‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873 (volume 2)Chapitre 6 sur 18 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'armée de la Loire.

Les Allemands, après avoir réalisé rinvestissemeut de Paris, ne voyant aucune force sérieuse les menacer, s'étaient abstenus d'étendre au loin leur rayon d'occupation. Les Français avaient pu disposer autour d'eux un cordon de troupes passant entre Goarnay et Neufchâtel en Normandie, et continuant par E vreux, Dreux, Chartres, Arthenay et Pithiviers. Les fragments de corps ainsi dispersés, dans un état d'indécision absolu sur le plan de campagne à suivre, étaient presque exclusivement composés de gardes mobiles, de francs-tireurs, placés sous des chefs divers, agissant sans unité.

La délégation de Tours était cependant arrivée à former des concentrations sur deux points, dans les Vosges êî à Orléans. Dans les Vosges, le G'* Cambriels avait réuni le noyau d'une aimée, mais après une série d'affaires malheureuses à la Bourgonce, Cussey , Châtillon-le-Dac, où s'était révélé tout ce qui manquait d'organisation et de discipline à ses troupes (i),il était

(1) G** Crouzat, Le 20* corps^ p. 3. £a République et la guerre à ^""onçon, par an patriote comtois, p. 45.

obligé de chercher refuge sous la place de Besançd et à la fia d'octobre toute lutte sérieuse cessait de ce côté. A la suite des paniques qui avaient momentanément fait abandonner Orléans, la délégation s'était décidée à y réunir des forces sérieuses pour s'y maintenir et tenir en échec la cavalerie ennemie qui parcourait la Beauce. Le 5 octobre, une colonne française, envoyée en reconnaissance d'Orléans, rencontrait la cavalerie ennemie à Toury, la rejetait sur Étampes, et lui enlevait un convoi de vivres. Le grand quartier général prussien, pour mettre fin aux inquiétudes qui lui venaient de ce côté, prenait alors ses mesures pour occuper Orléans. Le I" corps bavarois, la XXIP division prussienne avec trois divisions de cavalerie, sous le commandement du général bavarois von der ' Thann (1), étaient chargés de cette mission. Au même moment, les Français faisaient venir eux-mêmes à Orléans le 15' corps sous les ordres du G'^ de La Motterouge. La concentration de ce corps n'était pas encore terminée lorsque, le 10 octobre, les Bavarois, dans leur marche en avant, rencontrèrent une fraction des forces françaises àArthenay etlamirenten déroute. Le lendemain, Orléans était attaqué. Quelques régiments isolés firent seuls une défense vigoureuse, à la gare des Aubrays et à l'entrée des faubourgs. Le G"* de La Motterouge montra la môme faiblesse que ses prédécesseurs (2); il se mit de suite en retraite, abandonna

ri) Guerre franco-allemande ^11* partie, p. 219.

(2) Baguenaiilt de Pachesse, Varmëe de la Loire^ p. 28. Auguste

la ville pour se couvrir de la Loire, et ramena le 15® corps en désordre sur la Ferté-Saint-Aubin.

Le G'^ d*Aurelle de Paladines, appelé au commandement du 15* corps e^n remplacement du G** de La Motterouge, établit son quartier général à Salbris, entre Orléans etVierzon.il choisît la ligne de la Sauldre pour rallier son corps d*armée et organiser un nouveau corps, le 16®. Le G'» d'Aurelle s'appliqua par des mesures sévères à discipliner et à instruire ses jeunes troupes, et en peu de jours les forces placées sous ses ordres avaient acquis un degré de discipline et d'instruction tout nouveau. Le 24 octobre, à un conseil de guerre réuni à Salbris, auquel prit part M. de Freycinet, on forma le projet de reprendre Orléans, en partant de Blois et en s'avançant par la rive droite de la Loire. Le 26 octobre, à une nouvelle conférence tenue à Tours, en présence de M. Gambetta, et à laquelle était venu assister le G»^ d'Aurelle, la reprise d'Orléans fut définitivement résolue (1).

Le 27 octobre, les 15* et 16* corps formant l'armée de la Loire furent transportés, par chemin de fer, de leurs campements sur la Sauldre, à Blois, pour marcher immédiatement sur Orléans. Mais arrivé à Blois, le G'* d'Aurelle, impressionné par le mauvais temps survenu et divers contre-temps, hésitait et suspendait le mouvement; il le reprenait au bout de quelques jours. Le 9 novembre, l'armée de la Loire rencontrait

Boucher, Journal d'un bourgeois d'Orléans^ p. 18. Glais-Bizoin, Dictature de cinq mois, p. 63.

(1) G'^ d'Aurelle, La V* ai*mée de la Loire, p. 41.

les Bavarois à Coulmiers, entre Orléans et Beaugency. Les Français se rangèrent en bataille au milieu d'une plaine unie, dans un ordre parfait, qui montrait les progrès rapides qu'avait faits la jeune armée (1) ; à droite, s'étendant jusqu'à la Loire, le 15' corps sous les ordres directs du général en chef ; à gauche, le 16®, sous ceux du G'^ Chanzy. Les Bavarois restèrent sur la défensive, retranchés à Coulmiers et dans les villages et les fermes environnants; les Français les attaquèrent, et Ib soir avaient enlevé tous les villages. Les Bavarois laissèrent sur le champ de bataille 800 hommes et perdirent deux canons. Les Français avaient environ 1,500 hommes hors de combat. Les Bavarois, repliés sur Toury, y furent renforcés par des troupes prussiennes placées sous les ordres du grandduc de Mecklembourg, qui succéda dans le commandement au G'* von der Thann.

Les Français avaient remporté une victoire, la première depuis le début de la guerre, mais les Bavarois devaient s'estimer heureux de s'être tirés sans plus de perte de la situation périlleuse dans laquelle ils s'étaient trouvés. Ils n'avaient eu que 22,000 hommes à opposer (2) à 70,000 (3) Français, et ceux-ci avaient combiné, pour les prendre à revers deux mouvements qui, s'ils eussent réussi, eussent pu amener leur entière destruction. Pendant que les 15® et 16* corps se mettaient en marche de Blois, .une division de 20,000 hom-

(1) G"* d'Aurelle, La !'• armée de la Loire, p. 102.

