‹ Histoire de Provence (volume 5)Chapitre 24 sur 48 · ALPHONSE P · texte numérisé non relu

ALPHONSE P

A la mort deRaymond-Bérenger III il y eut des disputes sanglantes. Raymond V, comte de Toulouse , et Alphonse P*", comte de Barcelone et roi d'Aragon , fils de Raymond-Bérenger le Vieux , se disputèrent l'héritage du comte de Provence , les armes à la main. Le premier avait un fils fiancé à Douce , fille de Raymond-Bérenger m ; et lui-même ^ peu de temps après , épousa Richilde, mère de cette jeune princesse. Le second, cousin germain du défunt et son parent le plus proche ^ invoquait en sa faveur les droits du sang. Les deux rivaux se firent pendant dix ans une guerre acharnée ; enfin , accablés de lassitude ^ ils parièrent d'accommodement. Dans une conféft*ence tenue aux environ de Tarascon, Raymond V et Alphonse P*" signèrent la paix par l'entremise de quatre arbitres qui furent Hugues-Geofifroi , grand

(i) Tous les anciens historiens de Provence. — Durante , Hist. de Nice, 1. 1 , Ut. ii , ch. iv.

maître des Templiers , Raymond de Moncade , Arnaud de Villamulio , et le vicomte de Narbonne. Le comte de Toulouse renonça , en faveur du comte de Barcelone^ à ses prétentions^ moyennant le paiement d'une valeur de trois cent mille marcs d'argent et la cession de la vicomte de Gévaudan que les comtes de Provence avaient jusques alors possédée. Quant à Douce, il fut stipulé qu'elle épouserait le fils de Raymond Y; mais ce mariage ne se fitpas.Ce futaiusi que le comté de Provence passa, en Tannée 1176, delà branche provençale des Bérengers dans la branche Cats^ne de la même famille. Le royaume d'Aragon , le comté de Barcelone et celui de Provence se trouvèrent réunis sous un même maître , Alphonse P*".

Le Roi-Comte jugea utile de reprendre le dessein de son prédécesseur , Raymond-Bérenger III , sur la ville de Nice. Accompagné de ses deux firères, Sance et Bérenger d'Aragon , il marcha contre cette ville à la tête d'une armée formidable composée d'Aragonais, de Catalans et de Provençaux. Il conduisit si bien ses opérations militaires que la pla^e assiégée se vit bientôt réduite à l'extrémité, malgré le courage de ses défenseurs et le dévoùment des consuls Pierre Riquieri et Bertrand Badad.

Nice , perdant haleine sous les coups d'un ennemi supérieur en nombre et pesant sur elle de toutes ses forces , demanda grâce , mais sans perdre sa

dignité , mais en traitant encore de puissance à puissance. Elle offrit de se rendre aux pactes de bonne guerre , awc la conservation de ses us et coutumes , de ses franchises municipales , de ses tribunaux et de son consulat; moyennant quoi die s'obligea d'abord au paiement de vingt-cinq mille sols melgoriens une fois comptés , -ensuite à un tribut annuel de deux autres mille sols melgoriens, le tout à titre d'indemnité pour les frais de la guerre. Elle promit de plus une chevauchée ou service militairede cent cavaliers; du Varjuqu'à la la Siagne , et de cinquante de la Siagne jusqu'au Rhône. Alphonse y sachant qu'il est quelquefois imprudent de forcer des hommes de coeur à se retrancher dans le courage du désespoir ^ accepta les conditions que les consuls niçards vinrent lui proposer. Le traité fut conclu le 8 juin 1 1 76 , dans la plaine du Yar où leRoi-Comte était campé avec son armée , en présence d'un grand nombre de seigneurs, témoins signés dans l'acte, parmi lesquels on remarquait Boniface de Castellane , Raimond de Grasse , Blacas de Sisteron , Raimond de Malaucène , Porcelet d'Arles , Hugues-GeoÉfroi, maître de la milice du temple. Alphonse et les deux princes ses frères sanctionnèrent le traité de paix en baisant les consuls sur la bouche , pour eux , pour les magistrats leurs collègues et pour tout le peuple de Nice (i).

(i) Durante » 1. 1 , Ut. ii, ch. y.

