‹ Histoire de PrusseChapitre 149 sur 410 · ENTREVUE DE MA RIENWERDER · texte numérisé non relu

ENTREVUE DE MA RIENWERDER

que c'était la condition du succès : seule, la force de ses armes lui avait permis de dire son mot dans les négociations de La Haye, au printemps ; seule, elle pourrait le faire écouter à l'est, en automne. Autrement, comment en imposer aux Suédois, prêts à violer son territoire, et aux Kusses dont l'estime n'allait qu'aux puissants ! Précisément un lieutenant de Charles XII, le général Grassow, battait en retraite en Pologne, devant Russes et Saxons, vers la Poméranie suédoise; Frédéric refusait le passage, menaçant même de déclarer la guerre, mais, le 16 octobre, Grassow franchit la frontière et se lança à travers la Nouvelle Marche ; force fut de laisser faire ce qu'on ne pouvait empêcher. « Comme je n'ai pas de troupes ici en ce moment » , écrivait le roi un mois après, » je dois accepter pour cette fois le fait accompli » . Résignation humiliante, qui le mettait en aussi mauvaise posture vis-à-vis des Russes que vis-à-vis des Suédois. L'entrevue avec le tsar le prouva abondamment. Après beaucoup d'hésitations, le rendez-vous avait été fixé dans la petite ville de Marienwerder, en Prusse, à quelques kilomètres à droite de la Vistule. Le 26 octobre, les deux souverains s'y retrouvèrent. Ils s'embrassèrent affectueusement, vidèrent ensemble quantité de bouteilles de vin de Hongrie, et se comblèrent réciproquement de cadeaux, échangeant notamment leurs épées ; à part ces démonstrations d'amitié qui n'étaient pas sans inconvénient, l'épée du vainqueur de Poltawa étant « si grosse » qu'elle risquait de faire trébucher Frédéric, le résultat de cette rencontre » longtemps désirée » fut médiocre. C est l'impression de deux témoins, Dohna et Pœllnitz. Sans doute, on y décida le mariage du jeune duc de Gourlande, Frédéric Guillaume, neveu du roi, et d'Anna Iwanowna, nièce du tsar, mais l'acte devait faciliter une mainmise des Russes sur la Gourlande. D'autres arrangements, comme l'accession du tsar au traité du 15 juillet 1709, avaient peu de portée, et un article secret du 2 novembre n'était guère avantageux pour la Prusse : F'rédéric promettait de ne laisser passer vers la Pologne

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