(2) Guerre franco-allemande, H^ partie, p. 133, 134 supplément.

(3) G** Borel, Enquête parlem., tome lU, p. 487.

10^ LA DEFOSfî NATIONALE.

mes SOUS les- ordres du G^ Martin da» Palliéres partait de Giea à l'opposé, pour atteiudre Orléans au moment même où ou avait calculé que les corps Teoant de Biois y aiTÎveraieut l); mais les Bavarois^ en sortant d'Orléans et enVavançant versCoulmiers à la rencontre du gros de Tarmée de la Loire, avaient fait manquer la concordance et évité l'attaque simultanée (2). A Coulmiers même, pendant la bataille, les Français avaient disposé leur cavalerie sur leur gauche, pour tourner Tennemi et le couper de sa ligne de retraite sur Paris* La cavalerie, mal conduite par le Gr*^ Reyuu (3) , avait complètement manqué ce mouvement.

La victoire de Coulmiers eut en France et en Europe un grand retentissement. L^armée de la Loire, coasid^ée jusqu'alors comme un simple rassemblement sans consistance,, parut désormais une force sérieuse, susceptible d'imprimer un cours nouveau aux événements. En France, les courages s'afTermirent, la confiance qu'on avait placée dans le gouvernement de M. Gambettafutconsolidée.Cette victoire venait àpropos pour contre 'balancer l'impression causée par la cbute de Metz, qui avait capitulé le 27 octobre. L'immensité de ce désastre, qui rendait à l'ennemi la disposition de l'armée immobilisée par le blocus, n'avait cependant pas fait naître le découragement qu'on eût pu en attendre d'une vue de sang-froid. On était au

(t) C Martin des Pallières, Orléans, p. 69.

(2) G*i Borei, Enquête parient., tome Uî, p. 485.

(3) G** Cbanzy, La 2* armée de la Loire, p. 31. Auguste Bouclier, bataiile de Coulmiers, p. 33.

premier moment de la résistance, plein d*élan, se refusant à rien découvrir dans les événements qui pût ôter l'espoir. Aussi la proclamation que la délégation avait fait paraître en apprenant cette fatale nouvelle avait-elle trouvé de Técho. M. Gambetta excitait la nation à redoubler de résolution, et, comme il avait appris que des négociations politiques avaient été poursuivies à Metz avec l'ennemi, il accusait hautement le M'^ Bazaine de trahison :

« Français, élevez vos âmes et vos résolutions à la « hauteur des effroyables périls qui fondent sur la patrie. Il dépend encore de vous de lasser la mau- « vaise fox'tune et.de montrer à T univers ce qu'est un a grand peuple qui ne veut pas périr, et dont le cou- « rage s'exalte au sein même des catastrophes.

(c Metz a capitulé !

(( Un général sur qui la France comptait, même « après le Mexique, vient d'enlever à la patrie en dan- « ger plus de cent mille de ses défenseurs. Le M'^ Ba- « zaine a trahi I il s'est fait l'agent de l'homme de « Sedan, le complice de Tenvahisseur, et, au mépris de « l'honneur de l'armée dont il avait la parole, il a lice vré, sans même essayer un suprême effort, cent vingt « mille combattants, vingt mille blessés, ses fusils, ses « canons, ses drapeaux et la plus forte citadelle de « la France, Metz^ vierge jusqu'à lui des souillures de « l'étranger ! un tel crime est au-dessus même des «châtiments de la justice; et maintenant, Français, ce mesurez la profondeur de l'abîme où vous a préci- « pités TEmpire. Vingt ans la France a subi ce pou-

104 hk DÉFENSE NATIONALE.

<( voir corrupteur, qui tarissait en elle les sources de c( la grandeur et de la vie. L'armée de la France, dé- (c pouillée de sou caractère national, devenue, sans le (( savoir, ua instrument de règne et de servitude, est (( engloutie, malgré Théroîsmedes soldats, par la trace hison des chefs, dans les désastres de la patrie

« Quelle que soit retendue du désastre, il ne nous (c trouve ni consternés, ni hésitants ; nous sommes (c prêts aux derniers sacrifices, et, en face d'ennemis <t que tout favorise, nous jurons de ne jamais nous « .rendre ; tant qu'il restera un pouce du sol sacré sous « nos semelles, nous tiendrons ferme le glorieux draa peau de la Révolution française. Notre cause est « celle de la justice et du droit. L'Europe le sait, l'Eu-

cc rope le sent Pas d'illusions, ne nous laissons

a ni allanguir, ni énerver, et prouvons, par des actes, « que nous voulons, que nous pouvons tenir de nous- <c mômes l'honneur, l'indépendance, l'intégrité, tout « ce qui fait la patrie libre et flère. Vive la France I « Vive la République une et indivisible 1 »

La guerre avait pris, depuis le 4 septembre, un aspect nouveau. La Résistance était devenue réellement nationale. Tout le monde maintenant participait aux efforts à faire. Les espérances et les sentiments qui se faisaient jour étaient sans doute mélangés d'idées fausses et d'illusions, on n'en assistait pas moins à un élan général de patriotisme et de. dévouement personnel qui avait manqué sous l'empire. On avait été douloureusement frappé, aux premiers jours de l'invasion, de l'impunité avec laquelle l'ennemi avait partout

lancé ses cavaliers à de grandes distances pour s'éclairer. On formait, pour remédier à cet état de choses, de nombreux corps de francs-tireurs volontaires. Ces corps, bien que divers par l'organisation, la discipline et le courage rendaient de grands services. Ils harcelaient Tennemi, lui enlevaient des détachements, mettaient obstacle aux reconnaissances et aux surprises de ses éclaireurs, pendant qu'ils contribuaient au contraire à garder et à renseigner les corps de troupe français.

