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Charles VI s'occupait sans relâche de mettre une fia au schisme cause par Texistence simultanée de deux papes : Benoît XIII résistant aux menaces et aux supplications , tenait bon , et gardait sa tiare sur sa tête ; Charles YI se sépare de lui ; Louis II et sa mère en firent autant , à cause du besoin qu'ils avaient de la cour de France ; pourtant, cédant aux prières des trois ordres assemblés h Aix , Louis accepta Benoît. Peu de temps après .9 le 2 juin i4o4> 1^ reine Marie mourut, en laissant dans ses trésors deux millions six cent douze mille livres en espèces sonnantes. Le prince , de retour en Ptovence , confirma les privilèges des villes , et trouva dans le pays , errant de ch&teaux en châteaux , Benoit XIII évadé d^Avignon. Banni de son palais d'Avignon , /a plus belle et la plus forte maison du monde ^ dit Froissard, où il avait subi un siège de la part du maréchal de Boucicaut , il étalait sa misère dans nos villes de Provence, avec sa barbe qu^il avait juré de laisser croître jusqu^à son entière délivrance ; il emprunta quatre mille firancs , grâce à la caution d'Antoine de Villeneuve, car son crédit à lui était tout à fait nul ; les trois papes qui se succédèrent à Rome , Boniface IX , Innocent YII et Grégoire XII, malgré leurs désirs apparents et hautement exprimés de s'entendre sur les moyens de faire cesser un scandaleux et déplorable schisme, évitèrent toujours d'en venir àanetransac-
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don qui aurait pu les dëpouiller de tenr dignité. Benoît Xm alla de Marseille en Italie , mais à peine débarque à Savone , sous prétexte de s^é-* loigner d'un pays où la peste sévissait , il retourna à Marseille. Un concile , celui de Pise , qui se tint quelque temps après, déposa Grégoire XII et Benoit XIII , et conféra le pontificat au cardinal Pierre , surnommé Philarge, né à Candie , lequel prit le nom d'Alexandre V.
Ladislas était au plus haut point de sa grandeur : ààïïs l'ivresse de ses succès , maître de tout le royaume de Naples , de presque toute la Romagne , il posa un pied vainqueur sur Rome ellemême , et fit luire au front de ses enseignes cette orgueilleuse devise : oui César oui nihil; il rêvait l'empire. Cette ambition qui éclatait, si désordonnée , en fières paroles » émut l'orgueil, de plusieurs princes et de plusieur-s villes libres. Sienne, Florence et Balthasar Cossa., légat de Boulogne , et plus tard pape sous le nom de Jean XXIII , montrèrent de vives inquiétudes. Tandis que Ladislas dévoilait si énergiquement le fonds de ses hautes pensées » et que Tltalie était dans Taltente d'un coup décisif, Louis II, après avoir, obtenu cinq galères et mille lances de ses alliés d'Italie , partit du port de Marseille au -commencement d'avril 1409. Alexandre Y reçut avec de grandes marques d'honneur le jeune roi à Pise , et après lui avoir donné Finvestiture du royaume de Nar
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pies , lui conféra le titre de gonfàlonîer de TégUse. L'armée des alliés , commandée par Malatesta el Gossa , légat de Boulogne , attendait Louis dans le Siennois. Grâce à Texpérience militaire de Halatesta et de Cossa , Louis marche de succès en succès, il reprend les places usurpées par Ladislas sur les Florentins, et s*empare d'une partie de Rome , aidé par Paul des Ursins. Tanneguy du Ghâtel , chevalier breton , est chargé de continuer lei siège de ce qui restait k prendre dans cette ville , et le roi au Heu de continuer sa route vers Naples , reprend le chemin de la Provence , pour aller y faire des levées de troupes et d'argent.
Neuf mois après Louis se rembarqua pour Vltalie avec ses sept galères , .plusieurs bâtimens de transport , et huit raille hommes de troupes ; le x6 mai i3io, tandis que ce prince voguait à pleines voiles vers l'Italie , dont les côtes se dessinaient déjà à rhorizon , il se vit investi par quinze bâtimens tant génois que napolitains, chargés d'épiôr sa marche. Dans le combat que Louis fut forcé d'accepter, il eut la douleur de perdre aix galères , dont une disparut dans les eaux ; il se sauva par miracle sur la seuk qui lui restait, et vint étaler à Boulogne sa mauvaise fortune , car il avait tout perdu. Après, avoir conféré quelque temps à Boulogne avec Bal ihazard Gossa , devenu pape sous le nom de Jeaù XXIIf, après avoir
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concerté dts mesures de résistance et d*àttaqae commune avec ks députes des Florentins , il reprit la route de Provence d'où il revint au mois d^aoât de la même année avec treize galères et retourna à Bologne, afin de s'entendre de nouveau avec le pape sur tout ce qu'il y avait à faire pour combattre avantageusement Ladislas. Louis et le pape partirent ensemble pour Rome , où leur entrée , qui eut lieu pendant la semaine sainte , se fit au milieu des trépignemens de joie de la foule romaine. Le pape, dans une cérémonie pompeuse , conféra de nouveau au roi le titre de gonfalonier, plaça dans ses mains le drapeau de l'église , et lui ordonna de marcher sans délai contre Ladislas.
Le 28 avril Louis sortit de Rome suivi de doose mille chevaux , d'une infanterie nombreuse et de plusieurs. baiQts personnages, parmi lesquels se fesaient remarquer Louis de Joigny, le sénéchal d'Eu , Tristan de la Jaille , Guy de Laval , Henri de Pinequeton , Pierre de Beauvean , le sire du Bouchage, d'Aigné, Antoine de Cot* trône « Buffile de Brancas, Jean Capecce. Les troupes dès alliés marchaient sous les ordres de Sforae dé Cotîgnola^ de Braccio de Mantone, de Paul des Ursins, du comte de Tagliacoszo, d'Ermengeaud de Sabran et du cardinal de Stéphaneschi , légat et commendant général à la fois. Cette armée partit d'Arrezo et vint poser son
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camp à Cëp^rano , en deçà du Gariglian y au commencemeiit de mai i4i î- Le fleuve la séparait de celle de Ladislas , qui occupait le territoire du MoDcassia avec treize mille hommes d'infanterie et quatre mille de cavalerie et avec des corps de troupe que lui avaient amènes des seigneurs , tels que le duc d'Âtri, Nicolas Gambateza , Raymond Gantelmi , Jean de Trezzo, et Jacques de Burgenza- Un hërault , envoyé par Ladislas , vint prësen* ter un défi à Louis de la part de son maître. Mais la bataille fut résolue ; avant de J'engager, Bcaccio , d'après les ordres de Louis , alla examiner y à la télé de quinze cents hommes , le camp des ennemis ; en route , un capitaine nommé Tartaille , le rencontre et fond sur ses hommes ; mais Braccio le repousse , taille en pièces sa troupe f et vient offrir à Louis , comme un présage heureux de là victoire , la nouvelle de ce pre^ mier succès , ce qui enfla les espérances du roi français. Au moment décisif, Ladislas apprend que sa flotte vient de battre celle des Français près de^ Sponza ni voit lui aussi, dans celte autre nouvelle , un avertissement du ciel en sa faveur; ainsi les deux chefs marchèrent j^ la bataille pleins d'espérances. Désirant faire croire à ses troupes qu il était partant au même instant , afin que la vue du roi , engagé au milieu de la mêlée , vînt en aide aux courages défaillans , Ladislas fit prendre à six jeunes seigneurs et à Jean Caracr
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ciolU , arme cheyalier par lui à rinstant même y des cottes d'arme pareilles à la sienne. A midi Faction commença, le moine de Saint -Denys Ta décrite ayec emphase. Les Français culbutèrent les Siciliens, et les menèreni battans étvne telle çigueur^ qu^on eûi diiquUls açaieni à dos les Jeux et les foudres du ciel.
Ladislas , abandonne de tous le siens, s'avança dans la solitude de sa fuite, le cœur serre; il arriva dans un triste équipage k Rocca^Secca^ en quittant un champ de bataille où avait péri la fleur de sa noblesse ; Louis ramassa les drapeaux et les envoya au pape.
Mais un si grand succès n'eut pour Louis aucun résultat favorable ; loin de tirer parti de cette victoire qui lui livrait la personne ou du moins le royaume de Ladislas , il éteignit l'ardeur de sa troupe dans une funeste inaction. D'ailleurs l'argent lui manquait tout \ fait , et il lui ëtait impossible de nourrir la grande quantité de prisonniers qu'il avait faits ; aussi leur accordait-il la liberté pour huit ducats seulement. Ladislas pourvu de trésors , revenu de sa première terreur, rachetait les prisonniers , reformait les rangs brisés de son armée , et se retranchant dans San-Germano , fesait garder le pas de Gancello et déployait une surprenante activité , au sortir de son désastre si habilement réparé.
