OPPOSITION DU SAINÏ-SIEGE
et le pape. Comme les villes impériales s'étaient empressées de féliciter le roi de Prusse, celui-ci se vit, dès les deux ou trois premières années du dix-huitième siècle, reconnu par tout l'Empire, sauf par les électeurs de Cologne et de Bavière, et par le g^rand maitre de l'Ordre Teutonique. Les protestations de ce dernier, renouvelées périodiquement jusqu'à la dissolution de l'Ordre par Napoléon I", n'étaient, il est vrai, de nature à génev ni Frédéric 1", ni ses successeurs.
Le Saint-Siège combattit violemment la nouvelle royauté. Innocent XII n'avait pas marchandé les avances au Brandebourg: pourtant le 16 avril 1701, son successeur Clément XI publia un bref, conçu en termes fort vifs, contre l'accaparement de la dignité royale par un « acatholique » ; puis il chercha à ameuter contre Frédéric les souverains européens. On a dans ces dernières années accumulé les hypothèses pour expliquer ce revirement. Le pape avait-il pensé que jamais l'Empereur n'approuverait le désir de l'électeur? Avait-il espéré vraiment une conversion? Fut-il retourné par l'intervention de la France? Sa protestation fut- elle seulement de pure forme? Autant de conjectures qui, sauf la dernière, me paraissent également défendables, qui d'ailleurs ne s'excluent pas nécessairement. Les travaux de Stettiner et de Friedensburg ont mis en évidence le travail de la diplomatie française à Rome. Il n'en reste pas moins probable que la colère du pape en 1701 tint surtout à sa déception : on lui avait fait espérer de divers côtés, et très nettement, la conversion de Frédéric au catholicisme ; il se crut joué quand il se rendit compte de sa méprise.
Le plus surprenant, c'est de voir ceux qui avaient le plus contribué aux illusions du Saint-Siège, continuer même après la brouille leurs tentatives de propagande. Zaluski se borna à rester en bons termes avec le roi, afin d'obtenir pour les Prussiens catholiques toutes les facilités possibles. Mais le P. Wolf et le P. Vota n'abandonnèrent pas leurs idées de prosélytisme. Le premier entreprit un voyage à Berlin, au milieu de 1701, dans l'espoir d'arranger un mariage entre le