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INTRIGUES DE SECKENDORF

soldat ami d'un autre soldat. Dans sa correspondance avec le prince Eugène, publiée par Fœrster, il a insisté à diverses reprises sur la nature exceptionnelle de ses relations avec le roi, et sur la nécessité de connaître à fond « l'humeur » de celui-ci, pour le bien dirig^er : il importait surtout d'éviter sa première colère ; ensuite il était facile à ramener, lorsqu'il était de bonne humeur; il fallait d'ailleurs se tenir toujours à sa disposition, de 10 heures du matin à 1 1 ou 12 heures de la nuit, et mettre de son parti quelques officiers, plus influents grâce à leur intimité quotidienne avec le souverain, surtout à la tabagie, que tout le ministère muni des meilleurs raisonnements. C'est le système qu'il pratiqua durant ses séjours éprouvants à Berlin, coupés de temps de repos dans sa terre de Meuselwitz en Thuringe, lorsqu'il n'allait pas réparer ses forces par une cure à Teplitz.

Venu à Berlin en mai ] 726, il y avait constaté le désir du roi et de ses ministres de se rapprocher de l'Autriche (1) ; il revint en juin et juillet, et reçut dans ce second voyage des assurances réconfortantes. Le 28 juin, notamment, pendant une journée passée à la campagne chez le ministre Katsch, Frédéric Guillaume lai déclara que ses « habits bleus » étaient tous au service de l'Empereur, qu'il verrait avec plaisir celui-ci s'entendre avec la tsarine, et qu'il s'offrait comme troisième associé : on verrait alors qui oserait entreprendre quelque chose contre eux trois! Le 30 juin, Ilgen ayant rédigé un projet de traité, gênant pour 1 Autriche par certaines conditions rigoureuses, le roi écrivit en marge qu'il n'en demandait pas tant, qu'il voulait seulement satisfaction pour Berg-Juliers, ce qui était une « condition sine quanou)) . Après d'assez longues discussions, et une fugue à Vienne, Seckendorf revint en Brandebourgau début d'octobre. Le 10,

(1) Tout 1 annonijait du reste : Rottembourg avait averti sa cour, dès le mois de janvier que, sauf Ilgen et Knyphausen, tous les ministres étaient des ennemis de la France ; il signalait les colères du roi contre les Anglais, traités de « fripons » à tout bout de champ, et écrivait, le 28 juin, que Frédéric Guillaume s'abandonnait complètement aux Moscovites et aux Impériaux. Cf. A. E., Corr. (le Prusse, t. LXXVIIl et LXXIX.

414 TRAITÉ PE WUSTERHAUSEK (1726)

il se décourageait à ca.use de difficultés relatives à Berg- Juliers, mais le 12 tout était arrangé à Wusterhausen, avec Ilgen, Borck et Knyphauseii.

Le traité de Wusterhausen a été longtemps ignoré ; il est encore mal expliqué, même dans l'ouvrage de Droysen. C'était seulement une alliance conditionnelle. Par l'article V, en effet, Frédéric Guillaume promettait de reconnaître et de garantir la Pragmatique Sanction de l'Empereur, si dans un délai de six mois l'électeur palatin et son gendre, le duc de Sulzbach. consentaient à lui céder Berg et Ravenstein fil renonçait à Juliers ; dans le cas contraire, l'alliance devait tomber entièrement fin totumj. L'article YIII ajoutait que le traité ne serait pas ratifié avant la cession stipulée à l'article V. Ce n'était donc pas un changement définitif de politique, et l'accord était ruiné d'avance par la duplicité de Charles YI qui, le 20 août 1726, venait de promettre à F électeur palatin de le maintenir en possession des pays convoités par la Prusse (1).

Durant six mois, Frédéric Guillaume se crut à l'abri des complications européennes. Il n'avait pas renoncé à l'alliance française : il fit même remettre le 19 novembre 1726 aux ministres des puissances occidentales une déclaration portant qu'il n'avait rien conclu de contraire à ses engagements visà-vis d'elles. Il était en même temps l'allié de la Russie et de l'Autriche, qui se trouvaient solidement unies depuis le mois d'août (2j . En novembre-décembre 1726, Seckendorf reparut à la cour de Prusse et y fut accueilli en ami; sans doute, Frédéric Guillaume se plaignait d'être malmené par le Conseil auliqae « comme un principicule de Zipfel-Zerbst » (mot à mot d'un petit bout de Zcrbsl) ; mais dans l'ensemble il se montrait cordial. A un souper chez le général de Dœnhof, il but à la santé de Seckendorf, en s'écriant : -i Quiconque

(1) « Le roi de Pruîse », écrivait Morville à Rotleuiliourg, le 21 novembre 1726, « sera toujours ud allié embaiTassant et incommode, mais il ronendra quelqpe jour à ses premiers engagemenU « . Cf. A. E., Corr. de Pncsse, t. LXXXII.

(2) Par le traité de Vienne du Ô août i7£6.

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