CIVIT. VINT
Je termine ici la liste des villes auxquelles j'ai cru devoir donner une origine gallique ; peut-être n'ai-)e pas fait {ureuve d'une critique lumineuse ^ en reculant si loin dans la nuit des siècles le berceau de quelques cites ignorées , où Tœil ne découvre souvent rien qui puisse les faire remonter au-delà du moyen-âge. La philologie a été presque toujours mon seul guide , et j'avoue que sou flambeau ne répand que d'incertaines lueurs sur des faits environnés de tant de ténèbres. Au
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reste ,- )*ai c^dë au pTaisir de rendre conteniil raines des éTifnemens les plus c^loigoës ^ des villea dont le nom a pu être prononce par ces homme» aux cheveux blonds , aux yeux ardens , et répondant avec un£ mâle ivresse a ces terribles appels de guerre dont de vieux chefs firent retentir la Gaule , il y a bien des siècles. Trois civilisations se sont agitëes sur notre antique terre : la civili* sation gauloise » la civilisation grecque et la civilisation romaine ; trois ordres d^idées y ont ëté eu présence : le Druide s^est rencontré avec le Prêtre de Diane ; le Prêteur de Rome avec le Timouque ionien ; rendez-vous singulier , et unique peut-, être dans Phistoire des sociétés européennes ! On, signala un jour des trirèmes ornées de bandelettes sacrées ; sur une côte sauvage descendirent des jeunes hommes,, dont le costume offrait un mélange élégant de simplicité grecque et de luxe asiatique ; à leurs robes exhalant encore les parfums de rionie, le Salyen opposait sa saie grossière ; à leurs armes élincelantes , sa redoutable catéie ; à leur langue harmonieuse , son idiome sourd et âpre. Naguère ces fils de la Grèce s^asseyaientr 60US des portiques , appuyaient leurs lances à des colonnes, et sVnveloppaient des plis de leurs robesr pour mieux entendre le rhapsode ; aujourd'hui , fendant la foule étonnée des sauvages , un vieux prêtre, Pœil allumé, la barbe en désordre, -le couteau encore teint du sang d^une victime hu-<
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maine » . 8*est présente à eux , .comme une appan* lion infernale. Ce jourrlà ». peut-être , k ciel de la Provence avait la teinte d'un ciel du nord , le vent chassait dansies airs sans rayons , des nuages dont le^ flancs cuivres s'élargissaient dans, une atmojsphère. terne ; sur le sol , des forêts renversant et redressant tour-à-tour . leuvs cimes tourmentées , se confondaient avec le pâle holîzon ; et au joadlieu de cette nature si diffë-? rente de celle de la Grèce , des barbares hideux' Tenaient par lenr présence ajouter à Thorreur du tableau , et compléter une scène de deuil. Quelle impression durent produire sur des esprits omés^ sur les chefs de Faveniureuse colonie , ces mœum si farouches , ce ciel , cette terre si sauvage « ces honunes si grossiers ! Jamais peut-être avant eux ^ Fécho de cette terre n'avait répété d'autres ac* cens que ceux de ses premiers habitant. Quand Christophe Colomb aborda pour la première fois aux contrées américaines , il vit de beaux horizons , des horizons roses et éblouissans se courber en arcs lumineux aux liipites verdoyan-r tes du sol ; une nature de tropiques étalait à $es yeux ses fécondes et riantes merveilles > des peuplades douces et inconnues , gouvernées par de bons caciques » accueillirent ses compagnons. Mais aux bords de la Gaule ^ sol , hommes, tout portait la sombre empreinte d'un ciel orageux et de sanglantes institutions ; ce n'était point un étal
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sauvage qui âous montre Thomme à son début dans la carrière des id^es , c'ëtaient un mélange singulier de barbarie et de civilisation; des formés ébauchées de culte et de gouvernement ; une hiérarchie puissante et oppressive ; des castes avec leurs préjugés vaniteux ; une cabane étroite et grossière « appuyée aux murs d^une haute tour , où dVtnaingeà révélations de sciences éclataient sur la bouche d\iil Druide penseur. L'espnt humain était en marche 4 et sans doute son dévelop^ pement fut bâté par. les communications qui s*établirent entre les Phocéens et les Gaulois. A cette première surprise occasionnée par d^aussi inattendus spectacles , succéda chez les Phocéens le désir de s'établir à des rives ignorées et voisines des principaux marchés de Fantiquité. Devant eux, la mer seyle sVtendait ; cette mer , qui de flots en flots pouvait porter leurs galères aux remparts de Carthage , de Tyr et de Corinthe. Derrière eux se prolongeaient, jusqu^à ces lieux où la menteuse antiquité disait que retentissait le bruit du soleil tombant dans les eaux frémissantes , des fo* rets jointes à des forêts , des marais succédant à des marais. Il 7 avait là tout un monde , un monde vierge , dont les Ioniens pouvaient explorer les richesses , et tentc^r la conquête pacifique ; ce noble vœu » Marseille le réalisa en partie.
