VALEUR DE L'ARMÉE
dront-ils les fatigues de rudes campagnes, et les grands hommes, exclusivement de nouvelles recrues ou tirés de toutes sortes de nations de l'Europe, feront-ils aussi bien que les anciens, qui avaient pris part à mainte campagne et sont aujourd'hui licenciés, j'en doute fort... v II ne se lassait pas de critiquer un système qui ne s'attachait qu'à la taille des soldats, et le prince Eugène faisait chorus. Cependant, en dépit de ses manies et de cette minutie excessive qui veillait à tout, jusqu'aux boutons de guêtres, Frédéric Guillaume avait forgé vraiment un instrument de force redoutable. L'armée prussienne n'était pas seulement un objet de luxe, le jouet d'un souverain fantasque, et seuls des politiques à courtes vues pouvaient ne voir qu'un goût enfantin dans la « passion w du roi pour les manœuvres et les revues. Sans doute, les soldats n'étaient pas aguerris, Frédéric Guillaume ayant toute sa vie évité soigneusement une lutte qu'il jugeait prématurée, pleine de périls, surtout infructueuse : il a recommandé à son successeur de ne pas faire de guerre injuste; il tenait encore davantage à ne pas en faire une « pour des poires et des pommes » . Sans doute, les chefs étaient mal préparés à devenir de grands capitaines : « il y avait plus de braves gens que de gens de tête « . Malgré tout, l'œuvre accomplie était grandiose, et si le Roi-Sergent n'avait pu employer à des conquêtes ni ses millions ni ses soldats, il avait un fils qui rêvait de glorieuses actions, d'une guerre propre à « déraciner tout ce qui est efféminé » , et qui s'indignait de « l'engourdissement " de la diplomatie, en face des agissements de « l'impérieuse cour « d'Autriche. Grumbkow avait raison de prédire que les temps étaient proches où l'on ferait sentir aux Maisons de Bourbon et de Habsbourg n qu'on n'offense pas impunément une puissance comme celle du roi de Prusse » .