LE ROI ET SON HERITIER
pas été vaines : peut-être a-t-il oublié sur les bords du Rbin « d'avoir en tout temps présentes à l'esprit l'idée et la crainte de Dieu " ; il a du moins obéi à la recommandation d'observer le prince Eugène et d'étudier à fond le service; il a certainement médité et approuvé cet avis au prince royal : « Aucun détail ne lui semblera trop minutieux, dès qu'il s'agit du bien-être des soldats ». 11 a en lui l'étoffe d'un Frédéric Guillaume; il saura, comme son père, diriger la machine administrative et fortifier l'armée ; il aura en plus l'audace qui saisit les occasions. Grumbkow disait en 1734. : « Le bon Dieu n'a pas fait naître en vain un homme comme Yitellius (Frédéric Guillaume) , qui a trésorisé et armé pour rien. Il faut qu'il en vienne un qui l'emploie » . Quatre ans après, le baron de Seckendorf prévoit que le prince royal commencera son règne « par un coup d éclat » . Fritz n'y répugne pas ; il écrit à Voltaire, le 18 mai 1740 :
Ceint du laurier d'Horace ou ceint du diadème, Toujours d'un pas égal tu me verras marcher,
Sans me tourmenter, ni chercher Le repos souverain qu'au fond de mon cœur même,
et il se consolera aisément, au lendemain de son avènement, d'avoir projeté un petit ouvrage de métaphysique, qui s'est changé « en ouvrage de politique » .
Frédéric Guillaume lui laisse pour cela de beaux atouts : un royaume, encore très petit (120 230 kilomètres carrés), mais déjà centralisé ; un peuple encore peu nombreux (2 millions et demi de sujets, au plus), mais discipliné et laborieux; une bureaucratie sévèrement dressée à servir l'intérêt public, un trésor bien garni, une armée permanente de plus de 80 000 hommes. Certes, on doit rejeter les panégyriques d'un Fassmann ou d'un Morgenstern, voire les éloges excessifs d'un Léopold d'Anhalt qui juge sans pareil son royal ami; on ne peut oublier, comme le voudrait Schmoller, les côtés soit repoussants, soit ridicules, du personnage;