On ne voyait plus les villes s'abandonner à de faibles partis ennemis. Elles résistaient autant que possible et ne se rendaient qu'à des forces supérieures. Plusieurs même se défendaient sans autre espoir que de sauver l'honneur. Les citadins, les gardes nationaux combattaient à côté des troupes régulières. A Saint- Quentin, le 9 octobre, le préfet, M. Anatole de la Forge, arrêtait derrière les barricades, à la tête des gardes nationaux, des pompiers et des francs-tireurs, une colonne ennemie qui voulait s'emparer de la ville et la contraignait à se retirer (1). Le 18 octobre, Châteaudun était attaqué par la XX ÏP division, venant d'Orléans sous les ordres du Gr*^ de Wittich (2). Les Allemands trouvèrent les entrées des rues barricadées. La ville était occupée par les francs-tireurs de Paris commandés par le colonel Lipowski, par des francs-tireurs de Nantes et de Cannes, soutenus par

(1) Abel Deroux, Vinvasion dans l'arrondissement de Saint- Quentin, p. 37.

(2) Guerre franco-allemande, l\* partie, p. 242.

106 hk DÉFENSE NATIONALE.

une partie de la garde nationale sédentaire ; elle résista huit heures au bombardement et aux attaques de Tennemi, qui dut emporter d'assaut les barricades en subissant de fortes pertes. Les obus avaient mis le feu à de nombreuses maisons ; les Allemands victorieux en incendièrent de nouvelles (1); deux cent trentecinq maisons furent ainsi détruites (2). La délégation de Tours déclara par décret que la ville de Châteaudun avait bien mérité de la patrie. Le 30 octobre, la division badoise, sous les ordres du G'^ de Beyer, arrivait devant Dijon qui n'avait qu'une faible garnison. Le conseil de guerre, assemblé, déclarait toute résistance impossible ; il faisait partir les troupes et désarmer la garde nationale pour sauver les armes. Cependant la population avait absolument exigé qu'on se défendit, on avait donc réarmé la garde nationale et rappelé les troupes. On se battait toute la journée du 30, et on arrêtait l'ennemi à l'entrée des faubourgs où l'on avait organisé la résistance. La ville capitulait le lendemain pour faire cesser un bombardement qui avait déjà allumé plusieurs incendies. Sur les six cents hommes mis hors de combat dans la défense de Dijon^ cent quatre-vingts appartenaient à la garde nationale urbaine ou du département (3).

Pour dompter le soulèveâient national et empêcher

(1) Gastave Isambert, Combat et incendie de Châteaudun^ p. 49. Coudray, Défense de Châteaudun^ p. 49. Rapport adressé au maire de Gliâteaudun par le capitaine des pompiers.

(2) Rapport du maire de Ch&teaudun au ministre de Tintérieur.

(3) Clément Janin, Journal de la guerre de 1870-71 à Dijon^ !'• partie, p. 95.

les populations civiles de participer à la défense, les Allemands avaient recours à la terreur et ils imprimaient à la lutte le caractère sauvage de la guerre de conquête. Dès la bataille de Sedan, ils avaient incendié le village de Bazeilles et fusillé onze habitants accusés d*avoir secondé la résistance des troupes françaises (1). Ils devaient répéter les actes de ce genre par tout le territoire envahi, chaque fois que des agressions leur feraient sentir le besoin de semer l'épouvante. Les villages d'Ablis, près de Vendôme, de Givry et de Varise, près dcChâteaudun, d'Etrepagny en Normandie, de Fontenay, près de Toul, de Parmain, près de llsle-Adam, allaient être par eux livrés aux flammes, pendant qu'ils fusillaient les hommes qui, n'appartenant pas aux troupes régulières, étaient pris les armes à la main. A mesure aussi que les hostilités se prolongeaient, la pratique du vol et du pillage se révélait dans les armées allemandes. Les convoyeurs à la suite des corps recelaient et expédiaient le butin, et on voyait jusqu'à des officiers faire mainbasse dans les maisons sur les objets à leur convenance (2).

L'armée de la Loire s'était arrêtée à Orléans après la bataille de Coulmiers. Le 12 novembre, MM. Gambetta, de Freycinet, les généraux d'Aurelle, Borel, Martin des Pallières, M. Péreira, le préfet d'Orléans, se réunissaient en conseil. Ils se demandèrent s'ilfal-

(1) GabrieljMonod, Souvenirs de campagne, p. 55, Sedan en 1870, par un Sedanais, p. 138.

(2) Gabriel Monod, Souvenirs de campagne, p. 60.

10»^ LA OEFBCfa^ :tATIQ:7&LH.

lait ifij^nsidrct de s^iite r<affeaaLT^ at iiiacdi]fsr sur Paii& Aucun d'ôiix. Q Qsa résâlùmeut msannaasÈder ce ^arti (1 . . Ou mcounut quA \s& foirais^ doukaa disposait étaient snaorQ insutfisantes> pour déblûqu^r Paris, et on décida qulan resterait pour Le momiËaità Oriéaus, en ae fortiflant dauâ^ uu aump retrauché. Ou prit de suite deâ^ mesurer pour ratabiiôgfâineut du. camp Qt oa fit venir le matériel aécesisairâ à ^qu armemfflit. Sh même tempâ la délégatàon se hâta d'acuroîke TefS^ctif de Tarmée. De» le 19 uâvembra, troia- aouveaœt ccurps étaient adjoint» à raroiée de la Luire qnlf désormais, compta environ deux ceut mille hamme» (2) divisés en cinq corps; 15*, G*^ Alartiu des^Pallières; 16% G»* Chaiizy; 17% G-^ de Souiâ^;, 1*», G»* Billot; 20» 6^ Crouzat; le G"* d'Aureile da Poladines» commandant en cbeL

L'armée de la Loire ainâ^ grc^ass^ oit se préoccupa de nouveau du plan d'opération à adopter» Le G^ d*Attrelle se prononçait absolument pour demeurer à Orléans, aân de recevoir dans le camp retranché TaJiaque de Tenneml II était, avant tout, frappé de Iiiifé-riorité de «on armée à Tégard des armées de TÙsille kfraMum de Tennemi, surtout pour ToffensiTe qui néeessile des mouvements compliqués et met dans la plus mauvais#e situation de» armées improYisées. MM, Oambetta et de Freydnet étaient au contraire d^avis de marcher sans retard en avant pour Mre lever le siège de Paris* Les résultats de cette opération défi) Bagocfiftalt de Pachesse, L'armée de la Loire^ p. 37. (3) Voir lu noui B.

vaient être tellement décisifs, en cas de succès, qu'il fallait, à leurs yeux, tout sacrifier pour la tenter. La prise de Metz, en rendant disponible l'armée du prince Frédéric-Charles, commandait du reste d'agir • de ' suite. Si on différait l'entreprise jusqu'à ce que les renforts, envoyés de Metz, fussent arrivés, ils devaient assurer à l'ennemi une telle supériorité que toute tentative d'offensive deviendrait impossible, ou ne pourrait plus s'effectuer qu'avec des chances énormément accrues d'insuccès.