Louis en poussant sa marche trouva partout
les passages fermes ; les gënérauz qui Taccompa* gnaieùt le trahissaient; las de tant de contrariétësy sans argent , ne pouvant compter sur cette inconstante foi italienne , qu'il apprenait à connaître à ses propres dépens , il retourna à Rome , et sentit tout son courage s'abattre devant la réception froide du pape. Le vent de la fortune soufflait contre loi , ce vent qui avait si bien enfle ses pavillons à la journée de Cëp^rano. *
Accable par toutes ces disgrâces » Louis II repartit pour la Provence le 3 août 141I9 laissant exposes à toute la rigueur des vengeances de Ladislas les seigneurs napolitains qui avaient soutenu sa cause. S'il eut conquis Naples , fort de. son àrmëe , de ses victoires , il eût pu soutenir ses droits aux royaumes d'Arragon et de Valence , dont Je dernier roi venait de mourir; mais dans Tëtal oii la fortune l'avait placé , il hii était impossible de faire le moindre effort pour ceindre la couronne catalane.
Pierre IV» roi d*Arragon , mo'urut le 5 janvier 1387 ; il avait eu onie enfaos , dont quelques*inis moururent jeunes ( parmi ceux dont qous avons besoin de rappeler les noms» sont, Eléonore, femme de Jean, roi de GàstiUe; Isabelle, qui se maria avec Jacques II , comte d'Urgel ; Jean et Martin, lesquels régnèrent ensemble: Jean, l'aîné , ne laissa que deux filles , Jeanne , mariée en 1 391, à Mathieu, comte de Foix, et Yolande,
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«épouse de Louis II » duc d'Anjou et comte de Provence ; Martin , son frère , mourut sans postérité et sans testament.
Alors les prétentions surgirent; don Ferdinand , infant de Castille » réclamait la couronne du chef de- sa mère ; le comte d'Urgel , comme fils d'Isabelle , sœur d*£lëonore ; Mathieu de Foiz, en qualité de veuf de Jeanne , et Yolande de Provence, la demandèrent aussi.
Don Alphonse , duc de Candie , petit-fiis de Jacques II » roi d'Arragon , se mit aussi sur les rangs, ainsi que Frédéric, comte de Lune, et bâtard de Martin le jeune, que Benoit XIU protégeait , et que soutenait un parti puissant.
Les cabales s'ourdirent , des assemblées politiques se tinrent oii rien ne se décidait ; cette suc* cession arragonaise échaufifait les esprits; une junte*, composée de neuf commissaires, parmi lesquels se trouvait Vincent Ferrier, fut chargée de prononcer sur cette grave affaire. La reine Yolande , la femme de Louis II avait dans Ben(Nt XIII , réfugié alors en Catalogne , un en* nemi puissant , qui parvint à enflammer si fort l'exaspération des ennemis de cette princesse, que ceux-ci , armant vingt-neuf barques , envahirent par plusieurs points la Provence , au mois de juin ; mais ils virent partout accourir des troupes armées qui les repoussèrent et les forcèrent de se rembarquer.
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La reine de France servail les intérêts d'Yolande , mais cet a|^ui ne pouvait lui être d'aucune utilité auprès de la junte , qui pesait mûrement tous les inconvéniens d'une royauté offerte à une femme dont le mari , sans couronne et presque sans états y n'aurait aucun moyen pour arrêter l'attaque des Castillans , Tenant réclamer le sceptre de l'Arragon pour Ferdinand. Louis II ne se senrirait-il pas des forces arragonaises pour essayer encore de conquérir ce royaume de Naples f oii la Provence avait vu couler son plus généreux sang? Sur les neuf commissaires , six proclamèrent > Ferdinand , infant de Castille , roi d'Arragon, et lui déférèrent en même. temps la souveraineté de File de Sicile. Tout frappait à la fois le malheureux Louis , dans les mains de qui deux couronnes venaient de se briser; accablé de dettes, sans armes , sans trésors » il se mit à la tête de quelques arbalétriers en partie soudoyés par la ville de MarscHe.
L'Italie était terrassée par Fascendmt victorieux de Ladislas; de toutes parts lui arrivaient des messages qui imploraient son alliance pour les états qui les envoyaient; le pape lui-même, Jean XXIII , craignit que ce prince heureux ne vint déployer son étendard de guerre sur les tours de son palais ; il mendia bassement son amitié , la paya cent mille florins d'or, et conclut avec lui un traité le i5 juin i4t2, Louis II se trouvait
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bonteuseilkent sacrifie dans ce traité : le pape y déférait à Ladislaa le titre -de gonfalonier de l'église dont il dépouillait le prince mathenreux , et enlevant à don Ferdinand File de Sicile » à cause de son attachement pour Benoît XIII, il en in~ Testissait Ladislas.
Ladislas répondit à ces honteux gages de soumission par de honteuses promesses d'appui; il jura qu^il poursuivrait à outrance Benoît XIII , dont les secours d'hommes et d'argent lui avaient été si utiles dans sa récente expédition ; ainsi ces deux souverains donnaient le scandaleux exemple d'une ambition qui se rit des engagemens les plus sacrés; pourtant la guerre les désunit encore , et quand Ladislas , après avoir pris Rome , se disposait à conquérir toute l'Italie y ce prince périt d'une maladie cruelle, suite de ses. incontinences.
Ladislas avait trente-neuf ans lorsqu'il mourut, le 6 août 14^49 ^A sceur Jeanne, âgée pour lors de quarante ans , veuve de Gyillaume , duc d'Autriche , lui succéda. Jean XXIII crut le moment favorable pour faire oublier à Louis les torts de sa conduite passée^ en l'excitant à retourner en Italie ; les exhortations du pontife qui promettait l'appui d'un' grand nombre de hauts barons, réveillèrent , dans le cœur de ce prince angevin , les restes d'une ambition à demi-éteinte ; mais saisi d'une maladie cruelle, Louis fut contraint
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d*a)Ouraer son expëdilion ; il mourut à Ângen le 29 avril l4i7t laissant trois fils : Louis , fiené» Charles , comte du Maine ; et trois filles , Marie, qui ëpousa Charles VU « roi de Frabce ; Yolande, mzTiée à François de Monfort ^ fils et successeur de Jean YI , duc de Bretagne ; et une autre , qui épousa le comte de Genète. La reine Yolande fut déclarée régente de Louis III , qui avait quatorze ans à la mort de son père.
Yolande d* Aragon, tutrice de Louis III, et régente de Provence , reçut à Angers les députés des' états , parmi lesquels se trouvaient quelques gentilshommes des anciennes maisons vîcom-' taies ou principales du pays ; savoir : pour la noblesse , Fouques d^Agout ; Antoine de Villeneuve; Bertrand de Grasse , seigneur du Bar ; Reforciat de Casiellane, seigneur de Foe, et Jacques de Pontevès ; pour le tiers-état, noble Bernard de Pingon , d'Aix , et EIzéar Bemardi de Forcalquier, etc. Les seigneurs , qui étant les plus nombreux dans cette assemblée , y formaient les résolutions , sollicitèrent la destruction du parlement , et le rétablissement dû juge - mage. Lsk ^ régente fit droit àieurs demandes , et, en outre , elle confirma le statut qui excluait les étrangers des charges publiques , interdit aux officiers les descentes dans les villes et les villages , non autorisées par le comte ou par les états , octroya une diminution de feux , à laquelle furent dépar-
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tift des comtfiistaires des trois ordres, annula les ssQTe^gaurdes des juifs dans les procès avec les chrëtitas , et gënëralement remit toutes choses sur le même pied que du temps de la comtesse Jeanne. Deux ans après , toujours à la réquisition des états , la régente révoqua tous les impôts du sel , des denrées et des marchandises , et restitua l'ancien titre de la monnaie. La même année , le 5 octobre i4'9> ^^'^ régla définitivement avec les maisons de Savoie. La régente renonça aux droits du pays sur les vigueries d'outre Yar , et la maison de Savoie lui abandonna deux millions de livres qu'Aimé YI avaitdépensés au service de Louis P'. Le i6 octobre 1419» ^out respira la guerre en Provence : depuis le Yar jusqu'à Marseille les places fortes furent mises sur le pied de guerre; les habitans de la Provence, sans - distinction d'état depuis fingt ans jusqu'à soixante, reçurent ordre de prendre les armes; les sommets des montagnes , en guise de signaux , jetaientla nuit les clartés des feux qu'on y allumait, et le jour, des tourbillons de noire fumée. Tout cela: indiquait la guerre prochaine que la régente méditait contre Naples; Jeanne II n'avait point d'enfans; d'ailleurs comment soumettre un royaume où la noblesse et le peuple ne savaient plus obéir. Les favoris se disputaient le cœur et le pouvoir de la sœur de Ladislas ; parmi ces favoris, un sei* gneur nommé AKpe s*était, mieux que tous,
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toLjé la route de l'autorité et de la dispensation des faveur» de la souyeraine^ mais rendu insolent par sa haute fortune , il se vit abandonné par celle dont il. trahissait la confiance, et pTorta sur 1-ëchalaud sa tête. L'époux de Jeanne , Jacques de Bourbon , comte de la Marche , rendit l'autorité encore plus énervante ; ennemi secret de sa femme , il divulgua les galanteries de Jeanne , et fut le premier à soulever l'opinion du royaume contre une reine débauchée ; il alla plus loin , il la tint prisonnière dans son propre palais , et comme toutes les faveurs de la cour ne tombaient que sur les Français , l'imprudent Jacques excita un tel orage de ressentimens et de plaintes contre lui f que ne pouvant y tenir tête , il disparut dans une fuite honteuse. Pour affermir dans ses &ibles mains un sceptre qu'ébranlaient les agitations du palais , Jeanne songea à adopter le comte de Richemont, frère de Henri Y, roi d'Angleterre. Cette adoption indiquée par l'as*cendant que le gain de la bataille d^Aûncourt venait de procurer àla puissance des rois anglais , fut acceptée ;. mais les évènemens politiques ne permirent jamais au comte Richemont d*aller trôner à Ifaples. Par l'effet des intrigues dont la cour de Jeanne était le continuel théâtre, on parvint k détacher Martin Y , successeur de Jean XXIII, des intérêts de cette princesse ; ce pape appela le comte de Provence en Italie ; il fut
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eonyeou entre le suzerain do royaume et Louis III, que la sonverainetë de Naples serait incompatible avec lempire , avec le titre de roi des Romains ou de Germanie, et avec une souveraineté italienne ; que si la couronné tombait à une fille , elle ne pourrait, en conséquence, épouser ni ferapereur, ni le roi des' Romains, ni aucun prince d^Italîe ; que )usqu'à Page de dix-huit ans les rois de Naples resteraient sous la tutelle du Saint-Siège; que les ë^^ises et les monastères seraient ei;empts d'impôts. Louis III était fortement invité par des barons de venir tenter sous le ciel napolitain cette inconstante fortune qui avait attaché de 9es mains tant de crêpes aux gonfanons provençaux; il accepta ces invitations et promit ^e venir.
