‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873 (volume 2)Chapitre 1 sur 18 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La République. L'entrevue de Ferrières.

Le parti républicain, maître des villes et p;êt poul* Taction, était seul capable, le 4 septembre^ de se substituer à l'empire et d'improviser un gouvernement. Les républicains, par la nature de leurs idées et pal* suite des persécutions qu'ils avaient subies, étaient les ennemis irréconciliables de Tempire; aussi, depuis plusieurs années, travaillaient-ils ouvertement à sa chute. Le parti républicain dans son ensemble comprenait des éléments très-distincts. C'étaient les nuances les plus modérées qui avaient pris la direction du parli, lorsqu'il s*était reconstitué après le coup d'Etat du 2 décembre et avait recommencé la lutte politique au grand jour, les fractions violentes, à opinions extrêmes, s'étaient soumises à la discipline des modérés ou s'étaient dissimulées. On avait donc vu se constituer au Corps législatif un noyau de députés qui, désigné d'abord par le chiffre de ceux qui le com- II. 1

po»aioiit» le;^ Cinq, aval; j^u à peu grossi et avait fini pai' fovuier uu i;rgupe d hommes plies à Taction parleiaoiitaiie. Copeudaut^ à mesure que Tt^mpire s'affaiba^^ait et que 1 op^H>sitiou coutre lui grandissait daus le pays> le j-Kirti républicain tout eutier accentuait si>u hostilité et, dans cette poussée en avant, les éléments ivvolutionnaii*es et le fond violent s'étaient soustraits à tout contrôle. Depuis longtemps dans la presse, dans les réunions publiques, les nuances puremont politiques étaient décriées et combattues par les fractions jacobines et sociiilistes du parti et aux élections de 1869, des candidatui*es de nuance extrême s'étaient produites à Paris et à Lyon. MM. Raspail et Hochefort entrés au Corps législatif s'y étaient tenus à récart du groupe parlementaire que les plus anciens députés de la gauche formaient entre euj[.

Dans la journée du 4 septembre, il n'y avait eu que quelques députés républicains qui, par respect pour le Corps législatif élu et par honneur de la situation qui attendait le nouveau gouvernement, eussent persévéré jusqu'au bout à préférer un pouvoir anonyme constitué par le Corps législatif à une prise de possession immédiate du pouvoir, avec la proclamation formelle de la république. Autrement à mesure que la journée s'avançait sans que la déchéance fût prononcée, les républicains avaient tous fini par se jeter dans le mouvement de la rue. Ce sont eux qui, après avoir donné l'heure du rendez-vous et s'être trouvés les premiers sur la place de la Concorde, avaient forcé le ^e du pont et envahi le Corps législatif en tête

de la multitude. Lorsque M. Jules Favre est sorti du Corps législatif entraînant sur ses pas les envahisseurs de la salle des séances, dans la foule qui se porte versTHôtel de ville, sont compris des républicains de toute nuance ; et maintenant qu'il s'agit de constituer un gouvernement, la question se pose de suite des hommes à choisir et du partage à faire entre les groupes différents du parti.

Les députés de la gauche occupent aux yeux du pays une situation tellement prépondérante et la manière dont ils ont combattu la déclaration de guerre leur assure une telle popularité, que personne ne leur conteste la prise de possession du pouvoir. Mais du milieu de la foule dans laquelle ils sont encore confondus, des efforts sont tentés pour leur adjoindre les chefs et les représentants des fractions extrêmes. Les députés ont pour résister à l'adjonction qu'on veut leur faire subir l'avantage d'être déjà rendus et groupés à l'Hôtel de ville, alors que les hommes qu'on propose après eux sont absents. MM. Victor Hugo, Louis Blanc , Edgar Quinet , qui commençaient déjà à représenter une nuance politique autre que celle des députés et qui jouissaient d'une immense popularité, sont en exil. A leur défaut, on ne peut mettre en avant que des candidats soutenus seulement par des groupes restreints et divisés entre eux, Blanqui, Félix Pyat, Delescluze, mais, sauf ce dernier, ils ne sont pas non plus présents et, à mesure que leurs amis les proposent aux députés comme collègues, ceux-ci les ont repousser. Pour couper court aux compéti-

4 LA DÉFENSE NATIO.NaLE.

tioQS et préserver le pouvoir des atteintes des hommes extrêmes, l'idée vint de composer le nouveau gouvernement des seuls députés de Paris. On établissait ainsi une catégorie puisant sa force dans le choix antérieur du suffrage universel et par laquelle la désignation se faisait d'elle-même. Cette idée aussitôt communiquée, se trouve acceptée.