Il y avait d'autant plus lieu d'agir avant l'apparition du prince Frédéric-Charles, que les avantages de la défensive étaient en somme des plus restreints, par suite des mauvaises conditions de l'emplacement d'Orléans. Les environs d'Orléans n'offrent aucune disposition de terrain favorable à la défense, les travaux d'un camp retranché ne pouvaient remédier à la faiblesse naturelle du lieu, on était, après comme avant, obligé de recevoir l'ennemi en plaine, avec ses ailes en l'air et un grand ffeuve à dos. Dans cq^ conditions les avantages que devait donner- aux Français la défensive sur l'offensive, ne pouvaient en rien compenser la supériorité qu'assurerait à l'ennemi le retard, mis à l'attaquer, qui lui permettrait de faire arriver le prince Frédéric» Charles. En bivouaquant immobile autour d'Orléans au froid et dans la boue, on épuisait du reste la somme d'ardeur qu'avait procurée aux troupea la victoire de Coulmiers, et le moral des hommes .se troiiverait affaibli avant tout combat (1).

(1) Bertrand de Beuvron, Journal d'un aumônier militaire,^, 9?.. II. 10

110 LA DEFE5SK NATIONALE.

MM. Gambetta et de Freydnet, le chef d'état-major de rarmée. G** Borel (1), se prononçaient donc pour que l'on marchât en ayant, ils demandaient au moins qu'on se portât à la rencontre des corps d'observation que l'ennemi maintenait entre Orléans et l'armée d'investissement de Paris. Le G^ Chanzy proposait en particulier au G*^ d'Aurelle d'avancer avec son corps dans la direction de Chartres, pour attaquer le grand-duc de Mecklembourg (2).

Toutes les instances auprès du général en chef de* meuraient vaines. MM. Gambetta et de Freycinet lui écrivaient à diverses reprises, ils le pressaient d'agir, et lui demandaient de leur soumettre im plan d'offensive avec Paris pour objectif (3). Le général exposait les raisons de détail qu*il pouvait avoir de ne rien faire et se renfermait dans l 'abstension. La raison déterminante de sa conduite était la résolution dans laquelle il persistait plus que jamais d'attendre l'ennemi sur les positions d'Orléans (4). N'ayant pu décider le G** 4*Aurelle à se porter en avant, le ministère de la guerre, à Tours, arrête lui-même un projet d'offensive et donne les ordres d'exécution aux chefs de corps. Le fr* d'Aurelle garda la direction des 15* et 16* corps et M. de Freycinet prit celle des 17*, 18' et 20*. Le 17* effectua sur la gauche des opérations qui n'amenèrent aucun engagement important. Les 18*

(1) De Freycinet, Enquête parlem,, tome UI, p. 5*

(3) G*i Cbanzy, La 2* armée de la Loire, p. 48. (8) De Freycinet, La Guerre en province ^ p. 41.

(4) G*i d'Aurelle, La l^ armée de la Loire, p. 158, 172.

L'ARMÉE DE LA LOIRE. Hl

et 20« furent dirigés sur Pithiviers. Le plan de M. de Freycinet, pour la marche sur Paris, faisait passer l'armée par Pithiviers etla forêt de Fontainebleau. Le mouvement des 18* et 20« corps vers Pithiviers devait du reste produire un double résultat : il mettrait ces deux corps sur la route que toute l'armée de la Loire était destinée à suivre pour se porter sur Paris, et, en inquiétant Fennemi, il ferait rappeler le duc de Mecklembourg, qui se montrait vers le Mans et donnait des craintes pour la sécurité de la ville de Tours et la gauche de l'armée de la Loire.

Les 18« et 20' corps avaient été primitivement placés devant Gien et Briare. En marchant sur Pithiviers le 20® corps rencontrait Tennemi, le 24 novembre, à Ladon et Maizières, et le 28, les 20® et 18* corps réunis livraient bataille à Beaune-la-RoUande. Les Français réussirent à refouler en partie Tennemi hors de Beaune-la-Rolande, ils ne purent cependant occuper la ville, les Prussiens y rentrèrent le lendemain et y demeurèrent , sans être de nouveau attaqués (1). A la suite de la bataille de Beaune-la-Kollande, les divers corps de Tarmée de la Loire se trouvaient placés : les 18® et 20®, à Bellegarde et Chambon, sur la route de Pithiviers ; les 16® et 17® à Sainte- Péravyet la forêt de Marchenoir; le 15®, à Chevillyet Chilleurs en face d'Orléans. L'armée occupait de la sorte un front de trente lieues, (2) elle avait ses deux masses principales aux ailes, faiblement reliées pa-

(1) G*" Cpouzat, Le 50* corps, p, 24.