Enfin, pour la première fois, la pierre des Gaules se festonna d'acanthes , ou déroula la grâce d'une
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colbnne corinthienne sous le ciseau des Grecs 9 le soleil de notre mer dora de ses derniers feux un long rang dVlegantes arcades, qu^une brise sonore remplissait de sa fraîche harmonie. La cirilisation de ]a Ceho-Ligurie après avoir âeyé des tentes pastorales , ignorait encore cet art divin qui lutte contre un sol ingrat, revêt de pampres les collines , et fëconde la terre. Les transfuges de l'Asie connaissaient les secrets de Tagnculture , dëjà révélés dans les vers d'Hésiode. Bientdt autour d'eux le . sol prend un aspect nouveau : les moissons flottent en gerbes dorées sur le tronc des vieux arbres abattus ; la forêt recule« devant leur fer intelligent, ses ténébreuses limites ; au rocher se suspend la vigne de Corinthe , qu'un beau soleil mûrit , et sur le front des collines , l'olivier déploie son pile feuillage. Contenues dans leurs lits , ou chassées de leurs rives envahissantes , les eaux marécageuses forment de limpides bassins ^ ou cèdent la place à des cultures nouvelles. La Grèce , avec ses arts déjà vieux , sa civilisation perfectionnée « a conquis ce coin de terre , où se reflète une brillante image de ces lieux , témoins des premiers et nobles efforts de l'esprit humain. Voilà la Gaule sous le joug de nouvelles idées ; peu à peu elles étendront le cercle de leur empire. L'avenir de cette Gaule , ses arts , ^s connaissances futures étaient donc renfermés dans le vaisseau de Protis;
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one aTenlureuse colonie devait changea la face d'uûe immense région. Aussi les plus heureux effets sui^nt une tentatire première ; les côtes de la Provence se couronnèrent de reiûparts ioniens; des cités aux douces appellations , formèrent avec Marseille un lien brillant , qui unit la vieille ceinture des Alpes aux monts de la njrmphe pTrène. On eut dit que le Péloponèse détâché du continent de la Grèce par une force inconnue , était venu aborder aux rives de la Gaule , avec ses temples , ses palais , se$ champs couronnés d'oli- Vcs et parfumés de' fleurs. Une physionomie grecque se répandît Sur une portion considérable de la terre des Galls ; la langue d*Homère déploya sa belle harmonie sous tin ciel qui empruntait, pendant les longs Jours de IVté, les couleurs brillantes d*un ciel dlonie. Voilà les prodiges qu'une ville', dont Téclat n'a point p&li sous la main de vingt siècles , opéra a une époque si lointaine. Quadd on songe que celte cité vénérable , presque' contemporaine de' Rome , dont le nom â été prononcé par Aristote , par Platon , et plus talrd , par tous les hommes fameux , là gloire du Latiutn , recueillit et répandit autour dVIle les étincelles sacrées des arts / après avoir assis Si^s inébranlables fondemens sur un sol empreint de tant de barbarie ; quand on songe encore que toujours plus belle , associée aux destinées d'un grand empire « elle a survécu à tant d^iulres
