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CHAPITRE XXXIV

L'£urope entière est troublée par la guerre. — Désastre de la France. — Combat naval de Toulon. — Les Français, après avoir obtenu quelques succès en Italie , repassent le Var.

— Invasion des Autrichiens en Provence. — Leurs opér ratioiis nilitaines. — Us se rendent mahre d'nne grande partie de la Province. — Belle conduite de l*£Téque de Vence. — Arrivée du Maréchal de Belle-Isle , commandant l'armée française. — Cette armée reprend l'ofTcnsivc. — Triste position des Autrichiens. — Ils évacuent Ja Provence. — Paix d'Aix-la-Chapelle. — Rupture entre l'Angleterre et la France. — Glorieuse expédition de Minorque.

— Pais générale.

La paix régnait en finrope, lorsque l'empereur Charles VI, dernier prince de la maison d^Âutri-

çhe, mourut au mois d'octobre 1740- Ce monarque , à défaut d'en£sins mâles , avait institué pour son héritière universelle l'archiduchesse Marie- Thérèse, sa fille aînée , épouse de François de Lor- , raine, grand duc de Toscane, et il descendit au tombeau avec la ferme confiance que Tesécntion de ses dernières volontés ne rencontrerait aucun

D£ PROVENCE. 291 obstacle. Marie-Thérèse se fondait sur le droit naturel qui rappelait à Théritage Ue son père , sur une pragmatique-sanction qui confirmait ce droit, et sur la garantie de presque tontes les puissances de l'Europe. Mais dès que Charles VI eut rendu le dernier soujpiry plusieurs prétendans se montré* rent. Charles-Âlbert, électeur de Bavière , Auguste III, électeur de Saxe et roi de Pologne, le roi d'Ëspagne Philippe Y , réclamèrent la succession en tout ou en partie. Un prince dont on parlait peu, mais dont le nom devait bientôt voler de bouche en bouche sous rimniortelie consécration du génie et de la gloire , Frédéric II , roi de Prusse, porta les premiers coups en s'emparant de la Silésie. Le &u de la guerre se rallumai çt l'Europe ébranlée retentit du bruit des armes.

L'électeur de Bavière n'attendait, pour éclater, qu'un signal de la France. Mais le cardinal de Fleury ne voulait point dépouiller à main armée' une hMtière légitime que le gouvernement français avait déjà reconnue par un pacte solennel. La violation des traités troublait sa conscience et désolait sa vieillesse. 11 reculait devant une entreprise qui lui semblait aussi hasardeuse qu'injuste. Le comte de Belle^Isle et son frère le chevalier, parvinrent à vaincre les scrupules du sage ministre. Fleury refusa toutefois défaire une guerre ouverte. De Belle-ïsle fut envoyé à Francfort, au camp du roi de Prusse et à Dresde» pour négocier

392 HISTOIRE en faveur de Charles- Albert de Bavière, qu*ôii Voulait élever à Tempire, et enrichir des dépouilles d'une maison si long-temps rivale de la France. Il s'entendit avec Frédéric et la cour de Saxe. Charles-Albert reçut bientôt le titre de lieutenant-général des armées de Louis XY , et il entra fucilement en Autriche , tandis que l'impératrice Blarîe-Thérèse résistait à .peine au roi de Prusse. Ce prince , à la téte de Tarmée française et de vingt mille saxons , marcha ensuite vers Prague , s'en empara, s'y fit couronner roi de Bohême, et alla recevoir à Francfort la couronne impériale sous le nom de Charles YII. Avec moins d'énergie et de vertu, Marie-Thérèse n'eût pas pu résister à tant d'ennemis ligués conltre elle. Mais c'était une femme forte et digne de porter le sceptre des Césars. Quand tout semble l'abandonner, la Hongrie devient son refuge. Elle reçoit dans cette contrée belliqueuse des mar-^ ques de dévouement admirable. L'enthousiasme public lai crée partout des défenseurs, ranime son espoir , relève ses affaires. L'Angleterre et la Hollande iui envoient des secours d'argent. Ses ennemis n'agissent point de concert et se plaignent les uns des autres. L'empereur Charles VII éprouve à son tour des revers* Les armées françaises en Bavière et en Bohême s'a£Gsiiblissent de jour en jour, sans qu'il se donne une grande bataille. I^es Autrichiens viennent assiéger Prague , au mois de décembre 174a. liC comte de Bdle^-lsky nommé ma-

DE PRDVENCS. 293 réchal de Franoei sauve le reste de Tarmée française , assiégée dans cette ville ^ et ramène treize mille hommes à Egra par une route détournée, au milieu des glaces. Enfin la guerre est reportée du fond de l'Autriche au Rhin.

