‹ Histoire de Provence (volume 5)Chapitre 23 sur 48 · RAYMOND-BÉRENGER III · texte numérisé non relu

RAYMOND-BÉRENGER III

L'oncle et tuteur de celui-ci , Ray mond-Bérenger, dit le Vieux , comte de Barcelone et prince d'Aragon , vint en Provence avec des troupes pour soutenir les droits de son pupille j se faire inféoder l'administration du fief et continuer la guerre contre les seigneurs des Baux toujours plus audacieux et plus remuans. Il tint trois assemblées de seigneurs , l'une à Tarascon , l'autre à Digne j et la troisième à Seyne^ et reçut le serment de fidélité à son neveu. Tout semblait réussir au gré de ses désirs et de sa politique y lorsqu'un événement imprévu changea subitement la face des affaires.

L'empereur Conrad III , haut suzerain de Provence, jusques alors indifférent sur les agitations de ce pays j se prit tout à coup d'une chaude pas-

sioD pour la cause des Baux. Il se rendit dans la ville d'Arles où il fut reçu atec magnificence par la noblesse et par l'archevêque Raymond de Montredon. Ce souverain donna au prélat tous les droits royaux , même celui de battre monnaie , et le quart des icentes qu'il avait dans la ville et son territoire. Le lo août ii46, il inféoda le comté de Provence à Raymond des Baux et à son épouse Étiennette avec la faculté de battre aussi monnaie à leur propre coin à Arles et à Aix , et d'interdire la circulation des monnaies étrangères j sans préjudice du privilège de l'archevêque. Un grand prestige était encore attaché à la suzeraineté impériale, environnée des respects populaires. La concession de G>nrad III fixa bien des esprits indécis , soumit bien des caractères hostiles , et fit enfin pencher la balance en faveur des seigneurs de Baux , lesquels obtinrent de notables avantages contre le comte de Barcelone. Cependant la fortune ne leur sourit pas long-temps; la victoire inconstante abandonna leurs enseignes. Les Domaines Baussenques furent presque tous pillés ou détruits. Cette famille j accablée de revers et d'humiliations, se vit obligée d'implorer la clémence du vainqueur. Par un traité qui est à la date de 1 148 , Raymond des Baux renonça aux droits qu'il prétendait avoir sur la Provence , tant du chef de son épouse, que par l'inféodation de l'empereur Conrad III , moyennant quoi on lui garantit la possession et

jouissance de ses châteaux et de ses terres. L'année suivante , il mourut en allant à Barcelone pour jurer y entre les mains de Baymond-Bérengo* le Vieux , d'être fidèle à ces accords. Les troubles s'apaisèrent , et le comte de Barcelone , étant revenu en Provence, reprit la négociation avec Étiennette et ses quatre fils. Le i*' septembre ii5o, les quatre frères, Hugues, Guillaume, Bertrand et Gilbert , fils de Baymond des Baux et d'Étiennette, d'une part, et le comte de Barcelone, roi d'Aragon, stipulant pour le comte de Provence, son pupille, d'autre part, ratifièrent dans la ville d'Arles le traité précédent. La maison Bérenger laissa en propriété à la famille rivale les Terres Baussenques et le château de Trinquetaille-lez-Arles , sous condition toutefois d'un hommage à perpétuité que les Baux rendirent de suite en présence d'Hugues, Guillaume et Rostang des Porcelets , Guillaume d'Éyguières, et Rostang deQuiqueran, gentilshommes artésiens. Par une convention spéciale, les frères Baux promirent : i® de ne tenir ni foire ni marché à Trinquetaille ; a® de n'avoir ni mesures ni poids particuliers, et de ne se servir que de ceux du comte de Provence; 3® d'interdire l'entrée de Trinquetaille aux navires servant au transport des pèlerins dans la Terre Sainte.

Mais les seigneurs des Baux , dans leur ambition inquiète , nourrissaient le projet de violer ces accords dictés par la victoire et consentis par la né-

cessité; excitant en secret le zèle de kurs partisans, ils ne cherchaient qu'une occasion fevorable pour recommencer la lutte. En 11 55, Hugues , leur aine, obtint de Fempereur Frédéric P% neveu et successeur de Conrad III, le renouvellement de l'investiture du comté de Provence. La famille des Baux , encouragée par cet acte solennel, se voyant d'ailleurs soutenue par les Arlésiens , par le comte de Toulouse , son parent, par Boniface de Castellane, et par plusieurs propriétaires de fiefs puîssans, ne garda plus aucune retenue, et finit par se proclamer souveraine du comté de Provence. 11 feiUut vider la querelle par la voie des armes. Raymond-Bérenger le Vieux accourut de Barcelone avec une armée au secours de son neveu, et l'on se battit des deux côtés avec Tacharnement inséparable des guerres civiles. La maison des Bérengers triompha une seconde fois de celle des Baux réduite à l'impuissance. En i]56, l'armée du comte de Provence ravagea le territoire d'Arles, enleva et rasa trente places ennemies. T^ château de Trinquetaille , boulevart du parti baussenque , fut pris après un siège aussi opiniâtre que long. La ville des Baux , d'une assiette très-forte, tomba aussi au pouvoir des vainqueurs qui la démantelèrent. Enfin les seigneurs des Baux, ne pouvant plus croiser le fer avec leurs adversaires , demandèrent la paix , et ils l'obtinrent aux conditions les plus dures. On leur restitua Trinquetaille. Mais