Les députés de Paris, pour constituer le nouveau gouvernement, cherchent à se sortir du tumulte au milieu duquel tout s'est jusqu'à ce moment passé. Ils se mettent à part dans un réduit, entre la grande salle de réception et le cabinet du préfet de la Seine, servant de bureau télégraphique. Ils étaient là depuis quelques instants lorsque le G** Trochu leur est amené par MM. Glais-Bizoin et Steenackers. Le général, depuis sa nomination par l'Empereur au poste de gouverneur de Paris, avait eu à traverser les péripéties les plus diverses. La capitulation de Sedan le privait définitivement de toute armée de secours et, par surcroît, la révolution le livrait sans gouvernement à l'inconnu ; dans cette extrémité, il vient se rallier à l'embryon de gouvernement qu'il voit sortir du vide. Il demande d'abord aux députés de Paris : « Voulez- vous sauvegarder ces trois princi- « pes, Dieu, la famille et la propriété? » dès qu'il a obtenu la réponse affirmative qu'il souhaitait, il leur promet son concours, puis il les quitte pour aller informer do sa détermination le G** de Palikao, son chef dans le précédent gouvernement.

Lo G*' Trochu venait de sortir lorsque des acclama-

tions formidables retentissent sur la place de THôtel de ville. C'est M. Rochefort que ses amis, aidés des habitants du quartier, ont tiré de la prison de Sainte- Pélagie (1); il est applaudi, d'une fenêtre de l'Hôtel de ville où il s'est mis, par la foule, que sa vue et ses gestes portent au dernier degré de l'enthousiasme. Les députés de Paris avaient négligé M. Rochefort, ils avaient omis son nom sur la liste des membres du nouveau gouvernement communiquée au G** Trochu et sur les copies de liste jetées au peuple par les fenêtres (2) ; mais il était maintenant arrivé et on pouvait craindre que les éléments épars des partis extrêmes qui avaient en vain essayé de faire parvenir leurs chefs au pouvoir, ne se groupassent autour de lui. Cependant M. Rochefort et ses amis apprennent que les députés de Paris sont désignés pour former le nouveau gouvernement. M. Rochefort à titre de député vient se joindre à ses collègues. Ceux-ci l'acceptent alors d'emblée, heureux d'être délivrés par sa présence, des appréhensions que sa réception enthousiaste avait fait naître.

Après le départ de M. Jules Favre, le vide s'était fait dans l'enceinte du Corps législatif. Les députés avaient pu se retrouver et la pensée leur était venue de tenir une séance. Ils se rendent dans la salle à manger de la présidence à côté du palais, au

(î) Rochefort, The révolution of seittember^ p. 222. Forlnightly reuiew, August 1874.

(2) Rochefort, The révolution ofseplember, ihvL, ibiiL G'* Trochu, Enquête par lem.f tome I, p. 288.

d LA DÉFENSE NATIONALE.

nombre d'environ deux cents (1). M. Alfred Leroux, un des vice-présidents de la Chambre est désigné pour présider. M. Martel donne lecture du rapport de la commission chargée d'examiner les différents projets de nomination d'une commission de gouvernement par le Corps législatif, et conclut à l'adoption du projet primitif de M. Thiers avec le préambule : « Vu (( la vacance du pouvoir. » Cette conclusion est adoptée à la presque unanimité. La réunion décide ensuite, sur la proposition de M. Garnier- Pages, appuyé par M. DréoUe (2), qu'elle enverra une députation à THôtel de ville, pour voir s'il y aurait moyen d'établir une action de concert avec les députés de Paris. M. Grévy et un certain nombre d'autres membres sont choisis pour cette mission. A l'Hôtel de ville, M. Jules Favre répondit à la députation que sa démarche ne saurait aboutir, qu'un gouvernement existait déjà et que, par conséquent, il n'était plus question de pouvoir à constituer. Au surplus, comme il ne pouvait formuler de résolution en l'absence d'une partie de ses collègues , il promit de faire tenir une réponse définitive aux députés, qui étaient convenus de se réunir une fois encore le soir même.

