‹ Histoire de Provence (volume 5)Chapitre 12 sur 48 · SUR LE ROYAUME D'ARLES · texte numérisé non relu

SUR LE ROYAUME D'ARLES

IXiEN de plus commun dans les annales du dixième siècle et des siècles suivans que le nom du royaume d'Arles. Cependant rien de moins connu que ce royaume. Les uns l'ont cru aussi ancien que le royaume de Boson ; les autres veulent qu'il n'ait commencé qu'après la mort de Lothaire, fils de Hugues , roi de Provence et d'Italie , c'est-à-dire soixante-dix ans plus tard. Ils ne sont pas plus d'accord sur son étendue que sur ses commence-

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mens. Les uns la poussent trop loin , les autres la renferment dans des bornes trop étroites.

Cette diversité de sentimens vient de ce qu'on a prétendu que Boson avait été roi d'Arles , et de ce qu'on a confondu son titre avec celui de roi de Provence.

Boson ne fut point roi d'Arles , c'est-à-dire que de son temps il n'y eut point de royaume connu sous ce nom. La création du royaume d'Arles est postérieure.

Louis Boson , surnommé l'Aveugle , et Hugues qui lui succéda , ne prirent jamais le titre de Roi d'Arles. Ce royaume d'Arles consista en l'union de la Bourgogne-Transjurane, par le traité passé entre Hugues , roi d'Italie et de Provence , et Rodolphe n, roi de la Bourgogne-Transjurane^ en l'année gSa. On ne peut pas mettre plus tard le commencement du royaume d'Arles; on ne peut pas le mettre aussi plus tôt, puisque y avant cette époque y les deux royaumes n'étaient point unis, mais séparés et gouvernés par deux princes qui n'avaient aucune liaison entre eux.

D'où vient le nom de ce nouveau royaume? Il parait qu'il dérive du Comté d'Arles, domaine particulier d'Hugues. Du moins je ne puis lui trouver une autre origine.

Conrad aîné (i), fils de Rodolphe H, succéda à

(i) Dit le Pacifique.

son père qui mourut en Tannée 987 (i). Berthe, veuve de Rodolphe et mère du jeune roi , s'élant bientôt après mariée en secondes noces avec Hugues y roi d'Italie , laissa son fils sous la tutelle des grands de son royaume. Conrad fut peu après conduit à la cour d'Othon P' , roi de Germanie. Il joignit à ses états une portion de la Souabe que l'empereur Henri P"" lui avait abandonnée (a). La couronne impériale était alors sortie de la Maison de France y et avait été transférée aux Allemans.

A la mort de Hugues , Conrad prit le titre de Roi de Provence, le trône étant vacant. Il existe une charte de l'année 977 (3) où l'aliénation d'un bien appartenant à l'Église est autorisée par le comte Guillaume , régnant Conrad; ce qui fait conjecturer que Conrad , à la mort d'Hugues, confirma Boson (4) , père de Guillaume , dans le Comté de Provence (5). Mais il est plus probable que les enfans de Boson qui avait reçu des mains d'Hugues le Comté de Provence proprement dite , se déterminèrent à faire reconnaître Conrad pour roi. Us

(i) Frodoard , p. 6o3. — Mabillon , Annal, t. m. (a) Duchène, Ut. xi.

(3) Certum indubitatumque ett Conradum Bwrgundiœ regem^ Bùgone Italiœ rege defunao, vacuamProfinctmArtlaiensis pouessionemy regiumque ArelaUnsium nomen, ut Bosonem , geisisse, Quod carthœ nostrœ, et reliqui Conrad* hœredes tesiantur, — Saxi , Po/i/i/. Jrelat. p. 19a.

(4) Autre que celui qui fut élu roi par rassemblée de Manule.

(5) Voyez le commencement de notre second Tolume.

voulurent présenter une idole aux peuples pour affermir leur propre autorité et pour assujettir plus facilement les seigneurs du pays. En d'autres termes , ils investirent plutôt Conrad de la Provence, qu'ils ne reçurent de lui l'investiture.

Un historien (i) atteste que, pendant le long règne de Conrad, on ne parla pas plus de lui en Provence que s'il n'eût jamais existé. Les notaires et les moines le nomment dans leurs chartes, seuls monumens qui nous restent de ce prince. Il mourut en 993 , et fut inhumé dans l'église de Saint-André de Vienne.

