‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873 (volume 2)Chapitre 5 sur 18 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

La dictature de M. Gambetta.

La province, à la fin de Tempke, satisfaite du développement de richesse matérielle dont elle jouissait, ne demandait qu'à travailler et qu'à produire en paix; elle s'était rendormie le lendemain du plébiscite, pleine de confiance dans la stabilité de son gouvernement et dans la puissance de la France; les grandes villes avaient seules conservé un ferment de vie politique. On avait à peine eu le temps après Sedan de regarder autour de soi et de mesurer la profondeur de l'abîme ouvert depuis que Paris était investi, et cette disparition du centre de tous les rouages gouvernementaux et administratifs amenait une cause de trouble de plus. Les regards s'étaient alors reportés vers Tours, où il fallait renouer les fils de Faction gouvernementale.

M. Grémieux était arrivé à Tours le 13 septembre (1) : du 13 au 18, il eut seul la direction de tous les services. Le 18, M. Glais-Bizoin et l'amiral Fourichon venaient se joindre à lui. Dès le lendemain, les communications de Paris avec le dehors se trouvaient inter-

(1) Grémieux, Gouvernement de la Déf, nat,^ p. 1.

ceptées et la délégation des trois membres du gouvernement de la Défense nationale restait chargée de tout le poids de l'administration de la France. Au ministère de la justice et des cultes dont U avait été nommé titulaire le 4 septembre, M. Grémieux ajoutait maintenant à Tours, par délégation, ceux de Tintérieur, des affaires étrangères, des finances, du commerce, des travaux publics et de l'instruction publique. L'amiral Fourichon joignait au ministère de la marine, celui de la guerre par délégation. Des employés supérieurs avec une partie du personnel des ministères, étaient venus s'installer à Tours ; ils avaient reconstitué les services, et en avaient pris la direction. M. Laurier à l'intérieur, M. de Ghaudordy aux affaires étrangères exerçaient, sous des titres secondaires, de véritables attributions ministérielles.

Le G*^ Lefort, secrétaire général du ministère de la guerre, avait commencé l'organisation d'un noyau d'armée. En prenant dans les dépôts, et en choisissant parmi les meilleurs bataillons de la garde mobile, il avait réuni à Nevers, Bourges, Vierzon, trois divisions appelées à former le 15' corps (1), puis commencé la formation d'un 16* corps. La délégation rendait en même temps divers décrets pour l'augmentation des forces militaires. Elle mettait les corps de francs-tireurs à la disposition du ministère de la guerre et les soumettait à la discipline des mobiles, en leur allouant une solde. Elle acceptait le concours des

(1) G** Lefort, Enquête parlent., tome lU, p. 75 et 81.

zouaves pontificaux renvoyés de Rome par le gouvernement italien ; elle donnait toutes facilités au G»* Cathelineau pour la création d'un corps franc, j'ecruté parmi les royalistes de l'Ouest* Dans un ordre d'idées opposé, elle accordait un commandement au G** Ga* ribaldi qui, avec un certain nombre de volontaires étrangers, s'offrait pour contribuer à défendre la France républicaine.

Mais ni Tamiral Fourichon ni les chefs, de service de son ministère n avaient foi dans la résistance à poursuivre (1) ; d'ailleurs attachés aux errements traditionnels, n'osant prendre les mesures exceptionnelles que rétendue du péril nécessitait, ils ne pouvaient réunir que d'assez faibles effectifs. Les généraux devant l'ennemi qui n'avaient plus à commander que des conscrits et qui avaient Timagination frappée par l'immensité des désastres subis, montraient la plus grande faiblesse. Le G'* Boyer évacuait Chartres à la hâte (2), à la première reconnaissance faite dans cette direction par l'ennemi, A Orléans, sous le coup de fausses alertes, le G** Peytavin, puis son remplaçant le G** de Polhès, pris de panique, avaient l'un après l'autre abandonné la ville (3). Des dissentiments s'élevaient à Lyon entre les autorités civiles et militaires. Le préfet, M. Challemel-Lacour, demandait que le général

(1) Baguenaait de Puchesse, L'armée de la Loire^ p. 11.