Dans l'intervalle, M. Glais-Bizoin avait apposé les scellés sur les portes de la salle des séances du Corps législatif, en plaçant des gardes nationaux pour veiller

(1) Garnier-Pa^B, Séance du 4 septembre dans la salle h manger,

(2) Garnier-Pagès, Séance du 4 septoAbre, etc,^ p. 11.

à leur conservation. La nouvelle réunion des députés se tint à la présidence, le soir à huit heures, elle se trouva peu nombreuse, et, en l'absence du président et des vice-présidents, M. Thiers fut appelé à présider. MM. Jules Favre et Jules Simon, envoyés de THôtel de ville par les députés de Paris, furent introduits. M. Jules Favre, après avoir remercié les as*sistants de la démarche entreprise par leurs délégués à THôtel de ville, leur dit qu'il y avait un fait accompli auquel on. ne pouvait rien changer, que si le Corps législatif voulait y donner son approbation, ils lui en seraient reconnaissants, mais que, dans le cas contraire, ils ne se sentiraient en rien gênés dans leur liberté d'action. M. Thiers lui répondit: «Mes colff lègues ici présents ne m'ont pas donné mission de (c vous dire s'ils accordent ou s'ils refusent leur rati- « flcation aux événements de la journée. Vous vous « êtes chargés d'une immense responsabilité. Notre <( devoir est de faire des vœux ardents pour que vos « efforts réussissent dans la défense de Paris, parce « que votre succès serait celui du pays. » MM. Favre et Simon s'étant retirés, M. Thiers reprit : « Je n'ai pas a adressé de question à nos collègues sur le sort du « Corps législatif, parce que si je l'eusse fait, c'était « reconnaître le gouvernement qui vient de naître (c des circonstances. Avant de le reconnaître, il nous (( faudrait résoudre des questions de fait et de prin- « cipes, qu'il ne nous convient pas de traiter actuelle- « ment. Les combattre aujourd'hui serait*une 'œuvre « anti- patriotique, ces hommes doivent avoir le cou-

g LA DBFSî^Sii NATIONALE.

« cours de tous les citoyeuis^ coutre reonemi. Nous « faisons des vtBux pom* eux. Ne nous jugeons pas les *t uns lesauU*es. Le présent est rempli de trop amères « Jouîeui^s* — M, BuHet ; Ne devons-aous pas ré- « div^er une protestation ? — M. Thiers : De grâce n*en- « ;roiis [Vis dans cette voie : nous sommes devant Ten- « vvemu ot» en raison de cela, nous devons tous faire fy uu 'sicrilice aux dangers que court la France ; ils ., N,.ai uuiueiises. Il faut nous taire, faire des vœux et vv .v\i$scr ù rhistuire le i>oiu déjuger. — M. Pinard (du

NvMvi) : Nous ne pouvous pas garder le silence de- -. \ M\i îa vielation faite à la Chambre; il faut le cous- K ,Hi^ i . M. Thiers : Ne sentez- vous donc pas que si '. WmS opposez ce souvenir comme protestation, il \ ^x^^^vilera aussitôt la violation d'une autre assem- ,, s.x >^ ' M . Daru : Les scellés ont été mis sur la porte

\ \^ OI»iuabre. — M, Thiers : Y a-t-il quelque chose

w I^UK grave que les scellés sur les personnes?

