LA REINE SOPHIE CHARLOTTE
le souverain débonnaire que nous connaissons, avec plus de bonne volonté que de volonté, se laissant g^ouverner par ses favoris et ne voyant pas « par ses propres yeux » , selon le mot de son épouse; estimable d'ailleurs par ses vertus privées et son honnêteté, si pieux que, malgré son désir d'être roi, il n'eût pas changé de religion pour toutes les couronnes du monde et s'estimait humblement « un ver de terre » au regard de Dieu; si préoccupé, en revanche, de tenir dignement son rang sur cette terre, qu'il remerciait un jour avec effusion sa belle-mère de l'avoir appelé " l'Ornement » de sa cour.
A ce roi solennel avait été unie en secondes noces, par une erreur du destin, la femme la plus vive et la plus enjouée. Sophie Charlotte de Hanovre semblait auprès de son époux comme un vivant contraste. C'était une jolie et élégante princesse, douée de tous les charmes du corps et de l'esprit. a Elle avait, » selon le Mercure Galant, « de grands yeux bleus, doux, une quantité de cheveux noirs prodigieuse..., le nez bien proportionné, la bouche incarnate, de fort belles dents, et le teint très vif» . En ajoutant qu'elle était devenue assez forte depuis son mariage, on aura le portrait exact de cette « brune aux yeux bleus » , dont les contemporains ont parlé tous plus ou moins avec admiration, presque avec amour. Le tsar Pierre, qui avait passé une soirée avec elle en traversant l'Allemagne, confiait plus tard à Frédéric que ce qu'il avait le plus admiré dans ses États, c'était sa femme. " Le teint, les yeux, la bouche, tout est charmant en elle » , s'écriait La Rosière en 1694, et bien qu'elle eût .< un peu trop d'embonpoint » , l'anglais Toland la proclamait, en 1 702, « la plus belle princesse du siècle » . On conserve dans les châteaux de Berlin et de Charlottenbourg, et au Musée HohenzoUern, des toiles (notamment de Weidemann) , et des gravures (par Wolfgang et Falz), qui permetlent de s'associer à cet enthousiasme. On ne trouve pas trop flatteuse la légende inscrite par Kalz sur une de ses médailles : In iina sedc moraatur Majestas ei amor ; on comprend que pour la