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LE PÉRIL SUÉDOIS

Réduit au désespoir par l'occupation de ses États héréditaires, Auguste II autorisa deux de ses conseillers à négocier avec les envahisseurs; c'est alors qu'à Alt-Ranstœdt (1) fut signé un traité humiliant, où l'électeur de Saxe était forcé de renoncer au trône de Pologne en faveur de Stanislas Lesczinski, d'abandonner son allié le tsar, de livrer à Charles XII le malheureux Patkul, qui allait subir un cruel supplice, de s'engager à maintenir dans l'Empire, de concert avec la Suède, les clauses religieuses de la paix de Westphalie (24 septembre 1706) . La conclusion de ce traité embarrassa singulièrement Auguste II : les Russes l'exhortaient à leur rester fidèle et, un mois après (le 30 octobre), il aidait bon gré

(i) Ou Altransladt.

llAPPnOGHEMENT DE CHARLES XII 191

mal gré Mencliikow à remporter la victoire de Kaliscz sur le général suédois Mardefeld. Il hésita à donner son approbation. Mais le succès de Kaliscz n'avait rien de décisif, et les Suédois restaient maîtres de la Saxe ; il se résigna, en fin de compte, à ratifier l'acte du 24 septembre, et à se rendre en personne auprès de son vainqueur.

Charles XII pouvait être l'arbitre de l'Europe. Après avoir triomphé des coalisés de l'est, il pouvait dicter la loi à ceux de l'ouest, comme l'y poussait Louis XIV. La Prusse surtout était exposée, d'autant plus que l'Empereur et les puissances maritimes, effrayés de l'avance des Suédois, la sollicitaient d'intervenir activement. La diète de Ratisbonne venait de protester contre l'invasion de la Saxe. On ne savait comment le roi de Suède prendrait la chose.

Le rôle de Frédéric fut assez piteux. A peine rentré dans ses États, il avait dépêché Printzen à Alt-Ranstsedt pour y porter des assurances d'amitié (septembre 1706) ; l'envoyé avait insisté particulièrement sur les avantages d'une triple alliance entre Suède, Prusse et Hanovre, en vue de défendre lesintérêts protestants partout où ils étaient menacés, en Hongrie, Silésie, Palatinat. Quoique bien accueilli par le roisoldat, qui lui donna audience dans une grange, avec une simplicité toute militaire, au dire de Pœllnitz, témoin de la scène, Printzen ne réussit guère. Ses pouvoirs étaient insuffisants. On réclamait avant tout la reconnaissance de la royauté de Stanislas en Pologne, et on ne songeait pas à offrir en échange la moindre récompense ; or, Frédéric se flattait d'acquérir toute la Prusse polonaise, et il se disait prêt à dépenser pour cela au besoin 300 000 thalers (1). Rien n'y fit, et Printzen revint à Berlin les mains vides. Dès le 6 décembre, il reçut l'ordre de retourner en Saxe, avec de nouvelles instructions : cette fois, le roi se résignait à traiter avec Stanislas, afin de retirer quelque profit pour sa Maison de la ruine imminente de la Pologne. Printzen emportait deux projets de traités à

(1) P. S. autographe du 26 novembre 1706; cf. A. B., Schweden, R. XI, n 247 u, 16-21.

192 NEGOCIATIONS DE PRllNTZEN ,1706-1707

signer avec Charles XII et avec son protégé : pour prix de son secours éventuel, Frédéric demandait la reconnaissance de son titre royal par la République de Pologne, la restitution d'Elbing et de son territoire, et, à titre de » réjouissance » (ErgoizlichkeiiJ, une bande de terres assurant la communication entre Prusse et Poméranie (I) .

De retour à Leipzig, le 9 décembre au soir, Printzen s'aboucha avec les ministres suédois, le comte Piper, le conseiller Hermelin et le secrétaire d État Gederhielm; mais ceux-ci se récrièrent sur les prétentions excessives du roi de Prusse. Les jours passaient. Printzen vit arriver l'ex-roi Auguste et assista de loin à sa première rencontre, le 17 décembre, avec Charles XII ; ce dernier s'avança à larges enjambées et descendit en trois bonds un escalier de douze marches pour aller au-devant de son hôte, qu il embrassa >< très tendrement )) . Ces effusions n'avaient d'ailleurs que peu de portée, et le plus dangereux c'était la nature ondoyante d'Auguste, et ses facultés d'invention « très fertiles » . L'envoyé prussien avait beau garder une attitude plutôt fière, arrêtant par exemple, au dire de Frédéric II, une remarque ironique sur l'armée de son maître, en rappelant la gloire de Fehrbellin. Il ne parvenait, en somme, à rien conclure. 11 dut repartir en janvier 1707. rapportant seulement une lettre amicale de récréance.

Cependant il y avait une détente, et Printzen le constata dans un nouveau voyage (en février 1707; . Satisfait de la reconnaissance du roi de Pologne, Stanislas, Charles XII promit de ne pas s'opposer à l'occupation d'Elbing par les Prussiens, si les nécessités de la guerre lui permettaient de retirer la garnison suédoise. En même temps, Stanislas Lesczinski, auprès duquel Printzen avait été accrédité, répondait par des protestations « d'estime et de tendresse » , en déclarant qu'il tâcherait d'obtenir de la République polonaise toutes les satisfactions désirées.

(1) Ceci et ce qui suit, d'après les Archives de Berlin, Schiveden, R. XI, n 2V7 II, 14 et 16-21.

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