‹ Histoire de Provence (volume 5)Chapitre 44 sur 48 · LOUIS I · texte numérisé non relu

LOUIS I

■L'A mort de Jeanne consterna Clément Vn. Il craignit d'abord que le duc d'Anjou n'abandonnât son

entreprise; mais ce prince, à la soUicitation du pontife, se raffermît dans son premier dessein, et ils rendirent l'un et l'autre tous les honneurs qui étaient dus à la mémoire de leur bienfaitrice. Clément fit célébrer dans la cathédrale d'Avignon de magnifiques obsèques auxquelles il assista avec le duc d'Anjou. Le cardinal de Cusence prononça l'oraison fiinèbre de la victime royale (i).

La tranquillité régnait en Provence, et Louis d'Aujou ne songea plus qu'à régler les opérations de la guerre en Italie. Ce prince, à la tête d'une armée que les calculs les plus modérés portent à quinze mille chevaux (a), souteiftis d'un puissant corps d'in&nterie, traversa rapidement la Lombar^ die, laRomàgne, la Marche d'Ancône , et entra, le 17 juillet i38a, dans le royaume de Naplespar les Abruzzes, dont il occupa toutes les places. Son armée fut encore grossie par un grand nombre de seigneurs napolitains qui désiraient venger la mort de Jeanne et secouer le joiig de Charles de Duras (3). Ainsi commença le parti des Angevins ou des Provençaux, qui devait, par sa rivalité avec la faction de Duras , coûter tant de sang au royaume de Naples. Le duc d'Anjou s'empara du comté de

(1) TeUûer, HitL des SoaTeraiiu.PoiitiiiM qo) ont lî^ dan* ATignon , p. 36o. — B«luie , notes , fol. 1057. (1) Chroiûcoa Estense , t. xt, p. 5oS. (3) GiuuMiie , /^toria Cifilt, etc., t. ni, liv. sur, cb. i.

Nolioe, traversa la chaîoe des Apennins^ et pénétra dans la Terre de Labour, résolu d'aller assiéger la capitale.

Charles de Duras y se voyant abandonné par une partie de ses barons ^ renferma ses troupes dans plusieurs citadelles. Il opposa la ruse à la force , voulut affaiblir Fennemi dans des routes difficiles y et se garda bien de commettre son armée au sort d'une bataille générale. Ne songeant qu'à se tenir sur la défensive pour gagner du temps ^ il défia Louis à un combat singulier^ comme autrefois Pierre d'Aragon avait défié Charles I*'. Un chevalier^ nommé Sauvage^ qui apporta le cartel au camp du nouveau comte de Provence y eut la tête tranchée par ordre de ce prince (i). Duras , reprochant à Louis d'avoir violé le droit des gens ^ lui proposa un second cartel , qui fiit accepté. Tandis qu'on fixait par divers messages le jour et le lieu de cette rencontre^ le nombre des champions , les armes qu'ils devaient porter^ l'armée du comte de Provence s'affaiblissait par la désertion ^ la disette, la chaleur du climat, les maladies épidémiques. Puis Duras trouva des motifs pour retarder encore le combat singulier qu'il avait lui-même provoqué.

L'armée de Louis d'Anjou s'ouvrit un passage dans les plaines de Foggia après un choc qui coûta

(i) Nicm , UUt. Schumat'u, liy. i , ch. xxviii.

bien du sang. Mais son état de détresse ne lui permit pas de profiter de cet avantage. Au commencement d'avril i3S4 Duras partit de Naples et campa à Barlette à la tète de ses troupes , après douze jours de marche. Ce prince n'eut presque pas besoin de tirer l'épée. 11 laissa faire les chaleurs et les maladies. Les débris languissans de l'armée franco-provençale se virent réduits aux plus fâcheuses extrémités, et il fallut solliciter à la Cour du roi^e France des secours d'hommes et d'argent. Le roi Charles VI envoya dans le royaume de Naples le comte Enguerrand de Coucy avec douze mille chevaux. Mais ce général arriva trop tard. La république de Florence, qui, neutre en apparence, soutenait secrètement le parti de Duras, sut arrêter Enguerrand de Coucy. Louis d'Anjou était si misérable qu'il ne lui restait de toute son ancienne magnificence qu'une tasse d'argent pour boire , et une seule cotte d'armes de toile, semée de fleurs de lis (i). Enfin, dévoré d'inquiétude et de désespoir, il mourut au château de Bari le 37 de septembre , âgé de quarante-six ans. Son armée se dissipa d'elle-même , mais son parti ne s'éteignit point. Les partis renferment quelquefois dans leur sein un germe de force étonnante. Quand on les croit abattus pour toujours , les voilà qui se relèvent encore , puisant daus le malheur

(1) MigDot, out. dté, cb. xr.

une énergie noureUe. Le duc d'Anjou laissa deax fils en bas âge sous la tutèle de leur mère, Marie de Blois ^ fille puînée de Charles de Blois ^ duc de Bretagne. L'aîné y qui portait aussi le nom de Louis, fut substitué à tous les droits de son père sur le royaume de Naples. Il eut de plus la souveraineté du comté-uni de Provence et de Forcalcpiier (i).

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