Rodolphe m, son fils aîné, porta, après lui, le sceptre oisif de ce royaume d'Arles. Prince bon , pieux et bienfaisant, mais peu propre aux fonctions de roi , indolent , timide , sans valeur , également incapable de gouverner et de défi^ndre ses états , il ne fit rien digne d'être cité.

Étant sans enfans , il nomma pour son héritier Conrad surnommé le Salique , fils d'Henri , duc de Franconie , qui avait été élu empereur après la mort d'Henri U. Il mourut en l'année io3a. En lui finit le royaume d'Arles. Le titre de Roi d'Arles ne fut plus rempli et ne convint à personne dans le sens qu'il avait eu précédemment.

On rapporte communément à cette époque la confusion du royaume d'Arles avec l'Empire.

(i) Hon. Bouche, 1. 1 , p. 8o3.

En effet, il paraît que ce royaume fut étranger à l'Empire jusques à la mort de Rodolphe in , en io3a. Le biographe de Conrad-le-Salique , dans sa relation de l'élection de ce prince , en ioa47 observe qu'il n'y assista aucun des seigneurs du royaume de Bourgogne (i), parce qu'il n'était pas encore annexé à l'Empire (a). Le poète Gunther suppose également que c'est la volonté testamentairedu roiRodolphe III qui a opéré cette union (3).

Ces témoignages démentent bien formellement toute union antérieure. Us pourraient donner lieu de croire qu'elle fut faite au moment de la mort de Rodolphe III. C'est le problème qu'il s'agit de résoudre. A cette époque , les princes de la maison deFranconie ont-ils pris le titre de rois d'Arles par un droit successif ou comme une annexe de l'Empire?

En io38, Conrad-le-Salique remit le royaume d'Arles à Henri-le-Noir son fils. Par là il reconnut la distinction de ce royaume et de l'Empire.

(t) Par le mot seul de royaume de Bourgogne , ou de royaume d'Arles y qui prévalut dans la suite , on entendait la monarchie composée des pays que possédaient les rois Bourguignons, et de ceux qui leur avaient été cédés par Hugues : Regnum Alamançrum et Proçincialiwn,

{i) Burgundia enim nondwn Romano Imperatorif ita ut nunc ^ erat aecUvis» — Wipo. , VUa Conrad, Salie, p. 4a4«

(3) Donec suprema poluntas

Régis Rudolphi regnU aceedere nostiis Jussit, . . .

Henri IV, dit le Grand, succéda à Henri-le-Noir , et Henri V, le Jeune , à Henri-le43rand son père. Ce dernier mourut à Utrecht le a3 mai i ia5. Ici finit la maison de Franconie.

Le nom de ces princes fut à peine connu en Provence , à l'exception de Conrad et de Henri-le- Noir dont les règnes sont marqués par quelques chartes (i).

Quoique la maison de Franconie eût reçu le royaume d'Arles comme un bien patrimonial , et non comme un domaine de l'Empire , quatre générations successives sur le trône impérial accoutumèrent les peuples à penser qu'un titre si longtemps porté par des empet*eurs appartenait à l'Empire. Ces princes ne combattirent pas une opinion si favorable, parce qu'ils s'étaient eux-mêmes accoutumés à regarder l'Empire comme héréditaire dans leur race.

Henri Y, qui mourut sans postérité, avait deux neveux , fils de sa sœur Agnès. Il ordonna qu'on leur remît les ornemens impériaux , ne doutant point que l'Empire ne dût appartenir à ses héritiers naturels. Mais son attente fut trompée. Lothaire de Saxe , comte de Saplenbourg , fut élu roi des Romains. Les neveux d'Henri V s'opposèrent vainement à son élection; ils réclamaient avec justice

(i) Perard. Recueil de pièces sur THist. de Bourgogne, p. i83, Paris, 1664.

la portion de la succession de leur oncle, qui leur appartenait par un droit propre (i) , c'est-à-dire l'ancien héritage de la maison de Bourgogne. Lothaire, qui leur enlevait l'Empire, s'obstina à retenir le titre de Roi d'Arles , comme uni à la couronne impériale. U opprima les princes issus du sang des rois Bourguignons (a) , et pour leur susciter des adversaires , il inféoda le royaume d'Arles au duc de S^ringhen.

Raynaud , comte de Bourgogne , regardant Lothaire comme un usurpateur du royaume d'Arles , se rendit indépendant (3). Ce seigneur , l'un des plus grands vassaux du royaume d'Arles, en refusant de reconnaître Lothaire , fournit la preuve qu'il n'y avait point de titre d'union.