Les Français semblaient brouillés avec la victoire; i'aunée suivante ib perdirent la bataille de Dettingen contre Georges H, roi d'Angleterre , par trop de précipitation et trop peu de discipline, c'est-àdire, par une £aute du genre de celles qu'ils commirent ans journées funestes de Poitiers et d'Asdncourt. Marie-Thérèse fit la paix avec le roi de Prusse au prix de la Silésie. L'empereur Charles VU n'avait plus d'états. Ses ressources étaient détruites. La France , si malheureusement engagée dans une querelle étrangère, gémissait sous le poids des humiliations et des disgrâces, tapidis qué les Anglais, menaçant ses colonies, promenaient sur toutes les mers leur pavillon dominateur.

Le cardinal de Fleuiy termina sa carrière au milieu de ces malheurs qu'il avait prévus, et Louis XV resta pendant toute Tannée 1743 dans une insensibilité léthargique. Ce monarque sentit enfin l'aiguillon de l'honneur, et le commencement de

1744 ^ut employé à de grands préparatifis militaires. . .

Le roi de Sardaigne s'était uni avec Marie-Théïèse. Mais il restait un allié précieux au cabinet de Versailles, c'était le roi d'£spagne. L'infant don

Carlos était maître du royaume des Deux-Siciles , et Ton destinait le Milanais et le Parmesan à don Philippe, son frère puiné. Ce dernier s'empara du duché de Savoie. £n même temps la France déploya ses forces maritimes.

Il y avait à Toulon une flotte de seise yaisseaux espagnols, qui avaient transportédes troupes et des munitions à don Philippeen Italie. lues canonniers, peu experts dans leur art, furent exercés pendant quatre mois. On les ût tirer au blanc en excitant leur émulation par des prix proposés. Quatone vaisseaux français , quatre frégates et trois brâlots se trouvaient aussi à Toulon , par les soins du cx>mte de Maurepas, ministre de la marine. L'es* cadre espagnole était commandée par don Joseph Navarro, et l'escadre française avait pour amiral le chevalier de Couru Bien que cet ofQcier fut âgé de quatre*vingts ans, la vieillesse n'enlevait rien à sa vigueur de corps et d'esprit. L'amiral anglais Matthews s'était établi en croisière devant Toulon avec quarante-cinq vaisseaux de ligne» cinq frégates et quatre brûlots. Le aa février 1744» les escac}rc$ combinées d'£spagne et de France sortirent du port 9 et s'avancèrent à l'aide d'une forte brise à la rencontre des ennemis, malgré leur in« fériorité. Matthews crut devoir engager l'action avant d'avoir rallié toutes ses forces, et Tune de ses divisions resta en arrière. Il tira an large pour se rendre maître du vent, et manœuvra avec tant

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d'babileté qu'il parvint à rompre la ligne espagnole

et à la séparer des vaisseaux français. Un combat furteax s'engagea entre cinq vaisseaux anglais et Famiral espagnol Bcyul Philippe de cent dix canons. Ce vaisseau souffrit beaucoup, niais il continua son héroïque résistance. Matthews vou* lut lancer un brûlot sur lui. Les vaisseaux qui devaient masquer l'approche de ce petit bâtiment manœuvrèrent fort mal, et le brûlot, mis à découvert devant £0 Rojral Philippe^ fut aussitôt foudroyé et se vit près de couler-bas. Le capitaine de ce brûlot, furieux d'avoir manqué son coup, se fit sauteravec son équipage. Le chevalier de Court, s'étant enfin dégagé , arriva au secours des Espagnols, reprit un de leurs vaisseaux, et la nuit finit le combat. Matthews alla se réparer à Minoi^ que, et les deux flottes combinées gagnèrent Garthagène. L'amiral anglais, malgré les preuves de bravoure qu'il avait données, fiit puni de n'avoir pas vaincu. Une cour martiale le jugea incapable de servir. De Court , accusé par les Espagnols de ne leur avoir apporté qu'un secours trop tardif, fut relégué dans une de ses terres, et don Joseph Navarro s'attribua tout l'honneur de la bataille de Toulon. Au reste, la France et l'Espagne recueillirent les firuits de cette bataille navale. La Méditerranée fut libre pendant quelque temps , et les provisions dont avait besoin don Philippe purent aisément lui arriver des côtes de Provence.