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.TiUeft maintenant couchées dans la poussière , on est saisi à la fois pour elle d^adnaîration et d'àmour. Sans elle , Tantiquité sWrétaît pour nous aux Alpes ; elle seule forme le noeud brillant qui lie , dans le premier royaume du monde, les tems anciens avec les tems présens. Tous ces ëvénemens dont on berce notre enfance, ces trésors de poésie auxquels on nous abreuve dans les col-r léges , ont retenti dans ses murs , ont coulé dans sa belle enceinte ; elle pourrait , unissant en un noble faisceau la palme de la Grèce aux lauriers de Rome , former une couronne , sous laquelle la croix de ses armoiries étendrait ses bras d^azur. Dco cités d^une origine grecque vont donc s'é-r lever dans la Cclto-Ligurie; Marseille qui les foiidj^ toutes, mérite d'être offerte la première à Tadmira* tiondu lecteur. Les premiers événemens de son bis* to ire doivent trouver place dans .un autre chapitre* où je la présente naissant sous les plus.rians aus-rpices , et entourant son berceau de palmes et de lauriers. Maintenant , une autre tâche m^est im-. posée ; je dois , au milieu de ses rues populeuses , sur ses collines couvertes de maisons , dans ses vieux édifices , chercher quelques traces à demi-effacées de son antiquité ,,relever ses anciens poili^fues , et faire revivre des. monuroens dont le tems a même dévoré les ruines. Rien de.ce qui pourrait attester sQn ancienne opulence, nese montre debout sur le sol. Marseille se présente aox^ .
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Toyageurs avec une physionomie toute moderne. Ses vieilles rues ne rappellent que le moyen âge aux maisons retrëcies. Cette époque de miraculeuse et hardie architecture, n^y a pas même laisse des édifices aux tourelles découpées, aux festons de pierre balançant dans les airs leurs patientes et admirables broderies. Ses basiliques sont lourdes et écrasées ; sa cathédrale , chef d^œuvre de mesquinerie et de mauvais goût , n^a ni tours hardies élancées dans les airs , ni ogives gothiques , ni vitraux coloriés ; elle trempe presque dans la mer , qui baigne sa porte occidentale , ses murs sans grâces et sans légèreté , et soutient un clocher , que le toit d*une maison voisine défse en hauteur. Où sont ces temples d*Apollon delphien, de Diane sa sœur ; ces portiques aux arcades de maihre , ces cirques , cette citadelle , protégeant le temple d^un dieu de ses remparts sacrés ? Pourquoi le sol ne garde-t-il pas quelque débris monumental, qui rappelle la sainte théorie, les jeunes . filles grecques et le disciple de Platon ? Quoi , Marseille a plus de deux mille ans d^existence , elle fut une. des plus florissantes colonies de la Grèce ; l'antiquité a cité , en termes pompeux , SCS chefs-d'œuvre , ses monumens ; les arts y étaient cultivés; ses médailles attestent, par- le fini de leur exécution , la perfection de ces arts , et elle ne peut rien nous offrir qui puisse attester cet éclat merveilleux dont elle ne tarda pas à re-
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▼étir son enceinte. On a tooIu assigner plusieurs causes h cette absence de ruines et de roonumens ; le zèle aveugle des premiers chrétiens s^at*^ tacha à détruire ces ouvrages où respirait une religion proscrite ; le marteau fanatique mutila la dëcente nudité des Grâces , les formes divines de Vénus ; et dans cette guerre pieuse declan^e aux chefs-d^œuvre d*un ciseau créateur , Diane « la protectrice des Marseillais , vit bientôt se briser en éclats ses flèches légèrrs et son carquois redoutable. De tous les temples que le paganisme