CHAPITRE X
Fin da douzième Siècle et commencement du treizième.
Extension du droit de cité. — Villes municipales. — République de Nice. — République d'Avignon. — République d'Arles. — Charte du Consulat. — Consuls. — Système administratif. — Institutions politiques. — Élections. — Magistratures. — Législation. — Conseil annuel. — Parlement.— Pouvoir et droits de Farchevéque. — République de Marseille. — Prospérité du commerce marseillais. — Ses établissemens maritimes. — Son influence dans le Levant. — Statuts municipaux. — Ressources industrielles.
— Réglemens de police. — Ville haute et Ville basse.— Seigneurie épiscopale dans la Ville haute. — Fief vîcomtal dans la Ville basse. — Affranchissement de la Ville haute. — Organisation du gouvernement républicain. — Le Podestat.
— OlBciers divers. — Corporations d'arts et métiers. — Conseil général et annuel. — Élections. — La souveraineté du peuple et le Parlement. — Principes démocratiques. — Sagesse de la constitution marseillaise.
-^u milieu de la confusion générale y on sentit le besoin de se rapprocher et de s*unir. On délibéra sur les intérêts communs, et l'esprit d'association fit des progrès utiles.
Il y avait alors trois ordres de personnes : les
nobles , les bourgeois , et les gens de métier , ou le peuple.
La noblesse était composée des principaux citoyens qui avaient reçu l'accolade des mains de quelque prince ou de quelque prélat. Il n*y avait point d'évéque, point de seigneur distingué en Provence qui ne fût en possession d'ennoblir les bourgeois en les armant chevaliers; et ces nouveaux nobles jouissaient des mêmes prérogatives que ceux qui étaient créés par l'autorité du prince (i).
IjC droit de cité se forti&a et s'étendit principalement dans les villes provençales qui entretenaient des relations fréquentes avec l'Italie , où les corps municipaux avaient été rétablis dès le règne d'Othon P'' et celui de son 61s (a). Dans le dîxiè me siècle y ces communes italiennes y fières de leur affranchissement , avaient fait revivre l'ancienne forme y ou du moins les anciens noms de la république romaine y en donnant à leurs premiers magistrats le titre de Consul y trop grand mot pour de petits hommes se remuant sur un petit théâtre. Plusieurs villes de Provence suivirent leur exemple, et c'était bien naturel y car le goût de l'imitation qui exerce toujours son influence sur des choses indifférentes y agit avec plus de puissance sur tout
(i) Anibert, Mémoires historiques et critiques sur rancienne République d* Arles, t i , ch. v.
(i) Sigonius , Hist. de Regn, Italie, iià, vu.
ce qui flatte la vanité. Tarascon et Brignolles , secouant le joug seigneurial , se donnèrent un gouvernement consulaire* Grasse forma une administration semblable. Cette ville que l'on ne mentionne pas avant le douzième siècle (i) , avait eu le bonheur de se garantir des incursions des Maures et avait acquis des richesses par une habile industrie. Elle s'était accrue aux dépens d'Antibes dont les habitansi trop exposés à l'attaque de ces corsaires africains , étaient venus y chercher un asile et y former de nouveaux établissemens (a). En 11911 ^ Grasse fut témoin d'un attentat qui laissa dans les esprits une longue épouvante. Plusieurs scélérats armés entrèrentdans l'église de St.-Honoré pendant la célébration des mystères saints , profanèrent tous les objets de la vénération publique , et démolirent le maître autel. Un écrivain peu digne de foi (3) prétend que l'évêque d'Antibes fut soupçonné d'avoir fait commettre ce crime.
D'autres villes plus importantes adoptèrent le régime républicain. Cependant, qu'on ne s'y trompe pas , ces républiques provençales ne doivent pas être rangées dans la classe des états absolument libres. On découvre des vestiges de leur dépendance envers l'Empire dont elles se
(j) Expilly» ooY. cité) verào Grasse.
(a) Grasse s'agrandit encore lorsqu'elle reçut en Tannée ia48 le siège épiscopal qui était à Autibes.
(3) Guesnay, Propînc. Massil. Annales, p. 336.
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fesaient gloire de relever , autant par intérêt que par reconnaissance, parce que la suzeraineté impériale sous laquelle elles se placèrent, servit à les affranchir de la domination des comtes , leurs souverains primitifs. C'est en effet dans les diplômes des empereurs d'Allemagne qu'il £aut chercher l'origine de leur établissement. Au reste , cette haute suzeraineté n'était qu'un protectorat honoraire. Elle ne s'exerçait que sur des choses de pure forme. La juridiction appartenait en entier aux citoyens qui nommaient librement leurs magistrats et changeaient à leur gré l'administration politique. Les empereurs n'exigèrent même aucun tribut pour prix de leurs concessions.