Il comptait sur SfoTze , natif de Cotignala , ce ^ Sforxe qui , fils d'un paysan , créa et soutint de sa vaillante cpée la tige illustre d'où sortirent les Ducs de Milan. Louis lU nomme Sforze son viceroi, le fait connétable et lui envoie cinquante mille ducats, pour qu'il eût à commencer une guerre aux chances de laquelle le prince français ne devait pas tarder à exposer sa personne. Sforze s'empare du Labour, et arrête sa marche victorieuse à un mille de Naplesr ; au bruit de ses triomphes subits, Taffection pour la'maison d'Anjou se ré-veille dans bien des coeurs ; les deux partis , celui de Duras et celui d'Anjou , se dessinent vigoureu- T. m. atS
sèment, en relief encore spr cel horizon. luipolî' taîn où tani de niëhfores de guerre , veiius des côte» de Provence , passaient si souvent pour aller s'éteindre dans les eaux de la Méditerranée. La cour de Rome soutenait vivement Louis IIL Antoine Caradfa échoua dans son entreprise de brouiller Rome avec le pjrince angevin ; ce Caraflfa» négotiateur habile, tournant ses vues vers Alphonse > roi d'Arragon et de. Sicile, qui se trouvait av^c sa flotte en face de la Sardaigne , l'engagea à prendre la défense de Jeanne, et lui promit de le faire adopter par cette princesse. Alphonse montra quelques scrupules, ayant d'accepter cette offre; mais ils disparurent bientôt devant les intérêts de sa politique, et sous le prétexte de s'être laissé émouvoir par la situa^ tion malheureuse de Jea^nne ,. il consentit à rece- Toir'Ja -couronne^ napolitaine. Quatorze galères, qu'il commença par lui envoyer, montrèrent que l'effet suivait bientôt sa promesse.
Le i5 du mois d'août 14^0, Louis parut dans le golfe de Naples avec une flotte de treize bâtimens, dont sii génois, commandés par Jean- Baptiste de Campofregoso. Les vaisseaux d'Alphohse vinrent sauver Naples et Jeanne. Malgr<^ toutes ks {brces dont il .disposait, Louis renonçant à prendre cette ville , alla se cantonner dans Averse. Dès ce moment, il éprouva un découragement mortel » qui augmenta à la nouvelle que
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Braccio de Môntone , le rival de Sfone , chef d'une année d'avanturiers » aVtait mia au serrice d'Alphonse. La lutte, en continuant, resta mélëe de succès et de revers ; le pape serrait Louis à sa manière , en fulminant des bulles et des ana<^ thèmes contre les ennemis du Roi^^Comte ; maigre cela , les affaires de Louis languissaient , la division pénétra dans son armée , rirapéloeux Sforze fit trancher la tête à TartaîUe , commandant des troupes papales , sous prétexte de trahison ; ces troupes indignées se débandèrent; le pape qui craignait qu'Alphonse , ainsi qu'il menaçait de te faire , ne travaillât à étendre le pouvoir temporel de Tanti-pape Benoit XIII, voulut essayer de réconcilier les deux princes. Alphonse obtint la remise des places d'Averse et de Castellamàre , qui , reçues par des légats , lui furent ouvertes et concédées:
Dans le dépit qui Tenflammait , Louis conrt à Rome pour implorer les secours du pape : mais il y fut reçu avec 'une froideur qui prouvait le peu de foi qu'il devait faire, dans la mauvaise fortune, sur les promesses de Martin. Alphonse était auprès de Jeanne ; la reine avait un favori du nom de Carraccioli , qui partageait et exaspé* rait sa crainte de s'être donné un maître dans la personne d'Alphonse. Chaque jour la blessure de cette crainte s'élargissait et s'envenimait ; enfin , Alphonse comprit qu'une trame sourde se for-
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niaît autour de lui ; pour raffermir celte autorité dont il ëtait sur le point d'être dëpouillë , il denftnda au pape Tiavestiture du royaume de Mapies; celui-ci la refusa comme contraire aux droits de la maison d'Anjou ; Alphonse voyant dans ce refus àt dans la manière avec laquelle la reioe le tc^itait ^ qu on se repentait de l'avoir appelé h Maples , voulut user d'autorité et agir ouvertement. Il fit d'abord saisir Carraccioli et le jeter ea prison , le. 22 mai 14^3 ;.la reine eut k peine le temps de se forti^er dans le château Ca« pouan. Sforie accourut à- son secours.Les troupes SrragoQaises, divisées en quatre détscheroens, gardaient Les passages qui conduisaient à Mapies ; Sforze las culbute les uns après les autres , et fe* sant main-basse sur les soldats d'Alphonse « entre dans Naples et délivre la reine. Jeanne , alors , révoqua son acte d'adoplion , et choisit pour fils a4optif Louis III, que ses affaires retenaient encore a Rome. Louis ne pouvant encore quitter cette dernière ville , chargea SCorze de mener à fin cette importante affaire-, en maintenant les droits que les deux maisons rivales , celle d'Anjou et de Duras, avaient àJa couronne.
Voici les conditions ;
La reine se déclarait forcée par les violences dont Alphonse s'était rendu coupable à l'égard de Carraccioli. de révoquer son adoption, d'autant plus que ce mémie Alphonse avait voulu l'en-
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lever du châlcau de Gapoue, et elle ajoulaît qu^en reportant tous les avantages de cette adoption $ur Louis 1)1 y elle ne voulait en. rien nuire aux droits que ce prince pouvait avoir par lui-méine à la couronne ; dans cet acte , la reine accordait à Louis le duché de Calabre.
Louis III s'obligea à quitter Tltalie dès que les Arragonais auraient abandonne ce pays i et à n'y remettre les pieds que lorsque la reine donnerait son adhésion à son retour dans cette contrée. Des officiers devaient gouverner la «Calabre pendant son absence. De plus , les deux princes se promettaient une assistance mutuelle , et au ca» quç Louis enfreignit ses promesses , il perdait tous les droits que cette adoption lui procurait. Le pape , les cardinaux , le duc de Milan , le doge de Gènes garantissaient ce traité; il fut conclu au château de Gapoue le 2 juin 1423.
Alphonse se désespérait dans ce pays où tout loumait contre lui ; mais lorsqu'il ne savait com« ment quitter une contrée où troupes , argent , amis 9 lui manquaient à la fois 9 il vit arriver de Barcelonne huit, gros vaisseaux et vingt-deux galères destinés , dans sa pensée , jadis , à amener prisonnière en Espagne la reine Jeanne.
Cette flotte entra dans le pori de Maples le 1 1 de juin; le débarquement s'opéra malgré les efforts des troupes Angevines , et la rejne se vit forcée de se mettre en sûreté à Averse. C'est \k
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que l'entrevue eut lieu entre Louis d^ Anjou et Jeanne ; ils se donnèrent des témoignages d'affection mutuelle; peut-être malgré la re'anion de leurs efforts contre Alphonse, celui-ci fort du secours qu'il venait de recevoir, serait-il parvenu à reconquérir son ancienne position , si menacé par Gènes, Milan et le roi de Castille, ce prince n'eût été forcé de résister, ailleurs , h l'orage qu'il lui fallait conjurer. Alphonse quitta donc Naples, oii il laissa comme lieutenantgénéral , l'infant don Pierre , et il se mit en mer, avec dix-huit galères, le î5 octobre.
Arrivé à la hauteur de Marseille , Alphonse , exaspéré pa^ tant de contrariétés , résolut d'épancher toute sa colère sur cette ville dévouée à Louis lil; les meilleurs et les plus courageux habitans de Marseille étaient absens , car ils avaient suivi la fortune de leur prince dans l'Ita- Ke; à cette époque Marseille, entourée de murs , finissait au port, qui se trouvait en dehors de son enceinte ; ses murs flanqués de bonnes tours , d'une solidité éprouvée , ta garantissaient d'un coup de main qui ne pouvait être tenté avec succès que du côté des quais.
