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LA FIN DU RÈGNE (I71I-1713) (I

Ni la gloire militaire acquise par les troupes prussiennes dans la grande mêlée européenne, ni l'éclat de la cour, ni le brillant essor des sciences, des lettres et des arts, ne pouvaient faire oublier l'effroyable rançon de sang, de peine et d'argent dont tout cela était payé. Les jeunes recrues étaient sacrifiées par milliers aux ambitions et aux intérêts de l'Empereur et des puissances maritimes ; la cbarge des impôts était écrasante et réduisait le peuple à la besace ; d'épouvantables maux, la peste et la famine, dévastaient certaines provinces comme la Prusse; et à la ruine matérielle de la masse faisait pendant la fortune scandaleuse de quelques parvenus! Une clameur, sourde d'abord, puis grandissante, montaitjusqu'au trône. Les sujets, n'osant s'en prendre au souverain, accusaient la rapacité des trois comtes, qu'on appelait de la lettre initiale de leur nom les trois W fWe/) signifiant fléau en allemand), et qui, depuis près de dix ans, formaient à la tête des affaires un sinistre triumvirat, Wartenberg, Wittgenstein, Wartensleben. Le roi, persuadé qu'on le volait et fatigué de

(1) Sources : A. B., Begistraturbiicher et diverses liasses.

Documents, lettres, écrits et mémoires cités en tète des chapitres précédents. En outre : Koskb, Biiefwechsel Friedrichs des Grossen mit Grunibkow und Maupertuis, Leipzig, 1898 (lettre du 10 novembre 1737 sur la mort de Frédéric l"); KosER et Droyses, Briefwechsel Friedrichs des Grossen mit Voltaire, Leipzig, 1908, I (lettre du 27 juillet 1739 sur la mort de Frédéric I").

Ouvrages : Voir bibliographie en tête des chapitres précédents, surtout des chapitres n du livre P' et ii du livre IIL Dans Hohenzollern-Jahrbuch : I, Kbacske sur les débuts du règne de Frédéric Guillaume I"; II, Kradsre sur LéopoIdd'Anhalt; IV, Hintze sur l'État et la société sous le premier roi, et Grasier sur la disgrâce de Wartenberg; VIII, Behser sur la Dame Blanche de Berlin.

DISGRÂCE DE WITTGEN STEIiN 273

certaines intimités, désireux aussi de donner satisfaction au sentiment populaire, poussé d'ailleurs par son fils et tout un parti, se décida à sévir.

Le comte de Wittgenstein, g^rand maréchal de la cour et directeur de l'administration des domaines, était particulièrement détesté. Ce fut la première victime. Il y avait longftemps que son crédit était ébranlé. En effet, lors d'un grand incendie qui détruisit en ] 708 la petite ville de Crossen, le roi avait ordonné de dédommag^er les habitants en leur versant 70 000 thalers; les fonds devaient être fournis par la caisse des incendies (Feuerkasse) que Wittgenstein avait créée et qu'il alimentait de sommes extorquées plus ou moins aux propriétaires. Mais le comte avait employé aux dépenses de la cour les revenus de la caisse, et celle-ci s'était trouvée vide. Le scandale avait été tel que le kronprinz était intervenu : une enquête avait été ordonnée. L'affaire ne tarda pas à prendre des proportions considérables; et, passant du particulier au général, les commissaires étendirent leur examen à toute l'administration du g^rand maréchal. En vain celui-ci prétendit-il avoir augmenté d'un demi-million par an les revenus de la couronne. Ses g^aspillages et son désordre furent largement démontrés. « Si cela avait continué » , écrivait le roi peu de temps après, u j'aurais à peine eu du pain pour ma table. ') Le 29 décembre 1710, le comte fut arrêté et conduit à Spandau, ses biens placés sous séquestre. Le châtiment ne fut pourtant pas terrible : après avoir inutilement essayé d'apitoyer le roi, Wittgenstein négocia une sorte de contrat. On avait peu de prise sur lui : il avait pu prouver qu'il avait soumis ses dépenses au grand chambellan et était couvert par sa signature. Jl s'engagea à ne jamais rentrer dans le royaume sans permission et à ne pas en appeler à la Chambre impériale, comme l'y autorisait sa qualité de comte d'Empire; moyennant une amende qu'il réussit à faire réduire de 100 à 70 000 thalers, il fut remis en liberté au bout de six mois et, jusqu'à sa mort en 1735, put jouir de la fortune qu'il avait prudemment mise à l'abri à l'étranger.

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