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DIFFICULTES DE LA SITUATION

ment davantag^e, avec sa faiblesse et son indécision. Sur ce terrain, d'ailleurs, il se trouva sans cesse entravé. On a fort bien dit qu'avant 1700 il avait toujours été dans la dépendance de l'Empereur, tenu d'abord par un engagement antérieur qui était une faute en même temps qu'une méchante action, le Revers de 1686 (I), puis par une faveur en expectative, la permission sollicitée de se faire roi. Sans doute, grâce à Danckelman en partie, l'orientation adoptée par le Grand Électeur dans ses dernières années fut maintenue, mais la nécessité d'être prudent, des mécomptes du côté de Vienne, des ambitions territoriales qui ne pouvaient se satisfaire qu'aux dépens de la Suède, furent des pierres d'achoppement; de là quelque incohérence dans la pratique, en dépit du principe d'hostilité contre la France, qui fut dès le début, quoi qu'on en ait dit, un des traits dominants du système, et semblait garantir une ligne de conduite ferme. Doit-on pour cek condamner absolument l'électeur, comme l'a fait récemment un historien allemand, et stigmatiser ses inconséquences? Plus d'indulgence paraît de mise à qui mesure toutes les difficultés de la situation. Uni étroitement au prince d'Orange dans l'été de 1688, et lié à l'Empereur par des pactes anciens, publics et secrets, Frédéric avait par cela seul à craindre une attaque de la France ; en relations cordiales avec le roi de Danemark, son cousin, il n'en entretenait que de correctes avec le roi de Suède qui possédait la Poméranie antérieure et intriguait en Holstein ; il se défiait de la Pologne avec laquelle ses sujets prussiens nouaient des intrigues suspectes ; il ne pouvait guère utiliser la vague amitié des Russes. Le secrétaire Jean Reyer Gzaplitz, envoyé à Moscou, y obtint eo janvier 1680 une série de déclarations qui équivalaient à peu près à «n traité d'amitié et de commerce, mais on refusa de le laisser s'installer comme résident dans la vieille capitale, pr^que fermée encore aux oeciden-

(i) Par lequel il avait promis secrètement de restituer dès son avènement le cercle de Schwiebus, cède' alors à son père par l'Autriche, en échange de prétentions bien plus considérables en Siiésie.

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taux. En outre, s'il avait résolu de donner à sa politique une couleur relig^ieuse, protestante, il lui était impossible de ne pas voir dans l'Empereur catholique un chef aug^usle, et dans la Suède luthérienne un obstacle à ses accroissements naturels. Il prétendait à la fois marcher d'accord avec l'Autriche et se soustraire à l'obligation de lui restituer Schwiebus. Il considérait les Français et les Polonais comme des ennemis, ou du moins des voisins dangereux, tout en sentant le besoin de les ménager plus ou moins. Autant de conditions contradictoires et de problèmes insolubles! Il convient d'en tenir compte à Frédéric avant une sentence trop sévère, et de se demander si ses allures embarrassées, et même l'incohérence de sa politique, n'étaient pas quasi fatales.

Les premières années virent s'éclaircir l'horizon et se dissiper quelques nuages. Ainsi l'attitude du Brandebourg dans le grand conflit occidental se précisa peu à peu. C'est à la fin de septembre 1688 que Louis XIV, désireux de prévenir ses ennemis et se trompant d'objectif, donna l'ordre d'envahir le territoire de l'Empire germanique; dans les trois mois suivants, ses troupes s'emparèrent aisément de la rive gauche du Rhin, mais en soulevant les vieilles haines allemandes, sans arrêter le principal ennemi de la France Guillaume d'Orange profita de l'erreur du Roi Très-Chrétien comme de l'aveuglement du roi de Grande-Bretagne, et, traversant la Manche dès que les vents « papistes » cessèrent de souffler, alla en novembre-décembre renverser son beau-père, Jacques II. Au milieu de ces événements, dont le résultat final éliit difficile à prévoir, l'électeur agit avec plus de duplicité que de vigueur. 11 serait puéril de le lui reprocher : l'Empereur était absorbé par la guerre turque, au sud de la Hon" grie; l'Empire n'avait d'armée que sur le papier; le roi de Pologne, Sobieski, aigri par le mariage Radziwill, avait peine à n'y voir, comme l'y exhortait Alexandre de Dohna, qu'une action » imputable à la faiblesse du sexe » ; il prétait l'oreille aux suggestions de l'ambassadeur français, qui le pressait d'attaquer le duché de Prusse; la France enfin pouvait ruiner

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les possessions occidentales du Brandebourg, duché de Clèves et comté de Mark. Sans avoir la moindre velléité de s'entendre avec Louis XIV, Frédéric jugea indispensable de ne pas précipiter la rupture : tout en chargeant Grumbkow de remettre aux États Généraux les 6 000 auxiliaires promis à son cousin Guillaume III, et en se concertant avec les membres du cercle de Westphalie pour garnir Cologne de défenseurs, il enjoignit à Spanheim d'écarter les soupçons à Paris, et parut disposé à écouter les propositions du nouvel envoyé français à Berlin, Gravel de Marly. Son importance était telle qu'on lui offrait des subsides pour sa seule neutralité, qu'on le leurrait d'espérances d'agrandissement en Silésie, qu'on allait même jusqu'à lui permettre de fournir éventuellement son contingent à l'armée des cercles; c'est ce qu'il appelait un jour lui donner « carte blanche " (1) .

Cependant il avait pris parti pour Joseph Clément de Bavière, reconnu archevêque-électeur de Cologne par le pape, contre le candidat français, Guillaume de Furstenberg, illégalement élu par la majorité du chapitre ; il refusait de rappeler les troupes, destinées à couvrir les Provinces-Unies durant l'expédition d'Angleterre, qu'elles facilitaient ainsi sans y participer ; il multipliait les témoignages de dévouement à l'égard de Guillaume d'Orange, lui envoyant successivement le comte d'Espense en novembre 1688, Alexandre de Spaen et Wolfgang de Schmettau en janvier et février 1689, afin de resserrer « cette bonne et étroite amitié » qui était « un des meilleurs et des plus solides fondemens du bien de la religion et de toute la cause commune » (2) ; il cherchait à grouper, pour repousser l'invasion des territoires de l'Empire, un petit nombre de princes, aussi résolus que lui. Gravel le vit se rendre à Magdebourg et conclure un accord secret avec l'électeur Jean Georges III de Saxe, le duc Ernest

(1) Cf. A. B., Euijlaud, R XI, n 73, conv. 12. Instructions à Thomas Ernest Danckelinan, 20 janvier 1690.

(2) Ibid., n 73-75, conv. 10, Instructions en français à d'Espense, 27 novembre 1688.

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