Mais pour s'emparer dés quais , il fallait pénétrer dans ce port , dont une chaîne tendue et un gros vaisseau amarré interdisaient Taccès. De plus deux tours , en regard l'une de Tautre , gardaient cette entrée. Les Arragonais se décident à
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eBsayer de s'emparer de celle qui avoisînait la ville. C'est là d'abord qae le combat s^engage; deux fois le feu se cramponne à la porte , deox fois leS' assiégés, secondés par la pluie, Te'teigoenl , mais les flammes encore rallumées pénètrent dans la tour en pétillant. . Les Marseillais décpuragés, à travers les vi^urs de l'incendie , eavotent à Alphonse des paroles de reddition; tandis qu'on parlemente , les Aragonnaîs se metr teni en devoir de briscF la chaîne du port ; mille bateaux . accourent pour la défendre, des murs €t de la tour non attaquée , pleavent sur eux une grêle de traits , mais cette résistance qui de toutes parts se présentait énergique et vigoureuse^ ne put sauver la ville ; les Arragonnais parviennent à ^'emparer d'un vaisseau qui était délaissé du côté .de Saiat'Yictor. Alors la victoire se déclare pour «ux ; deux galères négligemment gardées tombent dans leurs .mains : la chaîne est brisée , la flotte entre à pleine voile dans leport ; il s agissait d'ooipécher le débarquement ; la foule immense qui se pressait sur les quais agitait en Tair les arcs et les lances ; la bataille recommence terrible , la nuit arrive et augmente la- confusion ; sur les coups qu^oq se portait planait un inexprimable tumulte de cris et d'armes , mais la place finit par rester aux Arragonais ; ceux-ci culbuttent enfin les défenseurs de Starseille ,.et les poursuivent dans les rues^étroites et montantes de la cité, où de chaque
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fenêtre tombe une grèle de pierres et de pièce» de bois qui écrasent et broient les fuyards et les Tainqueurs ; en ce moment un bruit de pétillement retentit» Teau du port et le ciel se reyé* tent d^une teinte enflammée : le feu mis par les Arragonais )i quelques maisons du port s'étend , et en consume quatre mille ; l'incendie fut horrible; Marseille se coucha pour périr sur un bûcher.
Quand les Arragonais se furent ainsi rendus maîtres de la vîUe, ils firent subir à Marseille toutes les horreurs d'une cité prise d^assaut; Vincendie éclaira de Itideuses scènes de pillage ; les femmes , emportant tout ce qu'elles araient de plus précieux , s'étaient réfugiées dans les églises dès le commencement de l'attaque ; à chaque moment elles s'attendaient à voir les Arragonais se précipiter dans leurs asiles, pour en faire un théâtre de cwnage et de viol ; dans cette appréhension si légitime , elles firent offiîr k Alphonse tout ce qu'elles avaient de richesses , pourvu qu'il les mit à l'abri dé l'insolence brutale de ses soldats. Le roi 9 naturellement généreux, se rendit facilement k leur demande , et leur permit même de garder ce qu'elles avaient pu soustraire à l'incendie et an pillage ; le feu de Marseille dura trois jours ; la vigoureuse résistance des moines de Saint-Victor y épargna au monastère le sort que la cité venait d'éprouver. Alphonse s'empara
de saint Louis de Toulouse qu'il envoya à Valence.
Le quatrième jour le roi d'Arragon quitta Marseille , mais à peine fut-il parti « que les habitans des villages voisins se hâtèrent de venir contir nuer Tœuvre de ruine et de vol des so}dats d'Alphonse ; pendant huit jours cette ville fut Uvrëe à d'horribles dëprédationà.
La nouvelle de la prise el du saccageroent de Marseille fut portée à Louis quand il se trouvait à Averse ; elle augmenta son irritation con*tre les Arragonais , dont des partis armes sillonnaient encore dans plusieurs endroits la Galabre , où il envoya Pierre de Beau veau en qualité de goovemeor , afin de la réduire tout entière à la domination angevine. Loujs touchait au moment de pacifier &es états d'ItaKe ; la Provence l'avait secouru de vingl«-cjnq. mille florins d*or; avec i^ette somme, il pouvait équiper une flotte, mais des intrigues de palais retardèrent encore son triomphe.
Jeanne, bien qu'avancée en âg,e, prolongeait les plaisirs de sa jeunesse bien au-delà do terme qu'ils auraient dû avoir ; éprise de son sénéchal Carraccioli , sorti, moyennant un échange de seigneurs arragonais , de la prison où Alphonse l'avait jeté , elle* lui avait rendu , avec sa place à la cour, l'ascendant suprême sous lequel la souveraine inclinait volontiers sa tête ridée. Louis in-
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digne de ces amours 'ridicules, les blâma hautement. Carracciali instruit du mëcontentement du |eune prince , tourna ses vues vers ce même Alphouse qui Pavait si rudement traite , et chercha non ouvertement , mais par des moyens dé* tournes, k s^assnrer la.protection du prince catalan ; pour y parvenir, il prit en plusieurs circons-* tances la dëfense des Arragonais et des partisans de ce peuple, se lia étroitement avec Jacques Caldora et la maison desUrsins , et quand appuyé par les hautes familles du royaume , il lui était permis de tenter des coups décisifs , il se délivra de la présence de ceux qui pouvaient entraver sa marche , arriva^ au plus haut point de la faveur royale, mit Naples sous lui, et traita secrètement avec Alphonse , afin qu'il se hâtât de terminer sa guerre de Gastille , pour revenir à Naples>
Quand toutes ces intrigues sie nouaient, Louis III se trouvait auprès de Charles VU, son beaufrère; en i43o, il repassa en Italie, mais ses provinces françaises épuisées , n'avaient pu lui fournir de nombreuses troupes , d'autant plus que la Provence , la plus considérable de toutes celles qu'il possédait, était constamment exposée aux incursions des Arragonais , qui avaient une se^conde fois , mais . inutilement , assiégé Marseille. Une trêve suspendit les hostilités pour quatre ans.
A peine Louis fut-il arrii^ à Kaples, qu'une
DE PEOV£NC£. 44^
rëvoliition d'intérieur mil fin au pouvoir de Garraccioli; ce sënëchal insatiable, enrichi partant de dons en terres et en argent, demanda à la reine la principauté de Saleme et le duché d'Araalfi , dont les Colonna venaient d'être dépouil-lés ; au refiis de Jeanne , il répondit par des me^ naces , et osa même porter la main sur le visage de sa bienfaitrice. Covella Ruffo , duthesse de Sessa y qui d'un appartement voisin avait eixtendu les éclats de la voix du favori , entra dans la chambre de Jeanne qu'elle trouva seule et baignée de larmes. La duchesse de Sessa révoltée avec toute b cour des airs superbes de Carrac-cioli , et animée par sa haine et sa méchanceté , conseilla à la reine de se .défaire du sénéchal par Fassassinat. Jeanne repoussa ce conseil avec une horreur extrême ; tout ce qu'elle demanda , ce fut de la soustraire à la domination devenue importune de Cet insolent favori. Ladochesse et ses amis connaissant l'inconstante faiblesse de Jeanne , allèrent au-delà de ses désirs, et dans la nuit du 17 août 1432, quand Carraccioli, au sortir des fêtes célébrées pour le mariage de son fils » dormait dans son appartement , ils le- firent assassiner. Le lendemain on trouva son cadavre nu , percé de coups et dans le sang.
Ici les historiens ne peuvent s'accorder pour Savoir si Louis III fiit maintenu dans son adoption y ou si Alphonse fut rétabli dans la sienne»
Quelque8*uDS assurent qu^efirayëe des menaces d^Alphonse , la reine lui restitua tout ce qu*elle lui avait ravi ; Louis « au reste, mit dans ses iatëréts le concile de Bile , Tempereur Sigismond ^ grâce à la harangue de Pierre , évéque de Digne , qu'il y avait envoyë. A la ligue que ce prince forma y se joignirent le duc de -Milan et les republiques de Venise et de Florence ; le pape lui* même entra dans cette ligue , afin de pouvoir, à l'aide de ce prince, conserver Avignon dont les habitans refusaient de recevoir le légat qu'il y avait nommé. Alphonse , contre tant d^ ennemis que son ambition lui avait suscités , n^ opposa que ses pressantes instances pour obtenir une trêve de dix ans , qui lui fut accordée. Il se retira en Sicile. Louis reparut à Naples , et là , la reine le chargea d'aller réduire le prince de Tarente qui avait pris parti pour Alphonse ; mais saisi par la fièvre que tant de fatigues aigrirent , i Gousance en Galabre , il y mourut le 34 novembre 1433 , âgé de vingt*huit ans , et après seize ans de règne , ne laissant point d'enfans de sa femme Marguerite de Savoie, fille d'Amédée YIII. Louis par -son testament déclara son héritier au royaume de Naples et à ses autres états, René,, son frère, alors duc de Bar et de Lorraine, et légua à Charles , son fi^re puiné , le comté du Maine et toutes les terres assignées pour domaine à Yolande d'Arragon , leur mère. Ses exécuteurs
testamentaires furent , outre la reine Yolande et le comte du Maine , Jeanne II, sa mère adoptive, et Marguerite de Savoie , sa femme. Louis fut enferre dans l'église de Cousance , et son cœur transporte en France , dans Tëglise de Saint-Maurice d'Angers.