D'après le- plan de campagne adopté par le cabinet de Versailles , le prince de Gonti devait commander les Français dans les Alpes , et y seconder doo Philippe et les Espagnols ; le maréchal de Coigny , demeurer sur la défensive en Alsace , et hê hostilités principales être portées dans les Pays-Bas. Le maréchal de Noailles devait s'attacher au siège des places fortes , et le comte de Saxe en conyrir les opérations. Don Philippe et le prince de Conti se rendirent en Provence, où vingt mille espagnds ert vingt-mille français s'étaient réunis. Cette armée arriva sur les bords du Var le 16 du mois de mars , et le passa dans la journée du 1^' avril. Deux ponts volans , construits le 3 , Tun en het du village de Saint-Laurent, l'autre vis-à-vis d'Aspremont , favorisèrent le transport des bagages et de l'artillerie. Nice se rendit sans ixmibat , mais on fut obligé de perdre un temps précieux en atta* quant les châteaux de Yillefranche et de Montalban. Vers la fin de juillet on avait forcé tous les remparts du Hémont. Les retranchemens de Château-Dauphin furent emportés à leur tour. Enfin les Français et les Espagnols gagnèrent la bataille de Coni , sans pouvoir prendre la ville de ce nom qu'ils assiégeaient.

£n même temps nos armes obtenaient dans la Flandre des succès admirables. Le 1 1 mai 1745 f la bataille de Fontenoy vint exalter notre orgueil national, et chez nous tout brilla d'espérance et de joie.

En Itatie on combattait encore avec acharnement. Le prince de Gonti n'y commandait plus les troupes françaises. Il était à la téte d'une armée qui couvrait TAlsace et menaçait TAUemagne. Le maréchal de Maillebois , son successeor à l'armée dltalie, descendit dans le Montferrat. Alexandrie, Tortone , Parme et Plaisance deviennent sa conquête , avec l'aide des Espagnols.* Milan lui ouvre aussi ses portes. Mais la bataille de Plaisance , perdue le f 5 juin 17469 mina les-affiiires des Français et renversa' leur pouvoir. L'in&nt don Philippe , le maréchal de Maillebois, le marquis de Las Minas, général espagnol, firent tous leur retraite de Lomi>ardie surGénea. Le maréchal de Maillebois avait à peine onze mille liommes, et le marquis de Las Minas n'en ramenait pas neuf mille. Les Autrichiens , poursuivant ces fiiibles restes f une armée naguère si florissante , arrivèrent par la Polsévéra jusque devant Gènes , et s'établirent à San-Pierd'Arena, tandis que la flotte anglaise de Matthews, qui parut dans le golfe en même temps qu'eux , menaçait la ville du coté de la mer. Les Français et les Espagnols , ne se croyant point en état de la défendre 9 Févacuèrent en désordre, et les Autrichiens y entrèrent le 6 septembre , pendant que le roi de Sardaigne recouvrait son comté de Nice. Le marquis de Las Minas se sépara alors des Français et tourna vers la Savoie par le Dauphiné , car les Espagnols étaient toujours maîtres de ce duché, et

ils voulaient le conserver eu abandonnant le reste de leurs posseuions. Le 28 octobre, les Firançais parurent sur le Var et se retirèrent en Provence ^ manquant de tout , la moitié des officiers à pied, point d'approvisionnemens, point d^outils pour rompre les ponts , peu de vivres ; leur situation était déplorable. Don Philippe tomba dangereusement malade à Arles f et le maréchal de Maillebois courut à Versailles accuser le marquis de Las Minas des malheurs de cette retraite.

