‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873 (volume 3)Chapitre 9 sur 14 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Sedan.

L'armée formée à Châlons sous le commandement du M** de Mac-Mahon était composée des 1®', 5* et 7* corps, ramenés d'Alsace, renforcés par des troupes de réserve, d'une division nouvelle venue de Lyon, ajoutée au 7® corps, d'un corps entier de formation nouvelle, le 12% soit un total d'environ 140,000 hommes avec 400 pièces de canon et 85 mitrailleuses. Lel®' corps était maintenant placé sous les ordres du G** Ducrot. Les hommes du 1" corps et de la division Conseil-Dumesnil ayant combattu à Frœsch willer gardaient une impression profonde de la supériorité du nombre et de l'artillerie de l'ennemi. Ils étaient arrivés à Châlons dans un grand délabrement^ ayant l'air d'avoir fait six mois la guerre (1), en partie sans armes et sans équipement. On avait dû leur distribuer, pour les équiper de nouveau, les sacs et les fusils des gardes mobiles de là Seine renvoyés à Paris. Les troupes du 5® corps avaient eu leur moral gravement atteint par le contact dans lequel elles s'étaient trou-

(1) G'^SchmiU, Enquête parlem., t. Il, p. 276.

m LA CHUTE DE L'EHPIRE.

vées, peudant leur retraite dans les Yof celles du 1" (I). Le 12' corps de formatiOL et le !•', où on avait eu de grands vides à étaient en partie composés de réservistes et soldats à peine exercés, profondément àé d'être rappelés à un pareil moment {2). I où les divers corps étaient arrivés au cam| tons, on avait dû pourvoir à tous leurs bes Mte ; les cadres, l'intendance, lematériel se I donc être le fruit d'une improvisation fait état d'esprit troublé. L'armée commençait vement de Châlons sur Reims aux lueurs c die allumé pour détruire les baraques du chalet de l'Empereur, lesapprovisionnemen:

l'agc qu'on n'avait pas le loisir d'évacuer.

de Reims s'est opéré dans une grande conf colonnes se coupant les unes les autres, h et les bagages des différents corps entrei Dans l'état moral où se trouvent les iroupcf da la discipline sont profondément relâchés rite des officiers méconnue (4); les soldats maraude et au pillage (5) ; des régiments e.

(1) c de Failly, Opéralims et marches du à' corps,

(2) G" Martin des PtUièroa, Enquête parlement , l; ï

(3) Histoire de /'armée de Chatons pur un voluidaire,

(4) G" Martin des PKilières, Enquête pnriem., t. Emminiiel Domenech, Histoire d: la deuxième ambvU l'i Presse française, p. 157. Gabriel tilonod, AU manda Souvenirs iJ? campogne, p. 22.

(5) C Martin des Pallieras, u( siipra, Soret. Notes luire au SU' de liyne, p. 18. G" Scbmiti, Enquête pa

i>.:gi.

grèaent sur la route, et le soir n'arrivent au campement qu'avec une partie de l'effectif (i).

A la suite de la bataille de-Sain t-Privat, en vue d'opérations à poursuivre dans des conditions modifiées, les Allemands avaient fait une nouvelle répartition de leurs forces. Les trois corps de la I" armée avec un nouveau corps, leXIIP (2), qui arrive d'Allemagne, et les IP, IIP, IX* et X° corps de la IP armée restent autour de Metz pour en faire le blocus sous les ordres du prince Frédéric-Charles. LeXIP corps, le IV® et la garde sont distraits de la IP armée et forment une armée nouvelle sous les ordres du prince de Saxe, qui prend le nom d'armée de la Meuse. La III» armée avait continué sa marche dans la direction de Châlons et, après avoir traversé la Meuse, était arrivée le 24 à la hauteur de Saint-Dizier, Bar-le-Duc. L'armée de la Meuse, se portant dans la même direction, passe à son tour la Meuse et vient se placer en avant de Verdun et de Saint-Mihiel sur la droite de la III® armée. La IIP armée et celle de la Meuse, sous le commandement supérieur du roi Guillaume avec le G** deMoltke, forment une masse de 225,000 hommes, de troupes victorieuses, pleines d'enthousiasme, ayant 800 pièces de canon. Les deux armées allemandes combinées possèdent donc sur l'armée de Châlons la supériorité du nombre, de l'armement, du moral dans les troupes, de l'intelligence dans le commandement. Elles ont encore l'avantage des positions stra-

(1) G** Martin des Pallières, Enquête parlem., t III, p. 221.

