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II^DTILITE DE CE TRAITE

n'est pas bon impérialiste (gui Kaiserlich) est un coquin ! » Grumbkow, auquel 1 000 ducats de pension allaient être attribués, et le bouffon Gundling^, gag^né par le présent d'une médaille ornée de diamants, entretenaient cette ferveur loyaliste. Cependant le parti anglais ne désarmait pas : la reine traitait fort mal Seckendorf, lui tournant le dos en public, lui adressant des mots piquants, " presque intolérables » ; Ilgen réclamait la solution de l'affaire de Berg-Juliers, plus insoluble que jamais, malgré la mission d'un minisire impérial, le comte de Kinsky, à Amberg, Sulzbach et Mannheim. Le roi parlait de » couper des têtes » , si on l'avait trompé en le poussant à traiter avec l'Empereur (1). En mars 1727, en dépit de l'assurance donnée et réitérée que jamais l'armée prussienne ne serait employée contre l'Empereur ou l'Empire, Seckendorf trouva à Berlin des impressions moins satisfaisantes que lors de son précédent séjour : le roi s'opposait à une attaque des possessions hanovriennes, et Ilgen déclarait qu'en sa qualité de vieux serviteur de la Maison de Brandebourg, ayant un pied dans la tombe, il ne conseillerait pas à son maître de tirer l'épée contre son beau-père. En avril, le délai de six mois prévu à Wusterhausen étant écoulé, l'accord du 12 octobre 1726 n'avait plus de valeur.

La situation de l'Europe semblait critique à cette époque. Si le cardinal Eleury, successeur du duc de Bourbon en France, était un pacifique, l'attitude provoquante de l'Espagne et les visées ambitieuses de l'Empereur risquaient de déclencher une guerre avec l'Angleterre. La Suède accédait à la ligue de Hanovre, et le Danemark traitait avec la France, au moment où une rupture diplomatique se produisait entre Londres et Vienne (mars-avril 1727); par contre, Menchikow qui prenait à Saint-Pétersbourg les rênes du gouvernement, sous le jeune Pierre II, après la mort de Catherine P* (mai 17 27), songeait à intervenir énergiquement au dehors, d'accord avec l'Autriche. Frédéric Guillaume souffrit cruelle-

(i) Cf. A. E., Corr. de Prusse, t. LXXXIV.

416 CRAIISTES DE GUERRE (1727)

ment de cet état de choses. La lutte des deux factions qui divisaient sa cour et que Seckendorf comparait aux whig^s et aux tories, les intrigues de la reine pour les mariages anglais, les manœuvres des agents anglais et français d'une part, impériaux de l'autre, la crainte continuelle d'une conflagration européenne ou d'un rapprochement entre les alliés de Hanovre et l'Empereur, tout cela réuni lui fit passer dans les transes l'année 1727. Les mémoires de Wilhelmine, confirmés par les dépêches des ministres étrangers, en particulier par celles de Rottembourg, le représentent comme un malade, ayant perdu le sommeil et l'appétit, comme un frénétique, en proie à de terribles accès de colère; il était presque fou d'inquiétude.

Cependant la plupart des gouvernements désiraient le maintien de la paix, et tout devait finir par s'arranger. Le cardinal Fleury commença par arrêter les hostilités, déjà entamées du côté de Gibraltar, en faisant signer les préliminaires de Paris (31 mai 1727) : l'Empereur consentait à sacrifier momentanément sa Compagnie d'Ostende. Ce provisoire n'allait pas tarder à devenir définitif, grâce au congrès ouvert à Soissons l'année d'après, et aux réconciliations qui s'ensuivirent.

Le roi de Prusse, délivré de son plus gros souci, en voulut d'abord à l'Empereur de sa reculade ; Rottembourg l'entendit déclarer un jour à Seckendorf que son maître serait toute sa vie « Charles le barbouillé » . Il chercha, d'autre part, à renouer avecTAngleterre, où son beau-frère Georges II venaitde monter sur le trône (22 juin 1727; : malgré l'antipathie mutuelle des deux monarques, le projet des mariages fut très ' activement poussé. En même temps, les questions religieuses reprenaient une nouvelle acuité : le roi apprit avec stupeur que son représentant à Ratisbonne, le comte de Metternich, s'était converti au catholicisme sur son lit de mort (décembre 1727); il en fut très affecté, et se plaignit violemment de l'attitude des Impériaux qu'il accusait d'avoir circonvenu son ministre. Enfin, l'affaire de Berg-Juliers restait toujours pen-

ALLIANCE SAXONNE (1728) ♦If

dante. Une tentative d'accommodement avec l'électeur palatin avait échoué en 1727, comme autrefois en 1724, et Gliambrier expédiait de Paris à sa cour, au mois de décembre, une copie du traité du 26 août 1726 entre l'Empereur et le palatin, dévoilant ainsi la déloyauté de la cour de Vienne.