\ H H> |>as été à Mazas? Vous ne m'entendez pas

. *4. u plaindre, » MM, Grévy et Alfred Leroux ayant

i K-uv ijue renti»evuo qu'ils avaient eue à THôtel de

•.»tv^ Hveo le (»** Trochu et les députés de Piuûs, les

*N»^^ a»uvaincusi que leur démarche se produisait

iv>i.* tnrd» que le nouveau gouvernement déjà orga-

umi' piiiUMidait exercer sans partage la pleine souve-

' "'A, ou lova la séance et les députés présents se

mt tians prendre de détermination. Ceux des

n do la réunion qui persévéraient dans la

lo faire une protestation, se réunirent le len-

ui domicile de Tun d'eux, M. Johnston, au

nombre d'environ cent vingt (1). N'ayant pu tomber d'accord sur une formule de protestation, ils nommèrent une commission de quatre membres pour rédiger un pFOJet et s'ajournèrent encore au lendemain. Le 6 septembre, un détachement de francs-tireurs envoyé par le nouveau préfet de police , vint mettre obstacle à la réunion projetée qui n'eut pas lieu et ne fut suivie d'aucune autre. Un petit groupe avec MM. Buffet et Daru fit, seul, insérer une protestation dans le Français. Ce fut le dernier acte collectif dû à des membres du Corps législatif.

Le 4 septembre, le Sénat, lui, avait été oublié. Des flots de peuple en marche vers le Corps législatif, avaient passé devant le Luxembourg, le bataillon même de garde nationale chargé de protéger le palais, abandonnant son poste, s'en était allé avec le peuple (2), sans que personne eût la pensée d'entrer au Sénat pour Tenvahir. Les sénateurs restés pendant la journée en séance avaient continué à crier : Vive l'Empereur. Le Sénat fut aboli par décret du nouveau gouvernement.

Le G'^ Trochu après avoir été faire connaître sa nouvelle situation à son ancien ministre, était revenu à l'Hôtel de ville. Lorsqu'il avait au premier moment promis son concours aux députés de Paris, il avait simplement parlé de leur assurer l'adhésion de l'armée et eux-mêmes n'avaient pensé à lui qpe pour occuper le ministère de la guerre. Il leur déclara en

(1) Johnston, Enquête parlem., tome II, p. 289.

(2) Lemaire, Enquête parlem., tome II, p. 189.

revenant que, pour exercer sur la défense de la ville qui était la question dominante, une autorité efficace, il avait besoin de posséder une position prépondérante. M. Jules Favre avait déjà été appelé à la présidence du gouvernement ; mais, aussitôt que le G** Trochu eût fait connaître ses vues, il se démit en sa faveur. La République avait élé dès la première heure proclamée par acclamation à THôtel de ville. Le nouveau gouvernement républicain définitivement constitué dans la soirée du 4 septembre, prit la désignation de gouvernement de la Défense na« tionale.

En faisaient partie :

G'^ Trochu, président .

Jules Favre, vice -président.

Pelletan.

Garnier-Pagés.

rochefort.

Grémieux.

Glais-Bizoin.

Emmanuel Arago.

Jules Ferry.

Gambetta.

Jules Simon.

Picard.

Ces trois derniers représentaient des départements pour lesquels ils avaient opté, ayant été aux dernières élections, simultanément élus à Paris et au dehors.

MM. Dréo, Durier, Hérold et Lavertujôii furent nommés secrétaires du gouvernement.

Le ministère se trouva ainsi composé :

Jules Favre, affaires étrangères.

Gambetta, intérieur.

G*' Le Flo, guerre.

Amiral Fourighon, marine.

Crémieux, justice.

Picard, finances.

Jules Simon, instruction publique et cultes.

DoRiAN, travaux publics.

Magnin, agriculture et commerce.

M. Etienne Arago devint maire de Paris, MM. Brisson, Glamageran, Floquet et Hérisson, adjoints ; M . de Kératry, préfet de police.

Le soir même du 4 septembre paraissait la proclamation suivante :

« Français,

« Le peuple a devancé la Chambre qui hésitait. « Pour sauver la patrie en danger, il a demandé la <( République. Il a mis ses représentants non au pou- « voir, mais au péril. La République a sauvé de Tinva- « sion de 1792, la République est proclamée. La ré- « volution est faite au nom du salut public. Citoyens, « veillez sur la cité qui vous est confiée ; demain vous « serez les vengeurs de la patrie ! »

Le gouvernement s'empressa de faire occuper par dos républicains les postes de Tadministration, les

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soi-même déclaré la guerre, on avait tout perdu, l'Empereur, les maréchaux, les vieilles troupes, Tarmée entière ! Comment arrêter sa pensée sur la position que la France va désormais occuper aux yeux du monde ! On ne parle plus dans tout l'univers que de la légèreté et de la forfanterie française. Que faire donc? Sans même qu'il y ait question posée, on a déjà crié : se battre, résister. Avant d'avoir pris les armes, on n'ose se regarder les uns les autres.

