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CRAINTES LÉGITIMES DES POLONAIS

argent et promesses, les diétines, assemblées préparatoires à la diète, protestèrent presque toutes contre l'acte du 18 janvier, et si la diète, réunie à Varsovie le 30 mai, fut congédiée le 18 juin sans avoir rien fait, ce n'était que partie remise. Une nouvelle diète devait en effet se réunir en décembre. Dans l'intervalle, Frédéric continua à distribuer de l'argent aux grands et à faire chapitrer Auguste II, que les attaques de Charles XII mettaient en grand péril; il organisa en outre, par les soins d'Hoverbeck et du P. Vota, toute une campagne de pamphlets. Malgré ces efforts, la diète de décembre était très mal disposée, et elle aurait certainement protesté contre la royauté prussienne, si elle n'avait été, comme la précédente, dissoute par ordre du roi au bout de quelques jours. La question fut encore agitée au Sénat en février 1702, sans être résolue, et les complications politiques, où la Pologne se trouva engagée durant les années suivantes, ne permirent pas d'aboutir. Ni Frédéric 1", ni même son fils Frédéric Guillaume ne virent un accommodement définitif. Ce fut seulement en juin 1764 qu'une diète, tenue sous la pression des baïonnettes russes, reconnut solennellement la dignité du roi de Prusse, moyennant la promesse de celui-ci qu'il n'apporterait pas « la moindre atteinte aux frontières, aux terrains, aux possessions de la République » . Le bon billet à la veille du premier partage de la Pologne ! Le seul rapprochement de ces deux faits, la reconnaissance de la royauté prussienne et le démembrement de la Pologne, prouve combien étaient légitimes les appréhensions des Polonais, en voyant se fonder au milieu de leurs provinces un nouveau royaume.

Dans l'Empire, les négociations furent assez laborieuses, et si Frédéric I" fut reconnu de bonne heure par la majorité des Etats, il y eut des résistances qui ne fléchirent pas de son vivant.

Après avoir négocié quelque temps en vain à Ratisbonne, où l'ambassadeur français, Rousseau de Chamoy, montait igs esprits contre lui, il ordonna à ses envoyés de ne plus presser les choses à la Diète. Il dispersa alors ses efforts dans toute

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rAllemagne, pour ga^^uei' chaque Etat en particulier. Les questions d'étiquette, de « titulature » comme on disait, primaient le reste : les électeurs ecclésiastiques demandaient VLininince, les laïques la Séréjùic, et beaucoup de princes refusaient de traiter le nouveau roi de Majesté, sans y ajouter le prédicat de Dilectfon . Frédéric se débrouilla avec une étonnante sûreté au milieu de ces prétentions suscitées par la vanité. Il avait déclaré dès le mois de mars 1701 qu'il n'accorderait jamais V Éminence aux électeurs ecclésiastiques ; il tint parole. En revanche, il consentit à payer 10 000 florins et à donner le titre de « Dig^nité électorale » (Kurfurstliche Wûrdc) à l'électeur de Mayence, qui, à cause de sa charge d'archi-chancelier d'Empire, était le plus important à gagner : de lui dépendait l'adoption dans la chancellerie impériale des nouveaux titres du roi de Prusse. Dès décembre 1701, la chambre d'Empire de Wetzlar reconnut le prédicat de Majesté; le traité définitif avec Mayence ne fut pourtant signé qu'en septembre 1703, à Vienne, en même temps qu'avec Trêves. L'électeur de Cologne, allié à la France dans la guerre de succession d'Espagne, rompit toute relation avec la cour de Berlin ; il ne devait reconnaître la royauté prussienne qu'après la mort de Frédéric I" (14 octobre 1714).

Parmi les électeurs laïques, seul Max Emmanuel de Bavière, d'ailleurs frère de Joseph Clément de Cologne et allié de Louis XIV, repoussa les avances du roi de Prusse; il n'admit son titre royal qu'en juillet 1714. Les autres s'étaient empressés de le faire, notamment l'électeur palatin, Jean Guillaume, qui conclut en même temps une alliance défensive (Oranienbourg, 23 mars 1701).

Avec les princes de l'Empire, la négociation fut rapidement menée à bon terme, à quelques exceptions près. Les princes laïques s'exécutèrent tous dans la première moitié de 1701, sauf le duc de Gottorp, beau-frère du roi de Suède. Certains princes ecclésiastiques, comme l'archevêque de Salzbourg, traînèrent les choses en longueur sous divers prétextes, mais ce fut tout ce qu'ils purent faire pour la France II. 9

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