Alphonse l^ , après ce succès , crut qu'il nV vait pas assez &it pour prendre du repos. Il entreprit de soumettre à l'hommage Guillaume YI, comte de Forcalquier, en fesant valoir contre lui, par la force des armes ^ l'inféodation que l'empereur Frédéric P' avait fiaite à Raymond-Bérenger III dont il exerçait tous les droits. Néanmoins, avant de commencer les hostilités , Alphonse interpella Guillaume par un hérault de se reconnaître son feudataire , et le menaça de son courroux en cas de refus. Guillaume répondit qu'il ne pouvait consentir à la perte ou à l'affaiblissement du pouvoir légitime qu'il tenait de ses aieux. En 1178, Alphonse entra à main armée dans les terres de son adversaire , fit bon marché de tout obstacle , marcha droit sur la ville de Forcalquier , mise en péril par cette subite attaque. Guillaume ^ devenu plus traitable, écouta les remontrances de ses amis et céda au sollicitudes des archevêques d'Arles , d'Aix et d'Embrun , des évéques de Marseille , de Sisteron , d'Apt et de Fréjus« Il prêta hommage à Alphonse par procureur , et reconnut que le comté de Forcalquier était un fief relevant du comté de Provence. La paix fut dès-lors signée , et le baron Loup-d'Agoult j ayant à cœur d'efiacer toutes les

traces de ces querelles entre deux souverains faits pour s'estimer mutuellement , leur ménagea une entrevue dans le château de Sault où il se jurèrent une amitié réciproque.

•Alphonse P' retourna ensuite dans ses états d'Espagne, où sa présenœ devenait nécessaire^ et confia à son frère Bérenger d'Aragon , l'administration du comté de Provence. A peu près à la même époque une troupe de Maures descendit sur les côtes, saccagea Toulon , et ne remit à la voile qu'après avoir enlevé un grand nombre de captifs parmi lesquels se trouvaient le seigneur Hugues- Geoffroi et son neveu. Sur ces entrefaites , l'empereur Frédéric I®** , jaloux , comme ses prédécesseurs , de conserver des prérogatives stériles -et d'ajouter un vain titre à ses titres nombreux , fit son entrée solennelle dans la ville d'Arles (i), suivi de l'impératrice et de Philippe son fils. L'archevêque Raimond de BoUène le couronna roi dans l'église métropolitaine, au milieu d'une assemblée nombreuse et brillante. L'absence du comte de Provence nuisit à ses intérêts , car Frédéric , renouvelant son alliance avec la maison de Baux , qui commençait à se remettre de ses désastres, lui confirma toutes les concessions qui lui avaient été faites, et lui donna la prérogative de marcher enseignes déployées depuis les Alpes jusqu'au Rhône, et depuis risère jusqu'à la Méditerranée. IjSl principauté d'Orange venait d'être transportée dans la famille des Baux , et voici comment : les descendans de Guillaume au Cornet , ou au Court- Nez , possé-

(i) Toujours en Tannée 1178.

dèrent ce fief souverain jusques à Ramband m qui mourut sans en£sms vers Tannée 1 177. Tiburge, sa sœur et son héritière ^ porta la principauté à Bertrand des Baux auquel elle fut mariée ^ et de cette union naquit un prince appelé Guillaume qui commença la seconde race des princes d'Orange. Raimond Y , comte de Toulouse, toujours maître du district nommé Marquisat de Provence ou Comté Yenaissiu , rompit les anciens traités touchant les limites de son territoire , et déclara la giierre à Guillaume des Baux , prince d'Orange , et à Bérenger, administrateur général du comté de Provence pour son frère Alphonse P*". Le prince d'Orange expira sous le poignard d'un vil assassin. Bérenger périt aussi dans cette guerre , selon les uns , ou abdiqua son pouvoir selon les autres. Quoi qu'il en soit, Alphonse V^ donna, en 1 181 , le commandement de la Provence à Sance son autre frère. Il ne tarda pas à venir lui-même d'Espagne pour combattre le comte de Toulouse dont les armes lésaient des progrès , et se ligua avec le roi d'Angleterre qui était alors à Bordeaux. On pilla f on ravagea , on brûla d«s deux côtés , et chacun finit par sentir le besoin de la paix. Un charpentier du Puy-en-Yelai , homme simple mais ardent, qui se croyait prophète, forma une association religieuse pour obtenir par tous les moyens cette paix désirée. Enfin elle fut conclue, et chaque prince conserva ses limites.

