L'ACQUISITION DE LA ROYAUTÉ
Le projet de devenir roi a été « le nœud de la politique de Frédéric III » . Cette parole du Grand Frédéric est digne delà perspicacité du roi historien, et la postérité ne peut que la ratifier. Si, en effet, le projet n'est pas né au lendemain de l'avènement, il n'a guère tardé à poindre dans l'esprit d'un prince orgueilleux, qui entendait aller de pair avec les plus grands monarques, et dont la Susceptibilité était presque maladive. Frédéric III souffrait des mille piqûres d'épingle faites à son amour-propre par l'étiquette du temps; il eut de bonne heure l'idée d'y mettre fin de la seule manière possible. Ainsi l'acquisition de la couronne royale fut au début " l'ouvrage de la vanité » . Au service de son désir il mit, durant plus de sept ans, toutes ses ressources, toute la force de son armée, toute l'ingéniosité de sa diplomatie. Le but atteint, il dépensa le même effort à faire reconnaître par toutes les puissances sa nouvelle dignité; il y subordonna le reste, y travaillant sans relâche jusqu'à sa mort, c'est-à-dire durant douze années. Quand il mourut, il y était parvenu ou peu s'en fallait. L'œuvre de la vanité se trouva être alors « un chef-d'œuvre de politique " . Il ne saurait être indijférent de connaître les origines et le développem.ent, les causes et les conséquences d'un pareil événement. Élucider ce problème, c'est expliquer tout un règne, donner la cler d'une politique, confirmer ou reviser un verdict qui pèclie en général par excès de sévérité.