La puissance autrichienne 1 accablée en Flandre mais victorieuse dans les Alpes , résolut la conquête delà Provence. Dix-huit bataillons des meUr leures troupes piémontaises se réunirent aux Autr^ chiens, et cette armée, forte de quarante mille hommes , fut placée sous les ordres du comte de Brown. Le 3o novembre 1 746 , elle passa le Var en six colonnes , sous la protection de la ûotte anglaise , et alla camper à Gagnes , à deux lieues d*Antibes, la droite appuyée au bois de Villeneuve, la gauche à la rivière du Loup. £lle demeura dans cette position jusqu'au six du mois de décembre, et se rapprocha ensuite d'Antibes, en appuyant la droite au village de fiiot, et la gauche au bois de Yaugrenier. Le même jour, le comte de Brown poussa un corps de troupes à la portée du Fort- Carré. Mais le commandant de ce fort ût un feu si vif, que les ennemis en abandonnèrént l'attaque. Le 19 décembre; ils prirent la route de Grasse, dont ils

DE PROVENCE. 2^ s'emparèrent sans coup férir et qu'ils mirent au piUage. Leur droite s'y appuyait , et leur gauche se trouvait à Cannes, où fut établi le quartier-général du comte de Brown , à deux grandes lieues d'AjBtibes et à une petite lieue de Tlte Sainte-Mar* guérite.

Le i4» à une heure après midi, les Anglais commencèrent à bombarder le fort de cette tle , et dans la nuit du i4 au i5, ils firent une descente, au nombre de deux mille hommes. Comme la garnison ne consistait qu'en mi petit nombre d'in» valides, le commandant se rendit par capitulation avec les prisonniers d'état qu'il avait sous sa garde, et qui s étaient en vain flattés de leur dâivrance* • Cet offîder , la garnison et les prisonniers furent transportés à Marseille sur un vaisseau anglais, , Les babitaos de Vence voulaient abandonner leursit>yers ; mais Snriàn , leur digne évéque, les rassura, se mit à le\ir téte , attendit les généraux ennemis aux portes de la ville , et leur tint ce langage : « Vous ne venez point Ssate la guerre au « citoyen , mais au soldat. Le Dieu des armées défic Cidera qui doit être vainqueur. JVIais Thumanité c des princes que vous serves ne vous permetpas « de maltraiter des hommes désarmés. » Le véné* rable prélat conduisit dans son palais les généraux autrichiens et acheva de les subjuguer par ses nobles manières. Un aide-de-camp ayant eu l'indiscrétion de lui demander combien il faudrait de

temps à l'armée autrichienne pour aller jusqu'à Lyon f Surian lui répondit aussilèt : « Je sais bien, « Monsieur » le temps qu'il me £eiut pour me rente dre dans cette ville ; mais je ne saurais estimer c celui qu'il fsiudrait à une armée qui aurait à « combattre les troupes du roi mon maître. »

Le X9 du même mois de décembre , les ennemis commeiBcèrent à bombarder Autibes, et ouvrirent en même temps la tranchée. Le gouverneur de cette place ût bonne contenance et se défendit avec vigueur. C'était le brigadier d'infiinterie Josepb-Da* vid comte de Sade , seigneur d'Ayguières. Quelle joie pour les ennemis , s'ils se rendaient maîtres d'Aotibés i Quel triomphe pour eux , et surtout pour la marine anghise, s'ils pouvaient s'emparer de Marseille et de Toulon l

Louis XV jeta les yeux sur le maréchal de Bdlelaie, pour sauver cette belle partie de son royau* me I et ce maréchal fut envoyé en Provence, mais sans argent et sans soldats. £n arrivant à Aix , . il ne vit que du découragement et de la désolation ; des miliciens effrayés ; des débris de régimens sans discipline, qui s'amchaientle foin et la paille; les dierank mouraient fiiutede nourriture. Les ennemis avaient tout rançonné , tout dévoré, du Var àla rivière d'Argens et à la Durance.

Chose digne de remarque ! Bien que les combats se multipliassent alors , il ne se formait point de ces talens militaires que Theureux Louis XIY avait