Jeanne ne lui sufrëcut pas long-temps ; ruinée par une fièvre lente , accablée de chagrins domestiques , elle songea à la mort, et le a février i345, elle dicta un testament d'après lequel Aéné d'Anjou , duc de Lorraine et de Bar, était institué son héritier et successeur, tant au royauipe de Naples qu'en ses autres états. Elle mourut lei i du même
mois. •
René d'Anjou était duc de Lorraine, par les droits que lui porta sa femme Isabelle, fille aînée de Charles II, mort sans enfans mâies en i43i,et duc de Bar, par la cession que lui en fit, le i3 août i4'99 ^^^ oncle, le cardinal Louis, héritier de son frère Edouard 111 , lue à la. bataille d'Azincourt. Mais la Lorraine était disputée à René par Antoine, comte deYaudemont, neveu de Charles , lequel réclamait ce duché comme un fief masculin. Antoine fit alliance avec Philippele-Bon , duc de Bourgogne , et vint attaquer René à Battegneville , le 2 juillet i4^i- René y futlmttu et fait prisonnier; enfermé au château de BracMsur-Salins , il fut transféré ensuite dans celui de Dijon , d'où il sortit un an après sur parole ; la
446 HISTOIEE
négociation à laquelle Tempereur Sigiamond prk part comme médiateur » layant échoue, René alla ae remettre aux maina de aes ennemia» et ce fut dans sa prison qu^il reçut les députés qui venaient lui annoncer son avènement au trône de Naples. Aussitôt il nomma sa femme vice*gérante , et la chargea d -aller reconnsultre son autorité dans ses nouveaux états*
Trois factions désolaient le royaume de Nâples : celle d*Âlphonse, soutenue par de .grands seigneurs ; celle de Réné^ à qui Naples obéissait, et puissante parmi le peuple par Teffet de la mémoire chérie de Louis III ; et la faction d'Eugène lY» pape, réclamant pour Péglise ce royaume. Alphonse revint à cette proie qu'on . lui avait si difficilement arrachée; tandis que ses partisans agitaient le pays , il assiégea Gayette , et cette place chancelait déjà dans sa fidélité, quand laabelje, princesse courageuse et habile , parvint à mettre dans ses intérêts Yisconti,, duc de Milan et de Gênes , lequel envoya au secours de la ville assiégée une flotte de vingt^eux navires.
Alphonse alla au-devant de cette flotte avec quatorze vaisseaux et onze galères, montés par l'élite de ses troupes. Ses frères Jean, roi de Navarre , Henri , grand-maître de l'ordre de Saint- Jacques de GaKce , Tinfant don Pedro , avaient voulu combattre à ses côtés. Le 4 9but 1 435, les deux flottes se trouvèrent vis-à-vis l'une de J'au-
tre , el le combat qai commença dans les blancheurs de l'aube , se prolongea ayec un indicible acharnement jusqu'à la nuit; Alphonse fut défait, il tomba au pouvoir de l'ennemi, ainsi que ses deux frères ; la dërpute fut complète ; le seul vais* seau arragonais qui a'ëchappa, favorisa la fuite de l'infant don Pedro. Toilà les deux prëtendans prisonniers ; mais Alphonse sut tellement mettre à profit sa captivité, que non-seulement il obtint sa liberté et celle de ses deux frères sans rançon ^ mais que de plus il détacha Yisconti , duc de Milan , de Palliance de René.
La duchesse Isabelle , la femme de René , attendait en Provence que les quatre galères qu'on équipait à Marseille , fussent prêtes pour mettre h la voile. Au commencement de septembre , elle prit la route de Naples , avec Louis , son second fils, prince de Piémont ; arrivée à Naples^elle put augurer favorablement de son entreprise par l'empressement que le pape mât à se déclarer pour elle et à lui envoyer des secours ; de plus , le pontife demanda vivement au duc de Bourgogne la liberté de René. Le concile de Baie 9 la eour de France , l'appuyèrent , et le duc élargit enfin son prisonnier, dont la liberté ne fut véritablement aaso* rée que le 8 janvier 1437 ; mais à des conditions très onéreuses. René devenait libre par la cession de quelques places en Flandres , et par une rançon de deux cent mille florins d'or, environ
4i8 HISTOJLBS
un million neuf cent trente^deux mille livres. Le prince d*Orange, Louis de Châlens, lui prêta près de deux ceni mille fjrancs, à condition d'être exempt de l'hommage pour ^a principauté , jusqu'à Tenti ère reddition de la somme.
La Provence apprit avec une joie extrême la délivrance de Rtfnë ; la ville d'Arles , le 7 février 1438 , ordonna la cessation de tout travail pendant trois jours , et des danses au bruit des cloches et des instrumens de ùiusique.
Les ProTençaux furent tous ivres de joie ea présence du roi Kéné ; les états lui ..accordèrent un don gratuit de cent mille florins, c'est-à*dire d'enyiron neuf ceut mille livres, de notre monnaie; le patriotisme fesaît un effort extraordinaire dans Toflce de ce don. René voulant punir la ville d'Aix d'un soulèvement coQtre les Juifs, fit, à cette époque, transférer à Marseille la grande cour de justice, le siège du gouvernement, de son lieutenant et du juge des secondes appella<tions;*raais cette ordonnance fut révoquée le 27 juillet i438.
Alphonse avait mis dans ses intérêts les ducs de Savoie et de Milan ; René voulant contrebalancer l'effet des négociations de ce roi , envoya Nicolas de Faulay , son second chambelbn , et Balthazar de Jarente , son conseiller, pour aller sonder et échauffer le zèle de ses partisans; les Saint^Séverin montrèrent le plus de bonne vor
DE PBOYSNCfi. 449
loDtë ; le pape Eugène lY, sous le coup des cen-* sures du concile de Bâie , et Gênes épousèrent vivement sa cause ; deux riches habitans d*Hières, Fabri et Clapiers, lui remirent quelques sommes , mais bien insuffisantes pour tenter une guerre aussi ruineuse que celle qu'il projetait.
Escorté de douze galères , dont sept fournies par lés Génois , René fit voile vers l'Italie. Son entrée à Naplës se fit au milieu des plus ardentes acclamations , mais le zèle des habitans se refroidit quand on vint à apprendre que le roi était arrivé, sans argent, et que c'était sur eux qu'il comptait pour payer les frais ruineux d'une Iongue guerre. Jacques Caldoraet Michel Attendolo, dont la bravoure était connue, s'empressèrent, pourtant, de se mettre au service de René, qui les chargea d'ouvrir la campagne ; la guerre commença dans l'Abruzze , ensuite elle envahit le Labour; René lui-même se rendit dans la première de ses contrées. Alphonse profitant de l'absence du roi Angevin , vient assiéger Naples , dans l'espérance que cette ville mal défendue tomberait vite en son pouvoir. Mais trompé dans son attente, après avoir perdu don Pedro , son frère , et s'être épuisé en stériles efforts devant cette ville , pendant un mois, il fut contraint de se rletirer, à cause surtout d^abondantes et épouvantables pluies qui tombèrent pendant deux jours; ces pluies, qui hâtèrent le départ d'Alphonse, lui T. lu. '^g
45o HISTOIRE
auraient livré la ville , s^il ne se fût pas éloigna de îlaples ; car elles firent crouler les murs àe la ville àé\k ébranlés par les boulets , et que les eaux achevèrent de disjoindre. René , revenu sur ses pas , finit par se rendre maître du Chateau- Iteuf, dont la garnison capitula le 24 août 1439. Mais la mauvaise fortune allait bientôt éprouver le cœur de René : d^abord il fit une grande perte dans la personne de Jacques Caldora, qui mourut , le 27 octobre , âgé de 60 ans. La fidélité dont ce bon serviteur avair fait preuve, ne passa pas tout entière à son fils Antoine , aurquel René se hâta d^envoyer l'épée de connétable et le titre de vice-roi. L'état de gêne où René se trouvait exaspérait Antoine de Caldora , qui répondait aux instantes prières du roi, défaire avancer son armée , qu'il ne pouvait agir sans argent; de plus, il soutenait que le roi devait se décider à parcourir toutes ses provinces , et à tendre sa couronne pour la remplir de pièces de monnaie. René se décida à ce voyage d'humiliations; avant de l'entreprendre , il monta à cheval au milieu de la cour de son château , et parla ainsi à quarante seigneurs français : « Mes amis , le sang de mes ancêtres n'a point dégénéré en arrivant dans mes veine6 ; )e braverai tous les dangers pour conserver un si beau royaume et de si braves sujets. Antoine Caldora cal maître de mes armées , .il prétend ne pou-
voir les mettre à mon service que cfuatid il aura de l'argent , et pour que je puisse en avoir » il assure que je dois parcourir mes provinces afin d*en obtenir de mes sujets. Je pars , bientôt je reviendrai au milieu de vous , après avoir pacifié le royaume ; pendant mon absence je vous recommande la reine et mes fils. »
Les Napolitains couvrent de leurs cris d'amour , de leurs acclamations spontanées les paroles duroi, ils jurent qu'aucune autre bannière que la sienne ne se déploiera sur les murs de la ville. Une escorte nombreuse l'accompagne. Des jeunes seigneurs qui n'avaient pas eu le temps de prendre leurs chevaux le suivirent à pied avec 80 fantassins , commandés par Raymond de Barlette. Cette petite troupe , en tête de laquelle René chevauchait, fut mille fois sur le point de tomber dans les mains des partis arragonnais qui sillonnaient la campagne ; des neiges et des froids rigoureux Fassaillirent dans les cols et les gorges des montagnes. René calme et joyeux les encourageait du geste et de la voix ; à St.-Angçlo de Scaia, il se rendit chez le gouverneur, tout ruisselant de pluie ; sa valise s'était égarée ; en attendant qu'on eût fait sécher ses habits , il endosse ceux qu'on lui présente, et fait cuire quelques œufs pour son repas; il but dans des tasses de terre et refusa un verre , parce que c'était le seul qu'Ângelo de Scala possédait.