Alphonse 1*^, ayant enlevé à son frère Sance le commandement qu'il lui avait naguère confié^ lui donna en échange la Cerdagne et le RoussèUon. Ensuite il créa son fils, Alphonse II , comte de Provence, et s'en réserva la suzeraineté. En i j 89 , les les deux Âlphonses résolurent d'abaisser la fierté de Boniface, comte de Castellane, qui, d'après eux, tranchait trop du souverain. Avant tout , ils le sommèrent de prêter l'hommage, et comme il s'y refusa , ils levèrent des troupes pour l'y contraindre. Ils marchèrent d'abord contre l'évêque de Fréjus son allié , assiégèrent la ville épiscopale et s'en rendirent maîtres en peu de jours. Us prirent ensuite la route de Castellane. Boniface, se voyant perdu, ne pensa plus qu'à détourner l'orage. A la sollicitation de l'archevêque d'Embrun et de l'évêque de Senès , il proposa sa soumission , qui fut acceptée , et vint dans la ville de Grasse prêter hommage à son suzerain , le comte de Provence. Moyennant quoi il conserva sa souveraineté.

Les deux Alphonses eurent moins de modération et de générosité à l'égard du comte de Forcalquier. Le prétexte semblait manquer pour lui faire la guerre, car il s'était soumis à l'hommage quelques années auparavant et ne contestait point la suzeraineté du comte de Provence. Mais celui-ci et le roi d'Aragon son père , enflés de leurs succès , ne se contentaient plus de cette suzeraineté. U n'aspiraient à rien moins qu'à la propriété immédiate

de rétat de Forcalquier. Toutefois , comme l'usurpation à force ouverte présentait des difficultés et des chances que la prudence commandait d'éviter, ils pensèrent qu'il valait mieux arriver à leur but en fesant jouer les ressorts de la politique. Le comte régnant de Forcalquier, Guillaume VI d'Urgel , n'avait eu qu'une fille mariée à de Sabran , seigneur du Castelar, et de ce mariage étaient nés un garçon et deux filles. Par les intrigues du roi d'Aragon, il déshérita le garçon et la seconde fille, et donna l'aînée, appelée Garsende, à Alphonse II, avec la propriété du comté de Forcalquier pour dot. Il ne s'en réserva que l'usufruit ainsi que sept ou huit terres dont il voulut disposer en faveur du frère et de la sœur de Garsende qu'il avait déshérités. Ce mariage se fit en iigS. Trois ans après le roi Alphonse P' mourut à Perpignan.

ALPHONSE ri.

Son fils Alphonse II eut le comté de Provence qu'il tenait déjà. Un autre fils nommé Pierre reçut l'Aragon et la Catalogne.

Guillaume VI se repentit bientôt d'avoir sacrifié les droits de sa famille à l'ambition d'Alphonse II. D'ailleurs il était obsédé par le comte de Toulouse et par les seigneurs de la maison des Baux qui voulaient empêcher la réunion du comté de Forcalquier au comté de Provence. Il ne balança plus

à violer ses engagemens. Seulement^ avant de se déclarer contre son gendre y il rechercha l'alliance d'André de Bourgogne, dauphin de Viennois, et lui fit épouser Béatrix de Sabran , sa seconde petitefille , à laquelle il donna pour dot toutes les terres depuis le pont de Buech près de Sisteron , jusques aux confins de l'archevêché d'Embrun. Il fiit stipulé dans ce contrat de mariage, passé en laotï, que si le dauphin et sa femme mouraient sans laisser d'enfans, les biens compris dans la donation retourneraient au donateur ou à celui qui lui succéderait dans le comté de Forcalquier. Guillaume YI prit ensuite les armes avec l'assistance d'André de Bourgogne , du comte de Toulouse et de Raymond desBaux, tous ligués contre Alphonse II. Celui-ci trouva moyen de s'emparer de la ville et de la citadelle de Sisteron qui appartenaient à Guillaume, et reçut en même temps des secours de son frère le roi d'Aragon. Tout se brouilla de nouveau en Provence. Raymond des Baux vint ravager le territoire d'Aix , mais les habitans le prirent dans une sortie, après avoir mis son corps d'armée en fuite. Alphonse II, voulant leur témoigner sa reconnaissance, leur permit découper du bois et de mener paître leurs bestiaux à cinq lieues à la ronde , ce qui excita de vives réclamations de la part des habitans de Jouques , deVauvenargues et du Tholonet. Les deux partis, fatigués de la guerre , eurent recours aux négociations.

Comme Sisteron était le sujet apparent de la querelle , on convint que la citadelle serait confiée en dépôt au roi d'Aragon, et qu'elle serait remise au comte de Forcalquier dans le cas où Alphonse II et sa femme Garsende mourraient sans postérité. La paix fut ensuite jurée de part et d'autre.