VUS se produire en foule sous son règne. Le maréchal de Belle-Isle n'était pas un grand capitaine^ mais il avait un esprit d'ordre et beaucoup d'activité, n entendait assez bien h guerre de surprises et de chicane. Ses soins paternels rendirent le courage à des troupes accablées de honte , de misère et de lassitude. Les ressources manquaient; lesdangers devenaient tous les jours plus pressans. Le maréchal eut beaucoup de peine à emprunter en son nom cinquante mille écos , pour subvenir aux plus urgents besoins. Il fut obligé de remplir lui-même lesfonctions d'intendant et de munition-, saire. Sur ces entreftites , le gouvernement lui envoya quelques bataillons , et le marquis de Las Minas vint le joindre avec un renfort d'Espagnols, par ordre du npuveauroid'Ëspagne, Ferdinand VI, qui venait de succéder à Philippe V , son père. De Belle-Isle empêcha l'ennemi de se rendre maître de Castellane , de Draguignan et de Brignoles. Ensuite il se renferma dans un camp retranché aux environs du Puget, pour couvrir les approches de Toulon. Le i®^ décembre , le quartier général des Impériaux était à Fréjus. Une bataille paraissait imminente , lorsque le soulèvement des Génois changea subitement la face des aftaires.

Les Autrichiens usaient avec rigueur du droit de la victoire. Le 5 décembre de la même année 1746, ils conduisaient au travers des rues de Gènes un des mortiers qu'ik avaient tiréa de l'arsenal de

cette ville, pour s'en servir dans leur expédition de Provence. La voûte d^m souterrain qui se trouvait au-d€tssous d'une rue creva sous le poids , et le mortier resta engagé au milieu des ruines. Les Autrichiens, le bAton en main , voulurent for* cer le peuple à Teo retirer avec des cordes. Un de leurs capitaines ayant frappé un jeune homme qui ne s'empressait pas assez , celui«^ rdeva une pierre et la lança contre les soldats. Ce fut le signal d'une explosion générale. Le peuple Génois, dont la patience était poussée à bout, s'assembla , , s emut f s'arma de tout ce qu'il put trouver , se leva en masse contre ses tyrans. Les AutrichienSi partout écrasés par une pluie de pierres qui tombait sur eux des toits et des fenêtres, se laissèrent repousser jusque horsdela ville, et quelques jours après ils évacuèrent en désordre les états de Gènes. Le tocsin sonnait dans tous les villages des vallées, et les paysans se ruaient partout sur les fuyards.

Cette révolution mémorable priva le comte de Brown d'un secours nécessaire , car son armée , maîtresse d'une partie de la Provence, avait jusque là tiré de Gènes tontes ses provisions. L'hiver déployait ses rigueurs. Les pluies etles neiges dégradaient les chemins. Les Autrichiens, harceléssans relâche par des détachemens français ét par des bandes de paysans provençaux , éprouvaient des difûailtés sans nombre pour communiquer d'une position à l'autre. Bien que les Anglais domi-

liassent toujours sur la mer , les Tents orageux s'opposaient à Farri^ée des convois. Les chevaux manquaient de nourriture. La cavalerie se trouva presque entièrenient démontée , et une épidémie cruelle vint bientôt exercer les plus affreux ravages dans raruiée des Impériaux. Les soldats tombaient malades par centaines. On les transportait en delà du Yaryetles hôpitaux militaires se trouvaient tellement encombrés , qu'il fallut recourir à l'hospitalité des habitans du comté de Nice.

Au commencement de janvier 1747 f tout était préparé en Provence pour punir l'ennemi de sa téméraire invasion. Le maréchal de Belle-Isle, ayant complété son organisation militaire , se trouvait à la téte de soixante bataillons pleins d'ardeur et de vingt-deux escadrons bien équippés. Il fit lever le siège d'Antibes que Ton bombardait depuis vingt-neuf jours y et l'ile Sainte*Marguerite fut reprise. Le comte de Brown, jugeant que sa position était dangereuse , prit le parti prudent de se retirer y laissant une forte arrière-garde sous les ordres du général de Nehaus. Tandis qu'une des colonnes françaises poursuivait les Impériaux sur la route de FËstérel , le maréchal de Belle-Isle se jeta sur leur arrière-garde avec la majeure partie de ses forces. Le combat de CasteUane , quoique vivement disputé par les Impériaux , se termina pour eux par une déroute complète. Le général de Nehaus ^ grièvement blessé en chargeant à la téte

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de ses grenadiers , remit le commandement au marquis d'Ormea. Cet offîcier parvint à rallier les fiiyards et soutint une retraite difficile en &ee des Français vainqueurs. L'armée autrichienne repassa entièrement le Yar le 12 avril 1747*

