‹ Histoire de PrusseChapitre 208 sur 410 · FIN DE FRÉDÉRIC I · texte numérisé non relu

FIN DE FRÉDÉRIC I

La vieillesse de Frédéric I" fut triste. Aux soucis du pouvoir, ag^gravés par le péril extérieur, s'ajoutaient les infirmités et la maladie. Depuis des années il s'affaiblissait, et la fàclieuse médecine du temps n'était pas faite pour le rétablir. La santé des siens le préoccupait : il avait vu avec chagrin plusieurs de ses petits-fils mourir au berceau ; une de ses dernières joies fut la naissance de « Fritz» , le futur Frédéric II, en janvier 1712. J'ai dit la défiance injuste qui le sépara un moment du kronprinz, et ses pénibles querelles avec sa troisième femme ; la folie de Sophie Louise acheva de le briser (1) . Au commencement de février 1713, il dut s'aliter, le poumon attaqué, et dès lors son cas parut désespéré. Les soins de Gundelsheim le remirent sur pied le 22 février, à la grande joie des Berlinois; mais le 25, son état empira brusquement, et à midi il expirait.

Il faut faire justice de certaines légendes, répandues autour de cette mort, comme celle de l'illumination subite aux yeux du kronprinz, le 24 février, d'une salle du Schloss, alors fermée, ou celle de l'aloès fleurissant à Kœpenick, avertissements miraculeux donnés à l'héritier du trône. Du moins, les contemporains sont unanimes à attester la foi confiante du mourant. Dohna raconte que, voyant pleurer l'évêque Ursinus, il lui demanda s'il l'avait cru immortel, et le pria de lui parler de l'autre vie. Le même témoin raconte aussi, d'accord avec le Saxon Manteuffel, que Grumbkosv s'étant approché du roi reçut cette sévère admonestation : » Vous êtes un grand coquin; amendez-vous, sinon vous n'arriverez jamais au séjour des bienheureux, où je vais bientôt entrer » . Cette imperturbable certitude du salut peint le personnage, de même que son successeur se révèle, ces jours-là, par une fierté brutale qui s'irrite d'une flatterie, repousse tout conseil, et réclame seulement l'obéissance.

« Le bon roi » mourut, chéri de ses sujets. Cet amour

(1) Il fut notamuient très secoué par une apparition subite de la pauvre folle, qu'il prit d'abord pour la Dame Blanche, qu'on disait se montrer à tout Hohenzollern avant sa uiort.

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semble bien aveugle, quand on y réfléchit. La bonté du monarque n'était au fond que débonnaireté, et il est difficile à la postérité de louer l'étonnante infatuation, l'égoïsme tranquille, avec lesquels il avait toujours sacrifié son peuple à ses besoins de luxe ou de vanité. La servilité des contemporains est sa seule excuse. Sans doute il ne faut pas être injuste comme Ta été son petit-fils, qui s'est borné à flétrir sa " fausse grandeur » ; il faut reconnaître au contraire ses mérites, ses vertus privées, ses goûts délicats, son désir de bien faire qui s'est manifesté par certaines réformes, enfin le service éminent rendu à son pays en acquérant la couronne royale. Malgré tout, il demeure par sa faiblesse, par son attachement à des favoris souvent indignes, par sa vanité parfois ridicule, bien au-dessous de son père et de son fils. Entre eux deux, il apparaît médiocre et étriqué (c'est la juste épithète) , tant pour l'envergure de l'intelligence que pour celle de la personne physique.

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