LA JEUNESSE DE FREDERIC III
des bras de sa gouvernante hollandaise) provoqua une déformation de la colonne vertébrale. Comme il avait, en outre, les pieds de travers, sa mère et sa grand'mère, Amélie d'Orange, surveillèrent particulièrement sa croissance, et on le soumit à des traitements pénibles et prolongés. De 1666 à 1676, il reçut les soins de nrédecins, ou même d'empiriques, en Hollande, à Cassel, à Clèves; après avoir porté un corset et divers appareils orthopédiques, il parvint, grâce aux soins d'un docteur brabançon, nommé Fay, à se fortifier et à se redresser presque complètement : en 1676, il semblait guéri. Les traces de son accident ne disparurent pas entièrement et il conserva toujours une nodosité près de la nuque, mais la perruque qu'il adopta, comme son père, à l'exemple de Louis XIV, dissimula cette légère infirmité.
Peut-être la fragilité de sa santé influa-t-elle de bonne heure sur ses goûts. Toujours est-il qu'il se montra, tout jeune encore, studieux et appliqué, faisant contraste avec son frère aîné, Charles Emile, qui ne se plaisait qu'aux exercices physiques. Sous la haute direction de quelques dames de la coui", puis de V Oherpraesideiu Schwerin, chargé à partir de 1665 de surveiller son éducation en même temps que celle de Charles Emile, le petit « Fritz » reçut les leçons du précepteur Stephani et du licencié en droit Eberhard Danckelman, dont il devait faire un jour son confident le plus intime. L'étude des langues parait avoir fait le fond de son instruction : à côté de l'allemand, du latin et du français, il apj)rit le hollandais, et probablement le polonais, idiome indispensable alors aux Hohenzollern. On a conservé maint brouillon et maint cahier du prince, auquel l'électeur en personne faisait passer un examen chaque année, sur des matièresfixées d'avance, il est vrai, ce qui enlevaità l'épreuve, avec l'imprévu, sa principale valeur. Les minutes des lettres écrites à ses parents ne prouvent pas non plus grand'chose, du moins pour sa précocité, car jusqu'en 1667 elles sont de la main de son gouverneur, Schwerin. Quoi qu'il en soit, l'enfant faisait honneur à ses maîtres, qui parfois le rudoyé-
6 ÉDUGATIOIS Eï PREMIER MARIAGE
rent bien inutilement, car il était, comme disait sa mère, « de bon naturel et timide » .
Outre le bagage littéraire et scientifique, assez médiocre, qu'il était d usage de posséder à cette époque, il acquit la connaissance du dessin et de la musique, cultiva la danse et Téquitatio-n, se rendit habile à chasser à tir et à courre. Devenu prince électoral (Kurprinz; en 1674, par la mort de son aîné, il fut deux ans après déclai-é majeur. L'électeur l'initia ensuite aux affaires, l'introduisant d'abord au conseil secret, le nommant en 1681 gouverneur des pays de Glèves- Mark, l'autorisant enfin depuis 1684 à signer les actes les plus importants. Il ne faut cependant pas s'exagérer la part du prince dans le gouvernement. Jamais il n'exerça effectivement les fonctions de Statihalter sur le Rhin, et de pénibles incidents faillirent un moment ruiner la confiance de son père.
J'ai déjà raconté le fait, que la médisance des contemporains a grossi outre mesure (1). Il avait eu le malheur de perdre sa mère à dix ans, et se trouva, après le second mariage de Frédéric Guillaume, en face d'une belle-mère, l'électrice Dorothée, que son àpreté au gain et sa jalousie lui rendirent naturellement peu sympathique ; on sait aujourd'hui que Dorothée n'a pas été une marâtre, mais le désir d'assurer le sort de ses propres enfants léloignait de ses beaux-fils. La mort du margrave Louis en 1687 ayant donné lieu à des bruits d'empoisonnement, Frédéric se crut ou affecta de se croire menacé : il alla même jusqu'à s'enfuir à Hanovre et à Cassel ; quand il en revint, au bout de plusieurs mois, ce fut pour se tenir à l'écart jusqu'à la mort de son père. Son mariage avec une princesse de Brunswick avait d ailleurs peu satisfait l'électeur, prévenu contre les Welfs.
Ce mariage n'était pas le premier. Dès 1679, le prince électoral avait épousé sa cousine germaine, Elisabeth Henriette de Hesse-Gassel, pour laquelle il avait, dit-on, conçu une vive passion depuis l'âge de huit ans. La jeune femme,
. (1) Cf. I, 421.