Pour empêcher le retour de nouveaux troubles^ on tint un plaid à Manosque. Il s'agissait de terminer un différend entre les maisons d'Orange, deSimiane et deRailiane, d'un côté, et Guillaume VI, de l'autre. Ces maisons puissantes , qui possédaient des fiefs dans le comté de Forcalquier, refusaient au comte souverain l'hommage et certains droits seigneuriaux. Raymond YI, comte de Toulouse, choisi pour arbitre, décida que Guillaume renoncerait à une partie des droits qu'il exigeait de ses adversaires , mais que ceux-ci seraient obligés de lui prêter hommage, sa vie durant, comme leur seigneur suzerain , et qu'après sa mort, ils le prêteraient au comte de Provence. Cette sentence sanctionnait l'acte de mariage de la princesse Garsende de Sabran, épouse d'Alphonse II, laquelle devait recevoir le comté de Forcalquier en toute propriété, à la mort de Guillaume, prince régnant.

L'année suivante (i) Alphonse II céda àl'évêque de Fréjus la moitié de la seigneurie de la ville, ce

(i) En iao3.

prélat jouissant déjà de l'autre moitié que le comte Guillaume !•', delà dynastie des Bosons, avait donnée à l'un de ses prédécesseurs. Alphonse retint toutefois la juridiction dans les causes criminelles, sous le prétexte de l'incapacité des clercs pour ces sortes dejugemens.

Un gentilhomme provençal j nommé Jean de Matha, né à Faucon d*une famille considérable, venait de s'inscrire au nombre des bienfaiteurs de l'espèce humaine, en fondant l'ordre de la Trinité pour la rédemption des captifs (i). Il ne répandait pas sur la terre les stériles maximes d'une philantropie spéculative. Non , car il l'entendait beaucoup mieux ; non, car il la voulait toute en action, et lui-même la pratiquait dans ce qu'elle a de plus héroïque. Ses voyages se multiplièrent pour briser les fers des chrétiens esclaves des infidèles. Lui et ses frères se virent souvent réduits aux plus cruelles extrémités pour la défense de leur foi, pour l'accomplissement de leurs saints travaux et de leurs bonnes oeuvres.

Dans les provinces méridionales de la France on commençait à raisonner sur les matières religieuses, et l'on se permettait d'examiner tout ce qu'auparavant on adorait sans examen. Malheureusement les esprits, qui se montraient impatiens

(i) Le Pape cooMcra cette belle institation par une bulle du 17 décembre 1 199. — Lougueral , out. cité, t. x, liv. xxviii.

de secouer le joug des abus théocraliques, tombaient eux-mêmes dans la licence , et sous un air imposant de réforme la superstition se cachait tyrannique dans ses exigences. On oubliait que la vérité n'est pas attachée nécessairement au nom de novateur , et que pour avoir raison contre ce qui existe il faut autre chose que l'aveugle désir de le détruire. En pareil cas l'on ne peut se justifier qu'en fesant un meilleur ouvrage. Des sectaires hardis se levèrent dans le Languedoc, et on les nomma Albigeois. L'Église arma contre eux le bras de la puissance séculière j et , comme c'est l'usage, le fanatisme des persécuteurs augmenta celui des persécutés. Le comte de Toulouse, Baymond VI , fut regardé comme le protecteur des hérétiques, soit qu'il eût adopté secrètement leurs doctrines y soit qu'il les tolérât seulement par politique. Pierre Castelnau , rigide inquisiteur et l'un des légats du Pape, qui avait osé l'excommunier, fut assassiné à Trinquetaille-lez-Arles, le 8 janvier iao8. S'il faut en croire un historien ecclésiastique (i), le légat se sentant percé d'un coup de lance « Dieu vous pardonne, comme' je « vous pardonne » dit-il à l'assassin; ce qu'il répéta plusieurs fois (a). Les foudres de Rome

(i) Longueval , ièid. ch. xxix.

(a) Le jéstiite LangloU ( Hist des Croisades contre les Albigeois, Ht. Il) et, rAnnaliste de Citeaux {Anntd, CUterc, ad ann, laoB, cap, II ) y voient le Légat mis k mort par deux assassine que le comte

indignée tombèrent aussitôt sur la tête du comte. Le Pape l'excommunia dans une bulle adressée aux archevêques de Narbonne, d'Arles, d'Aix, d'Embrun et de Vienne (i), délia ses sujets du serment de fidélité , donna ses terres au premier occupant et prêcha contre lui une croisade. Des troupes innombrables de croisés, sous le commandement de Simon de Montfort, inondèrent le Languedoc. Je ne donne pas le détail des combats et des barb9ries que cette exécrable guerre fit naître. La secte des Albigeois ne causa qu'une légère agitation dans le comté de Provence. Alphonse n le défendit des nouvelles idées. Il s'em- . ploya même pour détruire le château du pont de Sorgues d'où une bande d'hérétiques ravageait les cantons voisins.