Cependant Lothaire fut reconnu dans quelques parties du royaume d'Arles , en la manière accoutumée dans cette monarchie ; c'est-à-dire , que les chartes énoncèrent les années de son règne. On voit aussi un mandement de ce prince à l'archevêque d'Arles, en 1 1 33 , pour lui ordonner de se trouver avec ses vassaux à Plaisance , cum militid sua (4) ; acte de souveraineté qui prouve bien la volonté de commander , mais qui ne prouve pas

(i) Hon. Bonche , 1. 1 , p. 819.

(9) Saxi y OuY. cité , p. aa3.

(3) Duchesne, Hist. des Rois de Bourgogne, liv. iv, ch. ▼. — Donod. Hist. du Comté de Bourgogne » 1. 11 , p. 168. -

(4) Marten. ColUct, Ampliss, 1. 1 , p. 717.

l'obéissance. Lothaire se plaint beaucoup , dans cette pièce , du peu d'égard que l'archevêque avait eu pour ses ordres , et du mépris où l'autorité impériale était tombée. Ce mandement ne fut pas mieux exécuté.

A la mort de Lothaire en i i38y les choses reprirent leur ancien cours. Les héritiers naturels d'Henri y furent successivement placés sur le trône impérial. Conrad fut le premier élu. Le célèbre Frédéric Barberousse , son neveu , lui succéda en 1 1 Sa. Ce monarque épousa Béatrix , fille de Raynaud, comte de Bourgogne, issue de l'ancienne race des rois Bourguignons. Il força le duc de Zeringhen à lui céder ses droits résultant de l'inféodation du royaume d'Arles par Jjothaire (i) ; et voulant tirer cette monarchie du néant où elle était , il se servit habilement de son autorité impériale. Il confondit les titres qu'il avait réunis , et fortifia ainsi l'opinion que le royaume d'Arles était joint à l'Empire. Cependant, Othon de Frisingue j son oncle et son historiographe , nous ap^ prend le jugement qu'on en portait dans sa Esimille. Le mariage de Frédéric avec Béatrix lui acquit, dit-il, non seulement la Bourgogne , mais encore la Provence, qui étaient depuis long- temps détachées de l'Empire (a). Ce passage prouve que

(i) Oiho. Frmng. de Rehtis Geit, Frider, lih, ii, céç». xxix. (9) Idem,

la Provence n'était point unie de fait à l'Empire sous les princes de la maison de Franconie. Othon de Frisingue avoue qu'elle en était détachée depuis long-temps. Ce serait une erreur d'en conclure qu'elle y avait été soumise de droit par une union ancienne. Il faut se défier des préventions de ces écrivains qui croyaient que l'empereur était le maître du monde (i).

Frédéric se fit couronner à Arles en 1 178 , quoiqu'il eût reçu la couronne impériale à Rome depuis plus de vingt-un ans; ce qui contredit l'union supposée du Royaume à l'Empire. Frédéric mourut en 1190.

Son fils Henri VI ne lui survécut que sept ans , et fut à peine connu dans les provinces que l'on comprenait sous le nom collectif de Royaume d'Arles. Il ne laissa qu'un fils âgé de trois à quatre ans, déjà élu roi des romains, et nommé Frédéric comme son aïeul. L'éducation de ce prince fut confiée à Philippe, duc de Souabe, son oncle, avec la régence. Le duc était odieux à la cour de Rome et excommunié pour avoir fait valoir les droit? de l'Empire sur les terres données à Grégoire VII par la comtesse Mathilde. Innocent III forma le projet de lui susciter des ennemis et d'enlever

(i) Orhh totius Domino, — Otho FrUing. lié, i, eap, xxtiii. — Et forte si quis diceret dominwn imperatorem non esse dominum et monoT' eham totius mundi^ esset hareticus. — Bartol in L, hostes , % de Captiv, et PostUm, Revert, n" 7.

l'empire à la maison de Souabe. Philippe , pour prévenir les cabales , se fit élire empereur. Il obtint même l'absolution du légat ; mais le Pape , désavouant cette complaisance de son ministre y engagea quelques princes à élire Othon de Brunswik y qui promit de restituer au Saint Siège les terres de la comtesse Mathilde. Philippe jusques à sa mort eut l'avantage sur son compétiteur. Il fut assassiné en i ao8. Les États ratifièrent alors, d'une voix unanime^ Télection d'Othon, qui épousa la fille de Philippe. On a écrit qu'il se fit couronner à Arles. Ce Êiit est faux. Seulement il voulut être roi d'Arles comme ses prédécesseurs. On trouve quelques chartes datées de son règne. Il envoya même à Arles Gervais de Tilsburi , grand maréchal de l'Empire j qui nous a laissé l'ouvrage intitulé Otia Imperialia.

