LE SECOND MARIAGE
dont un portrait au château de Berlin représente les robustes appâts, était, malgré des traits fins et de beaux cheveux noirs, plus piquante que jolie. Elle avait, lors de ses fiançailles en 1676, quitté le luthéranisme pour la doctrine réformée; elle aima tendrement son mari et fut payée de retour. Une fille, Louise Dorothée Sophie, naquit en 1680 de cette union que la maladie vint prématurément briser trois ans après : la princesse de Hesse succomba à la petite vérole (7 juillet 1 683) . Frédéric fut désolé, mais il était habitué à s'incliner devant rinévitable. Dès l'année suivante, il consentit à se remarier. Ce fut avec Sophie Charlotte de Hanovre, adorable jeune fille qui n'avait pas seize ans, mais que sa beauté et ses talents rendaient merveilleusement apte à servir les vues ambitieuses d'un père et d'une mère également intéressés (1). Comme celle qui l'avait précédée, elle adopta la religion de son époux, et, comblée de présents par lui, parée de robes à la dernière mode de Paris, que l'abbé Balati avait commandées sur les instructions de sa mère, elle émigra en octobre 1684 à Berlin, prête à y défendre les intérêts des siens et à tenir sous le charme sa nouvelle famille. Quoiqu'elle n'aimât guère les baisers ni les caresses, au dire de sa marraine, Elisabeth Charlotte d'Orléans, elle se montra dévouée au prince électoral et le soigna admirablement durant une maladie en 1686 ; pourtant elle ne réussit pas à gagner le cœur de ses beaux-parents. Frédéric Guillaume se permit même d'injurieuses plaisanteries au sujet d'une grossesse en 1687. Aussi, lors de la brouille entre le père et le fils, Sophie Charlotte ne chercha-t-elle pas à s'entremettre ; elle n'accepta ensuite la réconciliation que du bout des lèvres, et, au lendemain de la mort de son beau-père, elle accueillit sans en être choquée les malignes épigrammes de la duchesse Sophie sur le défunt et sa veuve ; elle aussi peut-être pensa qu'on ne pouvait trop honorer celui qui leur avait fait, suivant le mot du ministre hanovrien, Grote, « le plaisir de mourir » .
(1) Ernest Aujuste de Hanovre et la duchesse Sophie, si célèbre par son esprit mordant et pratique à la fois.