45s HISTOIBE
Les subsides ëtaieal accordées à Rëoë avec un empressement que sou aflabilitë et ses courtoises manières expliquent. Le roi pressait Cal*dora de yenir le trouver ; celui-ci hésite , maia entraîne par son beau^frère Carraccioli , il conduisit enfin des troupes au prince français. Alors celui-ci ne sent plus que l'aiguillon de la gloire^ il Tient surprendre les Arragonais dans les terres de Labour , en payant de sa propre personne ; il s^élance dans leur retranchement et^ soutenu par des compagnies de Caldora , se voit sur le point de mettre en complète déroute les ennemie si vigoureusement attaqués. Alphonse , malade , allait devenir le prisonnier de René.
Hais Caldora s'avance Tépée à la main et or-* donne à ses gens de se retirer : « quoi , s'écrie » René , vous m'arraches la victoire , duc de !• de Barri. » «c Seigneur, répond le traître, je y» connais Fart de la guerre ; Tennemi ne toarne « le dos que pour tomber sur nous avec plus « d'avantage ; j*ai besoin de conserver mon ar<~ )> mée ; je n'ai pas comme vous d'autres états qui ^ pourraient vous consoler de la perte de voire i> royaume de Naples. n La victoire fut ainsi enlevée à René ; les soldats éprouvaient eux-méme une vive indignation de se voir dans Timpuissance de servir les intérêts d'un roi dont la valeur et Taffabilité les avaient charmés. Arrivé à Pa>dula » René ôta à Col dora le commandement
DK PaOVSKCE. 4^3
de l'armëe. Mais le traître se vengea ; il détacha de René une partie de aes troupes et faTorisa AJphonae avec un tel succès , que le prince fran* çais , décourage , las de lutter contre une destinée de fer » se resigne à céder au roi d*Arrag(Mi le rcfyaume de Naples ^ pourvu qu*à dé£aut d'enfans légitimes il adoplit son fils aîné , Jean d'Anjou. Mais Kaples s^opposa à Texécution d'un arrangement qui lui enlevait René , encouragée par t alliance enfin conclue du Pape et dès Génois. Le Pape s*était engagé k fournir quatre mille hommes de cavalerie et trois mille d'infanterie , et Oénes douse galères et quatre gros vaisseaux. Mais tout devait finir par touilaer contre René ; les nobles génois , jaloux de voir le commandement de la flotte donné à Jean Fregeae , le plus jaine des frères du doge^ mormorèr^t; Antoine Fiesque s'allia avec le doc de Milan , et soutenu par la haine de quelques-uns de ses principaux concitoyens , il exposa Gènes à un danger tel qu'on y fut forcé de renoncer à secourir le roi de Naples. La Provence épuisée se boruait k faire des vœux pour le succès des armes de son comte. Alphonse , secondé par la fortune , était alors revenu assiéger Naples et la serrait avec vigueur; la famine se déploya dans la ville ; les Napolitains supportèrent avec le plus de constance qu'ils purent toutes les calamités d« siège , tant la présence de René les soutenait !
Neuf siècles avant , Bëlisaire avait fait creuser un canal pour s'introduire dans Maplcs , dont les Goths sVtaient rendus maîtres. Ce canal existait encore ; deux maçons prisonniers dans le camp d'Alphonse» se chargèrent de faire parvenir des soldats dans la ville par cette voie , mais le projet , quelque secrètement qu'il fût conduit , transpira , et des seigneurs napolitains , au service du roi d'Arragon , craignant que leurs maisons ne fusent pillëes dans une invasion si brusque de leur ville , en instruisirent Renë. Ce prince posta une garde nombreuse à Tissue du canal et distribua des soldats autour de presque ou 8 les points auxquels il fournissait de l'eau. Malgré ces précautions , dans la nuit du 2& au 3 juin i44^ » ^rois cents soldats environ pénétrent dans le long aqueduc , et quarante d'entr'eux apparaissent tout-à-coup dans la maison d'un tailleur , près la porte de Sainte-Sophie, se saisissent de la femme et de la fille de cet homme pour les empêcher de crier , et se tiennent cachés pour donner à leurs compagnons le temps d'ar-^ river.
A l'heure convenue , Alphonse fait donner un assaut à l'endroit opposé à celui où il savait que les soldats sVtaient rendus ; ce fut de ce côté-là que tout l'effort des Napolitains se porta ; alors les soldats cachés sortent , attaquent et culbutent le poste de la porte de Sainte-Sophie ; une
DE PBOYENGE. 4^^
partie de l'armée arragonaise dëborde par les murs et par cette porte dans la ville ; Naples est envahie ; René entend de tous côtés des cris , voit partout luire des lances , et ne sachant de quel côté tourner son courage désespéré , il se laisse entraîner dans le château par ses soldats fuyant tumultueusement. Le pillage commença ; il dura quatre heures , quatre heures d'horribles excès ! René , deux jours après , suivi d'Ârtaluche d'Atagena , d^Otton Carraccioli , de Jean de Cossa , s'embarqua sur un vaisseau génois et fit voile du côté de Pise , d'où il se rendit en Provence.
Arrivé dans ce pays , il acheva d'épuiser ses trésors par ses libéralités ; il fut forcé d'avoir recours à Taliénation des domaines , ce qui le mit dans l'impossibilité de payer ensuite les 898,114 livres qu'il devait encore au duc de Bourgogne pour sa rançon.
La mort de sa mère Yolande , décédée à Tucé près de Saumur, lé i4 novembre i44^ 9 '^^ troubles qui désolaient la Lorraine et les progrès que les Anglais avscient faits dans le Maine, le forcèrent d'aller à la cour de Charles vil , oii il se distingua par son habilité dans les négociations. Il parvint à réconcilier les rois de France et d'Angleterre , et réussit à faire épouser sa fille Marguerite à ce dernier prince , ce qui le remit en possession de ses villes du Mans.
IHous voyons le roi René , dans le moi» de
décembre li^B , faire transporter dans T^ise des Trois*Marie$ lea ossemens prétendus de Marie Jacobë, de Salonië et de Sara^leur serrante. Cette cérémonie se fit avec une pompe extraordinaire ; le roi y assistait avec sa femme , Ferri de Lorraine , Tannegui du Cbatel , Jean d'Arlatan » Jean de Queiqueran , un archevêque , douze évéques , quatre abbés et un grand nombre de docteurs. La même année , René fonda à Angers ^ le 1 1 du mois d'août , Tordre religieux et militaire du Croissant. Il perdit sa femme Isabelle W 27 février i453. Peu de temps après, le foi René .voulant profiter des dispositions favorables des Florentins et de François Sforze , M mit en état de retourner en Italie , après avoir cédé le duché de Lorraine à Jean , son fils , duc de Calabre , son héritier présomptif.
Une ligue venait de se former contre Sforze , duc de Milan ; sa puissance et sa réputation militaire fesaient ombrage ; les Vénitiens , le duc de Savoie et le marquis de Montferrat , s'entendirent pour l'attaquer; Alphonse, roi de Naples , irrité de Tappui que Sforze prêtait aux Florentins , entre dans cette alliance. L'orage allait éclater ! Les Milanais supplièrent alors le roi de France de leur envoyer René , promettant qu'ils lui aideraient à reconquérir son royaume de Kaples. René ^ séduit par les promesses de Sforze et l'espérance de recevoir tous les ans cent vingt
DE PHOYEMCE. 45?
mille florins d*or , jusqa^à la fin de la guerre , ▼ieot en Lombardie à la tête trois de mille cinq cents hommes de cavalerie. A son arrivée dans le Montferrat , au mois de septembre i453 , il réconcilia le marquis et le duc de Sforze t, qui conduisit les quatre mille hommes campes sur les terres de ce Seigneur , dans le Bressan. Le 19 octobre Poentevico fut enlevé ; la prise de cette ▼ille donna lieu à des excès de tout genre de la part des Français ; aussi le bruit du sac de Poen-tetico répandit une telle frayeur que les villes de cette' partie de l'Italie «e hâtèrent d'ouvrir leurs portes aux vainqueurs ; sans la me'sintelligence qui éclata entre René et ses allies , tout Tétat vénitien se soumettait.
René s^apercevant que les bonnes intentions de ses alliés se refroidissaient, prit le parti de retourner en France , après avoir consenti à leur donner son fils Jean , duc de Calabre , pour généralissime. Â peine ce jeune duc a*t-il mis le pied en Italie suivi de deux cents gentilshom-* mes , qu'une défection totale Tobligea de reprendre le chemin des Alpes. Venise , Florence et le duc de Milan avaient conclu la paix et Alphonse y avaient adhéré.