(2) Glais-Bizoin, Enquête parlem,, tome I, p. 612.

(3) Baguenault de Puchesse, V armée de la Loire, p. 13. Boucher, Journal d'un bourgeois d*Orléans, p. 9. Armand RiTière, Le Gouvernement de la Déf. nat.,ji, 82.

commandanl lui fût subordonné. Un désaccord s'était produit sur cette question au sein de la délégation. MM. Grémieux et Glais-Bizoin avaient conféré au préfet les pouvoirs supériei^rs qu'il réclamait. L* amiral Fourichon, ayant absolument refusé son acquiescement, s'était démis du ministère de la guerre et avait été remplacé par M. Grémieux (1).

Les embarras politiques intérieurs s'ajoutaient aupéril militaire. A Lyon et à Marseille les fractions extrêmes du parti républicain dominaient, il. Challemel-Lacour, en venant occuper la préfecture de Lyon, s'était trouvé prisonnier de la garde nationale des quartiers révolutionnaires ; celle-ci s'était emparée de l'Hôtel de ville le 4 septembre et avait organisé un comité de salut public. M. Ghallemel-Lacour réussissait cependant à faire des élections et à remplacer le comité par un conseil municipal. Le 28 septembre, les gardes nationaux révolutionnaires essayaient de reprendre possession de l'Hôtel de ville sous -la direction de Cluseret et de Bakounine (2). Ils étaient repoussés parles bataillons dévoués au préfet. A la suite de ce succès M. Ghallemel-Lacour avait pu commencer à exercer ses fonctions. Son autorité restait toutefois des plus précaires, il ne disposait d'aucune force organisée et il était obligé à beaucoup de concessions. G'est ainsi que, pour éviter la guerre civile, il avait demandé à la délégation de faire partir de Lyon le G'* Mazure, commandant la place, contre lequel la population

(1) Grémieux, Gouve^*n, delà Défense nation,, V* partie, p. 1^3.

(2) Ghallemel-Lacour, Enquête parlem,^ tome II, p. 460.

se soulevait avec violence (1). Le général refusant de se dessaisir du poste qu'il occupait avant d'en être relevé par ses supérieurs hiérarchiques, M. Challemel-Lacour avait pris sur lui de le destituer et môme de le faire emprisonner pour lui sauver la vie. Il se formait sous le nom de Ligues du sud-ouest et du midi, à Toulouse et à Marseille, des confédérations qui aspiraient à organiser à part, en dehors de l'action gouvernementale, la défense d'un certain nombre de départements. La Ligue du midi surtout, dans laquelle les opinions politiques extrêmes dominaient et qui laissait voir la tendance d'agir dans un intérêt purement local, donnait de graves inquiétudes. La délégation du gouvernement établie à Tours, faiblement constituée, se trouvait donc au-dessous de la tâche que la grandeur des périls militaire et politique nécessitait ; les hommes qui la composaient manquaient de prestige et d'autorité (2) pour s'imposer. Le pays ne se sentait pas gouverné (3).

Les membres de la délégation avaient un juste sentiment de leur faiblesse (4), aussi appelaient-ils de tous leurs vœux la réunion d'une assemblée à laquelle ils pussent remettre leurs pouvoirs. Us avaient rendu un décret convoquant les électeurs le 16 octobre pour nommer une assemblée. Le gouvernement de Paris s'était décidé au contraire à surseoir aux élections et il

(!) Challemel-Lacour, Enquête parlem,^ tome II, p. 473.

(2) Clément Laurier, Enquête parlem,, tome II, p. 41.

(3) Marc-Dufraisse, Enquête parlem.^ lomelV^ p. 436. (4j Fourlchon, Enquête par lenu, tome l, p. 636.

envoyait M. Gambetta porter à Tours un décret annulant celui de la délégation. M. Gambetta, accompagné de M. SpuUer, partait de Paris le 7 octobre, à onze heures du matin, par le ballon V Armand Barbes. Le ballon dans sa marche s'abaissa très-près de terre, les voyageurs faillirent tomber aux mains de Tennemi et essuyèrent une fusiHade qui leur fit courir de grands dangers. Ils descendirent à Epineuse, près de Montdidier, à neuf heures du soir; ils gagnaient de suite Amiens et arrivaient à Tours le 9 vers midi.