Othon fut couronné à Rome en 11109, ^^ excommunié à son tour en laii. Cependant le fils de Henri croissait en âge; il gagna lesfeveurs du Pape, fut élu roi des Romains en iai2 , prit les rênes de l'Empire en iai3 , et l'emporta' sur Othon son adversaire, après que ce dernier eut perdu la bataille de Bovines en iai4-

Frédéric II suivit le plan et la politique de son aïeul pour le royaume d'Arles. C'est le second empereur qui a exercé quelque pouvoir dans ces contrées. Il mourut le ï3 décembre laSo , laissant à son fils aine la Sicile , à son cadet le royaume

d*ArIes , ou celui de Jérasalem , au choix de Tainé (i); preuve certaine que les princes de la maison de Souabe n'entendaient point renoncer en feveur de TEmpire à un bien patrimonial , quoiqu'ils ne lui aient pas attaché une grande valeur , comme le démontre l'alternative du royaume de Jérusalem.

Frédéric est le dernier empereur dont le nom soit écrit dans quelques chartes de Provence. Son fils Conrad, roi des Romains, ne fit que paraître. Un long interrègne suivit. Sa postérité fut éteinte en 1 169 par la mort de Conradin son petit-fils , déca*pité à Naples. En lui finit la descendance des an* ciens rois Bourguignons. Les historiens provençaux ont regardé le royaume d'Arles comme dissous à cette époque. On trouve cependant encore des actes d'ime autorité expirante de la part de quelques empereurs. De là les deux opinions , Tune que le royaume d'Arles a été éteint avec la maison de Souabe ; l'autre qu'il a subsisté , parce qu'il était uni à l'Empire.

Rodolphe de Hapsbourg fut élu roi des Romains en 1273. Le nom de l'empereur n'est plus mentionné dans les Chartes Provençales , et Rodolphe serait à peine connu dans ce bizarre royaume d'Arles, s'il n'avait eu occasion de se mêler de quelques querelles sur la succession de Provence.

(i) Thésaurus Anecdotorum. t. m , p. 14.

Les princes qui succédèrent à Rodolphe de Hapsbourgy ne pensèrent au royaume d'Arles que pour en faire un objet de trafic.

Henri VI , fils de Frédéric Barberousse, ayant tenu en captivité Richard ^ roi d'Angleterre, à son retour de la Terre Sainte, exigea de lui une rançon de cent trente mille marcs d'argent , et pour le dédommager , en apparence , de cette vexation, il voulut lui Éaire présent du royaume d'Arles. Un auteur (i) prétend que le motif de cette générosité d'Henri VI fut qu'il ne pouvait en aucune £açon faire reconnaître son autorité dans les pays qu'il cédait , et Hume observe (a) que Richard négligea sagement cette ancienne prétention de l'Empire sur quelques états.

Adolphe de Nassau , en 1 294 , reçut un subside d'Edouard d'Angleterre, à la charge de poursuivre contre Philippe*le*Bel , roi de France , les droits prétendus de l'Empire sur le royaume d'Arles; mais il employa ailleurs cet argent.

Albert d'Autriche, successeur d'Adolphe , se lia très-étroitement avec Philippe-le-Bel. On a dit qu'il lui avait cédé le titre de Roi d'Arles (3). L'A nnaliste de Trêves convient qu'il y eut une négociation à ce sujet, mais il ajoute qu'elle échoua par l'oppo-

(ï) Ro^er Hoveden, AsseHor Galliau, p. asg. (a) Histoire des Plantagenets , 1. 1.

(3) Bouche , 1. 1 , p. 8ao. ^ Viguier , BibUoth. HUt. sur l'année 1399.

sitioD de l'électeur de cet état (i). D'autres assurent que la négociation demeura sans effet par l'opposition secrète de la cour de Rome, maîtresse du Comtat-Venaisin, renfermé dans l'ancien royaume d'Arles.

Après la mort d'Albert , en 1 3o8 , la couronne impériale fut briguée par Frédéric son fils et par Charles de Valois , frère de Philippe-le-Bel. Le roi de France obligea Gément V à recommander vivement son frère aux trois électeurs ecclésiastiques ; mais l'adroit pontife leur écrivit en secret d'élire Henri de Luxembourg. Ce qui fut exécuté.