avait érigés à Marseille » un seul fut respecté : cVtait celui de Diane ; on le purifia , et Yhosanna in excdsis retentit sous ces voûtes que des hymnes grecques avaient si souvent frappées en Thonneur de la divinité des bois. Mais le tems ruina, tellement cet édifice , que les Marseillais se virent forcés de le démolir , pour rebâtir avec ses débris un autre temple , qui existe encore de nos jours sous le nom de la Major. Ainsi , ces mêmes pierrfis qu'un fort ciment lie entre elles , furent jadis noircies par le flambeau àes sacrifices ioniens. Sous la sombre voûte de cette église dans une chapelle obscure , sVlève un autel autour duquel luttent Tarchitecture grecque et IVrchîtecture barbare : des reliefs , qui représentent les traits de la vie de S* Lazare , y étalent Tenfance , ou pour mieux dire , la caducité d^un art grossier. Sur les gradins usés de Tautel , gri-
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inacent de lonrdes figures , de grotesques statue» , que la sainteté du Heu protège contre une iadi^ vote gaitë. Une humidité perfide altère de plus en plus les traits et les couleurs effacëes de leurs ornemens. Cet autel , œuvre de mauvais goût « se couronne , se pare des merveilles du ciseau grec. Au-dessus , non loin de la voûte , se courbentdes cintres d'une parfaite ëlégance. Là brillent des frises en marbre blanc , où de gracieux dessins de broderie étalent un fini étonnant , des pilastres oii de jeunes amours vous apparaissant à travers des touffes de verdure, soutiennent de leurs mains des cornes d'abondance, appuyent les pieds sur des calices de fleurs et réalisent à vos yeux surpris ces miracles de grâce , ce travail précieux , qui rendent inimitable la sculpture des Grecs. Mais au milieu.de ces vrais chefs-d'œuvre, sVlève une colonne de marbre blanc, qui les efface tous : à sa base , naissent de larges feuilles ; à son sommet , se déploient d'autres feuilles ; des jets de branches pliantes circulent avec une grâce infinie , ornés de distance en distance de fleurs épanouies , autour de l'élégante colonne ; un folâtre amour se {oue sur ce marbre. Ges morceaux d'antiquité sont d'une incomparable délicatesse : choix des ornemens , éclat du marbre , distribution des dessins , tout annonce que vous êtes là en présence d'un monument dont Marseille antique décora un de ses temples. Ceux qui pla-
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oèrent autour de l'autel branlant qu'ils parent . ces restes d'un ciseau inimitable, ont, sans y songer, indiqué la seule origine qu'on doive attribuer à ces cbefs-d'œuirre de Tart. Comment faire honneur aux chrétiens de ces pilastres , de ces cintres , de cette colonne , qui depuis si long* tems ornent cet autel ? N'en auraient-ils pas banni ces amours gracieux qui étalent, dans un ineogniio parfait , leur nudité , près des chastes re(HTsentations du christianisme ? Et de plus , puisque l%istoire prouve que ces monumens existaient avant la renaissance des arts de la Grèce en France, quel artiste aurait pu , à une époque gothique , exécuter ces admirables (Buvres ? Nul doute, le temple de Diane les étala primitivement dans leur gprâce première; elle( ont po^té jusqu'à nous le témoignage irrécusable de la perfection que les Marseillais donnèrent aux monumens dont ils décorèrent leur ville.
