REFORMES ADMINISTRATIVES
Le Conseil d'État secret avait été, sous les deux souverains précédents, le grand organe central de l'administration. Frédéric Guillaume témoigna peu de goût pour cette assemblée, trop nombreuse, trop indépendante aussi peut-être : il s'accommodait mal de discussions où les ministres semblaient sur un pied d'égalité avec lui, et qui pouvaient faire croire à un partage d autorité, si minime fût-il. Il ne cessa de restreindre les attributions du Conseil et le réduisit peu à peu à un rôle purement consultatif. Le serment des conseillers secrets r^éels, tel qu'il fut établi en 1713, présente un caractère général et vague : ils jurent de servir fidèlement la Maison royale, de défendre les intérêts de Sa Majesté et d'écarter tout ce qui pourrait lui nuire, de garder a jusque dans la tombe » le secret des délibérations, afin d'assurer à leurs collègues la liberté d'opinion, de n'accepter de personne au monde ni présents ni promesses, de révéler au roi toute tentative faite pour les corrompre. La formule, plutôt creuse, pourrait s'appliquer à n'importe quel fonctionnaire. En même temps, le roi diminua de plus en plus la fréquence des séances : il n'y en eut que deux par semaine à partir de 1714, plus qu'une après 1716 (le lundi) (1) . Lors de la pénible maladie de 1734, le kronprinz fut appelé à expédier la plupart des affaires du Conseil secret; on ne sait s'il vint alors aux séances, et il n'y assista probablement jamais quand il fut devenu roi.
Si Frédéric Guillaume n'alla pas si loin, il institua pourtant déjà en partie le gouvernement de cabinet, c'est-à-dire un gouvernement où le souverain, isolé dans son cabinet, tra-
(l) Cela s'applique uniquement au Conseil d'État secret, siégeant à Berlin, mais il ne faut pas oublier qu'il y avait toujours un certain nombre de conseillers secrets à Kœnigsberg, où ils formaient un « ministère d'État » pour la province de Prusse.