(2) G»* Borel, Enquête parlem,, tome III, p. 490.

le 15* corps au centre. Les ailes se trouvaient en outre séparées Tune de l'autre par la forêt d'Orléans dont les routes défoncées rendaient toute communication transversale des corps entre eux à peu près impossible. Telle était la situation lorsqu'arrive à Tours la nouvelle d'une grande opération qui va être tentée à Paris. Le G** Trochu annonce que le G*^ Ducrot sortira de Paris le 29 décembre, pour forcer la ligne ennemie au sud et marcher sur la Loire vers Gien, Le ballon porteur de la nouvelle est parti le 24, mais il est tombé en Norvège, ses dépêches ne sont arrivées à Tours que le 30, la sortie est fixée pour le 29, Tarmée de Paris doit donc être déjà engagée. M. de Freycinet part de Tours immédiatement, et le 30 au soir réunit en conseil, à Saint-Jean de la Ruelle, près d'Orléans, les généraux d'Ainrelle, Borel et Chanzy. M. de Freycinet communiqua aux généraux les dépêches reçues de Paris, il dit qu'en prévision de l'arrivée du G*' Ducrot vers Fontainebleau, il y avait lieu de diriger de suite l'armée de la Loire sur Paris, par Pithiviers et la forêt de Fontainebleau. Les généraux représentèrent les dangers d'une pareille opération en face d'un ennemi qui pouvait être en forces à Pithiviers (1); ils firent aussi valoir qu'avant de prendre l'offbnsive, il faudrait concentrer les corps derrière la forêt d'Orléans pour déboucher en masse. (2) sur le point choisi. Mais M. de Freycinet insista sur le fait que le G'* Ducrot pouvait avoir forcé la ligne d'investissement et être

(1) G** Chanzy, La 1* armée de la Loire^ p. 57.

(2) Gr^ Borel, Enquête par lem,, tome m, p. 491.

déjà en route, que si on perdait du temps pour se concentrer derrière la forêt, on courrait le risque d'amener sa perte en le laissant sans appui au milieu des armées ennemies. Le point de vue de l'aide à donner au G*^ Ducrot finit par l'emporter sur toute autre considération auprès des membres du conseil (1). La marche de tous les corps de l'armée de la Loire sur Pithiviers fut donc décidée. Les 16® et 17^, placés à gauche d'Orléans, et le 15«en avant de la forêt, à la distance la plus grande de Pithiviers, durent se mettre en mouvement les premiers.

Le 1*' décembre le mouvement de l'aile gauche de l'armée commença. l/17' corps venant delà forêt de Marchenoir n'était pas encore prêt à entrer en ligne, et le 15' corps en face de la forêt d'Orléans devait moins s'avancer que le 16®, aussi ce fut sur ce dernier corps que porta tout le poids de l'action. Le 16* corps partit de Sainte-Péravy et de Patay pour se diriger sur Toury et AUaines (2), il rencontra une résistance vigoureuse, mais ses efforts furent couronnés de succès. Le soir venu il avait chassé les Bavarois du château de Villepion qui formait le nœud des positions attaquées. Le lendemain, le G** Chanzy reprit son mouvement; il venait d'apprendre la sortie du G*^ Ducrot et la nouvelle d'un grand combat livré à Ghampigny où l'armée de Paris avait couché sur ses positions, il était lui-môme victorieux de la veille ; il se portadoncen avant plein d'espoir, pour assaillir Loigny

(1) G'* Borel, Enquête par1em,i tome IH, p. 490.

(2) G'i Chanzy, la 2* armée de la Loire, p. 58.

114 LA KfVCSE XâTIO^UU.

ei pooisaÎTie sa marche scr TooiT .J ;. n léosât d'abovd às'anparo'de Loîgny, maïs miefoîs lecQmhat engagé ramoni ne cessa de déconnir de noorelles forces. Le 16* corps dot se mettre sur la défensÎTe di lÀealôi perdit da torain ; le soir Tenu il se troarait lam^xé sur les positions da matin. En Tain nne diriâon da I5i* corps essaye nne dirersion sor la droite da 16% le 15* corps assailli hô-même Tigoareosonent se maintient arec peine sor ses positions. Le G*^ Soois n'arait pa amener sor le terrain, dans Fâoîgnement où £ se troQTait, qa^ane fraction da 17* corps. Le soir, ses troapes pliant et des lêgim^its de noa- Telle formation se débandant {2, il aTait réossi en aTant de Fatay à animer Tennemi à la tête des xooaves pontifîcanx, mais il était resté gnèrement Uessé sur le champ de hatailîe ainsi qoe le colonel de Charette, ^ sur 3ùO lOoaYes, i9â étaioit hoKS de combat. Le 16* ovps, et nne fraction des 15^ et 17* étaient donc refoalés, et ils avaient déconTert derant eux de grandes forces amemîes ooncen-

Les prériâons formées an conseil de Saint-Jean de la Kaelle étaient déjDoées. Lorsqa'on s'était décidé à marcher ecfin sor Puis on ignorait la situation exacte de Tennemi; les généraox pensaicait tronTer les Pnissiais concentrés à Pitoixiers ; les p!ns optimistes HM. Gambetta et de Freycinet allaient josqn'à supposer qa'on n'épronrerait point de résistance

T G' CkiazT. £« r «ver db Jk £«r«^ ^ e.

^3 G-'deS«icts£ifaArycr>H.,1iMem.p).»I.

L'ARMÉE DE U LOIRE. il5

rieuse à Pithiviers (1), les corps ennemis ayant dû se porter au secours de Tarmée d'investissement de Paris, pour s'opposer à la sortie du G*^ Ducrot. Cependant à ce moment môme le prince Frédéric-Charles arrivé de Metz avait déjà tout disposé pour s'emparer lui-même d'Orléans. Il avait ramené vers Toury les deux corps du duc de Mecklembourg, I" bavarois et XIII* prussien qui avaient opéré du coté de Chartres, il leur avait joint trois corps de la IP armée, les III', IX® et X% venus de Metz et il se dirigeait avec ces forces concentrées droit sur Orléans.