Marseille a conservé iusqu'à cette année , dans une de ^t% vieilles rues * , un monument autour duquel se groupent de beaux souvenirs d'antiquité. Une tradition encore existante voit dans un buste noirci par \ts siècles , qu'une élégante console soutenait , celui d'un fameux client de Cicéron. Un chef-d'œuvre . de l'éloquence latine a été inspiré par le Romain dont tes traits re*
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viveni encore dans celle pierre mutîlëe. Annius Mîloii briguait le consulat; il cherchait à capter les suffrages par des moyens honteux; Pon[ipëe, revéta de cettç^' dignité , fut autorisé par le sénat à se choisir un collègue. Milon » déçu de son am-^ bitieux espoir, assassina Clodius , tribun, 52 ans avant J. C Dans le mémorable procès qui fut fait au meurtrier d*un magistrat du peuple » Cicéron prit la défense de Milon ] son éloquente, roix fut impuissante pour le faire absoudre , et le meurtrie^ du tribun, banni de Rome, cJioisit Marseille pour le lieu de son exil. Cicéron lui .envoya sou discours corrigé , et Milon lui répondit : Ciuro si sic egisses , barbotas pisres Milo non ederet. L'arrivée d'un tel personnage h Marseille , dut causer une grande sensation au milieu d'un peuple dont les impressions étaient si vives ; les descetidans des Ioniens reçurent avec de grandes mar* ques de considération Tami d'un orateur célèbre , ^ le concurrent de Pompée , celui qui avait longtems vécu dans l'intimité des personnages les plus distingués de Rome. On provoqua des récits en* rieux : Milon , assis sous le pottiqoe du temple de Diane d'Éphèse, en présence de cette mer qui baignait de ses flots les rives regrettées de ritalie , ému au souvenir de la patrie absente , des jeux du cirque , des promenades $ur les bords du Tibre , des conversations dans des salles de marbre éclairées par un beau soleil , mêlait à 9^%
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discours des noms tels que .ceux dé Cîcëron , de Pompëe , d*Hortensius , de César dont l*ambition sommeillait peut-être encore: il citait même Taspect qu^avait le ciel de Rome , le jour qui ^it Gicéron ébranler de ses cris vainqueurs Tautel de la Concorde ; il pouvait dire : à telles kalcndes de tel mois , je soupai chez Lucullus , ou f arrivai à Tusculum. Avec quelle attention de pareils récits devaient être écoutés; comme Mllon grandissait aux yeux des Marseillais , quand il se représentait le commensal de ces hommes qui se dessinaient déjà sur Thorizon du monde avec de grandes proportions historiques. Est-il étonnant que ri'pété de bouche en bouche , ce nom soit parvenu jusqu*à nous, .conservé même pendant ces siècles de barbarie qui pesèrent sur Marseille? Est'il étonnant que la demeure qu'il occupa , le monument que ses amis lui érigèrent , ou que lui même se fit construire , aient toujours été ofTerIs ^ Tattenlion des voyageurs comme la demeure , comme le monument de Milon ? Pourquoi , au lieu d^accueillir une tradition dont fout garantît rexaclilude , dopouîHer ces murs vénérables , ce monument noirci de leur belle empreinte, et chercher dans d^obscures légendes un autre nom que celui d'un Latin célèbre , pour Tinscrire , contre foute Vraisemblance , au bas de ce buste , au-dessous de cette louve , animal cher aux Romains? Si y comme Tout prétendu quelques au-
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teurs « cette tftte , cette poitrine nue » ces bras nus représentent Saint Victor , pourquoi autour de ce front ne se courbe pas l'auréole , ornement obligé de nos martyrs ; pourquoi cette louve , que la foi chrétienne aurait plutôt mutilée qu'admise dans ses ouvrages de sculpture ; ces feuilles d'acanthe si bien travaillées , et qui reportent le monument non à une époque de décadence, mais à un siècle où le ciseau était encore tenu par des mains exercées ? D'ailleurs cette nudité qui écarte du buste tout vêtement , ne prouve-t-elle pas que nous ne sommes point là en présence d'un monument chrétien. Mais , a-t-on ajouté , puisque ce buste nous apparaît dans une niche et sous un baldaquin, n*avons-nous pas là une marque évidente de son origine, caries chrétiens ont toujours ainsi placé leurs saints ? On répond que cet usage fut emprunté par le christianisme au grand peuple que cette religion finit par marquer de sa croix* Les arabesques qui décorent le baldaquin , ont fait croire que ce monument ne pouvait être attribué aux Romains , puisque ce genre d'ornemens leur était inconnu : assertion fausse et démentie par le témoignage de Montfaucon , de Caylus et d'autres savaus. Les ruines d'Herculanum ont étalé des arabesques travaillées avec un goût exquis, et les Goths, qui les ont ensuite employées et prodiguées , n'ont été , en cela , que des imitateurs le plus souvent malheureux de l'antiquité.
