BROUILLE AVEC LE HANOVRE
Une brouille arec le Hanovre en 1729 et l'échec définitif des projets de mariage anglais, en 1729-173^0, y contribuèrent puissamment. Les affeires de Mecklembourg étaient déjà un sujet sérieux de différend, car Frédéric Guillaume s'indignait de Toir s« perpétuer l'occapation hanorrienne du duché. De nouveaux griefs, pins graves, surgirent au mois de juin 1729, p«u de temps après l'arrivée à Hanovre de Georges H qui, comme son père, se plaisait plus dans son électoral que dans son royaume. Des sous-officiers et soldats prussiens, qui passaient en territoire hanovrien, munis de passeports en règle, furent arrêtés, et l'on répon^Jit^aux plaintes de Frédéric Guillaume qu'on ne les relâcherait pas avant d'avoir obtenu la libération d'une dizaine de sujets hanovriens, enlevés auparavant par ses recruteurs. En outre, on prétendait de part et d'autre au foin d'une prairie, située sur la frontière coaaamune, et les Hanovriens, prenant les devants, vinrent alors couper la récolte qu'ils emportèrent. Une rupture parut imminente. Elle ne se produisit pas néanmoins. Le roi <le Prusse en comprit à temps les dangers et maîtrisa son ressentiment, « remportant sur lui-même » , a dit son fils, " une victoire plus belle que toutes celles qu'il eût pu remporter sur ses ennemis )' . Le 6 septembre, on convint d'un arbitrage, dont furent ensuite chargés les ducs de Saxe-Gotlia et de Wolfenbuttel.
L'accommodement était opportun. Jamais la paix de l'Europe n'avait semblé plus compromise, et la Prusse comme l'Autriche s'inquiétait à bon droit, tant du rapprochement de l'Espagne et des puissances occidentales par le traité de Séville (novembre 1729) , que de l'avènement d'Anna ïwanowna en Russie (février 1730) (l), et de l'attitude équivoque de la cour de Dresde, intriguant une fois de plus avec celle de Versailles. Pour montrer son dévouement à l'Empereur, Frédéric Guillaume consentit à se faire pour ainsi dire son agent auprès
{i^ L'inquiétude ive dnra pas dn côté de la Russie. L'aHianoe de 17^, déjà renouTelée «ous Pierre II en septembre 1729, le fut encore aisément sous la tsarine Anna, le 30 septembre 1730.
MISSION DU CHEVALIER HOTHiVM 423
d'Awguste le Fort, se rendant d'abord incognito à Dresde, otIi il s« donna h une peine inimaginable " (en février 1 730) , puis allant en mai-juin rejoindre le « patron » au camp de Mîihlberç et s'assurer de lui, au cours de revues et -de chasses, agrémentées de beuveries. C'était depuis 1728 l'habitude des deux princes de fraterniser ainsi : il en est resté d-e carieux témoignages, comme le tableau de Louis de Silvestre qui ies représente ensemble fFcri&rM^/-Mn^s6t7r/j), oia les statuts delà société des Anti-sobres, rédigés par Auguste !« Fort^ osn peut signaler aussi l'amusante convention signée par Grumbkow et Manleuffel à Dresde le 22 janvier 1729 en ymc de faciliter les entrevues de leurs maîtres et d'en bannir toute gêne.
Entre temps, le projet des mariages anglais était revenu sur l'eau, avant de sombrer complètement. Les éQux reines de Prusse et d'Angleterre avaient échangé des lettres à ce sujet, en décembre ] 729, et un nouvel envoyé anglais, le chevalier Hotham, était venu à la cour de Bei'Lin. On sait aujourd'hui que la mission avait pour bat de détacher le roi de l'Autriche, et que le projet de mariage intéressait fort peu Georges II. Frédéric Guillaume, de son côté, accueillait avec plaisir l'idée de marier sa fille aînée au prince de Galles, m.ais désirait ajourner le mariage du kronprinz, alors que la cour de Londres en faisait la condition de l'autre union ; il jugea même « impertinente » l'offre de donnera Fritz le gouvernement du Hanovre. Après des péripéties que les mémoires de Wilhelmine ont grossies et souvent dénaturées, il arriva ce qui devait arriver : la Intte des deux factions, anglaise et impériale, s'envenima. Hotham voulut profiter de lettres interceptées par son gouvernement pour renverser Grumbkow qui correspondait secrètement avec le ministre prussien à Londres, Reichenbach, tandis que Seckendorf, afin de parer le coup, mettait le roi en garde contre Knyphausen et les Anglais. Bref, le 10 juillet 1730, donnant à Hotham son audience de congé, le roi énervé et surexcité refusa de lire une lettre interceptée de Grumbkow, que lui présentait l'envoyé anglais, la jeta par terre avec rage, et sortit brusque-