Le jour de l'arrivée de M. Gambetta dans l'aprèsmidi, il y eut une première réunion du conseil de la délégation (1), L'ordre du gouvernement de Paris de surseoir aux élections fut fort mal accueilli par les membres de la délégation (2). M. Marc-Dufraisse qui assistait au conseil s'éleva vivement contre cet ajournement. Cependant les instructions de Paris étaient formelles; M. Gambetta qui en était porteur décjarait qu'il n*y avait qu'à obéir. Les membres de la délégation cédèrent donc et renoncèrent à faire procéder aux élections. Le soir môme, la délégation se réunit une seconde fois (3). M. Gambetta nommé, le 4 septembre, ministre de l'intérieur, prenait tout naturellement possession à Tours du ministère dont il était titulaire ; il exposa en .outre que, pour imprimer une action plus énergique à la défense dans un aussi pressant péril, il fallait concentrer entre ses mains les deux minis*

(1) MsLTC'Dtiîrùssef Enquête parlem,, tome IV, p. 424.

(2) Crémieux, Gouvem, de la Déf. nat , l^ partie, p. 13.

(3) Alarc-Dufraisse, Enquête parlent , tome IV, p. 425.

tères de Tintérieur et de la guerre (1). M. Crèmieux ne consentit point à se démettre du ministère de la guerre (2). M. Gambetta fît alors connaître un décret du gouvernement de Paris qui lui accordait double voix au sein de la délégation, mais MM. Crèmieux et Glais- Bizoin opposés à sa demande annulaient sa double voix (3). L* amiral Fourichon, auquel on offrit de part et d'autre (4), comme transaction, de reprendre le ministère de la guerre, refusant le poste et se prononçant pour que M. Gambetta l'occupât de préférence à M. Crèmieux (5), fit pencher la balance. A partir de ce moment, M. Gambetta, titulaire des deux ministères de rintérieur et de la guerre, va se trouver investi d'un immense pouvoir.

L'arrivée inopinée de M. Gambetta produisit en province la plus vive impression. Il y avait dans ce voyage en ballon quelque chose de neuf et de hardi qui déjà parlait à l'imagination (6). Dans les villes que M. Gambetta avait traversées, Amiens, Rouen, Tours, la population s'était portée à sa rencontre; il avait tenu le langage du plus ardent patriotisme et appelé une lutte à outrance contre l'étranger. Sa parole passionnée avait quelque chose de vibrant, elle correspondait à ce que tout le monde sentait instincti-

(1) Marc-Duf caisse, Enquête parlem., tome IV, p. 422.

(2) Glais-Bizoin, Dictature de cinq mois, p. 86. (3Î Glais-Bizoin, Ibid., ibid,

{i) Gambetta, Enquête parlem., tome I, p. 555. Crèmieux, Gouvem. de la Déf. nat., P* partie, p. 13.

(5) Glais-Bizoin, Dictature de cinq mois^ p. , 86.

(6) Georges Sand, Journal d'un voyageur pendant la guerre, p. 101.

vement et avait de suite trouvé le cœur du pays. A la place d'un gouvernement faible, aux mains de vieillards, on voyait apparaître un homme jeune, énergique, plein de détermination. On avait voulu les élections pour constituer un gouvernement qui eût de la force et du prestige, mais M. Gambetta offrait tout cela en sa personne. Le décret d'ajournement des élections est donc favorablement accueilli, ainsi que la concentration de pouvoirs opérée entre les mains du nouveau venu (1). On était, en effet, dans une de ces situations où les anciens peuples créaient la dictature à court terme et spontanément : le péril immense et immédiat commandait de tout subordonner à l'action militaire. Aussi- M. Gambetta ne va pas seulement posséder dans la délégation une influence prépondérante, il va se trouver investi d'une réelle dictature. Ses collègues s'effacent devant lui, en partie dominés par sa supériorité personnelle, mais surtout guidés par le besoin qu'ils éprouvent, en commun avec la nation, de laisser l'organisation de la défense à un seul homme pour obtenir une action plus rapide et plus énergique.