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Avant qu*ane main mal -adroite eàl répare et blanchi la maison antique à laquelle le buste de Milon était adapté , on pouvait passer de l'admiration de ce monument à Texamen de Tëdifice , et y retrouver des restes d^une construction contemporaine du client de Cir^ron. Un arceau oc-*cupail toute la largeur de la façade ; on y avait pratiqué une porte d^enlrée et une boutique. On distinguait les fenêtres anciennes , qu^on avait bouchées , pour en percer d^autres d'une plus étroite dimension. L'architecture sévère de ces fenêtres , en attestait la prodigieuse ancienneté.. Au reste , ces ouvrages subirait d'assez grandes altérations ; il paraît que Tédifice, jadi» d'une vàate dimension, fut singulièrement réduit ; Ja statue a du être plusieurs fois restaurée ; une partie du baldaquin a extrêmement souffert; la console seule n'a éprouvé aucun dommage.
Rufll prétend que les nombreux amis que Mi- Ion s'était faits à Marseille , érigèrent un céaotaphe à la mémoire de ce romain ; Scaliger assure l'avoir vu dans la maison de M. de Saomaty, Ce cénotaphe a disparu. Milon ne mourut point à Marseille , il fut tué dans la Calabre , pendant les guerres de César et de Pompée. On ne peut que regretter la récente mutilation de ces ^restes vénérables. Le buste de Milon » qni si IcMCig-tems figura attaché à un mur antique , ost » dit-^on , honteusement caché daos une a^lW du Mu^ ,
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et le proprH^lairc des conslructions romaines, peu jaloux de conserver à sa maison la leinle des siècles f a répandu une couleur moderne sur des pierres profanées.
Les principales rues de Marseille , ses plus belles promenades sViendenI dans des lieux qui furent jadis de vastes ossuaires , destinés à rece* voir les dépouilles des morts. Le pied léger de nos dames presse une terre sous laquelle dorment les générations éteintes de Tancienne cité ; c*eat sous cette terre que de nombreuses fouilles ont fait découvrir une quantité incroyable de mouumens funéraires , de pierres où^se lisent d'inscriptions tumulaires , d'urnes , de lampes sépulcrales , de médailles. Marseille passée dort là toute entière ; celte ville est entourée de larges fosses f qui ont disparu sous des édifices et des arbres. Son principal cimetière était situé autrefois à Fembouchure de THuveaune.
Cet ossuaire commençait à l'endroit où la rivière se mêle avec la mer , et arrivait au monticule de Mont-Redon. C'était en face de ces eaux bleues confondues avec le ciel , sur les bords d'un ruisseau lent et paisible , image du Léthé , vis-a-vis ces monts dont l'ombre s'allonge sur les flots , près de ces sables qu'une légère bordure verte festonne , que Marseille , peu de tems après sa fondation, plaça le lieu d'un dernier repos. Au domième siècle , quoique les
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morts n^y fiuseat plu3 enteiréd , on j voyait encore de hauls mausolées , des si^pulcres de marbre , que Tayarice a fait disparaître. Grs demeures des cadavres ont été dë^nolieSt et les dëbris employas dans la coastruclion des édifices des vivaiis* Ainsi ^ ces pierres sous lesquelles tant de silence s^était si long-tems prolonge , ont enrfin retenti du bruit de nos fausses joies et des accens de nos douleurs.