Il fallut toute l'habileté de Seckendorf pour triompher du ressentiment lég^itime du roi. Les circonstances l'y aidèrent, il est vrai. La chute de Menchikow en Russie, lors d'une réaction contre les réformes et la politique de Pierre le Grand, acheva l'isolement de la Prusse, que ses évolutions avaient rendue suspecte à la fois à Paris et à Vienne. Frédéric Guillaume permit alors à Ilgen de s'aboucher avec le comte Flemming et d'écouter les ouvertures de l'électeur de Saxe-roi de Pologne, désireux de se rapprocher de la Prusse (1) pour assurer éventuellement à son fils la couronne polonaise. Le 10 janvier 1728, un « traité d'amitié " unit les deux souverains, qui s'eng^agèrent notamment à empêcher de toutes leurs forces des troubles dans les deux cercles de Haute et Basse Saxe. On sait comment le traité fut corroboré par l'établissement de la plus cordiale intimité entre Frédéric Guillaume et Auguste II, qui se rendirent visite tour à tour à Dresde et à Berlin, au milieu de fêtes splendides (janvierfévrier et mai-juin 1728). Ce rapprochement fut peut-être le meilleur instrument et la principale cause d'un rapprochement austro-prussien.

L'Autriche, menacée d'abandon à la fois par l'Espagne qui se rapprochait de la France et de l'Angleterre, et par la Russie qui se désintéressait du Holstein et transportait sa capitale de Saint-Pétersbourg à Moscou, ne pouvait se priver de l'appui des deux rois de Prusse et de Pologne ; sans renoncer à prendre part au nouveau congrès, que Frédéric Guillaume qualifiait de « comédie » , elle multiplia à Berlin les démarches et même les concessions. Dans l'affaire de

(1) La question des enrôlements venait précisément de provoquer entre Prusse et Saxe un grave différend, pendant lequel le ministre saxon Suhm s'était enfui de Berlin.

418 RAPPROCHEMENT DE I/ACTRICHE

Mecklemboïirç, par exemple, si le due Charles Léopold Fut suspendu, ce qui déplut fort à Frédéric Guillamne» un « conservatoire i> fut organisé pour surveiller T administration du pays, et la Prusse y eut sa place à côté du Hanovre et de Wolfenbiittel (mai 1728) . D'un autre côté, desnég^ociatians actives furent engagées par Seckendorf, à partir du mois de mai, sur la question brûlante de Berg-Juliers. Un fait nowveau avait surgi : la prétention de l'Empereur, en tant que fils d'Éléono-re de Neubourg, d'être le seul héritier légitime de ces petits territoires. Le roi de Prusse avait déjà auparavant réduit ses demandes à celle du duché de Berg et de Ravenslein; Seckendorf fut autorisé à les lui promettre, sans la ville de Dusseldorf, la seule ville importante. La proposition était inacceptable : le duché de Berg sans Dusseldorf, n'était-ce pas tt l'invité sans son hôte » !

Seckendorf redoutait la conclusion des mariages angloprussiens ; il sollicita sa cour de renoncer à Dusseldorf, et ainsi fut fait. Frédéric Guillaume lui-même était pressé d'en finir et de conclure avec le chef de l'Empire une alliance durable. Plus il allait, plus il s'éloignait de son beau-frère Georges II. La mort d'ilgen (6 décembre) vint affaiblir le parti anglais, et donna la prépondérance au parti impérial. Quant à la France, depuis le départ de Bottembourg, en juillet 1727, elle avait pris le parti de « laisser réftéchir» Frédéric Guillaume, et n'entretenait plus à Berlin qu'un secrétaire, chargé de la correspondance ^ M. de Sauveterre. Bref, après de vives diseussions, tant sur l'équivalent dû à la Prusse, dans le cas où les tribunaux d'Empire lui refuseraient Berg et Ravenstein, que sur l'emploi éventuel par l'Empereur des troupes auxiliaires prussiennes en Hongrie ou en Italie, la résolution décisive fut prise. Le 23 décembre 1728, le traité de Berlin mit fin aux tergiversations qui, depuis sept ans» faisaient passer sans cesse la Prusse d'un camp dans l'autre. L'alliance impériale allait être, dix ans durant, le pivot de sa politique.

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