Les Autrichiens, aidés des Piémontaisy menaçaient Gènes en sortant de Provence. Cette république était aux abois » nui secours n'y pouvait arriver que par mer , et la flotte anglaise croisait encore sur les côtes. Louis XV fit d'abord tenir au sénat un million par un petit navire qui échappa aux croisières ennemies. Les galères de Toulon et de Marseille partirent chargées d'environ six mille hommes. Mes relâchèrent en Corse et à Monaco, à cause d'une tempête et surtout de la flotte an* glaise. Cette flotte prit six bâtimens qui portaient mille soldats. Le reste entra dans Gênes et y fit renaître l'espérance. La ville cependant était serrée de près par les Piémontais , maîtres des environs^ par les Anglais qui bloquaient son port^ par les Autrichiens qui arrivaient en foule pour fondre sur elle. Il fellait., pour la sauver , que le maréchal de Belle-Isle descendit en Italie. Ce maréchal , reprenant l'offensive , passa le Var dans la nuit du 4 au 5 juin 1 747 9 envahit le comté de Hioe 9 emporta le fort de Montalban ; puis , se portant dans leDauphiné, il crut pouvoir franchir le col de Fenestrelles et d'Exilés. Cette entreprise était hasardeuse. "Vingt-un bataillons piémontais atlen-

dftient les Français derrière des retranchemens de . pierres et de bois , garnis d'une artillerie formidable. Le' 19 juillet y les Français attaquèrent ces palissades sous un feu meurtrier, et en forent repoussés après un carnage horrible. Des régimens entiers perdirent tous leurs ofûciers , et la retraite se fit sur Briançon.

Au milieu de ces- vicissitudes, l'empereur Charles VII mourut, et l'illustre Marie-Thérèse, après avoir été sur le pcnnt de perdre tous ses états héréditaires, eut la gloire de fonder la maison impériale d' Autriche Lorraine. Louis XV, en rempor* tant des victoires dans les Pays-Bas , avait offert généreusement la paix et on l'avait opiniàtrément refusée. Mais on la demanda en voyant Maestricht vivement pressé par ses armes et la Hollande menacée d'une invasion. Le 18 octobre i74B,la paix fnt enfin conclue à Aix-la-Chapelle. Le roi de France ne voulut garder aucune de ses conquêtes. U se contenta d'assurer Parme , Plaisance et Gùastalla à Tinfant don Philippe son gendre, et le royaume des Deux-Siciles à don Carlos , de rétablir le duc de Modène son allié et la république de Gènes dans tous leurs droits. Frédéric II conservà la Silésie. Le roi de Sardaigne obtint de nouveaux domaines dans le Milanais. Toutes les puissances reconnnrent Marie-Thérèse. La France garantit l'ordre de succession réglé en laveur de la maison de Hanovre, et s'obligea de ne point souffrir sur

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ses terres les princes de la maison de Stoart. « Ja- « mais l'Europe, dit Voltaire (i), ne vit luire de

« plus beaux jours que depuis la paix d*Aix-la- « Chapelle jusques vers Tan 1765. Le commerce « florissait ; les beaux-arts étaient partout en K honneur. On voyait entre toutes les nations une « correspondance mutuelle. L'Europe ressemblait « à une grande famille réunie après ses di£fé- « rends. »

Ce repos fut troublé par Tambition de la remuante Angleterre 9 qui voulut s'étendre sur le Canada appartenant à la France. La cour de Versailles se plaignit, et la négociation traîna en longueur. En 1755, l'Angleterre fit attaquer les vaisseaux français sans déclaration de guerre , et Louis XY fut obligé de prendre les armes.

On vit alors un changement complet dans le système politique de l'Europe. Le roi de Prusse, auparavant allié de la France, se ligue avec les Anglais; TAutriche se rapproche de la France dont die était l'ennemie depuis deux siècles; la Suède se trouve alliée de TAutriche qu'elle avait combattue depuis Gustave; l'Espagne » la Sardaigne, la Hollande gardent une neutralité parfaite.

Les coQimencemens de la guerre furent glorieux pour la France. Tandis que les Anglais , battus vere le Caiiada, craignaient une invasion chez eux,

(i) OiiT. ehéycliap. xxxi.