LVIoignement où le cimetière de TEuveaune se trouvait de Marseille , garantit Tezactitude des paroles d^un ancien. Yalère Maxime nous a[^read que les Marseillais tenaient deux longs coffres aux portes de la ville ; Tun recevait ^s cadavres des personnes libres , l*autre « ceux des esclaves ; 3 fallatt bien que cette distinction survécût au trépas , et que le mort eât son étiquette ! Des chariots les transportaient au champ du repos. '.
II parait que chez les anciens , les cimetières occupaient des espaces immenses ; les morts logeaient à Taise dans ces champs ravis à la culture « où sVteignaienl les bruits des cités , où se déroulaient , comme des rues « de longues files de tombeaux, dont les portes ne s'ouvraient que pour se refermer sur le nouvel hdie
1. Duc etîam tntè portas eorum arcs jaccni , altéra quA senrorom f altéra qo& liberomm corpora ad sepultune iocatn plaoïtro dc' vcbuiitur. Val. Max.
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de la ftilencieuse couche ! Un cimetière , qui recevait dans ses fosses le payen et le chrétien étonnés de dormir en paix , et étendus sur le même lit funèbre , occupait remplacement où se trouvent de nos jours la place Royale, la rue Paradis , le cours Bourbon , la Rive-Neuve , S*- Yictor ; il continuait au bas de la colline de la Yierge-de-la-Garde , et finissait aux vieilles infirmeries.
L'abbaye de S'-Yictor , aux murs crénelés , fut construite dans ce vaste ossuaire dont les tombeaux enrichirent, de leurs colonnes et d'autres ouvrages de sculpture , le fameux monastère. Lorsque Gassien, hôte célèbre des cavernes de laThébaïde, arriva à Marseille en 4io , pour y bâtir un couvent , ce lieu le frappa : il fallait à ces hommes extraordinaires des grottes profondes , des momies silencieuses et une terre arrosée du sang des martyrs , pour pouvoir se livrer à leur vie extatique. Gassien trouva là un souterrain où Victor avait été enseveli , et tous les enseignemens de la mort.
Aux premiers siècles du christianisme » on se plaisait à mettre les cimetières sous la garde des chapelles. Dans celui où Tabbaye de S*- Victor fiit plus tard construite , s'élevait une petite église , sous le nom de S'-Pierre-de-Paradis ; d'autres furent ensuite bâties sous ceux de S^*-Groix et de Notre-Dame-de-Paradis.
Les Grecs donnaient au lieu du repos le nom de champs élysées ; les Romains , celui de sépul--. turc. Marseille, ville de fondation ionienne, adopia )a première dënominalion , qu'Arles , son imita-^ trice , consènre encore dans un ancien cimetière appelé dis camp (elisei campi). Le mot cimetière % quoique d'une origine grecque , fut employé par les chrétiens , parce qu'il répondait à l'idée qu'ils aimaient à se faire de la mort.
Les. cadavres , à cause de la croyance d'une résurrection future , n'étaient point à leurs yeux la proie d'un insatiable néant ; ils les regardaient comme enseve;lis dans un sommeil , d'où la trompette de l'archange devait les tirer un jour. Aussi appelaient-ils les morts dormienies. Mais avant de se servir du mot cimetière , pour désigner ces cités muettes et lugubres , les chrétiens de ' Marseille , chez qui le flambeau du Christ ne tarda pas à s'allumer , se hâtèrent d'échanger le nom de champs élysées , contre celui de paradis. A cette époque , la persécution étala ses tortures dans cette ville : les exécutions se fesaient , chez les anciens , dans les cimetières. Celui dont nous venons d'indiquer l'emplacement, fut le théâtre de ces supplices politiques , inventés pour tourmenter des idées et des opinions.
Le sang des martyrs arrosa ces lieux , où mainte-