INTRIGUES CONFUSES ET LOUCHES
celle de Printzen, auprès de Charles XII en Pologne. Projets et contre-projets, souvent contradictoires, échanges de notes par écrit et échanges de vues secrètes de vive voix, tout fut inutile. Frédéric n'osait accepter, ni du tsar la Pologne prussienne, ni de Charles XII Elbing, l'évéché d'Ermeland et une bande de terres polonaises entre Prusse et Poméranie. Pourtant le refus même n'était pas sans péril. Pierre le Grand pouvait se lasser de faire des avances, Auguste II prendre quelque parti désespéré, Charles XII en arrivera une rupture. La diplomatie française s agitait pour réconcilier avec la Suède le Saxon qui n'avait pas renoncé au trône de Pologne, et un jésuite de la mission de la Sainte-Croix à Varsovie, le P. Montméjan, avait dès 1704 servi d'intermédiaire : l'accord se serait fait aux dépens de Frédéric, peut-être en donnant le royaume de Prusse à Stanislas Lesczinski. L'attitude d'Auguste II demeurait du reste équivoque, et lorsqu'on décembre 1705 il eut fait enlever et emprisonner Patkul, on put concevoir les plus légitimes soupçons. Patkul, autrefois ministre du tsar, était lieutenant-général de ses armées; si Ion niait qu'il put se réclamer du droit des gens, parce qu'il n'était plus ambassadeur, il restait, comme général, au service de la Russie; l'arrêter était donc pour le moins un acte anti-amical à l'égard du tsar, et l'on était fondé à penser qu'Auguste II préparait une volte-face. Si Pierre le Grand ne se plaignit pas, c'est qu'une opération décisive s'engageait, dont il escomptait le succès et où le secours des Saxons lui était indispensable.
Les choses en étaient là au commencement de 1706. Le sort des armes favorisa encore une fois Charles XII, dont un lieutenant écrasa les Saxons sur l'Oder, à Fraustadt, en février 1706. Les Suédois se lancèrent alors à la poursuite des Russes qui se retirèrent à marches forcées. Auguste II, réfugié du côté de Cracovie, avait beau rallier ses derniers partisans, la Pologne semblait lui échapper, et Charles XII songeait à lui enlever aussi la Saxe.
Frédéric suivait avec anxiété ces péripéties. Sans doute,