LES COLLABORATEURS DE DANCKELMAN
litique étrangère : on n'a pu prouver aucune des nombreuses accusations de corruption formulées contre lui, et dans la question du projet de royauté ses adversaires se sont ridiculement contredits, les uns l'accusant de s'y être opposé, ce qui est peut-être à moitié vrai, les autres de l'avoir soutenu, ce qui n'eût pas été pour déplaire à l'électeur. La longue liste des méfaits de Danckelman se réduit en fin de compte à peu de chose, surtout à des imprudences ou des maladresses. Christophe de Dohna, qui le détestait, s'est étonné des mesures de rig^ueur prises à son égard; il avoue en ignorer la raison. Le malheur est qu' divecV Obey-praesideni tombèrent ses meilleurs collaborateurs, et qu'il fut remplacé par un incapable. Les conséquences furent surtout fâcheuses au point de vue économique. Ému du triste état de ses finances, que Stille lui avait signalé, et qu'il imputait injustement à ses ministres, Frédéric III ordonna, dès décembre 1697, une enquête approfondie. Knvphausen et Kraut, d'abord membres de la commission d'enquête, ne tardèrent pas à en être chassés, et mis eux-mêmes sur la sellette. Knyphausen mourut au milieu du procès. Quant à Kraut, il s'en tira en versant 50 000 thalers et en signant un Revers, où il reconnaissait n'avoir pas toujours défendu les intérêts de lélecteur, comme il l'aurait dû ; gracié en 1699, il parvint ensuite à prouver son innocence et obtint de rentrer dans sa charge (1705). La disparition de Knyphausen et le renvoi, au moins momentané, de Kraut, nuisirent à l'administration des finances (1). La disgrâce de Raule ne nuisit pas moins au commerce extérieur : le directeur de la marine, accusé de s'être enrichi en se faisant concéder illégalement le monopole du commerce des bois à Havelberg, fat traité presque aussi durement que Danckelman. Enfermé à Spandau en décembre 1698, il y resta jusqu'en 1702, bien qu'on lui eût extorqué, à force de menaces, une sorte d'aveu de ses torts (avril 1699), et que l'électeur eût fait
(1) On doit signaler également la retraite, durant quelques mois, de Daniel Ludoff Danckelman, commissaire général de guerre, un des frères les plus capables du premier ministre.
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grâce; ses biens ayant été confisqués, notamment sa propriété de Rosenfelde (qui devint dès 1701 Friedrichsfekle) et sa maison du Werder, il alla se fixer à Hambourg^ en 1705 ; sans cesse malade, il y traîna jusqu'à sa mort (1707) une existence misérable, en dépit d'une pension de 1 000 thalers.
Un nouveau personnel s'installa alors aux affaires. Un gentilhomme polonais, Samuel de Chwalkowski, déjà vice-président de la Hofkammer, fut mis à la tête des finances, le général Barfuss eut la guerre et la police, Fuchs les affaires étrangères avec Ilgen. Plusieurs de ces hommes avaient de l'expérience et du mérite. Mais au-dessus de tous fut placé un favori, qui ne possédait aucun talent d'administrateur, et dont l'influence devait vicier les meilleurs choix.
Jean Casimir Kolbe, né à Metz en 1643, fils d'un noble exilé du Palatinat, avait d'abord été attaché au service de la princesse palatine de Simmern, tante de Frédéric, « de laquelle il était écuyer, et quelque chose de plus encore, si l'on en croit le journal amoureux d'Allemagne " . Venu à la cour du Grand Électeur, qui l'avait nommé conseiller, il avait plu au prince électoral, «principalement par sa manière de monter à cheval " (La Rosière) . Depuis l'avènement de Frédéric III, Kolbe était devenu successivement capitaine à Oranienbourg (1690), commandant du château de Berlin (1691), prévôt de la cathédrale d'Havelberg (1694), grand écuyer, puis grand chambellan (1696) , ce qui était la charge la plus considérable à la cour de Brandebourg, l'électeur étant archi-chambellan du Saint-Empire. Il ne pouvait guère être l'ennemi de Danckelman, qui Tavait protégé, mais il était son émule et fut poussé contre lui par sa femme qui prétendait disputer le pas à la femme de V Oberpraesident ; il employa donc son crédit à le renverser. Une fois parvenu au pouvoir, il chercha à le conserver par tous les moyens : au ministre sévère et morose, mais capable, succédait le favori obséquieux, prêt à tirer de sa situation le plus de profit possible, et cherchant dans la flatterie le point d'appui que l'autre trouvait dans sa supériorité d'homme d'État. Chargé
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en 1697 de l'inspection des maisons de plaisance électorales, nommé en 1698 directeur de V Économie, en 1699 capitaine de tous les Aemier de la cassette, en 1700 maître général des postes, il eut l'intelligence de se borner d'ordinaire aux affaires de la cour, et de laisser les autres, avec les responsabilités, aux ministres compétents (1). Comblé de biens par l'électeur, il fut fait par l'Empereur en 1699 comte de Wartenberg, et sa femme, une parvenue vulgaire, se trouva au premier rang dans l'entourage électoral. Au dire de Podewils, même les ennemis de Danckelman furent déçus, en constatant « qu'on n'avait point changé de bouteille, mais seulement de bouchon » . Le changement était pire en réalité. Frédéric avait prétendu d'abord être son premier ministre à lui-même, comme il le disait à l'ambassadeur français. Des Alleurs, en juin 1698 ; mais il manquait trop de volonté et d'esprit de suite pour tout diriger, et à l'influence dominante de Danckelman succéda celle de Wartenberg. Or, avec le premier, les grands intérêts de l'État passaient avant le reste, et le ministre, sans s'oublier lui-même, n'hésitait pas à combattre les projets ou les goûts du prince, lorsqu'il les jugeait dangereux. Avec le second, l'intérêt personnel du favori prima tout, les deniers publics furent mis au pillage, le désir du maître fit loi. Sans doute, durant les premières années, l'administration paruts'inspirer des mêmes principes qu'auparavant; déjà, cependant, certains faits graves se produisaient : l'extension des dépenses, surtout pour constructions, pensions et frais de représentation, et, comme conséquence, l'aggravation de la fiscalité. A court d'argent, on cherchait des expédients, on inventait de nouveaux impôts, tel cet impôt sur les carrosses et les perruques qui, introduit en 1698, fut en partie triplé en avril 1700. D'ailleurs les ministres relativement capables devaient peu à peu être écartés et remplacés par des créatures de Wartenberg. Le pire favoritisme allait sévir en Brandebourg durant plus de dix ans.
(1) Un rescrit du 9 avril 1700 le dispensa, par exemple, d'assister aux séances de la Hofhammer, à cause des fonctions plus iinpoitantes qui l'absorbaient.