‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873 (volume 2)Chapitre 3 sur 18 · L^ENTREVUE DE FERRIÈRES · texte numérisé non relu

L^ENTREVUE DE FERRIÈRES

L'insuccès de la négociation de Ferrières a,mena rajournement des élections. Le gouvernement avait, d'abord fixé par décret les élections pour l'Assemblée nationale au 16 octobre, puis, rapprochant la date, au 2 octobre ; il avait fixé au 25 septembre les élections pour les conseils municipaux. Mais l'armistice que

M. Jules Favre était allé demander à M. de Bismarck n*étant pas obtenu, il parut au gouvernement <]fue les préoccupations électorales nuiraient à la défense. Pouvait-on du reste procéder à la nomination d'une assemblée avec une partie du pays en possession de Tennemi, Paris et les départements sans communication entre eux? Le gouvernement rapporta donc ses décrets de convocation des électeurs. Cependant, une dépêche de Tours reçue le 1" octobre, apprenait que la délégation ne tenant aucun compte du décret d'ajournement, avait, au contraire, persisté à convoquer les électeurs des départements pour l'époque primitivement fixée du 16 octobre. Le gouvernement, résolu sur ce point à faire prévaloir sa volonté, se décida à envoyer un de ses membres porter lui-même le décret d'ajournement à Tours, avec ordre de faire rentrer la délégation dans, l'esprit de poursuite énergique de la guerre dont il était animé. Après discussion du choix à faire pour cette mission de M. Jules Favre ou de M. Gambetta, ce dernier fut désigné, et il partit de Paris en ballon le 7 octobre.

L'ajournement des élections, sauf sur un point, rencontra dans Paris un assentiment à peu près gé-

•u. Leuioade votxlai: là lutle, et ou répugnait > . .^ -v.^ ^du> ragibàHioD électoïmk, lorsqu'il fal- ■ >.:.^a* et se battre, N'araul rien à atteudre ,..i. .LA..:oas^ Je l^aris que des choix qui porte- : .; ..: CCI vainement, ea grande partie, sur des hommes plus èioièjués d'eux que les membres du gouvernelueul de la Déieose» les conservateurs approuvaient surtout rajouruemeul eu tant qu'il s'appliquait aux électious muoicipales, mais c'était précisément sur ce deruier poiut que le parti extrême et ses chefs se prouoQçaient au contraire contre la mesure. Ils applaudissaient au renvoi des élections pour TAssemblée natiouale, alors que Paris ne saurait exercer Tactioa de sa presse et de sa propagande sur les électeurs des départements et enfin envoyer ses propres représentants siéger dans l'assemblée, qui ne pourrait se réunir qu'en province. Mais, après cela, ils réclamaient au contraire avec insistance la réalisation immédiate des élections municipales de Paris.

Toutes ces fractions et ces groupes extrêmes du parti républicain, qui, au 4 septembre, s'étaient trouvés trop faibles et trop mal préparés pour faire parvenir des représentants de leurs opinions au gouvernementj^ depuis avaient pu, dans la nouvelle organisation de toutes choses qui s'improvisait, s'assurer une place et une part d'action. A côté des maires d'arrondissement que le gouvernement avait nommés, en choisissant des hommes à lui, dans certaines mairies, sous e de comités do vigilance ou d'armement, s'éformés des groupes d'hommes représentant

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déjà uue nuance et des idées plus avancées. Le choix à l'élection des officiers de la garde nationale avait mis à la tête de bataillons, Lefrançais, Jules Vallès, Minière, Blanqui et, parmi les partisans de ce dernier, Eudes, Mégy, Sapia. A Bellcville, dont la ma^ jorité des habitants appartenait au parti extrême, Flourens prétendait à un commandement à part. Il avait rangé sous ses ordres jusqu*à cinq bataillons, et bien qu'on lui eût refusé le grade de colonel qui, dans la garde nationale, n'existait pas, on lui avait accordé, comme concession, le titre de major de rempart. Delescluze dans le Réveil^ Blanqui dans la Patrie en danger, Félix Pyat dans le Combat, dirigeaient et inspiraient leurs partisans. Tous ces chefs de parti étaient divisés entre eux, mais ils avaient en commun leur haine profonde pour les républicains au pouvoir, aussi avaient-ils fini par se rallier à un même plan pour se substituer au gouvernement de la Défense nationale, c'était d'obtenir la nomination d'une Commune. Dans leurs visées, les élections municipales de Paris devaient donner naissance à un conseil où ils entreraient, et celui-ci, sous le nom de Commune, parviendrait non-seulement à contrôler le gouvernement mais encore à prendre sa place. En effet, les limites de la portion de territoire sur laquelle s'étendait la domination du gouvernement national correspondant, par le fait du siège, à celles mêmes de la ville de Paris, établir une Commune de Paris, c'était constituer un pouvoir appelé forcément à être le maître ou le rival du gouvernement existant.

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. .». iciv C'étaient eux qui devaient remédier à cet état

.r iiuhos. Ils s'étaient donc, dès le premier jour, pro-

'a iK)ur la guerre à outrance, poursuivie par les

les plus énergiques. Ils avaient réclamé la

masse, l'envoi dans les départements de

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commissaires extraordinaires. Ils avaient dépassé les déclarations de M. Jules Favre, et au refus de cession de territoire et de démolition des forteresses, ajouté celui d'aucune indemnité, même de' tous pourparlers avec Tennemi jusqu'à sa complète expulsion du sol de la France; ils avaient protesté contre tout projet d'armistice, blâmé la démarche de M. Jules Favro à Ferrières et les négociations dont M. Thiers était chargé. Ils avaient repris, sous une forme nouvelle, l'ancienne langue révolutionnaire et ils se donnaient, en face du gouvernement de la Défense nationale, comme représentant une nuance beaucoup plus accentuée de passion patriotique, de haine contre l'ennemi, de résolution pour la défense. Ne se bornant pas aux discours dans les réunions publiques et aux articles de journaux, ils s'étaient mis à provoquer des manifestations pour agir par pression sur le gouvernement à l'Hôtel de ville.

