‹ Histoire de Provence (volume 5)Chapitre 15 sur 48 · GUILLAUME I · texte numérisé non relu

GUILLAUME I

L'aîné des deux lui succéda (3). C'était un prince éclairé, généreux, intrépide. Au commencement de son règne , les Sarrasins , sortant des cantonnemens que le roi Hugues leur avait fournis avec tant d'imprudence , descendirent en Provence , reprirent le Château du Fraxinet, y fixèrent encore leur quartier général, ruinèrent Fréjus, St.-Tropès et Toulon, firent des dévastations horribles dans toute cette contrée. Le spectacle de tant de calamités toucha le cœur de Guil-' laume l" ; ce prince ne voulut pas laisser échapper l'occasion d'acq mériter de son pay à exterminer les E fit une première ex par un de leurs chel la troupe de Rothbold se trouva en vue de ce Fraxi-

(t) BoiuoD de U Salle, Emù inr l'Hul.dea Comtes de FroTOOC^ p-97-

(>) D'mtres croient que 1m deux princea héritèrent en eomimin de leur père et gouTcraèreDl eiuemble le eonué de Provonce.

Saxi, Poalif. Jrdat. p. igS tau. — Extrait dei archÎTei da chapitre de CtrpeDtrai. — Mémoire pour le Procnreor giaértl an parlement de Fraveoce, I" partie.

net si redoutable aux Chrétiens Provençaux , « Frères, s'écria le chef , nous voici sur les terres «r des infidèles, il est temps de combattre pour le <c salut de vos âmes j>. Les Provençaux et les Maures se livrèrent une bataille sanglante, qui n'eut cependant aucun résultat décisif.

On en vint plusieurs fois aux mains , et toujours la victoire fut vivement disputée. Les Maures défendaient le terrain pied à pied ; à peine un rocher était occupé qu'il fallait en gravir un autre. Enfin le comte Guillaume V^ marcha en personne contre les Barbares , avec toutes ses forces , en l'année 97 a. Le fanatisme religieux enflammait les deux armées.Iciles bannières deMahomet se déployaient au vent, éclatantes et riches, sur la tête des Maures que dévorait la fièvre des combats. Là s'élevait la Croix des Chrétiens , qui savait exciter aussi des émotiobs puissantes et des sentimens belliqueux. Des deux côtés on croyait soutenir les intérêts du Ciel ; on brûlait de saisir la palme du martyre dans une mort glorieuse. Après une lutte aussi longue qu'opiniâtre , où la valeur des uns et des autres éclata en prodiges , Guillaume chassa les Barbares de toutes leurs positions, les culbuta partout, partout les écrasa , prit ensuite le Fraxinet etle détruisit jusque dans ses fondemens. Ainsi tombèrent au niveau de l'herbe les murs de ce repaire, qui si long-temps répandit l'effroi. Ceux des Sarrasins qui survécurent à leur défaite traînèrent

une vie misérable dans les chaînes de la servitude. Ce beau triomphe porta bien haut le nom de Guillaume I^; la Provence reconnaissante lui donna le titre de grand , de prince très-chrétien et de père de la patrie. Aussi bien, par ses bonnes qualités , il ne cessa de se rendre digne de la vénération publique et des laveurs de la fortune. Surtout il ne fut point ingrat envers ceux qui l'avaient secondé dans son expédition contre les Maures. U combla de ses dons Gibalin Grimaldi, né à Nice et seigneur d'Ântibes , lequel s'était distingué par une rare intrépidité et par des services édatans. Grimaldi reçut à titre de fief toutes les terres comprises dans Tétendue du golfe de Sembracie, qui prit alors le nom de Grimaud. Guillaume , livré aux soins tranquilles du gouvernement, s'occupa à réparer les maux que les Barbares avaient faits. Il rétablit le bourg de St-Tropès , la ville de Toulon et celle de Fréjus. Il donna en fief à révêque Riculphe et à ses successeurs la moitié de cette dernière cité et de tout le territoire limité par la mer , le fleuve d'Argens , le mont Mercori et la petite rivière de Siagne. La charte de concession faite à Arles nous représente l'évéque à genoux devant le comte et lui exposant que non-seulement son église était ruinée , mais encore que les titres des possessions ecclésiastiques avaient disparu par le malheur des temps. Il fit quelques libéralités au monastère de Mont-Majour, et rendit à celui de

Cluny le village de Yaleosole que Fabbé Mayeul lui avait autrefois donné pour en jouir durant sa vie. Dans un plaid tenu à Manosque , Guillaume confirma une donation £siite à Févéque de Cavaillon, qui l'appela son seigneur. Dans un autre plaid sol^mel, convoqué en la ville d'Arles et composé d'un grand nombre de chevaliers , il fit restituer à TabbayeSt.-Victor de Marseille, sur la prière deFévéqueHonoré^qui était venu lui présenter unehumble requête , plusieurs biens situés au comté d'Âix et et que quelques particuliers avaient usurpés à cette abbaye. Guillaume P^ mourut à Avignon, en 9912, sous Fhabit de moine que lui donna Mayeul , abbé de Cluny, qui Fassista dans ses derniers momens. Son corps fut porté à Sarrian , au-delà de la Durance.

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