IMPOI\TA^'CE DE L'ARMÉE
Le roi, en effet, demeura fidèle aux habitudes du kronprinz; il s'entoura de militaires et porta presque uniquement l'uniforme (à partir de 1725 au moins); encore en 1733, il se levait à quatre heures du matin pour assister à l'exercice de son régiment. La parade à Berlin, Potsdam, ou Wusterhausen, fut toujours le moment le plus important de ses journées, et les ministres étrangers qui voulaient se faire bien venir, Seckendorf , La Ghétardie,Valory , ne manquaient pas de s'y montrer; ils y étaient aimablement reçus, et, portant presque tous l'épée comme leur royal hôte, pouvaient obtenir des faveurs ou des renseignements utiles, au cours de conversations sans gène, entre officiers, presque entre camarades, un peu comme à la tabagie. Les revues étaient les fêtes par excellence, et les visites des souverains amis, comme l'électeur de Saxe, roi de Pologne, donnaient lieu à des déploiements grandioses de troupes, en 1728, par exemple. La margrave de Baireutlî a décrit plus d'une de ces revues, insistant sur l'enthousiasme paternel qui se manifestait par quelque soûlerie avec ses généraux.
« Berlin » , dit une relation anonyme de 1723, «ressemble, non pas à une résidence, mais à une place-frontière où le fort des habitants consiste dans la garnison " . Les sujets du roi étaient considérés avant tout et traités comme des soldats ; quand le kronprinz tenta de fuir en 1730, c'est comme déserteur qu'il fut arrêté, jugé, menacé de mort ; il ne se réhabilita qu'en devenant le meilleur des colonels. C'est aussi de la sorte que le mari de Wilhelmine gagna le cœur de son beaupère. L'armée primait presque la nation, et les officiers planaient au-dessus des autres fonctionnaires : l'ordre des préséamces (RangordnufigJ du 21 avril 1713 n'assurait-il pas les trois premiers rangs au feld-maréchal général, aux gouverneurs fSiatthalter), et aux généraux, avant les conseillers secrets réels, c'est-à-dire avant les ministres! On comprend le mot de la Margrave sur la révolution opérée par son père, dès 1713 : « Ceux qui voulurent conserver les bonnes grâces du nouveau roi endossèrent le casque et la cuirasse; tout