Le mouvement de l'armée de la Loire sur Paris devenait impossible. Dans la situation où ils se trouvaient le 2 décenibre au soir, il ne restait plus aux Français qu'à passer de Toffensive à la défensive, pour s'appuyer sur le camp retranché d'Orléans. Le 3 décembre les 16« et 17* corps se replient sur la gauche d'Orléans. L'ennemi les néglige; il les talonne simplement pour les occuper, et il porte son effort sur Orléans. Il n'y a en avant de la ville et de la forêt que ïes trois divisions du 15* corps, l'ennemi pèse maintenant sur elles de tout son poids. Les divisions Martineau et Peytavin placées à Artenay battent en retraite dans la journée du 3, elles opposent une résistance énergique et tiennent tête à Chevilly jusqu'à la nuit, protégées par les canons de marine du camp retranché, dont le gros calibre contint l'ennemi aussi longtemps qu'il ât jour. Mais les armées improvisées

(1) G'^ Borel, Enquête parlem,, tome m, p. 491.

116 lA IkÊFSnSE RATIWALE.

sont pen capables d'efforts prolongés, la nuit venue les hommes tcnnbèrent dans une panique et one démorali^ sation ctHoplètes, ils s'enfuyaient à la débandade, sans qu'on put les retenir derrière les épaulements du camp retranché. La troisième division du 15* corps attaquée de son côté à ChiUeurs, reculait à travers la forêt, et arrivait à Orléans dans une égale désorganisation. Le 4 décembre au matin l'évacuation de la ville était devenue inévitable et Tordre de Tezécuter était donné. Dans Faprès-midi, le Gr*^ d'Aurelle re* prenait espoir et essayait de nouveau de se maintenir, il reconnut bien vite l'inutilité de la tentative. Le soir Orléans était évacué à la suite d'un accord intervenu avec l'ennemi pour éviter le bombardement (1). Le 15* corps traversait la Loire et se retirait désorganisé sur La Ferté Saint-Âubin, laissant un grand nombre de traînards et d'hommes débandés prisonniers. Les 16* et 17* corps coupés de leurs communications avec Orléans, n'avaient pu prendre part au combat. Quant aux 18* et 20* corps sur la droite, ils étaient restés, au cours de cette série d'opérations, complètement inutiles. Lorsqu^ou avait décidé à Saint- Jean de la Ruelle une attaque simultanée de tous les corps sur Pithiviers, les 18* et 30* déjà rendus en face de cette ville devaient attendre,* pour se mettre en marche, que les corps de l'aile opposée les eussent rejoints. Pendant que les 15*, 16* et 17* commençaient leur mouvement, ils étaient donc restés immobiles,

1) G*i Martiii des Palllères, Orléans^ p. 227.

mais lorsque TofFensive vigoureuse de rennemi vint brusquement renverser les combinaisons arrêtées et qu'il fallut se replier sur le camp retranché, ils se trouvèrent placés à ime trop grande distance d'Orléans pour pouvoir arriver en temps utile et contribuer à la défense de la ville.

En portant son effort sur le point faible de la ligne française, le .centre, pour l'écraser, le prince Frédéric- Charles avait donc coupé en deux l'armée de la Loire et fait échouer, sa tentative d'offensive. Les Français, pour avoir perdu du temps, pour avoir divisé le commandement, pour être restés sans unité de vue, avaient également manqué les deux opérations qui s'offraient à eux, la marche sur Paris et la défense des positions retranchées d'Orléans.

Orléans occupé par l'ennemi, les corps de l'armée de la Loire battaient en retraite dans des directions divergentes. Les 20® et IS** corps passaient la Loire à Jargeau et Gien pour se réunir au 15* corps vers Bourges, les Prussiens s'avançant jusqu'à Vierzon, La retraite fut excessivement pénible. Le froid était devenu intense. La Loire charriait. L'équipement de l'armée était resté incomplet. Les hommes manquaient en partie de chaussures, de havre-sacs, ou n'avaient que des vêtements de toile (1). Dans ces conditions les souffrances physiques s'ajoutaient à la démoralisation de la défaite, des masses d'hommes se cachaient dans les fermes ou s'enfuyaient à de gran-

(1) G*> Cronsat, Le 20» corps, p. 56.

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^K,u^^ .:ï^> -?!? -^re»cu:jaa rvaci*le±e à la L»arft, à traite i^^^AA^-.-o» Aj; lî.ni-^Uîf^t ifi Bâaugency. Ljl fiarêt de -\iai:^.^-i-v«r rtsc^ uiîrindnsssi2}k la pLas gandie partie ^o . eicr^v. ^^ joiapn^e duîre les ieox rÎTièxes^ die ne lcw»d«? ^ 3\.-wt;;»^«e à une aiinée qa un espace déconrert ^e >AiZ« k.-c;uièire&» le lon^ de la Loire. (Test oepa»a<»^ei^î$sK}«?rrèque le G*' Chanzj Tint occuper, pocr barrai larouitf aux Allemands. La délégation loi e&Toya, cuxtixae rt^uiort, un nouTean corps, le 21* <M^gamséan Ma^ii». ei uue diTision formée à Tours sous les ordres du G^ Camo. L'armée du G^ Chanxy prit le titre de 2* armée de la Loire, le 16* corps sous les ordres de raaûral Jauréguiterry; le 17% du G** de Colomb; le 21», de l'amiral Jaurès. Les 15*, 18* et 20* corps retirés à Bourges formèrent une armée distincte, dite 1** armée de la Loire sous les ordres du G** fiourbaki. Le G*^ d'Âurelle de Paladines auquel on avait, à la place de son grand commandement, offert un poste secondaire, le commandement des lignes de Garentan, qu'il avait refusé, rentra dans la retraite.

