G. CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR
13, RLE DE GRENKLLE-SAINT-GERMAIN, 13
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Les nations européennes apparaissent à leur berceau gouvernées par des rois. Dans l'antiquité et de nos jours certaines nations, en se développant, ont substitué la république à la royauté primitive. La république, dans beaucoup de cas, n'a pu se maintenir ou, après s'être maintenue, a péri. Alors ont surgi de nouveaux gouvernements de nature monarchique, mais cependant très-distincts par leurs propriétés de la royauté des origines nationales. Les gouvernements qui succèdent ainsi à la république ont en commun certains traits. Ils ont pour point de départ des actes d'usurpation et pour conséquence l'établissement du pouvoir d'un seul sur les ruines des libertés publiques. Ces traits sont en France propres au second empire.
Les premières années du règne de Napoléon III
furent prospères et faciles. Le coup d'Etat de décembre avait été acclamé par la grande majorité de la nation; les républicains qui avaient résisté étaient écrasés et réduits au silence. L'empire protégé par l'ombre de Napoléon P',dans la conception des hommes de ce temps, apportait « la gloire » et, une fois de plus, à la suite des guerres de Crimée et d'Italie, la nation crut trouver une compensation valable de la liberté ravie dans l'éclat et le prestige des armes. On ne "pensait plus qu'à jouir, qu'à s'enrichir. L'accroissement du bien-être matériel avec les satisfactions de la gloire militaire semblaient devoir tenir lieu de tout.
Mais, à la longue, en face d'un pouvoir né d'une usurpation, le sens moral de la nation devait se révolter sans qu'il pût y avoir de prescription ou d'oubli. Pendant que se développait un état de conscience qui rendait le milieu social de moins en moins favorable à son assiette définitive, l'empire voyait s'user ou s'affaiblir les éléments premiers de son prestige. L'insuccès de l'expédition du Mexique, puis les événements d'Allemagne aboutissant à Sadowa, retournaient contre lui ce qui subsistait de passion pour la gloire des armes. Le mouvement d'affaires et de spéculations qui avait suivi son avènement s'était ralenti ; des dépenses excessives obéraient les finances malgré les impôts accrus ; de satisfait, le monde des affaires était devenu mécontent et inquiet. Enfin le faisceau des forces absolument dévouées qu'avaient formé autour de lui les classes rurales, l'armée et le clergé,
était rompu par la retraite de ce dernier qu'aliénaient les événements d'Italie.
Toutes ces causes avaient eu pour commun effet d'amener le pays à vouloir reprendre possession de lui-même. L'Empereur s'était donc vu contraint de modifier à diverses reprises la constitution. Dès 1860 il avait dérogé aux institutions établies en 1852 en accordant l'autorisation de publier les débats du Corps législatif et de voter une adresse. En 1867, de plus amples concessions avaient été faites, le droit d'interpellation avait été substitué à l'adresse, et les ministres avaient pris pai*t aux discussions du Corps législatif. Ces réformes demeuraient insuffisantes; elles ne faisaient qu'une part illusoire à l'action du pays et de ses représentants ; le pouvoir personnel restait intact; aussi les élections générales de 1869 avaient-elles montré tous les partis hostiles coalisés contre les candidatures officielles. Le gouvernement impérial n'avait conservé la majorité pour ses candidats qu'en poussant à l'extrême la pression administrative ; mais les minorités obtenues par l'opposition s'étaient accrues, le ton des revendications avait haussé de toute part ; du côté des partisans de l'empire la résistance avait été plus faible et même des concessions et des promesses avaient été faites.
Le Corps législatif issu de ces élections se montra animé à ses débuts d'un esprit inconnu aux législatures précédentes. Un projet d'interpellation qui réunit cent seize signatures, prises dans les centres gauche Qt droit, demandait que « le pays fût associé
« d'une manière plus efficace à la direction de ses « affaires, qu'un ministère responsable fût constitué (c et que le Corps législatif eût le droit de régler les « conditions organiques de ses travaux et de ses com- (c munications avec le gouvernement. »
Le gouvernement impérial ne crut pas possible de résister à une pareille manifestation d'opinion. Le 8 septembre 1869 il fait voter par le Sénat un sénatusconsulte où il prétend donner satisfaction aux vœux formulés par les cent seize. L'application de ce sénatus-cousulte, par un nouveau ministère, commence avec l'année i870,et celle-ci s'ouvre ainsi sur une tentative qui, dans l'esprit de ses auteurs, doit transfor-
mer l'empire autoritaire issu du coup d'Etat en gouvernement libre et parlementaire.