CHARLES
v^OMME Béatrix, comtesse souveraine de Provence , était encore mineure , sa mère Béatrix de
Savoie, Roraée de Villeneuve et Albert de Tarascon, tous les deux ministres, formèrent un conseil de régence qui gouverna le pays. La jeime princesse fut recherchée en mariage par le comte de Toulouse, à qui son père l'avait promise. L'empereur Frédéric II la fit demander pour son fils Conrad. Le roi Jacques d'Aragon proposa aussi son fils, pour que cet important domaine ne sortit pas de sa race. Croyant que le sang lui donnait des droits incontestables, il voulut les faire valoir les armes à la main , envoya des troupes en Provence ; et ces troupes , se répandant autour de la ville d'Aix, y tinrent en quelque sorte assiégé le conseil de régence. Charles d'Anjou s'avança luimême avec une armée pour écarter tous ses rivaux. L'influence de son frère le roi de France et les négociations habiles de la reine Blanche, sa mère, lui aplanirent toutes les voies. Romée de Villeneuve , qui le favorisa beaucoup , méconnut la volonté des seigneurs et des communes de Provence , car l'opinion publique était contraire aux intérêts français. Charles d'Anjou , au comble de ses vœux, épousa Béatrix le 3i janvier ia46.
Le premier soin du nouveau comte fiit de visiter la Provence , et il ne put dissimuler son dépit à la vue des communes indépendantes qui semblaient se faire un plaisir de braver son autorité. Il résolut de les soumettre ; mais , obligé de retourner incessamment auprès du roi de France pour rece-
voir l'investiture du comté d'Anjou , qui lui avait été <lonné en apanage , il renvoya k des temps plus propices l'exécution de ses desseins. Avant son départ il régla tout ce qui pouvait faciliter le triomphe de son entreprise, à laquelle il ne dédaigna point de donner une couleur légale. A cet effet il nomma des commissaires pour rechercher les titres que les comtes de Provence ses prédécesseurs avaient eus sur les villes et les seigneuries qui se prétendaient exemptes de sa juridiction. Bientôt, selon le dire d'un troubadour (i), le pays /iit infesté de troupes davocats et de conseillers qui j sans égard pour le droit des parties , disaient que toutes choses appartenaient au comte. Les commissaires de Charles condamnèrent les Arlésiens , qui avaient repris leur indépendance à la mort de Raymond-Bérenger IV , conformément aux actes du a5 juillet et du 19 août laSg. Mais ceux-ci , ne prenant pas la peine de fournir des défenses juridiques , s'inquiétèrent fort peu de la sentence rendue.
A cette époque les chefs de la république arlésienne revisaient la constitution. On condamna aux peines les plus rigoureuses ceux qui oseraient traiter publiquement ou en secret de transporter à perpétuité ou pour un certain temps la souve-raineté de la ville entre les mains dun prince ou
(i) Boniface de Castellane. Millot, ouv. cité, t. ii.
d^un seigneur quelconque , et l'on priva même les coupables de toute espérance de pardon (i). Le 17 avril I a479 la république conclut un traité d'alliance offensive et défensive avec Avignon, Marseille, et le seigneur Barrai des Baux. Us s'obligèrent de fournir chacun cent cavaliers en temps de guerre, et cinquante en temps de paix. Marseille et Avignon devaient en outre entretenir dix navires armés pour veiller à la défense de la Camargue. On convint que Marseille en aurait six et Avignon quatre.
La noblesse française se préparait à une croisade nouvelle , et partout le bruit des armes se mêlait au son des pieux cantiques. Dans une maladie dangereuse , Saint Louis s'était engagé par serment à porter la guerre en Palestine. En vain la reine mère , la plupart des seigneurs , et l'évêque de Paris lui-même , s'efforcèrent de le détourner de ce dessein. Bien ne put l'ébranler, ni les besoins de l'État, ni l'intérêt de sa famille, ni les risques d'une entreprise téméraire, et il fallut céder à sa volonté inflexible. Charles I*' se rendit à cette croisade, et joignit au port d'Aigues-Mortes le roi de France et le comte d'Artois, ses deux frères, et la reine Marguerite , sa belle-sœur (2). Il laissa le
(1) Stai. Reip, j4relat, €af. 173.
(1) Saint Louis» sa femme et ses deux firères s'embarquèrent le i5 août 1248. Le comte de Poitiers, troisième frère du roi de France, partit l'année suivante.