(2) Guerre francQ-al/emande^ p. J34i.

légiques. L'armée de Châlons marchant Vouziers s'engage, entre l'ennemi sur son et la Belgique sur âon flanc gauche, dai passej en avant, du côté de Metz, elle se h toutes les combinaisons possibles de toi mées allemandes qui possèdent entre elle:

(le communications intérieures; en arriôi de Mézièrea, où est son unique ligne de i simple mouvement débordant de l'ennemi s la couper de ses communications avec la ] Au quartier général allemand on resta dans le doute sur la destination qui po donnée à l'armée de Chûloiis : serait-elle Paris ou dirigée vers Metz ? Jugeant comh nier mouvement serait périlleux, les Aller chaient à croire que la retraite sous Par terait dans les conseils do la France. Ils ce donc à tenir jusqu'au 25 leurs armées ran| ïront faisant face à l'ouest vers Paris. Cep^c sure que des bruits leur parvenaient permet!

tout d'entrevoir comme possible une march çaisà l'est, ils avaient modifié l'emplaceme i:orps pour les infléchir du côté de Reims et cavalerie dans la direction de Grand-Pré ; le territoire. Le 25, des nouvelles trouvé* journaux, des télégrammes reçus de Lond informent que l'armée de Ghâlons a qui pour se diriger vers Metz. Le lendemain les

;i) Guerre franeo^Hemandet p. 93*.

mis par les éclaireurs de cavalerie qui rencontraient les Français à Grand-Pré et près de Vouziers, corroboraient l'exactitude de ces premiers renâeignements. Dès le 26 au matin, les armées allemandes opèrent un changement de front de l'ouest vers le nord. Tous les corps de la ITP armée et de l'armée de la Meuse se mettent en mouvement d'abord sur Sainte-Ménéhould, Varennes et Dun, qu'elles dépassent pour se porter ensuite sur Vouziers, Buzancy et Beaumont. Dans cette conversion vers le nord, les troupes de la IIP armée placées sur la gauche, le plus au sud, ont, pour venir occuper un front parallèle à celui de l'armée de la Meuse, un chemin beaucoup plus long à parcourir; elles feront des étapes de longueur double et seront arrivées à marches forcées sur le point décisif au moment voulu.

Pendant ce temps, l'armée de Châlons se mouvait vers la Meuse par le Chêne- Populeux, Raucom*t et Beaumont; sa marche était lente, en six jours elle ne faisait que vingt-cinq lieues (1). C'est entre l'Aisne et la Meuse, que le M*^ de Mac-Mahon^ d'après les renseignements qui lui parvenaient sur les armées ennemies, prenait la résolution de revenir en arrière et l'abandonnait ensuite pour se diriger de nouveau vers Metz. Ces tergiversations amenaient des marches et contre-marches de divers corps qui passaient et repassaient jusqu'à trois fois par les mêmes lieux (2).

(1) Des causes qui ont amené la capitulation de Sedan, p. 18

(2) G** de Failly, Opérations et marches du &« corps, p. 36 p. 37 ; Histoire de l'armée de Châlons, p. 102.

L'intendance s'était trouvée dès le premier jour en défaut (1), les vivres venaient sans cesse à manquer. Pour s'approvisionner, le M*Me Mac-Mahon avait déjà dû une première fois déranger la marche de l'armée et la rapprocher de Réthel et du chemin de fer (2). Dans ces allées et venues les colonnes de troupes se heurtaient aux convois (3) qui encombrent les routes, et on avait dû, à diverses reprises, suspendre la marche des hommes pom* laisser défiler les bagages et la file interminable des charrettes du pays, réquisitionnées par rintendance, mais qui en grande partie sont à vide (4). Ces contre-ordres et ces hésitations ont achevé de démoraliser les troupes en leur faisant perdre toute confiance dans les chefs ; le mauvais temps est venu, et les hommes restent dans la boue et sous la pUiie avec une nourriture insuffisante (5).

