LE TRAITÉ DU 23 DECEMBRE
alliance perpétuelle est établie entre l'Empereur et le roi de Prusse, sur la base du traité de novembre 1700 (art. I) ; les deux souverains se g^arantissent réciproquement toutes leurs possessions actuelles, ainsi que l'ordre de succession au trône, notamment pour l'Autriche l'ordre fixé par la Pragmatique Sanction de 1713; ils se promettent respectivement, à titre de secours éventuel, l'Empereur 12 000 hommes, le roi 10 000 art. Il); ils s'engagent d'ailleurs à « ne faire qu'un seul homme " ffiir einen Mann stehenj, en face des ennemis communs (art. XII . En dehors de ces clauses qui semblent charger à peu près également les contractants, mais qui en réalité favorisent particulièrement l'Autriche, il y a. des articles plus spéciaux : le roi de Prusse consent, par exemple, à donner sa voix dans le collège électoral, en cas de mort de l'Empereur, à son héritier mâle ou au prince qui épousera sa fille et héritière, à condition que celui-ci soit issu d'une vieille famille princière d'Allemagne; il maintiendra, en outre, la suprême autorité de l'Empereur dans l'Empire, avec ses droits de justice et ses autres réservais (articles secrétissimes I et III) . En revanche, l'Empereur se borne à céder au roi de Prusse ses droits sur le duché de Berg, y compris Dûsseldorf, et sur Ravenstein, tandis qu'il renonce, en faveur de la Maison de Sulzbach, si elle accepte le compromis, à ses droits sur Juliers (art. V-XI) ; l'accord doit demeurer soigneusement caché, afin de ne pas chagriner les membres de la Maison de Neubourg.
Frédéric Guillaume n'était qu'à demi satisfait : redoutant un mariage entre Marie Thérèse et l'infant don Carlos, il aurait désiré faire insérer une déclaration, le déliant de ses engagements si Charles VI choisissait pour gendre et héritier un Français, un Anglais, ou un Espagnol ; à l'instigation de Seckendorf, il se contenta d'une déclaration orale. D'autre part, il se pouvait que le Conseil aulique refusât, après examen, de reconnaître les droits de l'Empereur sur Berg- Juliers ; le roi avait demandé, dans ce cas, à être indemnisé par l'Empereur ex propriis; là encore il passa outre, entraîné
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par l'ascendant de Seckendorf. Il donna même une décharge formelle à ses ministres qui hésitaient à signer sans promesse d un équivalent. En dépit de ses arrière-pensées, il ne voulut voir d'abord que les avantages de la combinaison : étant donnés les liens qui unissaient Russie et Pologne aux signataires du traité de Berlin, l'alliance des quatre aigles du centre et du nord de l'Europe se trouvait réalisée; elle pouvait tenir tête à toutes les coalitions des puissances occidentales et méridionales, et 1 Empire était assuré de ne plus recevoir de lois de l'Angleterre ni de la France. C'est ainsi que Frédéric Guillaume envisageait les choses en décembre 1728; il l'a dit plus tard, dans un réquisitoire amer contre la cour de Vienne (la Species facii de 1736; (1), à un moment où, désabusé, il jugeait sévèrement l'œuvre de Seckendorf, et la politique impériale dont il continuait à être dupe.
La mort d'ilgen avait détruit l'équilibre des partis à Berlin. Le ministère de cabinet, qui venait d être organisé pour diriger les Alfaires étrangères, comprenait à côté de Knyphausen, gendre d'Ilgen et défenseur de ses idées, Adrien Bernard de Borck, que Wilhelmine et le kronprinz déclarent infiniment probe et capable (2) , mais qui était meilleur officier que diplomate et que tous les témoignages représentent comme un « impérialiste » déterminé. Lorsque Knyphausen fut disgracié en 1730, son successeur fut Henri de Pode^vils, gendre de GrumbkoAv. Le roi appela, de plus, au ministère en I73I Guillaume Henri de Thulemeier, un cousin d'Ilgen, fonctionnaire laborieux, qui ne tarda pas, quoique marié à une Hanovrienne, à s'attacher aux intérêts autrichiens. Dirigé dans la coulisse par Seckendorf, jusqu'en 1 734, puis par son neveu, et appuyé du crédit che Grumbkow, le parti impérial prit peu à peu le dessus, en dépit de la résistance acharnée de la reine ; il domina presque absolument la cour de Prusse jusqu'en 1738.
(1) Une des sources capitales pour la période de lalliance impériale.
(2) Fritz le dit, dans une lettre à Grumbkow du 23 juillet 1738, « le plus capable de nos jninisires aux cours étran{»ères, et l'esprit le mieux ployé pour les négociations » .