L'administration impériale n'avait distribué d'armes aux habitants de Paris qu'avec une extrême réserve. La plupart des citoyens qui s'étaient inscrits aux mairies, pour faire partie de la garde nationale, avaient ensuite inutilement attendu qu'on les appelât. L'armement immédiat qu'on exige maintenant de tous les hommes valides d'une ville comme Paris, dépassait par son immensité la puissance d'une administration centrale; chaque mairie se charge de diviser en bataillons les hommes de son arrondissement, de présidar à l'élection des officiers, de distribuer les armes, l'habillement, les secours. La banlieue qui va être la zone de combat et d'occupation de l'ennemi, est abandonnée par les habitants qui se réfugient dans Paris avec leurs meubles et leurâ récoltes. Un grand nombre de Parisiens inutiles à la défense par leur âge ou leur faiblesse, des femmes, des enfants, quittent au contraire la ville pour les départements ou l'étranger. Il y avait lieu en efiet de se hâter ; les armées allemandes n'avaient à redouter aucun obstacle entre elles et Paris, et II. â

^« tte cdiiulée par les étapes à

. >vu:si^ 4. Sedan s'étaient mises ea

.^^^^iuôi^ L'armée de la Meuse se te-

. Uitii) ^ ^dirigeait directement sur

• loM^^jceoaitaucontrairelesroutes

, .w, ."^^ux' venir passer la Seine à Ville-

, ...*v5^ contourner Paris et marcher

.^ V mn^ure que la III* armée s'avance,

^ ,.\>. vgw!5 d*eau, les routes, les chemins

., .V V >«^i^^ graduellement séparé du monde.

, . . jù 3e livrait la bataille de Sedan, le

, «vAUidre formation, venait d'être envoyé

.^.v*. vlu G*^ Vinoy, partie à Reims, partie

..^ w4 destruction de l'armée de Châlons

. ><uuÙ!Wi du G** Vinoy à Mézières des plus

.^ V '.w (prompte retraite était la seule chance

v) v«i^ Vinoy quitte Mézières dans la nuit

.' .<^tembre (1) et, par une marche rapide,

^ V "utteution des forces ennemies réunies au-

. ^JijUk. Arrivé daus la journée à Saulce-aux-

« .i4»iirend que Réthel sur lequel il se dirige, est

vCU^H) par les Prussiens ; il change de direction,

. ^%tv i droite sur Novion-Porcien, Château-Poi>

N^^ ^^KUincourt et Montcornet. Quoique rejoint, il

vutfiitùt par des marches forcées à la poursuite et

>^u<) Laon, d'où ses troupes sont transportées à Paiis

^^ chemin de fer; cotte partie du 13* corps envoyée à

% Opérations du 13* corpi, p. 72 et soiv. Charloà *aUecleMézièreSt p» i9»

Reims était en même temps ramenée à Paris. ^ 13* corps ainsi sauvé, on ajoutait à Paris le 14® de l'organisation commencée avant le 4 septembre, trouvait quelques jours après -terminée ; le G*^Duci fait prisonnier à Sedan, mais qui s'était échappé d mains de l'ennemi, en recevait le commandement. Le 14* corps avait été placé au campement en ava du front sud de Paris à Meudon, Châtillon, Bagneu Lorsque le G** Ducrot vit passer devant lui, par ui marche de flanc, les colonnes ennemies qui avaiei traversé la Seine et se dirigeaient sur Versailles, il i résolut à les assaillir. Le 19 septembre au matin, se porte à la rencontre de l'ennemi avec deux div sions d'infanterie, une division de cavalerie et 68 pi( ces de canon. Mais à peine a-t-on dépassé la redoul de Châtillon que quelques obus suffisent pour me tre dans la plus complète déroute un régiment d zouaves presqu'exclusivement formé de recrues. Le hommes, malgré les efforts des officiers, s'enfuier jusque dans Paris semant partout l'alarme (1). Le troupes de ligne de la division Caussado plient elles mêmes de toute part et commencent à se débander (2 Il fallut revenir à la hâte sur les positions d'oiîi l'on éta parti. Le G*^ Caussade reculant encore d'avantage, pr: sur lui de quitter absolunient le champ de bataill pour rentrer dans Paris avec sa division (3). Le G