La lenteur avec laquelle l'armée se meut a fait que Ton a perdu l'avance que l'on croyait avoir sur l'ennemi. Loin de le prévenir sur Stenay et Montmédy, on le voit arriver sur soi alors qu'on est encore entre l'Aisne et la Meuse, lui prêtant le flanc. On n'est plus seulement en contact avec de la cavalerie. Dans la journée du 29, le 5® corps a eu un engagement d'arriôre-garde très-vif à Nouart avec de l'infanterie ennemie appartenant au XIP corps; aussi dans la soi-

(\) M** de Mac-Mahon, Enquête parlem», t. I, p. 32.

(2) M** de Mac-Mahon, ut supra, p. 39.

(3) M** do Mac-Malion, Enquête parle m. y t. 1, p. 33.

(4) Histoire de V armée de Châlonsy p. 107.

(5) Emmanuel Domenoch, Histoire de la 2* ambulance, dite de la Presse française, p. 173.

rée du 29, le M'' de Mac-Mahon n'a-t-il plus qu'une préoccupation, porter toute son armée au delà de la Meuse. Dès le 29, le 12® corps a pu passer la Meuse à Mouzôn; le 1*' corps a campé à Rémilly, entre Mouzon et Sedan, et y traversera la rivière le 30 dans la matinée. En arrière restent le 5® corps à Beaumont, le 7* à Oches. Le M*^ de Mac-Mahon, le 30 de grand matin, s'est successivement rendu auprès de ces deux corps (1), et a donné pour instruction de se hâter vers la Meuse. De Beaumont le 5® corps marchera directement sur Mouzon, le 7® à Oches prendra une direction parallèle par Stone et Raucourt pour aller passer la Meuse tant à Mouzon qu'à Villers à côté.

Le 5® corps était arrivé à Beaumont dans la nuit du 29 au 30, son arrière-garde seulement à cinq heures du matin. Les hommes, ayant marché par les bois et dans la boue sans distributions de viVrcs régulières, étaient harassés, le G'* de Pailly, pour leur donner du repos, a reculé entre 1 1 heures et midi l'heure de la mise en marche sur Mouzon (2). Le 5® corps s'était établi au campement auprès de la ville de Beaumont, dans des lieux dominés par des hauteurs qui au sud sont couvertes de grands bois. On n'a fait aucune reconnaissance, posté aucune vedette dans ces bois, les grand'gardes ont été placées en deçà. La sécurité dans les camps est entière, les soldats prennent leur repas, ou nettoient leurs armes ; les chevaux de lar tille -

(1) M*^ de Mac-Mahon, Enquête parlem.^ t. I, p. 36.

(2; G** de Failly, Opérations et marches du 5« corps, p. 45.

rie sont conduits à Tabreu voir ; les généraux déjeunent à Beaumont, le G'^ de Failly et son état-major chez le maire (1). Tout à coup, à midi et demi (2), des obus tombent sur le campement en avant de Beaumont. C'est le IV° corps prussien qui, sans que sa présence ait été soupçonnée, a traversé les bois et en débouche à 600 mètres. Dans le camp français, au milieu du trouble et de la confusion, on se forme sur place, et sans rien combiner on se porte à l'ennemi. On n'a que peu ou point d'artillerie attelée : l'infanterie, ayant épuisé son premier feu, cède en désordre, abandonnant à l'ennemi les bagages et les canons qu'on n'a pu atteler. On cherche à se maintenir plus en arrière sur des hauteurs, dans la direction de Mouzon ; mais alors arrivent sur le champ de bataille, à droite du IV® corps, le XIP et à gauche le I®' corps bavarois. Le 5° corps recule encore une fois vers Mouzon. Lorsqu'on approche de la Meuse, comme il n'y a, pour la passer, que le pont de Mouzon encombré, il faut chercher à tenir tête. Un régiment de cuirassiers, le 5°, se dévoue et charge l'infanterie prussienne (3). Avant d'avoir pu la joindre, le colonel, M. de Gontenson, est tué, le régiment écrasé. Les cuirassiers dont les chevaux sont épuisés par la charge fournie, refoulés vers la Meuse, en la traversant à la nage, se noient en grand nombre. Les Allemands ne