Le 22 septembre, une première manifestation avait été faite par plusieurs milliers de gardes nationaux ayant à leur tête Vermorel, Ranvier, Gaillard, Ler-* mina. On avait demandé au gouvernement de poursuivre la guerre à outrance et de ne point procéder aux élections, mais lorsque le décret ajournant également toutes les opérations électorales entêté rendu, et que le moyen d'arriver à la nomination d'une Commune fut par là écarté, lés manifestations qui se continuent prennent au contraire pour mot d'ordre la demande d'élections nmnicipales. Le 26, une dépulation de chefs de bataillon conduite par Jules Vallès et

Minière vient solliciter le gouvernement de rapporter le décret d'ajournement des élections municipales, pour faire procéder à celles-ci à la date fixée du 28 septembre. M. Gambetta ayant observé que/le renvoi des élections était un acte par lequel le gouvernement avait précisément cru donner satisfaction à la demande présentée le 22, les chefs de bataillon répondirent qu'en réclamant ce jour-là l'ajournement des opérations électorales, on n'avait eu en vue que les élections législatives et non point les élections municipales.

Le 4 octobre au soir les officiers de la garde nationale de Belleville, réuuis sous la préâidence de Flourens, dé:idèrent que le lendemain ils se rendraient à l'Hôtel de ville pour y présenter une série de requêtes : la distribution à leurs bataillons désireux de marcher à Tennemi des fusils Chassepot qui se trouvaient dans les magasins de l'Etat, la levée en masse et une sortie immédiate en nombre imposant contre les Prussiens, les élections municipales, le réquisitionnement et le rationnement de toutes les subsistances. En conformité, le 5 octobre, dans la matinée, les cinq bataillons de Belleville se mirent en marche sous les armes, Flourens à cheval à leur télé. Arrivés sur la place de Grève, les g;ardes nationaux se rangèrent devant THôtel de ville tandis que les officiers se présentaient aux membres du gouvernement. Flom-ens prit la parole; en ce qui concernait les fusils et la sortie en masse, le G'* Trochu lui répondit qu'on n'avait plus eu magasin que dix mille chassepots et qu'il serait

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contraire à toute justice de les distribuer exclusivement àsesbfitaillons, que des sorties, dans l'état d'organisation imparfaite de la garde nationale, étaient du reste impossibles. La proposition d'utiliser la garde nationale pour des attaques contre les lignes prussiennes qui se reproduisait sans cesse, ayant trouvé de Tapprobation jusque dans ses collègues, avait déjà amené le G'^Trochu à expliquer comment l'emploi de la garde nationale était, sur le moment, impraticable. Le gouvernement refusant de faire droit à ses demandes, Flourens donna sa démission, et il reprit le chemin de Belle ville acclamé par ses hommes.

Ce fut ensuite le tour de Blanqui et de ses partisans. La Patrie en danger avait invité les gardes nationaux duIP arrondissement à se rendre, le 7 octobre au matin, à la Cour des Miracles. Un très-petit nombre répondit à Tappel. Il fallut s'ajourner et prendre de nouvelles mesures afin d'obtenir une manifestation imposante. Le 7 au soir, les comités fixèrent un rendez-vous général à l'Hôtel de ville pour le lendemain; les journaux du partiel des affiches placardées sur les murs engagèrent les citoyens à s'y trouver. Le 8 octobre, dès la matinée, la place devant l'Hôtel de ville se remplit de groupes discutant avec animation pour ou contre l'élection d'une Commune. Vers une heure et demie 400 à 500 gardes nationaux, avec des placards sur lesquels on lit * la Commune, débouchent sur la place (1); de nouvelles bandes

{\) Blanquii La Patrie en danger , p. tl8*

criant : Vive la CommuQe, grossissent la première ; mais le gouvernement a pu faire entrer pour sa défense un bataillon de mobiles dans THôtel de ville, du reste la publicité qu'avait eue le projet de manifestation amenait également les adversaires de la Commune, des bataillons entiers de gardes nationaux fidèles survenaient. Les hommes de la Commune se trouvèrent en minorité de plus en plus marquée. Le G*^ Trochu se présente à cheval, il est acclamé ; ou fait indistinctement ranger en carré tous les gardes nationaux; les membres du gouvernement passent devant le front des bataillons au cri retentissant de : Vive la République, qui couvre la voix du petit nombre qui persiste à réclamer la Commune. M. Jules Pavre m'onté sur une chaise au milieu de la place, réunit les officiers ; il fait appel à la concorde ; à sa voix, pour augmenter l'émotion, se joint le bruit du canon qu'on entend dans le lointain. On se sépare paisiblement après un défilé exécuté au chant de la Marseillaise.

Le gouvernement se trouva consolidé par l'issue favorable de la journée du 8 octobre. La résolution qu'il avait fait connaître de ne plus souffrir de manifestations en armes, fut maintenant respectée. Le parti de la Commune était contenu; Flourens cessait d'exercer son grand commandement; Sapia, un des amis de Blanqui qui avait voulu insurger son bataillon, avait été arrêté par ses propres hommes ; on lui enleva son grade ainsi qu*à Blanqui.

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