(1) G'' Ducrot, La défense de Pans ^ toniel, p. 30. A. Hallm L*ts zouaves à Paris, p. 3 1 .

(2) Ambroise Rendu, Souvenirs de In mobile ^ p. 25.

(3) G'* Ducrot, Im défense de Patn^, tome I, p. 42.

Ducrot resté dans la redoute de Gbâtillon, y soutint UQ violent combat d*artillerie. Ainsi isolé, il courait le risque d'être coupé : la redoute n'était point terminée et on ne pouvait s'y maintenir; le G'^ Ducrot se vit donc contraint de rentrer lui-même dans Paris avec le reste de son corps d'armée. A Tissue du combat de Ghâtillon, toutes les positions extérieures qu'on avait occupées en avant des forts du Sud, se trouvèrent perdues. Le même jour, la dernière communication restée avec la France, le télégraphe sur le chemin de fer do rOuest, était coupée et Paris complètement investi, cessait de communiquer avec le dehors.

On avait eu le temps de prendre quelques mesures indispensables pour l'administration des départements. La défense de Paris paraissant le nœud de toute la question militaire et la difficulté de gouverner la population pendant un siège, faisant juger nécessaire la présence des principaux membres du gouvernement, on s'était décidé à n'envoyer en province qu'une simple délégation. On avait désigné pour la composer MM. GinSmieux, Glais-Bizoin et Tamiral Fourichon, qui étaient allés s'établir à Tours,

Le gouvernement s'était en outre préoccupé des rapports à établir avec les puissances étrangères. M. Jules Favre, en prenant possession du ministère des affaires étrangères, avait été mis par son prédécesseur, M. de La Tour d'Auvergne au courant de la situation. Il résultait des explications fournies que l'empire n'avait point d'alliance et ne laissait à la France aucune promesse d'aide ou de secours.

LA RÉPUBLIQUE. i7

Le 6, M. Jules Favre adressait une circulaire aux agents diplomatiques français à l'étranger pour expliquer le sens et la portée do la révolution qui venait de s'opérer. Il se déclarait en même temps prêt à traiter de la paix avec la Prusse, mais seulement dans certaines conditions qu'il précisait : a Le roi de Prusse « a déclaré qu'il faisait la guerre, non à la France, « mais à la dynastie impériale. La dynastie est à « terre, la France libre se lève. Le roi de Prusse veut- « il continuer une guerre impie qui lui sera au «moins aussi fatale qu'à nous? Libre à lui, qu'il « assume cette responsabilité devant le monde et dec vaut l'histoire. Si c'est un défi nous l'aceptons.

« Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, <c ni une pierre de nos forteresses.

« Une paix honteuse serait une guerre d'extermioa- « tion à courte échéance.

« Nous ne traiterons que pour une paix durable. »

Lorsque M. Jules Favre avait lu sa circulaire à ses collègues, M. Picard avait proposé de supprimer « ni « une pierre de nos forteresses » , les autres membres du gouvernement n'avaient pas été de cet avis et la phrase avait été maintenue (1). Mise en regard de l'abaissement oh était tombée la France après Sedan, la double déclaration de M. Jules Favre dépassait les bornes ; mais dans l'état d^'exaltation d'âme qui se produisait, elle ne faisait cependant que traduire des sentiments que tous les Français éprouvaient en commun.

(l) G'* Trochu, Pow^ la vérité et pour la justice^ p. 161. Julft» F Gouvernement de la Défense nationale^ tome I, p. 122.

IS LA DÉFEr«Sfi ?CATIO?CALE.

