PREMIÈRES RÉFORMES
lers, tombèrent à 55 000. " Le ménage » , écrivait Sophie de Hanovre, « cause une très grande réforme, dont ceux qui ont eu beaucoup se plaignent, et ceux qui ont eu peu rient " . Les fonctionnaires, moins mais régulièrement payés, prirent leur parti de la situation; Berlin et les environs s'en trouvèrent plus mal, et le produit de l'accise baissa, si bien qu'en mai 1713 Grumbkow osait conseiller au roi de tout rétablir sur l'ancien pied; mesure de réaction impossible, et qui ne fut pas tentée.
D'autre part, quelques réformes furent ébauchées, qui témoignaient de l'esprit nouveau.
Partout, la convocation des États provinciaux fut soumise à certaines conditions, soit pour le serment d'hommage, soit pour le vote des contributions : les États de Glèves-Mark ayant voulu reviser les demandes du roi, celui-ci interdit jusqu'à nouvel ordre ces assemblées « inutiles » et « onéreuses au pays» 3 mai 1714). Certains collèges de contrôle financier, qui dépendaient des Étals, se virent menacés par le progrès de la centralisation administrative, et les organes du gouvernement central furent eux-mêmes simplifiés : la Chambre aulique des finances (Hofkammer et la Cassette (Schatulle) furent fondues dans un Directoire général des finances, et Greutz fut avisé que les caisses publiques auraient toujours à prendre pour règle pro norma) de leurs décisions l'intérêt du roi, ainsi que le bien public mars 1713).
La justice était lente et coûteuse. Frédéric Guillaume ordonna, dès son retour de Wusterhausen, de rédiger un code civil général, de façon à faire rendre la justice à chacun, pauvre ou riche, grand ou petit, » rapidement, impartialement, avec des mains nettes» . Bartholdi s'étant borné à proposer quelques améliorations à la fin de mars 1713. le roi écrivit une lettre menaçante : un mois était déjà écoulé, et dans onze mois le code national ( LandrechtJ devait être prêt, car " la mauvaise justice crie contre le ciel et, si je n'y remédie, j'en serai responsable » . Le nombre des avocats et procureurs fut fortement diminué (d'un tiers environ dans
lUGMEiSTATIOIN DE L'ARMÉE 331
rannée), et une ordonnance du 21 juin 1713 stipula que les procès ne pourraient durer plus d'un an et un jour.
Deux choses surtout préoccupaient Frédéric Guillaume et furent immédiatement l'objet de ses soins : « l'armée et le ménage » , pour employer les termes de l'époque. L'économie la plus rigfoureuse fut introduite, je l'ai déjà montré; la production fut également encouragée par tous les moyens, et l'industrie des draps et lainages favorisée. Il fallait en effet se procurer les ressources nécessaires à l'entretien d'une armée nombreuse. Alors que l'Europe entière songeait à la paix, le roi de Prusse seul augmentait ses troupes; les envoyés étrang^ers signalent à l'envi le plaisir enfantin qu'il prenait à voir manœuvrer ses soldats, et son désir d'avoir au moins GO 000 hommes sur pied. Les officiers étaient d'ailleurs mis partout au premier rang : le Rangreglemeni du 21 avril 1713 inscrivait en tète le feld-maréchal général (à la place du grand chambellan supprimé) , puis les lieutenants-gouverneurs (StaithaherJ et les généraux; les conseillers secrets réels, les ministres, ne venaient qu'en sixième lieu; n'était-ce pas assez pour des civils !
L'armée, principal appui de la monarchie, était l'instrument nécessaire d'une politique extérieure ambitieuse : on crut que Frédéric Guillaume s'en servirait, et pendant les premiers mois de 1713, les diplomates étrangers écrivirent qu'il serait un dangereux voisin. Tout en concluant la paix avec la France, il gardait contre elle «une haine enracinée» , suivant le mot de Dolina ; résolu à rester fidèle à l'Empereur et à l'Empire, il se préparait à profiter de la situation critique des Suédois en Poméranie; il entendait d'ailleurs qu'on respectât partout ses droits, et allait faire occuper l'abbaye de Werden dans la région rhénane, pour mettre fin à d'anciens différends avec l'abbé (octobre 1713). Cette attitude résolue qui ne devait pas se maintenir, il est vrai, inquiéta d'abord les autres puissances.
Ainsi débutait le Roi Sergent, au milieu de la désolation et de l'inquiétude générales, et sans en tenir compte. S'il dési-