de Bouc et enfermé^ dans une mauvaise chambre , qui n'était pas même à l'abri des injures de l'air. Ce savant magistrat y digne d'un sort meilleur^ supporta son adversité avec une constance admirable et termina sa vie dans le calme de la philosophie chrétienne.

Le duc de Guise , privé de protecteurs et dévoré d'inquiétude, se voyait sans crédit et presque sans pouvoir. Sa carrière politique était achevée. Appelé à la Cour par le cardinal de Richelieu, il craignit les embûches de cet ennemi puissant et s'exila en Italie. Au mois d'avril 163^ , le roi donna au maréchal de Yitry le gouvernement de Provence.

Cependant les griefs du pays n'étaient pas redressés encore. On se lassait d'attendre la révocation de Fédit des élus , et le sort des affaires restait

DE PHOVENCE. 63

incertain. LMndigne conduite du cominandant Soycourt , son insol^ice proconsulaire , la licence de ses soldats aliénaient tous les esprits et les tenaient dans de continuelles alarmes. Le niaiéchal de Yitry avait, il est vrai , desqualités estinobles, beaucoup d'honneur , une probité sévère. Mais il était aussi d'un esprit incopsidéré , d'un caractère hautain , dur et violent. En somme il ne semblait pas fiait pour rétablir la conâance publique , pour travailler à une oeuvre de réconciKatioh et d'harmonie. La Cîour de France , corrompue par ses succès, se fesait un plaisir de braver la colère delà nation provençale , et Talon , conseiller d'état f fut envoyé à Aix pour mettre à exécution dans toute la province l'édit sur l'augroeitation du prix du sel. Le maréchal de Vitry et Tabn allèrent à Marseille , mais ils furent oblige d'en sortir à la hâte , pour se soustraire à la vengeance d'un peuple exaspéré. En même temps Lotis XIII ordonna au maréchal de réunir les états-géiéraiix pour en obtenir de nouveaux subsides. Le redressement de tous les griefs était mis à ce demie* prix. Le gouverneur convoqua l'assemblée à Brigmlles , au mois de janvier i633. Charles de la PotheWe et le conseiller d'état Léon Brulart, commissaiies du roi , demandèrent un million* On accorda cinq cent mille livres , sous la forme d'un don gntuit . L'impôt sur le sd fut supprimé aussitôt. Mds le roi ne révoqua l'édit des élus qu'au mois de jiillet

suivant , par lettres-patentes donnas à GhaotUly^

et la Provence resta en possession de ses antiqueâ

privilèges.

Cependant elle eut encore besoin de toute son énerge pour se défendre contre les entreprises du pouvoir. La Cour n'avait cédé sur la question des éditS; que parce qu'elle avait besoin d'argent, mais son système était toujours le même , et l'odieux caractère du maréchal de Yitry secondait lesabas d'un gouvernement tracassier quand il n'é* tait pas oppresseur. La Provence était chargée de trouj^es qui se croyaient en pays conquis et qu'il ÊiUait nourrir sous peine de pillage. Yitry, orgueil leux contempteur de la toge parlementaire et du chaperon municipal , fesait montre , dans tous ses actes d'une grossièreté soldatesque. U s'arrogea le drcit de nommer d'o£Gice les consuls de plusieurs villes, et voulut enlever au parlement les matières de polce. U considéra comme une atteinte à ses droits un arrêt portant clôture des théâtres pendant L carême, les fêtes et les dimanches. Cet arrêt ^ut néanmoins son exécution. Mais le marécha de Yitry ne tarda pasià casser de sa pleine autonté un autre arrêt de la même compagnie , par lequel elle ordonnait aux consuls de faire sonner k retraite à neuf heures du soir , et au viguier d'assster au guet , selon un ancien usage. Le gouverieur fit afficher à tous les coins de rues et publiei devant le Palais de Justice , pendant que les

magistrats y sié^iesit, TordonDance qui atiinulait leur décision. Recherchant toutes les occasions de les brader avec édat , il afiecta de placer sous son appui Raphélis«Saiht<»Martin , second consul d'ÂiXy décrété de prâsede corps pour des excès auxn quels il s'était livré enyers son cbllègitô Cabassol^ troisième consul, Il le fit passer devant le FaSàis ^ décoré de son chaperon . Ensuite , pour pousser le parlaient à bout par tles humiliations réitérées, il voulut que Saint-Martin assistât à une procès* sion solernieile avecles insignes de sa dignité , et pour le protéger contre les huissiers porteurs du mandat de prise de corps , il lui donna une escorte de quarante hommes de sa compagnie dWdon<r nance. Un magistrat contemporain et bien digne de foi (i) assure dans 5es inémoires que le .mare* chai ayant pris la route d'Apt au mois d'octobre i633 f et ne pouvant rester en voiture par 4a diffîi culte des chemins , fit demander des porteurs à Lourmarin, et que n'en trouvant pas, ilior^ les consuls de cette petite ville de s'associer avec ses domestiques pour le transport de sa litière .

C'était mettre le ccypble à l'oppression la plus audacieuse. Le ressentiniént populaire ne se conte* nait qu'avec peine , et le paiiement d'Aix délibéra de s'adresser au garde des sceaux et au roi lui-même pour obtenir un terme à tant d'outrage$* lie

(i) Le fttéûdeDt Gaafridi.

Jr. 5

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