M. Jules Favre avait reçu, dès le premier jour, la yi-

site (jiilcieuse des ministres d'Angleterre, de Russie, cl' Auti iche et d'Italie. Sous des formes diverses, leurs déclaiatious à tous avaient été pleines de bienveillance. Les Etats-Unis, lltalie, la Suisse, l'Espagne, le Portugal, avaient pour leur part reconnu officiellement le gouvernement de la Défense nationale. M. Jules Favre eut youlu obtenir des grandes puissances une médiation armée, mais ses premières convei'sations lui avaient révélé que pareil secours n'était pas à attendre. Il y avait cependant, en ouvrant des négociations, à rechercher quelle serait éventuellement Taide à recevoir de l'Europe. L'Italie et TAutriche qui étaient naturellement les mieux disposées en faveur de la France, déclaraient que, sans l'Angleterre et la Russie, il n'y avait rien à essayer pour elles et que l'étendue de leur concours serait déterminée par l'attitude de ces deux puissances. Il fallait donc faire en sorte d'obtenir rintervention de l'Angleterre et de la Russie, M. Jules Favre demanda à M. Thiers de se charger de ce soin. M. Thiers désigné comme député de Paris pour faire partie du nouveau gouvernement n'avait point accepté, et il avait résisté aux sollicitations de SOS collègues qui le priaient de siéger aveceux. M. Jules Favre réclamait maintenant son concours en vue d'une mission pour laquelle son expérience et ses relations le désignaient tellement, qu'après avoir pris un jour de réflexion, il accepta. Le 12 au soir il partait pour Londres.

nnriAndant la Prusse ne laissait rien transpirer de

L'ENTREVUE DE FERRIÈRES. iy

ses intentions, ses armées s'étaient avancées jusque sous les murs de Paris sans qu'aucune déclaration eût révélé ses projets. M. Jules Favre forme le dessein de se rendre auprès de M. de Bismarck qui accompagnait le roi de Prusse et l'armée, pour s'informer directement auprès de lui des conditions de la paix. Mais M. de Bismarck consentirait-il à recevoir le représentant d'un gouvernement improvisé et sorti d'mi mouvement populaire? Ne chercherait-il pas l'occasion de rhumilier, s'il avait pris la résolution de ne pas traiter avec lui, une humiliation subie en pareil moment ne pourrait-elle pas porter préjudice au nouveau gouvernement et par là nuire à la défense ? M. Jules Favre, pour se ménager un bon accueil, a recours à l'intervention officieuse de l'Angleterre. Tant par une note remise à lord Granville pour être transmise à M. de Bismarck, que par une démarche qu'il fait faire directemejît de Paris par lord Lyons, M. Jules Favre fait informer M. de Bismarck de l'intention où il est de se rendre auprès de lui et le fait sonder sur ses dispositioas. La réponse reçue par lord Lyons était évasive, et celle qui pouvait être envoyée à la note transmise par le cabinet anglais devait tarder à venir. M. Jules Favre, pressé par l'investissement qui se réalisait, se résolvait donc à partir sans attendre de réponse définitive. Il dut prendre entièrement sur lui la responsabilité de sa démarche. Dans le conseil du gouvernement du 9 septembre, il avait déjà fait part à ses collègues de l'intention éventuelle dans laquelle il se trouvait de se rendre au quartier général ennemi; cç projet n'avait point eu

leur agrément. M. Jules Favre n'ayant aucune espérance de modifier leurs dispositions, leur tint donc son départ secret, il n*en donna connaissance qu'au G'^ Trochu et au ministre de la guerre dont le concours lui était indispensable pour se rendre auprès de Tennemi,