Un historien a prétendu que Henri YH de Luxembourg avait vendu le royaume d'Arles à Philippe-le-Bel (a). Un autre écrivain, en réfutant cette opinion, reconnue généralement pour fausse, a remarqué que le pri:: qu'on suppose avoir été donné suffit pour la rendre plus que suspecte (3). Est-il en effet vraisemblable que Philippe eût voulu acheter chèrement une puissance presque idéale ?

Je pourrais citer une foule de faits qui prouveraient le discrédit complet d'un royaume indéfinissable y qui n'était plus qu'un vain titre et une souveraineté illusoire. Cette souveraineté , ruinée de fond en comble , ne consistait que dans le ser-

(i) Broyer y Annal, Treplr,^^. 176.

(a) Bouche , 1. 1 , p. 83o.

(3) Fantoni Castmcci, t u, p. laS.

ment et dans rhommage , sans aucun droit de propriété et sans aucune juridiction politique.

Vers la fin du quatorzième siècle, on ne trouva plus en Provence la moindre trace des antiques prétentions des rois d'Arles. Avignon et le Comtat- Venaissin appartenaient au Pape. Le Vicariat de Savoie jouissait d'une indépendance véritable. La Provence respectait encore moins le Êintôme près de s'évanouir. LeDauphiné venait de passer sous la domination de la France, ce qui enlevait même le simple droit de suzeraineté. Le royaume d'Arles, toujours couvert de nuages , alla se perdre dans l'oubli , sans qu'il y eût le moindre changement en Europe.

Chaque période de sa durée fournit aux critiques une ample matière de dissertation et de disputes.

Dès le règne de Rodolphe III, Dithmar observe dans sa Chronique que le roi d'Arles n'a qu'un titre et une couronne (i). Ainsi parlait un prélat qui voyait ce royaume dans le plus beau point de de vue, c'est-à-dire du côté de la Boui^ogne-Trans^ jurane , patrimoine des rois Bourguignons , où l'autorité fut toujours plus grande que dans les pays situés entre les Alpes et le Rhône (a).

Tel était l'héritage que Rodolphe laissa à

(i) Nomen tantum et coronam habet,

(a) L'Art de Vérifier les Dates , p. 58o.

Conrad-le-Sâlique en Tannée loSa. Les uns ont cru que ce royaume fut alors dissous ; d'autres^ qu'il ne le fut qu'après l'extinction de la maison de Franconie, en iiaS. Ily en a qui placent sa dissolution y en 1^69 y à la mort de Conradin , dernier rejeton de la maison de Souabe. Quelquesuns prolongent sa durée jusqu'à la mort de l'empereur Charles IV, en 1378. Un historien du Dauphi né distingue un royaume d'Arles et un royaume de Vienne (!)• Enfin on demande si ce royaume de Bourgogne, d'Allemagne et de Provence (a), a été ou éteint après l'extinction des rois Bourguignons, ou uni à l'Empire, ou possédé comme bien héréditaire par les empereurs successifs de la maison de Franconie ? S'il fallait prendre un parti dans toutes ces incertitudes j il paraîtrait peu vraisemblable que les princes des maisons de Franconie et de Souabe eussent renoncé à un droit héréditaire de suzeraineté sur des provinces confondues y peut-être mal à propos , sous une même couronne. Le testament de Frédéric II et divers autres monumens prouvent que leur intention ne fîit jamais d'unir leur patrimoine à l'Empire. Mais les successeurs des rois de Bourgogne ont-ils pu supposer que la couronne qu'ils portaient fut indépendante de la puissance impériale ? La juris-

(i) Vanbonnays, Hist. du Dauphiné, 1. 1.

(a) Histoire do Comté de Bourgogne , t. n , liy. m.

prudence germanique de ce temps ne le permettait pas. On n'accordait qu'au roi de France le privilège de l'indépendance. Tout ce qui n'était pas soumis à ce monarque devait nécessairement relever de l'Empire d'Occident.

Dans* ce système j le royaume d'Arles qui avait joui de l'indépendance absolue sous les rois de la Bourgogne-Transjurane jusques en loSst, a dû être regardé comme membre de l'Empire lorsque les empereurs en eurent hérité. H ne leur convenait pas de contredire les jurisconsultes qui les déclaraient maîtres du monde. U est dit dans l'acte d'inféodation du Comtat-Venaissin , en 1934; par Frédéric (i), que cette province est dans l'Empire, ou dans le royaume d'Arles et de Vienne , in unperioj sive in regno Arelatensi et Viennensi. D'après cela , le royaume d'Arles était un grand fief de l'Empire , possédé héréditairement par des princes qui occupaient le trône impérial , la Provence un arrière-fief relevant d'un suzerain immédiat , qui se trouvait accidentellement empereur, et qui jouissait à ce double titre du plus faible pouvoir possible.