Us s'engagèrent à le remettre au comte de Provence toutes les fois qu'ils en seraient requis. Les seigneurs Guillaume et Rostang de Sabran, Raymond et Guillaume de Roquemaure^ Étiennette de Saint- Gilles , Bertrand de Laudun et d' Adhémar de Monteil se rendirent garans , pour les seigneurs des Baux y de l'exécution de ce traité, avec promesse de se constituer prisonniers en cas d'infraction.

Raymond-Bérenger le Vieux retourna en Espagne I et les seigneurs des Baux , se jouant encore de la foi jurée, reprirent les armes en 1161. Le comte de Barcelone revint en Provence avec une nouvelle armée , impatiente de punir la révolte et le parjure. Il assiégea la ville d'Arles, qui tenait pour les insurgés , la prit et en démolit les tours et les remparts. Il attaqua ensuite le fort deXrinquetaille. Ije moine de RipoU , historien des Comtes de Barcelone , nous apprend que Raymond-Bérenger dut le succès de cette attaque à la construction d'un château de bois , établi sur des bateaux , que l'on amena contrele fort à travers le fleuve. Ce château contenait deux cents chevaliers et plusieurs soldats d'une naissance plus obscure. Â peine fîit-il parvenu au pied des remparts du fort , que la terreur gagna les assiégés. Us se rendirent, et le vainqueur rasa les fortifications (i). Le parti Baussenque

(i) Gesi, Comii, Barcinon, Monac, RivipuU, eapui, xvii. apud Marc, H'upanic,

abattu fut mis dans Timpossibitité de relever la tête.

Restait cependant l'acte d'investiture accordé à la famille des Baux par Conrad III et Frédéricl®% ce qui pouvait donner aux prétentions futures de cette famille remuante et tracassière une couleur de légalité dangereuse. La maison Bérenger , dirigeant sur ce point sa politique pleine de prévoyance, chercha à se rapprocher de l'empereur suzerain de cet ancien royaume d'Arles qui n'existait plus que de nom. Elle réussit à gagner l'amitié de ce monarque y et lui demanda la main de sa nièce Richilde^ pour le jeune comte Raymond-Bérenger III qui était en âge d'être marié. Quand l'Empereur eut donné son consentement , les deux Bérengers , oncle et neveu , s'acheminèrent vers Turin où il tenait sa cour. Le comte de Barcelone mourut en route , et le comte de Provence continua seul le voyage. L'Empereurl'accueillit avec joie, et par acte du i5 septembre de la même année, révoquant et cassant les investitures que Baimond et Hugues des Baux avaient obtenues , tant de Conrad III que de lui-même, il lui inféoda nonseulement le comté de Provence , mais encore celui deForcalquier, parce que la maison régnante de ce fief , laquelle était toujours la branche des Bérengers d'Urgel, n'avait point fait hommage de ses domaines aux Empereurs. La nouvelle inféodation fut accordée moyennant une redevance

de lapins avec leurs peaux, et une œnse annuelle de 1 5 marcs d'or au poids de Cologne. Le comte de Provence , souscrivant à cette condition facile , se reconnut vassal de Tempire et termina en même temps son mariage avec la nièce de Frédéric.

Raymond-Bérenger III n'avait encore rien &it par lui-même , car son oncle qu'il venait de perdre avait seul jusqu'alors dirigé ses affaires. Maintenant sorti de tutelle y il brûlait d'envie de- se distinguer par quelque action d'éclat. Il crut que Nice pouvait offrir à sa valeur une belle carrière , et il en médita la conquête. Cette ville j anciennement unie au comté de Provence , avait créé une municipalité indépendante et des statuts consulaires. La liberté lui avait coûté bien cher , car elle ne Tavait acquise qu'après de longues dissentions civiles y et c'était là un motif de plus pour la défendre avec courage et persévérance. Aussi les habitans, se levant en masse , prirent les armes , excités par le premier consul Rostaing-Badat* Raymond-Bérenger III résolut d'en avoir raison à tout prix y fit avec les Génois un traité d'alliance, leva une armée puissante et fixa son quartier général au château de Mouans dans le diocèse de Grasse. Bientôt il vint investir Nice avec toutes ses troupes, et les galères génoises bloquèrent la place par mer. Les assiégés opposèrent à ces forces réunies une résistance opiniâtre. Le comte de Provence, emporté par l'ardeur de son bouillant cou-

rage , s'avança au pied des remparts et y périt frappé d'un coup de flèche (i) en Tannée 1166. Au bruit de sa mort ^ les galères de Gènes gagnèrent le large , et Tarmée provençale passa le Yar en désordre. Le corps du comte fut emporté à Âix et enseveli dans l'église de St.-Jean.

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