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LA MAXIME DU « PLUS

ronde : tel cet agent à 100 thalers d'appointements, qu'il oblige, au moment de sa nomination (en février 1735), à payer 500 thalers à la caisse des recrues. Deux administrations sont-elles fondues en une, il entend constater immédiatement un résultat palpable. Il défend aux receveurs fReiidanten) de faire des virements et opérations avec les fonds du trésor, et rappelle aux membres du Directoire général qu'il compte sur eux pour rendre ses caisses « formidables « (1727) ; il va jusqu'à leur refuser, en plein hiver de 1729, du bois de chauffage, leur conseillant plaisamment de faire « un feu doux ') dans leurs poêles! D'autre part, tout est légitime pour accroitre les revenus de TÉtat : un édit ne proclame-t-il pas, le 23 avril 1714, que les caisses royales doivent passer avant tout autre créancier, quel qu'il soit ! Obtenir une plusvalue, " faire un Plus » (Ein Plus machen), et cela d'une façon concrète, sans trompe-l'œil et « sans vent » , telle devient la maxime fondamentale de l'administration; c'est presque une obsession, et le roi exulte quand il reçoit pour la première fois en 1729 de beaux « louis d'or» , provenant de la province de Prusse; plus tard, après de mauvaises années, où il a craint de ne plus voir couler « le Pactole prussien » , il crie au miracle pour un Plus annoncé de nouveau (1734). Le kronprinz, faisant à Cûstrin son apprentissage économique entre deux spécialistes (von Hille et von Milnchow) qui doivent lui expliquer « en détail et à fond " combien il faut d'efforts pour gagner un thaler, s'inquiète d'un bail dont il est chargé pour V Amt de Rappin : " Je dois faire un Plus, et, si je sais comment, je veux être pendu » ; il prie donc Grumbkow de lui expédier un homme au courant. « Entre nous » , écrit-il ensuite, « ce ne sera jamais mon métier que les caméralités )^ ; il ne s'y applique que pour plaire au roi.

Celui-ci garde jusqu'au bout sa manie, qui semble s'aggraver avec les années. Il est à l'affût des inventions, et à la merci des inventeurs. Un des plus fameux, dont l'aventure semble une farce incroyable, est le « docteur des poêles » (Ofendocior) ou " conseiller des cheminées u fCatnùiraihJ

L'INVENTEDR ECKHART 487

Eckhart, « homme de la lie du peuple» , au dire de PœlIniLz. Originaire de Bernbourg^ sur la Saale, Eckhart avait commencé par élever des faisans et des volailles chez divers princes allemands (notamment à Bruniiwick et à Baireuth) ; puis il s'établit à Berlin avec un procédé de son invention pour empêcher les cheminées de fumer el obtenir un rendement supérieur au point de vue du chauffage. Le roi, en ayant entendu parler, le fit venir en 1 736 sur sa terre, récemment achetée, de Gossenblatt, et fut satisfait de ses services. Eckhart avait certainement des aptitudes spéciales; peut-être surpassait-il les fumistes de son temps, voire de tous les temps : Benekendorf a pu parler avec éloges, en 1787 encore, des cheminées bâties par lui. Mais ce n'était pas un génie universel, comme le crut trop aisément Frédéric Guillaume I". Ses procédés, appliqués àlabrasserie, ayant réussi, Eckhart fut nommé conseiller de guerre et des domaines (3 janvier 1737), et chargé de réaliser un Plus dans diverses industries. De 1737 à 1740, protégé et soutenu par le roi, qui alla même jusqu'à menacer de la roue les opposants, le « faiseur de Plus " opéra successivement dans les Marches, en Poméranie et en Prusse, maltraitant les fonctionnaires, exploitant les sujets, et rançonnant les villes, avec une hauteur de parvenu. Le résident saxon Manteuffel raconte en termes piquants, dans une relation de décembre 1738, les exploits de ce « nouveau favori financier, qui taille bien des croupières à tout le conseil du Grand Directoire « . Eckhart fut décoré de l'Ordre de la Générosité, et anobli, en 1738; dans ses armoiries, établies sur la proposition dePœllnilz, une cheminée d'argent et use fortune ailée symbolisaient son étrange carrière, à laquelle l'avènement de Frédéric II mit heureusement fin.