Une faction génoise, soutenue et soudoyée par Alphonse , harcelait vigoureusement DolgeCampofregose ; celui*d finit par mettre la république •0U8 la protection de Charles vu » qui cfatrgea
Jean , duc de Calabre , fils de René , d'aller acr secours du doge. Ce choix de Jean réveilla les craintes d*Âlphonse, qui voyait arriver avec peine, pour pacifier un ëtat Italien , le fils de son cornpëtiteur ; il crut qu'il lui convenait de marcher contre Gênes , mais sa mort , qui arriva le 27 juin 1458 , Fen empêcha.
Ferdinand, fils naturel d'Alphonse le remplaça, sur le trône ; comme son royaume dépendait des papes , il chercha à se ménager l'appui de Caliste III , à force de soumission et de déférence; mais Caliste, maigre son grand âge, avait Vhumeur chaude et guerroyante ; il défendit à Ferdinand de prendre le titre de roi, et fomenta ouvertement des révoltes dans Naples ; mais la mort de ce pape , qui eut lieu le 8 août i458 , mit un terme aux troubles dont René se disposait à profiter. Pie II le remplaça ; celui-ci , que la pragmatique sanction exaspérait contre la Fratice , accueillit bien les paroles de respect et de soumission de Ferdinand , lui donna Tinvestiture du royaume, de plus, il Fengagea à chasser les Français de ritalie.
Pie, voulant expulser les turcs de TEurope, assembla , dans cette intention , un concile à Mantoue , où les ambassadeurs des princes chrétiens furent invités.
Charles vu et René envoyèrent leurs députés à cette réunion, et ceux-ci prièrent le pape de
DE PEOYENGE. 4%
donner au comte de Provence l'investiture du royaume de Naples , auquel il était appelé par le testament de Louis m et de Jeanne il. Mais ils éprouvèrent de la part du souverain pontife un refus accompagné de paroles dures et méprisantes.
René , -irrité, défendit en Provence Texécution des décrets du pape et en appela au futur concile; de plus une flotte partie d'après ses ordres alla causer des dégâts sur les côtes de Tltaiie , et l'argent qu'il envoya au comte Piccinino y mit ce dernier à même de persister dans sa révolte. Malgré ces hostilités , René continua à deman*der au pape Tinvestiture du royaume ; mais le pontife éludait une réponse décisive.
Gènes s'était mise en pleine insurrection contre le duc de Calabre , son Seigneur ; Ferdinand et le duc de Milan favorisèrent cette révolte. La flotte de ces princes fut battue, et Gènes se courba devant le duc de Calabre enhardi par le succès ; celui-ci quitta le port de Gènes le 4 octobre 1459 » et fit voile avec trois vaisseaux et dix galères ; les douze de René s'y joignirent ; Jean de Gossa , Seigneur de Grimaud , les t:oromandait.
Le duc débarqua ses troupes à Castelmare ou Yoltuare: bientôt il vit accourir à lui Jean Antoine des Ursins, Marin de Marzan^ Jean Paul Gantelmi, duc de Sora, Antoine de Santiglia et bien d'autres. Ferdinand était alors( occupé à étouffer une révolte calabraise, mais la reine Isabelle, se femme.
46d HI8T0IEB
qui ëtait restée h Naples , dëpio ja un courage extraordinaire dans ces pénibles circonstances* Elle mit la ville en état de défense , parcourut les rues à cheval , harangua le peuple et Tariiiée, et raffennit la foi chancelante d'une foule de ses sujets. Tous ceux qui avaient été dépouillés de leurs biens pour être restés fidèles à René, quittèrent tumultueusement Naples , et allèrent grossir l'armée du duc de Calabre.
Maïs le pays commençait à se prononcer en faveur du jeune fils de René ; sa courtoisie, son affabilité lui gagnèrent tous les cœurs ; déjà sa bannière était déployée sur les tours d'une foule de villes ; Ferdinand vit qu^une bataille décide* rait seule la ^question , et sans employer des lenteurs qui auraient pu tourner contre lui, il se résigna à laisser à un combat le soin de terminer la querelle.
Le 7 juillet 1460, la bataille fut donnée awr les bords, du Sarno ; Ferdinand et ses Arragonnais firent d^incroyd:>les efforts pour obtenir une victoire que le duc de Calabre leur arracha , malgré Tardeur héroïque avec laquelle elle lui fut disputée. Ferdinand arrive à Naples suivi de vingt cavaliers; mais bien que son .mdJMur fût grand, il tint tète à Torage ; sa femme, Isar belle de Glermont , le seconda dignement. Cette reine alla tendre la bourse de iie% mains aux portes des maisons ; Pargent abonda bientôt dans
DS PEOYENCE. 46 1
le trësor epaisë du roi. Le duc de Calabre ne put profiter du fruit de sa Tictoire ^ par la résolution fatale qu'il prit de mettre ses troupes en quartier d*hiver; car s'il eût pousse' jusqu'à Naples , celle \ille épouvantée du coup que le jeune prince venait de porter sur les rives du Sarno , se serait soumise à lui incontinent.
Pie II intriguait adroitement pour le compte du compétiteur de René. La défection commença ; Robert de Saint-Séverin donna l'exemple de la trahison; de plus le duc de Milan attisait le feu dé la révolte dans Gènes. Le petiple de cette ville se souleva encore au commencement de Tannée i46r ; mais aux bruits de cette révolte , Charles Vil envoie six mille hommes par terre du côté de Savone , pour étouffer le feu d'une sédition qui allait embraser l'Italie ; René conduit aussi mille gendarmes vers la ville de Gènes. D'abord Gênes tremblante ne songeait plus qu'à se rendre , mais la temporisation le sauva : les secours du duc de Milan arrivèrent; les Français furent repoussés , cent chevaliers aux éperons d'or perdirent la vie.
La victoire des Génois ruina les affaires du duc de Calabre et augmenta encore le nombre de ceux qui fesaient leur soumission à Ferdinand; de tout côté de puissants et singuliers auxiliaires venaient au prince Ârragonais ; Scarderberg lui apporta 9on épée du fond de l'Ai-
46s HISTOIRE
baDÎe ; le prince embrasse Tarente de son parti. Le duc de Calabre après s^étre maintenu trois ans dans une position désespérée , se de'cidaà repasser en Provence.
Le roi René réclama, à cette époque, le cômie de Nice , parce qu'il prétendait que ses ancêtres n'avaient pas eu le droit d^aliéner cette partie importante de leurs domaines ; mais refroidi par le mauvais succès de tant d'expéditions, -il se borna à réclamer.
Une offre brillante frit faite à cette époque à René. Les Catalans , révoltés contre leur prince Jean, invitèrent René à venir se mettre à leur tète , en vertu du droit de la reine Yolande , sa mère. Refroidi par l'âge et revenu de toute idée d'am* bition , René refuse ; il ne s^opposa pas à ce que son fils le duc de Calabre passât en Catalogne, où il arriva en 1467, à la tête d'une armée res* pectable ; ses premiers pas dans cette nouvelle campagne furent heureux; il touchait au moment de voir ce pays se soumettre à ses troupes victorieuses ; mais un traité conclu le 19 janvier 1469 , suspendit les hostilités. Le 16 décembre 1470 , le duc de Calabre mourut à Barcelonne. Son fils Jean 11 ne lui survécut que de dix-huit mois.
René , las de tant de guerres qui avaient épuisé ses finances , et abreuvé de dégoûts sa vie militaire , renonça à tout espoir de recon-
• quérir ce royaume de Naples où la fortune lui
'^ arait été tant contraire. Il se consola de la perte
. -de sa touronne par ia peinture. On conserve
eiKpre plusieurs tableaux qui lui sont attribués.
Dans s4 Provence , ay milieu des champs , il re-
*• •• *coîuiaissait Taccueil empressé qu'il avait reçu
en 'peinant son portrait sur la porte ou sur le
mur avec ces beaux vers :
^Uidtan régis effiges est ità Renaii,
II fayçrisa Tindustrie , avisa à tous les moyens
, possibles pour maintenir les sûretés de la na-
/ * ^gatton de ses sujets, accorda des franchises
à tous, les vaisseaux qui entreraient dans le port
de'lVarseille y de quelque nation qu'ils fussent;
mais ces franchises devaient expirera la fin de
Tannée qui les vit s'établir.
Bes soins moins sérieux l'occupaient quelqû^ois ; il faisait des vers , de la musique' et . • <5ompos^t. des airs. Il imagina une fête bien ; •* / cohpue sous le nom de la procession de là Fête*' -* . . JiitL à Aix , dans laquelle René donna libre * l^./^capJère à son imagination. Mélange de «sacre \\ ët^cP profane , amalgame des choses les plus dis* parâ[tes ; celte fête représentait le christianisme ti'iovQphant de Tidolâtrie.
^. I^s farces pieuses égayaient singulièrement
.. •'ce.bo'n roi; il dépensa deux florins pour ha- V ' bill^r les acteurs qui lui jouèrent la moralité de ▼ rhamme mondain. Sa libéralité allait même trouver
464 HtSTOIRt
de paarres; saltimbanques , ainsi nous lisoqs. dans le mëmoire de ses dépenses qu'il donna un florin à un fol qui dansa la mauresque deçafd
le roi^ à Orange. Son nain Philippe e'iait chargé' par les deroirs de sa place de dissiper sa mélancolie. Il oubliait Naples , les Deux Siciles ,, * au* • bruit des lazzis et des gambades de ce nain.
Sa cour était complète ; après le nain , Kastrologue y qu^il payait assez bien , soixante et dixneuf francs par mois , il lui donna un jof^r vingt écus pour le Jugement de tannée , l'almanach.
