MESURES CONTRE LA FRANCE
Auguste de Hanovre et le landgrave Charles de Hesse (22 octobre 1688) : un corps d'armée, dont l'effectif pouvait s'élever à 22 000 hommes, devait être immédiatement rassemblé sur le Rhin moyen, près de la vallée de la Lahn.
On disait la mesure défensive, mais elle était évidemment prise contre la France. Gravel entendit d'ailleurs l'électeur, cachant mal son jeu, parler du roi de façon peu amicale, et s'écrier en pleine table « qu'il ne restait plus d'autre sûreté aux princes de l'Empire, que celle qu'ils trouveraient à la pointe de leurs épées » . Dès lors il semblait que le sort en fût jeté. Si des deux côtés on s'obstina à négocier encore, c'est que Louis XIV tenait à tenter l'impossible pour ramener Frédéric et que celui-ci ne demandait qu'à gagner du temps : il continua les pourparlers sans ralentir ses préparatifs de guerre, s'abouchant à Clèves avec VValdeck, puis se rendante La Haye (décembre 1688). Même après avoir rappelé Spanheim de Paris et avoir reçu les adieux de Gravel (à Minden, en janvier 1689), il chercha à ajourner la rupture complète, mais il eut soin d'avertir les Hollandais de ne pas prendre ombrage « des innocentes négociations » que conduisait pour lui en février le ministre danois à Paris. Ce n'était plus qu'un trompe-l'œil. Les opérations militaires étaient commencées : Schœning, en dépit de ses inclinations secrètes, était forcé de passer le Rhin et d'attaquer Sourdis qu'il battait à Uerdingen (1), presque malgré lui (mars 1689). Au lendemain du succès de la Révolution anglaise et de l'avènement de Guillaume III, le temps des ménagements était passé (2) : l'électeur pouvait, sans trop d'imprudence, jeter le masque, et laisser éclater ses sentiments anti-français qu'il avait jusque-là cherché à dissimuler (3).
Les campagnes de 1689 et 1690 sur le Rhin furent néan-
(1) Ou Ordingen.
(2) C'est alors que Frédéric envoya proposer une étroite alliance contre la France aus deux électeurs de Bavière et de Cologne, par Sylvestre Jacques Danckeiman. Cf. A. B., Baiern, R. XI, n 33, conv. 5.
(3) Les ambassadeurs vénitiens, Cornaro et Venier, en 1690-1692, insistent sur ces dispositions qui ne leur avaient pas échappé.