‹ Histoire de PrusseChapitre 40 sur 410 · ENQUETE ET PROCES · texte numérisé non relu

ENQUETE ET PROCES

parodie malicieuse de la façon de parler de Danckelman.

Une fois le favori par terre, tout le monde s'éverlua à le piétiner; il passa bientôt pour criminel, et 1 électeur ordonna de faire son procès, après une vaste enquête dont il se réservait de publier les pièces. Le projet téraoig^ne d'une confiance abusive, car l'enquête allait prouver, moins la culpabilité de l'accusé que la méchanceté et l'ingralilude des accusateurs. Sur les seize mémoires, rédigées en janvier et février 1698 par des ministres ou des fonctionnaires, dont la plupart étaient les obligés de Danckelman, deux à peine sont impartiaux, celui du conseiller Rhetz, qui ose déclarer ne rien savoir, et celui de Creutz qui se borne à un blâme modéré ; les autres sont des réquisitoires, souvent à allure de pamphlets celui de Barfuss) , parfois avec des regrets hypocriles ceux de Fuchs et de Schwerin), tous destinés à noircir Tancien favori, en alléguant, faute de faits précis, les bruits qui courent. Vainement le prévenu réclame-t-il des éclaircissements ; on ne lui en fournit pas et, au bout de plusieurs semaines, quatre commissaires, dont deux sont ses ennemis personnels (Barfuss et Lottum),le soumettent à un long interrogatoire. Danckelman, embarrassé, gêné parl'oubli de certainsdétails, répond, d'une façon générale, par des dénégations. De Spandau, on le transfère à Peitz, au delà des solitudes du Spreewald (mars 1698j, et là seulement on lui communique lacté d'accusation en trente et un points; il rédige un mémoire justificatif et l'envoie en juillet, puis l'affaire reste en plan plus de trois ans. L'instruction passe de main en main ; les premiers commissaires sont remplacés par d'autres, sous la présidence du fiscal Mœller, auquel succède Duhram, qui procède à de nouveaux interrogatoires janvier 1702 . Tout cela pour conclure en septembre 1702 qu'il faut ordonner une nouvelle enquête, plus étendue, ou déclarer la peine purgée après quatre ans de prison, ou faire grâce.

L'électeur ne prend aucun de ces trois partis. Malgré l'insuffisance flagrante des pièces à conviction, malgré l'aveu de Duhram qu'on n'a pu arriver à des résultats sérieux, et une

INANITE DES ACCUSATIONS 57

invite manifeste à la miséricorde (1), il reste impitoyable. Il a fait confisquer, sans mandat légal, les biens et maisons de Danckelman; il a exclu son ancien ministre de l'amnistie, édictée en 1701 à l'occasion du couronnement royal; il refuse tout secours à sa femme et à ses enfants. En novembre 1707 enfin, lors de la naissance de son premier petit-fils, il consent à comprendre Danckelman dans une mesure de (jrâce, pêlemêle avec des criminels de droit commun. Le malheureux est autorisé à quitter Peitz, après avoir prêté le serment d'i///e^e, à condition de ne pas sortir de l'électorat et de rester au moins à deux milles (quinze kilomètres) de Berlin. Fixé à Cottbus, avec une pension de 1 000, puis 2 000 tlialers, il ne sera gracié pleinement que sous le règne suivant

Si l'on examine les accusations, sous le poids desquelles on a cherché à l'accabler, on est frappé de leur partialité, ou de leur faiblesse, voire de leur inanité. On peut les classer en trois grandes catégories, selon qu'elles concernent les défauts personnels du ministre, son administration intérieure, ou sa politique extérieure. Le premier groupe contient peut-être les griefs les plus solides : l'arrogance de Danckelman, son esprit dominateur, ses calculs intéressés pour lui etlessiens, étaient assez évidents, mais à qui la faute sinon au maître qui a^ait tout permis, lorsqu'il n'avait pas encouragé? D'ailleurs on exagérait beaucoup : Barfuss, par exemple, pour prouver l'insolente ambition du favori, prétendait qu'en contresignant les actes il avait peu à peu placé plus haut son paraphe, jusqu'à toucher celui de l'électeur! La plupart des reproches relatifs à l'administration intérieure ne tiennent pas debout : tels celui d'avoir entravé le cours de la justice, en couvrant indûment son frère Guillaume Henri, chancelier de MinJen, impliqué dans une affaire de fausse monnaie, celui d'avoir mis le désordredans certaines caisses financières, celui d'avoir commis des irrégularités dans l'exploitation ou la concession de divers monopoles industriels. Il en est de même de sa po-

(1) Duhram s'excuse de sa franchise en vantant la justice de son seigneur qui est " comme un ange de Dieu » , et " peut entendre !e bon et le mauvais » .

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