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LA REIME SOPHIE CHARLOTTE

« divine épouse » de Frédéric, le grand Leibniz se soit oublié jusqu'à faire de mauvais vers.

Le plus merveilleux, c'est que sa beauté était encore dépassée par les dons de son esprit (1). C'est ce que dit La Rosière : a Elle a l'esprit vif, agréable, brillant, solide et juste. Elle sait beaucoup; elle lit plus de trois ou quatre heures par jour, mais ce ne sont pas des romans, ni des livres de bagatelles, c'est tout ce qu'il y a de meilleur dans nos plus excellents auteurs français. Elle sait aussi l'italien et aime les beaux-arts. Ce qu'elle sait ne la gâte point. Elle est savante, mais en princesse » . Élevée par une mère intelligente, dans des habitudes toutes françaises, elle avait tourné de bonne heure ses pensées vers l'étude et s'était appliquée à tout ce qui pouvait former et développer ses qualités natives. Elle recherchait la société des savants et se plaisait dans leur commerce. Elle parlait si bien le français qu'un réfugié huguenot, l'entendant causer dans cette langue, demandait si elle savait aussi parler l'allemand. Elle était simple et primesautière, « gaie sans excès dans les divertissements, grave dans ses discours » (Leti) ; elle ne haïssait pas le faste, mais elle l'aurait voulu « indépendant de la gêne » , et par là surtout elle différait de Frédéric.

On a mis dans sa bouche plus d'un mot blessant pour son royal époux. Suivant certains auteurs, elle l'aurait appelé son « Ésope » . Un jour, elle se serait écriée : « Leibniz veut m'apprendre ce que c'est que les infiniment petits! A-t-il donc oublié que je suis la femme de Frédéric 1", ou s'imagine-t-il que je ne connaisse pas mon mari! » Enfin, elle se serait moquée du dessein de royauté et seserait plainte d'aller jouer à Kœnigsberg « la reine de théâtre » . Il ne faut pas prendre ces anecdotes pour paroles d'évangile, pas plus que les racontars de Morgenstern, rapportant les plaisanteries de mauvais

(1) Leibniz pensait à elle, en copiant les vers de Paul Diacre sur Hildegarde :

Huic tam clara fuit floreutis gratia fonnœ,

Ut HCC iu occiduo pulclirior orbe foret.

Attamcn haiic speciem superabaiit luiniiia mentis.

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