(1) Defourny, curé do Beaumont, La bataille de Beaumont, p. 9G. Emmanuel Domenech, Histoire de la 2« ambulance, p. 182.

(2) Guette franco-allemande^ p. 980.

(3) Charles Habeneck, Les régiments martyrs, p. 62.

s*arrêtent que lorsque les Français, rejetés au delà de la Meuse, leur ont abandonné la rive gauche de la rivière, y compris le faubourg et le pont de Mouzon. Les Allemands avaient 3,500 hommes hors de combat;, les Français perdaient 42 canons et, sans compter les hommes débandés et en fuite (1) au nombre de plusieurs milliers, 2,000 hommes faits prisonniers et, d'après les dires, 1 ,800 seulement mis hors de combat.

Le 7® corps avait également été attaqué dans sa marche sur la Meuse. Une des brigades de la division Conseil-Dumesnil chargée d'escorter l'immense convoi que l'armée de Châlons mène avec elle, ayant pris le chemin de Stone à Mouzon, avait été assaillie par une partie du I®' corps bavarois venant de Beaumont. En peu de temps les hommes de la réserve versés dans les régiments pour combler les vides faits à Frœschwiller ont pris la fuite, s'écriant qu'on ne saurait se battre sans manger, jetant leurs sacs et leurs fusils (2). Le G** Douay perdait successivement les positions sur lesquelles il cherchait à maintenir la brigade, d'abord en avant, puis en arrière de Raucourt; il ne lui restait que quelques centaines d'hommes pour couvrir la déroute, mais ce combat avait commencé tard et la nuit venait mettre fin à la poursuite de l'ennemi. Le 6*^ Douay, renonçant alors à franchir la Meuse avec le 7® corps, à Mouzon et à Villers où il entend le canon et dont les ponts sont interceptés, se décide à aller la

(1) G*i de Wimpffen, Sedan, p. 137, 138.

(2) Gabriel Monod, Souvenirs de campagne, p. 24, 25.

passer à Rémilly. L*armée u*ayant pas d'équipage de pont (1), on n*a pu établir à Rémilly, avec de mauvais bateaux recouverts de terre, qu'un pont très-étroit qui s'est en partie enfoncé dans Teau sous le poids des masses du 1®"" corps qui Font traversé (2). Le passage de la rivière ne s'effectue dans ces conditions qu'avec une extrême lenteur, et quand le 7® corps se présente, il trouve le pont obstrué par une partie de la cavalerie du 1°' corps qui n'a pas encore achevé de passer. A 2 heures du matin deux régiments et trois batteries du 7® corps seulement ont pu traverser la rivière (3). On est dévoré d'iuquictude, s'attcndant avec le jour à voir arriver l'ennemi et à être jeté dans la Meuse, lorsque le G'^ Douay est informé que le M"^ de Mac- Mahon porte l'armée en retraite sur Sedan. Le 7® corps se met alors en marche sur cette ville partagé entre les deux rives.

