LE « RETABLISSEMENT " DE LA PRUSSE
veiller soigneusement les noureaui sujets par ses chambres de guerre et des domaines, notamment celle de Gumbinnen, placée en 1736 sous la direction de Blumenthal. Des semences étaient fournies aux laboureurs, et tout, instruments, procédés agricoles, assolements, était organisé à l'allemande. Le prince d'Anhalt acheta dans le cercle d'Insterbourg de vastes domaines, à Bubainen, qui servirent de champ d'expériences, et devinrent étonnamment prospères : achetés 70 à 80 000 thalers, ils en rapportaient 36 000 en 1736. Les voyages d'inspection du roi et du kronprinz stimulaient les progrès , et certaines conférences, comme celle d'Oletzko en 1721, sont restées fameuses par leurs conséquences. Peut-être les résultats financiers immédiats furent-ils moins brillants qu'on ne l'a dit, mais le résultat économique d'avenir fut merveilleux : suivant l'expression de Pœllnitz, le roi » d'un désert avait fait imebelle provipi;^ » .
Après avoir vu les bons et les mauvais côtés de « l'économie » en Prusse, et déploré en 1735 « sa misère toute nue » (son (i agonie » , disait alors Blumenthal) , après avoir envisagé d'abord avec ennui les voyages « au pays des Gètes » , en compagnie d'un père incommode, le kronprinz écrivait à Voltaire, avec une sorte d'enthousiasme, qu'il regardait cette contrée « comme le no7i plus ultra du monde civilisé " . « C'est » , ajoutait-il, «■ une province peu connue de l'Europe, mais qui mériterait cependant de l'être davantage, à cause qu'elle peut être regardée comme une création du roi mon |)èrej) . Cette lettre du 27 juillet 1739 est une sorte d'hymne à la gloire du restaurateur de la Lithuanie, un des premiers textes qui montrent Fritz rendant justice au tenace et fécond travail de son père. «J'ai trouvé » , conclut-il, "je ne sais quoi d'héroïque dans la manière généreuse et laborieuse dont le roi s'y est pris pour rendre le désert habité, fertile et heureux » . Le kronprinz a forcé les termes, comme ceux qui ont fait de la vie des colons prussiens une vie idyllique, car tout était loin d'être facile ou parfait. Néanmoins le « rétablissement » de la Prusse, qui à partir de 1730 a été au premier