Dès le 10 octobre, M. Ganïbetta déléguait M. Charles de Freycinet au ministère de la guerre. C'était un ingénieur déjà secrétaire, avec voix consultative, d'une commission militaire que l'on constituait auprès du gouvernement (2). Promu au rang de délégué du ministre, M. de Freycinet exercera sous le seul contrôle

(I) M. Gambettaj de son râle à Tours et à Bordeaux, p. U. f*i\ De Freycinet, Enquête pariem., tome Ul, p. 1.

de M. Gambelta une autorité absolue sur toutes les affaires du département de la guerre. Jusqu'alors on n'avait vu devant l'ennemi que de faibles corps, et, comme tout manquait, il paraissait impossible de re^ constituer de grandes armées. MM. Gambetta et de Freycinet se mettent à improviser les institutions et le mécanisme qui, seuls, peuvent permettre de les former.

Le manque d'officiers était le principal obstacle à vaincre pour encadrer de grandes masses; on chercha à y remédier par tous les moyens. On suspendit les lois sur l'avancement ; de simples lieutenants-colonels purent devenir généraux et être mis à la tête de corps d'armée. Le même mouvement ascensionnel se reproduisit à tous les degrés du commandement, on prit largement parmi les sous-officiers et même les anciens soldats pour se procurer des officiers de régiment. Le nombre des officiers ainsi obtenu demeuré insuffisant, on doubla l'effectif en hommes des compagnies. En dehors de ces mesures s'appliquant à ce qu'on pouvait obtenir avec les éléments restés de l'ancienne armée, on créa, à l'imitation des Etats-Unis pendant la guerre de la sécession j une organisation absolument nouvelle sous le titre d'armée auxiliaire (1). Pour en former les cadres, on conféra des grades, valables seulement pendant la durée de la guerre, d'abord aux officiers de marine, puis à des militaires étrangers, et enfin à des hommes pris dans la vie civile qui, par leurs aptitudes

(1) De Freycinet, La guerre en province, p. 52.

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et leur dévouement, parurent propres à exercer des commandements.

Les hommes destinés à remplir les cadres ainsi créés vinrent de sources .diverses ; Tappel des anciennes classes et de celle de Tannée courante donna deux cent trente mille hommes ; cent dix mille furent fournis par les gardes mobiles dont l'organisation avait été antérieurement fixée ; enfin lorsque, trouvant les

effectifs de la ligne et de la garde mobile trop faibles, on fit de nouvelles levées, la garde nationale mobilisée fut appelée à son tour à contribuer. En ajoutant les francs-tireurs, la cavalerie, l'artillerie et le génie, on arrive à un chiffre d'hommes armés et équipés de plus de six cent mille qui, avec les troupes déjà réunies à l'arrivée de M . Gambetta, permit à M. de Freycinet, entre le 10 octobre et le 9 février, démettre sur pied douze corps d'armée, du 15* au 26*.

' La délégation, pour suffire à l'immensité de la tâche, eut recours à l'initiative locale. Elle institua dans les départements menacés d'invasion des conseils de défense, et lorsqu'elle eut décrété que chaque département fournirait autant de batteries d'artillerie attelées, qu'il avait de fois cent mille habitants, l'organisation de ces batteries fut laissée aux autorités départementales. Il fallut du reste improviser à Tours tout un personnel d'administration; le nombre des employés de bureau amenés de Paris était absolument insuffisant. Au nombre des organismes nouveaux du ministère de la guerre se trouvait une commission d'armement présidée par M. Le Cespe. Elle deman-