BE FR0T£NCE. â07 ils ne songeaient pas à l'île de Minorque qui leur avait été si utile pendant la guerre de la sucoessioD à'EAfûgae. La possession de cette conquête leur était plus importante que Gibraltar qui n'est point un port, et leur donnait l'empire de laMéditena* née. Louis XV résolut d*y envoyer le maréchal de Richelieu avec trente mille hommes, escortés par une escadre placée sous les ordres du marquis de la GaUssonnière le meilleur maHn fiançais de l'époque. Ces troupes se réunirent en Provence. Les ports de Marseille et de Toulon s'animèrent d'une vie nouveUe. Tout y éuii en mouvement. Le génie de la guerre , y respirant à Taise, déployait une activité bruyante et féconde. Les négocians marseillais rivaUsèrent de patriotisme et s'imposèrent des sacrifices pour mieux assurer le succès d'une expédition qui devait leur procurer tant d'avan* tages.

La flotte française sortit des ites d'Hyères le 10 avril 1756. £Ue était composée de douze vais* seaux de ligne , de cinq frégates et de cent dn* quante bâtimens de transport. Une violente tempête la dispersa dès le premier jour , mais les vaisseaux parvinrent à se rallier à la vue de Minorque. L'armée y débarqua sans obstacle le 17, et s'empara de la ville de Ciutadella, ainsi que de celle deMahon, que les Anglais abandonnèrent pour aUer s'enfermer dans le fort Saint-Philippe; Le ao mai, le marquis de la GalisSonnière battit une

SOS HISTOIRE flotte anglaise de quatorze vaisseaux de ligne et parvint à lui fermer l'entrée du port de Mahon. Le !i8 du môis suivamt, le maréchal de Richelieu emporta d assaut la citadelle. Le port de Mahon et lile entière se trouvèrent au pouvoir îles Français, et k garnison Anglaise fut transportée à Gibraltar.

La marine française était devenue formidable y et les Anglais humiliés cessèrent d'insulter les côtes de Provence. Mais des jours de grandeur se levèrent encore pour eux et le sceptre des mers retomba dans leurs mains. La France, prodiguant son sang et ses trésors dans cette guerre dite de sept ans, fit des prodiges de vaillance, et malgré ses malheurs ne fut entamée nulle part. Il n'en fut pas ainsi de ses possessions coloniales. Elle perdit tour-à-tour dans les Indes , en Afrique et en- Amérique ces établissemens commerdaux dont on a trop vanté les avantages.

Cependant le cabinet de Versailles avait formé le hardi projet d'attaquer l'Angleterre au sein de son empire. Deux armées, l'une en Bretagne , sous le duc d'Aiguillon , l'autre à Dunkerque sous Chevert, la menaçaient d'une descente. L'amiral de la Clue, commandant l'escadre de Toulon, forte de douze vaisseaux de ligne et de trois frégates , devait joindre à Brest le maréchal de Conflans , qui avait vingt-un vaisseaux SOUS ses ordres. Mais bientôt le commodore Boys et l'amiral Eswke déconcertèrent telte entreprise en blo-

quant Diinkerque et Brest , tandis que Boscawen , autre amiral Anglais, vînt bloquer le port de Toulon. Boscawen se retira peut-être à dessein , et de La Ciue sortit avec sa flotte. G>maie il serrait la cote de Barbarie et avait déjà dépassé les rivages de Ceuta , cinq de ses vaisseaux et ses trois frégates se séparèrent du reste de l'escadre , et le lendemain i 17 août 1759 f Boscawen s'offrit en bataille avec quatorze vaisseaux , près de Lagos et du cap Saint-Vincent. Ce combat était trop inégal pour que le succès pût être un moment douteux. Dans cette journée &tale , trois iraisseaux français furent priSy deux brylés sur la cote et les deux autres se sauvèrent à Lisbonne. Un nouveau désastre accabla la marine française. Le ao novembre de la même année , Tescadre du maréchal de ConÛans fut battue par célle de Tamiral Hawke. Les finances étaient dans la plus déplorable détresse. Le commerce se trouvait ruiné. La querelle des princes n'en fut pas moins opiniâtre , et il y eut encore en Allemagnje une multitude innombrable de combats qui ne firent qu'ajouter aux malheurs des peuples accablés de fatigue, de souffrances et d'épuisement. Enfin, au mois de février 1763, la paix fut signée- entre toutes les puissances belligérantes. Cette paix était bien honteuse pour la France; mais elle en avait un si pressant besoin^ qu'elle regarda ceux qui la conclurent comme des bienfiiiteurs dignes de tout son amour.

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