Guillaume VI , comte de Forcalquier , termina à Manosqye, dans le courant de l'année iao8, une vie inquiète et troublée. U affectionnait beaucoup cette petite ville dans les murs de laquelle on avait long-temps célébré les jeux nuptiaux qui consistaient à donner en mariage un certain nombre de

deToaloase ayaiteiiToyés. Guillaume de Paylaurent (cap. ix, p. $9) dit que ce prince ne fut pas exempt de soupçon. Le légat Milon observe, dans une lettre à Innocent III, que le meurtrier était auparavant ennemi de Raymond , et qn*il fut ensuite admis dans sa familiarité. La Chronique Languedocienne absout pleinement le comte. ( Preuves de THist. du Languedoc , t. m, p. 4 )• (i) Baluze , t. 11, Uv. 11 , Lettre xxvi.

jeunes filles à un nombre pareil de jeunes hommes vainqueurs à la course ou la lutte (i). Guillaume, de l'avis des prélats et des barons de son comté, avait fait un statut portant que toute fille dotée par ses parens était inhabile à recueillir leur succession , lorsqu'il se présentait un héritier direct, à moins que les parens n'en eussent autrement disposé ('i). En lui finit, dans le grand fief de Forcalquier, la dynastie d'Urgel et du sang de Barcelone. Sa mort donna ouverture aux droits de Garsende de Sabran , épouse d'Alphonse II , lequel devenant ainsi comte de Forcalquier , joignit ce titre à celui de comte de Provence , double titre que portèrent toujours ses successeurs.

Alphonse II se trouvait alors à Palerme où il avait conduit Constance sa sœur qui allait épouser Frédéric II , roi de Sicile. Il y mourut en 1 209 , laissant un fils nommé Raymond-Béjtenger TV. Garsende de Sabran , sa veuve, entra dans un monastère.

Pierre, roi d'Aragon, vint aussitôt en Provence, se déclara tuteur de Raymond-Bérenger IV , son neveu , et reçut en son nom le serment de fidélité des principaux feudataires. Après avoir pourvu à l'administration du comté de Provence et du comté de Forcalquier , îl reprit le chemin de l'Espagne,

(i) J.-F. Bouche, t. i.

(a).RafB , Hîst. des Comtes de Provence.

amenant avec lui le jeune prince placé sous la discipline de Guillaume de Montredon, grand maître des Templiers, et de Raymond de Penafort, fameux théologien du 1 3® siècle.

Pendant l'absence du souverain , la Provence fut déchirée. Guillaume de Sabran , parent de Guillaume yi, se proclama comte de Forcalquier et se mit à la tête d'une troupe d'insurgés. D'un autre côté , Adélaïs, sœur du même Guillaume YI et femme de Giraud-Amic , aussi de la maison de Sabran , leva l'étendard de la révolte j entra dans la capitale , se saisit du palais comtal y et se proclama à son tour comtesse de Forcalquier. En même temps la guerre continuait entre les Albigeois et les Catholiques. On s'égorgeait au nom du père commun des hommes. Le Comté Yenaissin , domaine du comte de Toulouse y était au pouvoir des sectaires. Mais l'infortuné Raymond VI fut obligé de se soumettre à une pénitence ignominieuse. Cité au mois de juin i a 1 1 , par les légats du Souverain Pontife , devant un concile assemblé à Arles y il s'y rendit accompagné du roi d'Aragon; mais il sortit bientôt de cette ville y sans prendre congé des évêques y pour ne point se soumettre aux conditions intolérables qu'on voulait lui imposer. Les légats le déclarèrent derechef excommunié y ennemi de l'Eglise y apostat de la foi. Vaincu , en i a 1 4 > ^ 1^ bataille de Muret où il tenta im dernier effort y il perdit tous ses états.

Simon de Monfort et rarmée des Croisés envahirent le Venaissin qui devint un afïreux théâtre d'atrocités révoltantes (i).

(i)Petras Vallis, Hist. Albig. — Catel, Hist. des Oomtes de Toulouse, liv. ii. — Fleury,Hist. Ecclésiast. , t. xvi. — Don Vaissette et Claude de Vie. Hist. du Languedoc , t. m.

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