‹ Histoire de Provence (volume 5)Chapitre 27 sur 48 · RÉPUBLIQUE D'AVIGNON · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE D'AVIGNON

Avignon secoua peu à peu le pouvoir des comtes de Toulouse de qui elle dépendait , et les évêques de cette ville travaillèrent à l'œuvre de l'affranchissement communal en concurrence avec les nobles et le peuple qui formaient plusieurs confréries. Elle se trouva ainsi séparée du Comté Yenaissin, toujours soumis à la maison de Toulouse , et ses statuts , empreints du sceau de leur origine , présentèrent un' mélange de pouvoir sacerdotal^ de privilèges féodaux et de franchises populaires. Vers le milieu du douzième siècle, l'évêque Geoffroi , sous les auspices de la suzeraineté impériale , fit rédiger les Lois du Consulat- Peu après , Avignon devint si florissant qu'il renferma plusieurs palais dans ses murs. En 1177 on jeta sur le Rhône un pont de pierre qui devint

(i) Darante , ouv. cité, 1. 1 , liv. ii , ch. iv.

un objet d'admiration publique. Les préjugés religieux publièrent des miracles sur l'histoire de sa construction. Suivant une vieille chronique accréditée par l'ignorance^ Benoit, vulgairement appelé Benezet j jeune prêtre inspiré de Dieu , se présenta devant l'évéque , lui déclarant qu'il avait mission de faire cet ouvrage. On se moqua d'abord de lui , car son âge et sa pauvreté n'inspiraient que la pitié ou le mépris. Benezet fbsista , et l'évéque prenant la résolution de le châtier comme un misérable imposteur , le livra au bras séculier. Le magistrat civil, qui l'interrogea, fat étonné de son assurance et lui proposa une épreuve. Ce fat de porter sans secours étranger une pierre que trente hommes ne pouvaient remuer ensemble. Benezet , soulevant alors ce fardeau , alla le déposer au lieu même où l'on commença le pont (i). Et le peuplé étonné l'honora comme un saint, et on le combla de présens , et on l'entoura d'hommages. On préposa des religieux à la garde et aux réparations de ce monument; mais leur humble demeure fut bientôt changée en riche monastère par les dons de plusieurs seigneurs. C'était là le sort heureux de tous les établissemens catholiques. Benezet , à qui on attribua aussi des guérisons miraculeuses , fut inhumé sur le pont même , à l'endroit où l'on bâtit une chapelle qui devint célèbre (a).

(i) Nougaier, ouv. cité. p. 58.

(a) S'il faut en croire Longueval ( t. x, liv. xxnii) , le corps de

La république avignonaise avait pour chefs Févêque et plusieurs consuls. On les voit toujours agir en commun ; mais dans toutes les chartes et dans tous les actes publics Tévéque est nommé le premier , et il paraît qu'il jouissait de la plus grande part d'influence. Quel était le nombre des consuls ? Il n'est pas facile de le déterminer y car il paraît qu'il variait. H était de cinq en iao6.Par

acte du 4 juillet dk cette année , le comte de Forcalquier, Guillaume YI^ prétendant avoir des droits de souveraineté sur Avignon , parce qu'en effet cette ville avait été distraite du domaine de ses prédécesseurs au profit de la maison de Toulouse, céda tous ses droits à l'évêque Rostaing IV et aux cinq consuls Raymond de Fos , Guillaume de Ferrioli f Chasbalde de Jocas » Pons de Condoulet et Guillaume Raymond de Maillane , stipulant pour leurs concitoyens (i). En laio la république avait sept consuls. C'est ce que prouve un acte par lequel l'abbé Bernard et les religieux du monastèrede St.-André prêtèrent serment de fidélité à l'évêque Guillaume et aux consuls , comme à leurs souverains dont ils avaient long-temps bravé l'autorité. Ces consuls étaient Pierre de Soz , Pons Augier ,

Benezet , 'visité en 1669 , fut trouvé entier et sans corruption, quoiqu'il n*eât pas été embaumé. Il n'avait pas en longueur plus de quatre pieds et demi.

(i) Antoine de Ruffî, Hist. des Comtes de Provence^p. i4ietsuiY.

Hugues Bernard y Bertrand , Pierre deSt.-Michel, Guillaume Cavalier et Raymond Folquet(i).

L'évéque Guillaume se signala par l'ardeur de son zèle contre le comte de Toulouse et les Albigeois. Le ao février lai i , après la tenue du concile de Lavaur , il se joignit à Martin , archevêque d'Arles , et à ses suffragans , pour remonslrer au pape qu'on devait ruiner Tholose, et les hérétiques qui y estaient y et le Comte qui les soustenait (a).

La république d'Avignon fut déchirée par des discordes civiles. On se disputa le pouvoir, et l'on vit 9 en plusieurs occurrences, la faction du peuple opposée à celle de la noblesse. Au commencement de l'année iai5, les bourgeois et les confréries d'arts et métiers prirent les armes et demandèrent l'abolition de quelques impôts et péages que les nobles avaient fait établir. Le cours des lois resta suspendu. Toute la ville fut dans l'anarchie. Enfin les deux partis parlèrent d'accommodement et nommèrent chacun cinquante députés chargés de mettre un terme aux calamités publiques. Ces commissaires soumirent le différend à l'arbitrage de Guillaume , évéque d'Avignon , et à Bermond , archevêque d'Aix, après s'être respectivement donné des otages , comme garans de la promesse d'acquiescement à la sentence. Ces prélats travaillè-

(i) Nouguier, p. 69.

(a) Id, p. 71. — Cattcl, des Comtes de Toulouse, p. a85.

rent avec ardeur au rétablissement de la paix y et leur jugement à la date du 27 février , œuvre de conciliation et de sagesse , satisfit les deux partis (1).

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