A cause de tant de dépenses que nécessi(aien^ * ses farces^ ses processions tisz. petite cour , il finit par s'endéter; quelquefois son maître d^fiôtel lui représentait qu'il n'avait plus de quoi payer sa dépense ; il le renvoyait à Guillaume de Rémerville , son trésorier général , qui empruntait pour le compte du prince. Pourtant malgré ^on besoin d'argent , René refusa vingt mili^ florin^ « que les juifs lui offraient pour la grâce de J'un de leur corréligionnaires condamné à être é^r-, , ché tout vif, parce qu'il avait blasphémé coàtre^ . ** la Vierge. Sans doute René fit bien de ne.mi eccepter cette somme , mais il n'aurait pas*da infliger un aussi horrible supplice à un malheureux ^ fanatique. On assure que son trésorier le pressa d'accepter cette somme énorme qui aurait rèm- *• pli le vide de sa caisse royale. ^' * "^
Sa maison de campagne s'élevait près *de ^
DE PROYENCE. 4^5
' Gardannes ainsi que l^atteste ce passage d^une de ses chartes ; datunk in çillâ nosfra gardaru prope cmiaiem nosiram aquensem» Il y vivait sans faste ; ses meubles étaient d'une grande simplicité. Quand il passait la mauvaise saison à Marseille y le roi René se réchauffait au soleil du Port, et h Âix, il se promenait le long des remparts dans cette partie si tiède, dans les beaux jours des mois d^hiver; il créa ainsi un proveibc : le lieu où Ton'se réchauffe au soleil d'hiver , se nomme encore la cheminée du roi René. Sa dépense ne s'élevait pas au-delà de quarante-quatre mille livres de notre monnaie.
Il éprouva de grandes pertes domestiques :
le ^4 mai 1477» Nicolas, duc de Calabre, le dernier rejeton de sa postérité masculine , mourut; à cette époque , il n*avait donc plus pour héritier naturel que René il » duc de Lorraine \ soj\ petit fils , et Charles d'Anjou , comte de JAaine , son neveu. Le 22 juillet i4749 R^né , en présence de Jean d'Alardeau , évéque de Marseruè, de Fouques d'Agout , seigneur de Sault , de paladin d'Anglure , de Jean Duplessis , sei« gneur du Perray , de maître Jean et de maître Pieire Robin , docteur en médecine » dicta son testament, d'après lequel il nomma Charles son héritier universel, donna le duché de Bar à René, son petit fils , et le marquisat de Pont-à-Mousson
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à JeaD d'Anjou , avec les villes de St.-Remy et de Sl.*Caniiat
Lôuva XI vit avec peine cette succession passer dans les nains d'un autre. Aussi s^armant dNine cession que Marguerite d*Anjou , fille du roi Renë et femme d'Henri lY, roi d'Angleterre , en reconnaissance des secours qu'elle avait obtenus de Louis ix , dans les dëmélës de son mari ^Hff^ Edouard rv , avait faite au monarque fran^ çais , de ses droits sur ies duchés d^Anjou , de Lorraine et de Bar et «ur le comte de Provence, il fit citer Renë , au nom de son parlement , a comparaître devant le roi , sous peine de bannissement et de confiscation.
Renë chercha à dësarmer Louis XI ; il lui «nvoja Charles de Maine , qui par ses protestations de soumission calma le roi de France ; la rëconciliaiion fut entière. Renë alla voir Louis à Lyon, et en reçut des prësens et des marques d'amitië. Quelques temps après il revint à Aix, où il mourut le lo juillet 1480, âge- de 72 ans , 5 mois » 24 jours , après avoir téfgké* quarante-sept ans. Son corps fut transporte à Angers. «
Après sa mort, Charles, comte du Maine, son neveu et son héritier , prit possession du comte de Provence , et confirma le 19 juillet à la reine Jeanne, veuve du feu roi , les donations que ce prince lui avait faites.
DE PROTlMC£. 467
Ensuite ce prince s'adressa au pape poiir en obtenir Tinvestitare du royaume de Naples; dans le temps que cette négociation se tramaili Charles apprit que Yolande d'Aujou ^- duchesse douairière de Lorraine» d^n^ 1» p^auasion çù elle ëiaii que le testament de Reaé son père TaTait Usée ^ avait pris le titre de reiae de Jérusalem t et se disposait à s'emparer de la Provence. Par sts ordres , Jean ^le Ppulevez , sei- ^eur de Cotignac et sénéchal de Lorraine « vint s^entendre secrètement avec Kobert de saint Séverin et Obieto de Fiesque, afin de fournir à Yolande les moyentf de conquérir la Provence. Des secours en hommes et eu chevaux furent promis ; René 11 parut lui-même dans nos camfâgnes , accompagné de ses partisans , Rayixaud ^'Agout, Booifaice de Castellanes, Philibert, 3on fils» et Honoré de Chanan. A la vue de ces gentilshommes 9 le soulèvement devint général , Forcalqqier , Grasse » Draguignan se soumettent à René ; Aniibes ne cède pas à cet entrsUn^mept àe révolte. Mais à peine Louis XI , dont le jne- .gard de vautour couvrait notre noble Provence» eut-^il s^pris cette guerre de suc.cçssiou , qu'il envoya des soldais à Charles du M^ine « fit ^arderpar des troupes les routes qui condpiss^ient dans le Comté, et donna des ordres po.^r saisir le duc de Lorraine , qui se sauva sur un vaisseau. .
La Provence fut bientôt enlièremeat pacifiée ;
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aussi Charles tourna-i-il ses espérances vers Naples, et quand il s^occupait des préparatifs de cette expédition , il perdit sa femme Jeanne de Lorraine , qu^il aimait beaucoup; frappé de cette mort , il ne put se résigner à vivre , et expira le ii décembre iJ^Si k Marseille. L'affaire de son testament n'a jamais été bien éclaircie ; on prétend que Palamede de Forbin, secrètement attaché k Louis xi , maintint constamenl Charles dans des dispositions favorables aux intérêts du roi de France. En i48i> Palamede vint à la cour de Louis , qui dans ses lettres patentes le combla de distinctions et d'éloges. En effets nous voyons Palamede de Forbin, gou* verneur et lieutenant-général des comtés de Pro* vence et de Forcalquier , avec des privilèges qni l'égalaient presque à un souverain. De si éclatantes récompenses prouvent assez Tétendue du service.
Dans le testament de Charles du Maine, Louis XI, roi de France , après lui Charles, son fils aîné, Dauphin de Viennois, et tous ses descendans et successeurs à la couronne, sont institués héritiers universels de la succession de ce même Charles du Maine. Le jeune prince y suppliait le roi de France de respecter les privilèges , les franchises et les libertés de ses Sujets.
Ainsi finit la seconde maison d'Anjou. Depuis
cette ëpoque , la Provence , dëtachëe de la mo- Darchie, en 879 fut rëunie au royaume de France, non comme un accessoire joint à un principal , mais comme un principal joint à un auiré principal, A la fin de ce troisième livre » je doia manifester le regret que jVprouve d'avoir si peu consulté mes forces , en promettant une histoire de Provence , commencée et poursuivie au mi* lieu des plus sérieuses préoccupations. Uexplosion de la mémorable révolution de juillet vint retentir autour de moi quand , sur une carte ancienne , je suivais les opérations de Marius dans nos contrées. L'histoire présente était trop saisissante pour qu'elle me laissât le calme nécessaire aux méditations des évènemens passés. L'histoire se faisait sous mes yeux , et quelle histoire ! Une vieille dynastie qui s'écroule, une jeune dynastie qui s'élève, une illiade de trois jours à Paris , et Tattitude des provinces si paisibles autour de la capitale , où tant de bruit, tant de cris saluaient Taurore d'une révolution nouvelle. En présence de pareils évènemens , quand ces évènemens loin d'avoir la teinte ordinaire des faits quotidiens, vous étonaient par leurs dimensions si vastes , pouvait-on apporter à Tétude de l'histoire de son pays cette attention que les distractions du dehors , et les préoccupations du moment affaiblissent tant ! Ensuite chaque homme n'a-t-il pas son histoire à
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loi , Usloire inconnue « mais qui a ses përipëtîes cruelles , que nous pourrions aussi écrire avec des larmes et du sang , dans laquelle , sans témoins » de^«nt Dieu , nous arons nos cbapirres de courte joie et de longues misères ; et cette histoire personelle ne tous fait-elle pas quelquefois tomber des mains la plume, afin de descendre dans l^TSoIeraent de sa douleur le cœur plein d'amers désencbantemens.
Pour moi cette histoire de Provence a été écrite entre deux tombeaux, aja commencement celui de mon père , à la fin celui de ma mère. Le chemin qui mène d*un sépulcre à l'autre est triste a parcourir.
Peut-être après avoir livré au public les trois volumes que je lui avais promis , me décideraije à en écrire un quatrième où je renfermerai les évènemens passés en Provence depuis sa réunion à la France.
Car, ce qui me rassure sous le rapport de mes engagemens , c'est que j^ai déposé la plume quand le noble pays de Provence n*a plus été malgré les innocentes précautions du testament de Charles du Maine, qu'une province de France, de sorte que perdant toute existence politique à part, elle n'a plus eu d'autre histoire que celle du royaume.
Fin.
DES HATIÈBES