dait en France à l'industrie privée, la fabrication d'armes nouvelles et la transformation du vieux matériel, . et achetait en même temps sur tous les marchés étrangers, particulièrement en Angleterre et aux États- Unis, les armes perfectionnées et les munitions de guerre ; elle parvint ainsi à se procurer six cent mille fusils et carabines à tir rapide et huit cents pièces de canon (1). Grâce à ces achats ajoutés au matériel qu'elle puisa dans les arsenaux, ou obtint de sa propre fabrication, la direction de l'artillerie, sous le contrôle du G** Thoumas, put livrer aux armées quatorze cents pièces de canon attelées de divers modèles (2). On réorganisa l'intendance ; les sujets spéciaux manquaient, on prit pour le personnel parmi les ingénieurs de chemin de fer habitués aux grands mouvements de transport. Les ingénieurs formèrent encore, sous le titre de Génie civil des armées, une organisation appelée à faire exécuter les travaux de défense des places ou de protection des troupes en campagne. On recueillit, par tous les moyens, des renseignements sur les positions et la marche des armées ennemies, on encouragea la formation de corps d'éclaireurs à cheval, et on centralisa en ime direction Tenvoi d'agents et d'espions sur le territoire envahi. Les cartes manquaient; à l'aide de la photographie, on livra aux officiers jusqu'à trente mille cartes. D'autre part, le rétablissement de la discipline dans l'armée fut poursuivi par des exemples sévères. Un décret fut rendu pour renvoyer devant

(1) Le Cesne, Commission d'armement , p. C2.

[1) î)e Freycinet, La guerre en province, p. 30.

les conseils de guerre les généraux qui se laisseraient ', surprendre.

M. Gàmbetta fit également sentir son action à Tintérieur. Les Ligues du midi et du sud-ouest prirent fin, et les velléités d'organisation séparée cessèrent. Le parti extrême maintenait à Marseille depuis le 4 septembre une situation anarchique, en se prévalant de la faiblesse du commissaire général, M. Esquiros ; un nouveau préfet, M. Gent, sut, par sa fermeté et au péril de sa vie, rétablir l'autorité du gouvernement central.

M. Gàmbetta, à son arrivée à Tours, le 9 octobre, •avait fait paraître une proclamation qu'il terminait en disant : « Il faut mettre en œuvre toutes nos res- « sources, qui sont immenses, secouer la torpeur des « camjDagnes, réagir contre les folles paniques, mul- « tiplier la guerre de partisans, et, à un ennemi fécond tt en embûches, opposer des pièges, surprendre ses « derrières, et enfin, inaugurer la guerre nationale. « La République fait appel au concours de tous; son « gouvernement se fera un devoir d'utiliser tous les a courages, d'employer toutes les capacités ; c'est sa « tradition à elle d'armer les jeunes chefs. Nous en « ferons. Le ciel lui-même cessera d'être clément pour « nos adversaires ; les pluies d'automne viendront, « et, contenus, retenus par la capitale, les Prussiens « si éloignés de chez eux, inquiétés, troublés, pource chassés par nos populations réveillées, seront décia mes pièce à pièce par nos armées, par la faim, par c( la nature. Non I il n'est pas possible que le génie de « la Frauce soit voilé pour toujours, que la grande na-

« tion laisse prendre sa place dans le monde par une « invasion de cinq cent mille hommes.

« Levons-nous donc en masse et mourons plutôt que « de subir la honte du démembrement. A travers tous « nos désastres, et sous les coups de la mauvaise force tune, il nous reste encore les sentiments de Tunité « française, de l'indivisibilité de la république. Paris, « cerné, affirme plus glorieusement encore son immor- « telle devise, qui dictera aussi celle de toute la France: « Vive la Nation I Vive la République ime et indivise sible !»

Lorsque le pays entendit tenir ce langage, lorsqu'il vit organiser si rapidement de nouvelles armées, il prêta son concours sans réserve à M. Gambetta et au gouvernement républicain. Toutes les dissidences prirent fin, les partis politiques disparurent. Dans les classes moyennes, dans le peuple des villes, dans le clergé, parmi les descendants de la vieille noblesse qui avaient particulièrement conservé les traditions de l'honneur militaire, Télan était spontané et la déternùnation de poursuivre la lutte virile et générale. Si quelques honimes isolés, surtout dans les campagnes, ressentaient une réelle épouvante de Timmensité des efforts à s'imposer, une sorte de pudeur faisait au moins refouler la manifestation de pareils sentiments et empêchait que le signe visible d'aucune défaillance ne se produisît.

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