LE PREMIER ROI DE PRLSSE
L'acquisition du titre royal apparaît dans l'histoire de Frédéric comme le fait capital. Son règne en est tout naturellement coupé en deux phases distinctes, et l'événement exerce une répercussion considérable, tant sur l'activité du souverain que sur les destinées de l'État et la vie des sujets. Avant 1701, l'électeur de Brandebourg restait, en dépit des accroissements obtenus et de la gloire acquise au temps de Frédéric Guillaume, dans une situation subordonnée, émergeant avec peine de la foule anonyme des membres du Saint- Empire; il était traité en comparse par ses alliés qui payaient son concours, parfois humilié par l'Empereur qui lui refusait la satisfaction de négocier et de traiter en son nom dans les congrès internationaux. Après 1701, le roi de Prusse jouit d'un prestige inconnu auparavant. Sans doute il est plus que jamais nécessiteux, quémande les subsides de la coalition à laquelle il se rallie, demeure un prince mercenaire; mais sa majesté lui permet de revendiquer plus d'égards; elle fait valoir le nombre et la valeur de ses troupes; elle lui assure dans les négociations le rang de partie contractante, presque l'égalité avec les plus grands monarques. Au dedans, si le favoritisme continue à sévir, les différences ne sont pas moins appréciables d'une période à l'autre. Au point de vue politique, le roi de Prusse réalise certaines vues d'unité et de force que l'électeur de Brandebourg avait conçues, mais qu'il réussissait malaisément à imposer à ses territoires dispersés.
172 LA INOUVELLE ERE
Au point de vue économique, les chargées sont infiniment plus lourdes, la misère du peuple plus noire; c'est la rançon de la royauté. Par contre, au point de vue intellectuel et artistique, la cour devient un foyer de culture et brille d'un éclat nouveau. Sous tous les rapports, les conditions d'existence semblent avoir changé pour l'État qui devient alors éminemment l'État prussien.