Le G** Ghanzy se trouva établi, le 5 décembre,

sur les positions qu'il avait choisies pour attendre

l'ennemi. Le 21* corps gardait la forêt de Marche-

usqu'au Loir, les 16* et 17* corps en avant de

Josnes, à Lorges, Ourcelles, Villejouan, défendaient l'espace découvert compris entre la forêt et la Loire, la division Camo était devant Beaugency. Le 7 décembre, le grand duc de Mecklembourg, avec le !•' corps bavarois et deux divisions prussiennes, attaqua les Français entre la forêt de Marchenoir et la Loire, son principal efiort portant sur Beaugency. Il fut repoussé. Cette première attaque n'était qu'une sorte de grande reconnaissance. Le lendemain la lutte s'engagea à fond. L'effort principal des Allemands porta sur le centre français entre Villorceau et Villevert. Les Français conservèrent partout leurs positions sauf à Beaugency. A la suite d'un malentendu (1), le G** Camo fit opérer un mouvement de recul à sa division. L'ennemi en profita pour s'emparer de Beaugency. Le désordre se mit dans la division Camo, qui se replia sur Mer en perdant ciiiq canons. Le 9, le G** Chanzy n'occupant plus Beaugency, avait infléchi sa ligne en arrière et s'était établi au ravin de Tavers. Les Allemands dans l'espoir de trouver les Français affaiblis sur leur droite, par l'échec de la division Camo, portèrent leur effort de ce côté. En même temps qu'ils attaquaient le centre français à Origny, il lançaient sur Tavers de fortes colonnes; ils échouèrent; les Français se maintinrent à Tavers et réoccupèrent Origny, qu'ils avaient un instant perdu. Le 10 décembre, les tentatives des Allemands furent principalement diri-

(1) G*> Chanzy, La 2* armée de la Loire ^ p. 129.

gées sur le centre et la gauche français. On se battit toute la journée avec acharnement sur un front de douze kilomètres. Le soir venu les Allemands étaient une fois de plus repoussés.

Après quatre jours de lutte la 2« armée de la Loire conservait donc ses positions ; l'ennentii, pour les lui faire abandonner, cherchait à la tourner. Maître du passage de la Loire à Orléans, il avait fait descendre des troupes sur la rive gauche du fleuve, qui avaient surpris le parc de Ghambord et étaient apparues de* vaut Blois. Le pont de Blois avait été rompu, malgré un commencement de bombardement, on avait fait bonne contenance en ville et Tennemi s'était retiré sans' effectuer le passage, mais il restait sur la rive gauche, et il pouvait réussir à traverser le fleuve par surprise, en jetant un pont de bateaux. La position de la 2® armée de la Loire était donc des plus critiques. Le prince Frédéric-Charles envoyait comme renfort augrand duc deMecklembourg,deux nouveaux corps avec lesquels il pouvait enfin espérer de rompre la ligne française ; si les troupes descendues vers Blois, parvenaient en môme temps à franchir le fleuve et à prendre Tarmée de la Loire à revers, celle-ci pouvait éprouver un immense désastre. Le 6** Chanzy pour se délivrer des appréhensions qui' lui venaient du côté de Blois, demandait au G*' Bourbaki de se porter avec la 1'® armée sur cette ville, afin d'obliger Tennemi à réplier sur Orléans. Le G*^ Bourbaki lui répondait qu'il allait se mettre en marche, mais que, dans Tétat de désorganisation où était tombée son ar-

. l'armée de la LOIRE. rl21

mée, il lui faudrait au moins six jours pour arriver devant Blois (1). Le G*^ Chanzy ne pouvait attendre aussi longtemps, il se décida donc à abandonner la Loire pour prendre position sur le Loir à Vendôme.

Le flanc gauche de l'armée avait été jusqu'à ce moment protégé par la forêt de Marchenoir. La forêt s'étendant au nord jusqu'au Loir, devait continuer pendant la retraite à couvrir la gauche frandaise. Le danger serait sur la droite, alors queTarmée qui de ce côté s'était appuyée à la Loire, l'abandonnerait pour «e retirer en plaine à découvert. Dans le but de dissimuler autant que possible sa retraite à l'ennemi, le G*^ Chanzy la fait faire en deux fois. Le 11, la gauche de l'armée resta immobile contre la forêt de Marchenoir, le centre se replia sur Concriers, la droite ' fit un mouvement en arrière plus prononcé sur Avaray, mais là elle touchait toujours la Loire, de telle sorte que l'ennemi ne pouvait encore juger si les Français étaient définitivement en retraite ou modifiaient simplement leurs positions. Il n'y eut pendant cette journée que des escarmouches insignifiantes. Enfin le 12 vint le moment décisif où il fallut lâcher la Loire pour entreprendre une grande conversion en plaine. Le G** Chanzy commença son mouvement de très-bonne heure, le temps fort mauvais lui était favorable, la pluie et un brouillard épais couvraient la campagne, l'armée, ne fut donc point sérieusement inquiétée. Le soir les troupes bivoua-

(1) G*ï Chanzy, ia 2* armée de la Loire, p. 163,

Il 11

122 LA DÉFENSE NITIONALK.

quaient à moitié chemin de Vendôme et le lendemain 13 elles occupaient les positions qui leur étaient assignées autour de cette ville.

Les Allemands dès le 14 tâtaient les Français sur le Loir et à Fréteval, et le lendemain ils les attaquaient en force en avant de Vendôme. Les Français se maintinrent sur tous les points sauf sur un seul, mais des plus importants, à Bel-Essort, près du ruisseau de la Bouzée. Les Allemands commandaient de Bel-Essort le passage du Loir, la défense de Vendôme devenait donc difficile. La 2* armée de la Loire manifestait d'ailleurs des signes d'épuisementqui donnaient à craindre qu'elle ne pût longtemps continuer à soutenir le choc. L'ennemi maintenant maître des rives de la Loire et de Blois, s'avançait par Montoire pour couper la ligne de retraite sur le Mans. Il fallait donc se replier encore une fois. Le 16 Tannée commençait son mouvement de retraite sur le Mans et la Sarthe. Avec des cadres imparfaits, des soldats n'ayant qu'une instruction rudimentaire, épuisés par les luttes soutenues et les souffrances d'une campagne d'hiver, la retraite nouvelle à efTectuer était des plus périlleuses. Une partie de Tannée tomba en décomposition. On avait déjà perdu de la Loire à Vendôme un certain nombre d'hommes vaincus par la fatigue ou démoralisés, qui se laissaient prendre par Te'nnemi; on en perdit de nouveau et en plus grand nombre, on perdit aussi quelques canons et du matériel. Mais le Mans était Tobjectif de Tarmée, c'était une ville importante où Ton entrevoyait le repos et le ravitaillement, tous les hommes déban-

l'armée de la LOIRE. 123

dés se mirent donc à s*y précipiter. L'armée d'abord serrée de près par Tennemi, opéra la dernière partie du trajet sans difficultés. Les Allemands abandonnaient la poursuite et renonçaient à s'avancer dans l'ouest jusqu'au Mans. La 2^ armée de la Loire enfin libre de ses mouvements, arrivait au Mans le 20 décembre, et s'établissait autour de la ville.