La situation financière en 1713 était mauvaise, « si mauvaise» , a dit le roi dans son Testament politique de 1722, tt qu'une banqueroute était imminente » . Les dépenses s'étaient dangereusement enflées; il fallait les réduire, en rayant les pensions inutiles et en diminuant les traite-

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ments. Les recettes avaient fléchi; il fallait les relever, en mettant de l'ordre dans l'administration, en tirant meilleur parti des domaines, en réformant les impôts. Frédéric Guillaume se rendit compte en quelques jours de Tceuvre à accomplir; il l'entreprit résolument, secondé par des ministres capables, les Creutz, les Kraut, les Waldbourg, les Katscb, les Goerne, et par une armée de commis laborieux, semblables à ce Manitius, qui fut, jusqu'à sa retraite en 1738, un de ses plus modestes à la fois et de ses plus utiles collaborateurs.

J'ai indiqué ci-dessus les efforts tentés pour réorganiser l'administration, et fondre les organes qui faisaient double emploi ou se nuisaient par leur rivalité : la création du Directoire Général en 1722-1723, aussitôt suivie de celle des Chambres de guerre et des domaines, est certainement la mesure capitale ; elle permet de faire triompher partout la maxime de l'ordre, de faciliter les prévisions de recettes et de dépenses et l'établissement du budget annuel. Les caisses continuent à rester divisées en caisses principales^ les unes pour les revenus de guerre (Ohersteuerkassen), les autres pour les revenus des domaines (Landrenteien), et en caisses secondaires (caisses des charges et des recrues, delà Maison du roi, des invalides, etc.) ; du moins, ces dernières sont-elles peu à peu réduites à des fonctions de perception, et tenues de verser leurs fonds dans les caisses générales. Une caisse extraordinaire de 250 000 thalers est pourtant instituée en juillet 1723 sous le receveur Albrecht ; elle est destinée à couvrir les frais des réparations, constructions ou indemnités, dans tout le royaume, sauf la province de Prusse à laquelle une somme spéciale est réservée. En même temps, des dispositions sont prises pour régulariser et simplifier la comptabilité : les articles 31 et 32 delà grande instruction de décembre 1722 fixent au mois de mars l'envoi au Directoire général des propositions des Chambres, aux approches de la Pentecôte la présentation du budget au roi, aux quatre mois qui suivent la Trinité la revision de tous les comptes. Vérifié minutieusement par les cinq ministres dirigeants du Directoire et par la

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Chambre des comptes, le budget ou état doit être absolument clair, précis, complet : aucun Minus (déficit), aucun Plus ne doit être passé sous silence. L'ancienne répartition en deux « états 1) généraux subsiste, celui des domaines, celui de la guerre (General Doniainen Etat, General Kriegs Etat); les chapitres particuliers, qui s'y ajoutent, n'ont que peu d'importance : tel le budget ou » état;' des Français réfugiés, que le roi ordonne, en décembre 1730, de rédiger désormais en allemand. Tout cela présente peut-être des difficultés et les ministres vont crier à l'impossible ; le roi les avertit qu'ils sont responsables sur leurs têtes et qu il leur faut se conformer à sa volonté " sans raisonner » .

Parmi les ressources du Trésor, la plus naturelle, semblet-il, dans un royaume où le souverain est encore le premier des grands propriétaires fonciers, c'est le produit des domaines. Nul n'en a mieux vu l'importance que Frédéric Guillaume 1". Après avoir, le 13 août 1713, proclamé l'inaliénabilité des domaines, il n'a cessé durant vingt-sept ans d'en augmenter l'étendue et le rendement. L'article 28 de l'instruction de 1722, qui traite spécialement de l'achat des domaines, enjoint de n'acquérir que des terres c considérables " , rapportant si possible 5 pour 100; il envisage l'achat annuel de deux ou trois domaines de 100 à 150 000 tha- 1ers au pays de Magdebourg, projet qui se précise dans l'ordre donné en février 1729 à la Chambre du duché d'arrondir tous les Aemier, de sorte que chacun rapporte au moins 5 000 thalers. On évalue couramment à 5 millions de thalers le total des sommes consacrées par le roi à ces acquisitions; c'est le chiffre donné par son fils. Un document de 1737 compte pour le royaume 330 Aemier, dont 86 pour la Prusse et 66 pour les Marches, formant un ensemble de 1 500 000 journaux ou 600 000 hectares.

Ces immenses propriétés souffraient encore en 1713 du système des fermages héréditaires, introduit quelque temps par le premier roi, et qui n'avait pas été supprimé partout. Frédéric Guillaume y mit bon ordre. En cinq ans, grâce à

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