Après l'extinction des héritiers de la maison de Bourgogne-Transjurane , ce royaume fut constamment dissous. La Provence cessa d'être unie au royaume des Allemands , Alamanorum , en sup-

(i) Preayes de rHist da Languedoc, t. m» p. 869.

posant qu'elle Tait jamais été. L'Empire ne pouvait plus retenir que ses droits légitimes et naturels sur les provinœs qui étaient de sa mouvance ; et il eût fallu distinguer celles qui pouvaient avoir quelque dépendance originaire du royaume de Germanie 9 et celles qui n'en ayant aucune , étaient affranchies du lieu féodal. Mais c'était encore une espèce d'hérésie d'admettre que j dans ces contrées, un Comté qui ne relevait point de la France , fat indépendant de l'Empire. Rodolphe de Hapsbourg, qui ne pouvait se dire héritier des rois de Bourgogne, ne distingua rien dans leur succession. U voulut exercer ses droits sur la totalité, comme empereur. U créa dans l'Empire un archichancelier du royaume d'Arles, à la place de l'archevêque de Vienne qui jusqu'alors avait porté ce titre.

La Provence, qui n'avait jamais été comprise dans les royaumes delà Germanie, de Lombardie et dltalie , n'avait plus de lien qui l'attachât à l'Empire, dès que la ligne des héritiers du royaume d'Arles eut manqué. Mais il fallait lutter contre le dogme qui donnait le domaine universel à l'Empire d'Occident. La Provence secoua bientôt le préjugé. Le désir de la paix fit prendre en patience un acte de souveraineté fait par Rodolphe dans le litige pour la succession du dernier Bérenger. Charles IV joua quelque temps le roi d'Arles en Provence , à la faveur de la protection du pape Clément VI, qui avait voulu réaliser cette royauté pour se faire

céder Avignon. En i35o, Charles confirma tous les privilèges de l'archevêque d'Embrun, et le créa prince du Saint-Empire. Cette bulle trouva moins de contradicteurs qu'une bulle suivante, datée du Luxembourg , par laquelle l'empereur nomma son vicaire dans tout le royaume d'Arles Aimar de Poitiers , comte de Valentinois , qui ne s'avisa pas d'en exercer les fonctions.

Charles termina sa représentation de roi d'Arles par son couronnement dans cette ville, en i365, dix ans après avoir reçu à Rome la couronne impériale. Je ne sais si cette cérémonie flatta beaucoup sa vanité, mais à coup sûr elle n'augmenta pas son pouvoir. Ce fut plutôt une dérision qu'une chose sérieuse. C'est à peu près dans ce temps que l'écrivain Théodore de Niem rapporte que Charles céda tous les droits de l'Empire sur le royaume d'Arles àLouis P', duc d'Anjou, qui l'avait traité magnifiquement dans un festin à Y illeneuvelez- Avignon (i). Ce n'était pas attacher une valeur bien grande à ces droits de suzeraineté impériale. Au reste , que le récit de Théodore de Niem, qui ne voulait pas plaisanter , soit véridique , ou qu'il soit fabuleux , la question est toujours la même. Charles IV mourut le ag novembre 1378. Le

(x) Carohu XV quondam Ludopico Andegavejui , Prancorum ngu Germano, suisque liœredibus ^ pro uno solum prandio apud FiUcannovam propè Avenionem prœparato, prœdictum regnum Ardatense db imperio separando, coneesstt. lié. i,de Schismate. cap. xxv.

royaume d*Arles fat enseveli avec lui. Saxi témoigne qu'on n'en aperçoit plus de vestiges dans les archives, territoire le plus réel de la plus singulière des monarchies (i). Depuis cette époque, l'indépendance est absolue , tous les liens se trouvent rompus (a).

(i) Non vel uUa ampUiis regum arelateasium in armariU nosttis nmmoria, quorum regTuun , sepulto Carolo, consepultum est, Pontlf, jirelot, p. Sai.

(i) Mémoire poar le Procureur général au Parlement de Proyence , serrant à établir la souyeraineté du roi sur la yille d'Avignon et le Ck>mtat-yenais8În. Deuxième partie , p. 4^3 et suiy.

FTH DU PBBMIKR yOLUXB.

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