M. Jules Favre, sorti de Paris le 18 septembre au matin par la porte de Charenton, fut conduit à Villeneuve- Saint-Georges où se trouvait le général qui commandait dans cette direction les forces allemandes. Il envoya une lettre à M. de Bismarck à Meaux, lui annonçant qu'il se mettait à sa disposition pour conférer d'un projet de^paix. La réponse lui parvenait le lendemain; M. de Bismarck lui mandait qu'il le recevraità Meaux. Il se mit de suite en route et se croisa à trois heures et demie, près du village de Montry, avecM. de Bismarck qui, de son côté, se rendait au château de Ferrières où le roi venait de transporter son quartier général. Les deux ministres entrèrent pour causer, d'abord dans une ferme dévastée, puis, cherchant un lieu plus convenable, dans le château de la Haute-Maison. M. Jules Favre ayant expiimé à M. de Bismarck son désir d'une paix honorable, celui-ci lui fit de suite connaître les conditions préliminaires qu'il mettait à la paix : a Je ne c demande que la paix ; ce n'est pas l'Allemagne qui « Ta troublée ; depuis Louis XIV vous n'avez cessé de vous agrandir à nos dépens. Nous savons que vous « ne renoncerez pas à cette politique, que vous ne re- « prendrez des forces que pour nous faire une guerre (( nouvelle. Notre sécurité ne peut être garantie que

L'ENTï^VUE DE FERRIÈRES. 21

ce par une cession de territoire. Strasbourg est une « menace perpétuelle contre nous, il est la clef de no- « tre maison, et nous la voulons. — M. Jules Favre : « Alors, c'est TAlsace et la Lorraine. — M. de Bis- « marck : Je n'ai pas parlé de la Lorraine, mais quant à « l'Alsace je suis très-net, nous la regardons comme in- « dispensable à notre défense. » M. de Bismarck déclarait ensuite qu'il se refusait à entamer le sujet de la nouvelle frontière, tant que le principe d'une cession* de territoire n'aurait pas été admis par la France (1); cependant, après avoir été tout d'abord aussi explicite au sujet de l'Alsace, dans le cours do la conversation, faisant de nouveau allusion à la Lorraine, il dit qu'il entrait dans les intentions de la Prusse de former, pour se l'annexer, un nouveau département de la Moselle avec les circonscriptions de Sarrebourg, Château-Salins, Sarreguemines, MetzetThionville (2).

M. Jules Favre fit valoir toutes les raisons qu'il avait à donner pour combattre de pareilles prétentions : il représenta quelle situation l'exigence d'une cession de territoire ferait à la Prusse, les sentiments de haine et de vengeance que cela susciterait pour une guerre prochaine, l'embarras que donnerait la garde de populations qui voulaient rester françaises, il parla de la défense acharnée de Paris et des provinces, du temps que les Prussiens seraient obligés de

(1) Rapport de M. de Bismarck du 27 septembre 1870.

(2) Rapport de M. de Bismarck, ibid. Rapport de Bl. Jules Favre du 21 septembre 1870.

rester en France, des sacrifices qu*imposerait la complète conquête du pays. M. de Bismarck lui dit qu'en Allemagne on avait prévu toutes ces difficultés, mais qu'on aimait mieux les subir que de les réserver à ses enfants, qu'on était en outre décidé à rester en France tout le temps nécessaire. « Du reste notre po- « sition est moins difficile que vous ne le supposez. « Nous pouvons nous contenter de prendre uu fort, et •<c pas un ne petit résister plus de quatre joiu*s, de ce <; fort nous dicterons la loi à Paris. Toul et Stras- « bourg succomberont au prochain jour. Bazaine, qui « en ce moment mangé ses chevaux, va bientôt être « obligé de capituler. D'ailleurs je ne vous dis pas que « nous livrerons un assaut à Paris ; il nous sera peut- « être plus commode de l'affamer en nous répandant (( dans vos provinces, où nulle armée ne peut nous .(c arrêter. »

M. Jules Favre continuant à répondre, dit que la seule compensation qu'il put accorder était une indemnité pécuniaire pour les frais de la guerre, et il demanda enfin d'être mis à même de convoquer une assemblée avec laquelle la Prusse pourrait traiter. M. de Bismarck observa que pour cela il faudrait consentir à un armistice et qu'il n'en voulait à aucun prix. La journée s'avançait, M. Jules Favre proposa à M. de Bismarck de reprendre l'entretien le soir même à Ferrières où ils devaient se rendre pour passer la nuit, celui-ci y consentit, et, en le quittant : « Je (( reconnais que vous avez toujours soutenu la politi- « que que vous dc^fendez aujourd'hui, et si j'étais sur

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