La prise de Metz gui, en rendant aux Allemands la disponibilité des troupes d'investissement, leur avait permis de frapper sur la Loire des coups décisifs, leur procurait eo^sore le moyen d'étendre au nord et à l'ouest de Paris, leur rayon d'occupation. Le G** de ManteufTel était parti de Metz avec deux corps d'armée, le I" et le VIII* se dirigeant vers l'ouest. Il marcha d'abord sur Amiens. M. Testelin avait été nommé commissaire général des départements de l'Aisne, du Nord, de la Somme et du Pas-de-Calais. La défense de cette région s'était organisée sous son impulsion. Avec les officiers et les soldats échappés de Sedan et de Metz (1), les hommes pris dans les dépôts, les gardes mobiles, le matériel, trouva dans les places fortes, on avait formé un corps d'armée, le 22*', placé sous les ordres du G'* Bourbaki. Le général auquel on reprochait sa sortie de Metz, et sa mission auprès de l'Impératrice, s'était vu en butte à des manifestations hostiles dans les villes du nord, et la délégation de Tours l'avait transféré à l'armée de la Loire. Le commandement par intérim du 22* corps

(1) G** Faidherbe, Campagne de V armée du Nord, p. 8.

1^ LA DSFS^«» X^TIOUALE.

cUi; loue eiei-Gê >«ir le G** F^a»e* lorsque les Prussieud. aîTAvèreiÀt sur Aaûeuâ;. Le G^ Farre se plaça à VixieÀS-Br^kOuaaux eu avaut d\\mieas pour barrer le oaeuùn au G^ de MauceuâeL U fut attaqué sur toute s^ ligue, le 27 uovembr^; :îi^ troupes a^taienk encore que trè&-iiuparfaite£Qc^ul c>rgaittsée$> elles firent cepeudaut, avaut de plier» une râsistanœ èner^que, elles combattirent jusqu'à la nuit et le lendemain purent se retirer vers Ârras sans être poursuivies. A la suite de cette bataille» la ville d'Amiens et sa citadelle étaient occupées par le 6^ de ManteuSel.

D'Amieus, les Allemands se dirigèrent sur Rouen. Les abords de la Normandie avaient été défendus jusqu'alors par des corps de mobiles et de francs-tireurs qui avaient eu des engagements partiels avec des colonnes ennemies détachées de l'armée d'investissement de Paris (1). On avait cherché à grouper à Rouen les forces de la région. On n'avait encore obtenu que de faibles résultats, lorsqu'on apprend que d'Amiens les Allemands se portaient sur Rouen à marches forcées. Cette agression imprévue jeta le plus grand désarroi parmi les autorités et la population (2}. On essaya d'arrêter l'ennemi en avant de Rouen. Les troupes, conduites dans le plus grand désordre, ne purent être concentrées à temps sur le point choisi à Bucy, et d'ailleurs elles étaient, par leur manque d'instruction, incapables d'opposer une résistance serieuse aux soldats aguerris du G*^ de Manteuffel.

(1) L. nolin, La guerre dans l'Ouest.

"^Molini, Les Prussiens en Normandie^

Après un petit combat que soutinrent presque seuls les éclaireurs Mocquard, Rouen évacué vit entrer Tennemi le 5 décembre. Les Allemands s'étendirent, vers la mer, jusqu'à Dieppe, et, sur la rive gauche de la Seine, jusqu'au Calvados. Les troupes sorties de Rouen, sous- les ordres du G'^ Briand se réfugièrent au Havre qu'on avait fortifié et dont l'ennemi renonça à entreprendre le siège.

Dansl'est, depuis que les Allemands s'étaient emparé de Dijon, les Français tenaient une ligne passant par Besançon, Dole, Nuits et Autun. Les troupes qui avaient formé la première armée des Vosges repliée sous Besançon, avaient ensuite composé le 20* corps envoyé à l'armée de la Loire. Le G'^ Garibaldi avait groupé à Dole les éléments d'une nouvelle armée des Vosges ; on lui avait donné un certain nombre de bataillons de gardes mobiles, auxquels s'ajoutèrent des corps de francs-tireurs français et étrangers, principalement italiens. De Dole, Garibaldi s'était transporté à Autun, pendant que le G*^ Cremer avec une forte division se postait à Nuits ; ils couvraient ainsi Chagny et la route de Lyon. Une brigade de l'armée des Vosges commandée par Ricciotti Garibaldi avait fait une pointe au delà de Dijon, surpris et en partie enlevé à Chdtillon- sur-Seine (1) une garnison prussienne. L'armée des Vosges livrait, le 26 novembre, à Prénois et Lantenay un combat heureux, à la suite duquel le G»^ Garibaldi avait tenté sur Dijon une

(1) Edmond Thiébault, Ricciotti Garibaldi et la 4« brigade, p. 21.

surprise de nmL II avait échoaé et s'était replié en désordre sur Aaton. Suivi et attaqué à Autun, le 1*' décembre, il avait repoussé Tattaque et les Prussiens étaient revenus à leur tour sur Dijon.

Le Gr*^ Cremer était de son côté attaqué à Nuits le 18 décembre par le Gr*^ de Werder. Le combat, par rapport au nombre d'hommes engagé, fut un des plus sanglants de la guerre. Les mobiles du Rhône, sous les ordres du colonel Cellerqui fut tué, et les mobiles de la Gironde, sous ceux du colonel de Carayon- Latour, s*étaient particulièrement distingués. Les Frauçais abandonnaient le soir le champ de bataille et se retiraient sur Beaune, pendant que les Prussiens se repliaient eux-mêmes dès le lendemain sur Dijon. A la suite de ces affaires de détail, les bdUgérants conservaient donc dans Test leurs positions respec« tives*

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