Le M** de Mac-Mahon ne pensant pas qu'il pût persévérer après la déroute de Beaumont à marcher sur Metz, avait en effet pris la résolution de se rejeter en arriére vers Sedan et il avait envoyé des ordres, dans ce sens, à tous les chefs de corps. En conséquence dans la nuit du 30 et la matinée du 31 , les troupes des 5®, 12® et 1" corps qui ont passé la Meuse et se trouvent sur la rive droite, s'étaient dirigées sur Sedan. Leur marche s'opéra dans le plus grand désordre, les traînards s'entassant dans les cabarets, sans s'inquié-

(1) M"! de Mac-Maboii) Enquête, t. 1, p. 33.

l'i) Prince Bibesco, Belfort^ Beims^ Sedan,p, 114,

(3) /t/., ibid.yp. 116.

ter de tomber aux mains de l'ennemi (1), toutes les armes, infanterie, cavalerie, artillerie, étaient confondues et prises les unes dans les autres sur les routes encombrées (2), des partis de cavalerie s'étant jetés dans les bois pour éviter la presse, se trouvèrent sans s'en douter conduits en Belgique ou reportés au delà de Sedan. Sedan était le dernier lieu où Ton pût séjourner eu égard à la position des armées ennemies, aussi le M** de Mac-Mahon, en s'y rendant, n'avait-il d'autre intention que d'y rallier l'armée et de l'approvisionner (3). Cependant, arrivé de sa personne à Sedan le 31 au matin, et les derniers corps de l'armée y arrivant dans le cours de la journée, le maréchal y demeure irrésolu et incertain sans prendre le parti d'en sortir (4). Il ne se décide ni à battre définitivement en retraite vers Mézières où on réunit un nouveau corps d'armée, le 13®, avec des vivres et qui est le seul mouvement à exécuter pour échapper à l'ennemi, ni, à défaut de ce parti, comme suprême tentative, de reprendre la marche vers Metz.

Entre Sedan et Mézières la Meuse, qui a coulé jusque-là vers le nord-ouest, fait brusquement une pointe au nord et, retournant sur elle-même plein sud, décrit ime boucle dont le sommet n'est qu'à 7 ki-

(1) De FrœschwWer à Sedan^ Journal cCun officier du W corps, p. 73. Z^ général de Wimpffen, Réponse au général Ducrot, par an officier supérieur^ p. 69.

(2) G*ï de Wimpfifen, Sedan, p. 139.

(3) M*ï de Mac-Mahon, Enquête parlem,^ t. I, p. 37.

(4) De FrosKhwiller à Sedan, Journal d*un offider du 1* corps, p. 70, 71.

lomètres de la frontière belge. D'épaisses forêts qui s'étendent entre la frontière et la boucle de la Meuse, diminuent encore l'espace libre et ne laissent de passage, dans la direction de Mézières, que par un étroit

défilé près de Saint-Menges. De ce point absolument étranglé à Mézières, il y a 4 lieues, la Meuse, s'étant alors infléchie au sud, laisse un passage plus large par Vrigne-au-Bois et Vivier-au-Court, mais ce n'est encore, cependant, qu'une sorte de couloir. La clef des positions qui entourent Sedan est au calvaire d'Illy sur les hauteurs au nord de la ville. A Illy seulement, on commande l'entrée du défilé et du couloir qui conduisent à Mézières, et, au cas où la ligne de retraite sur la France viendrait à manquer, on est maître de se retirer en Belgique ; mais le M*^ de Mac- Mahon a négligé d'occuper fortement le calvaire d'Illy. Les corps de l'armée française se sont pelotonnés plus près de Sedan. Là, rangés sur deux fronts, ils forment un angle; le 12° corps à Bazeilles, le 1" sur le plateau de Givonne font face à l'est du coté de Carignan ; 'e 7® corps sur les coteaux de Floing, fait face au nordlUest. Le 5® corps est au milieu de l'angle, en réserve, j'armée française, dans les positions qu elle occupe, le possède donc aucune ligne de retraite, la Meuse, (ui coule sur ses derrières et sur ses flancs, lui barre la route de Mézières et l'immobilise autour de Sedan. Les Allemands, s'étendant sur un front de 30 kilomètres, sont arrivés devant Sedan le 31 au soir. Ils occupent les hauteurs de Frénois et de Wadelincourt - au sud de la ville. Des deux côtés de ce point fixe leurs

ailes qui débordent, continuant à avancer au delà de la Meuse vers le nord, vont se plier comme deux grands bras, venant enserrer l'armée française dans une formidable étreinte. A gauche, le V® et le XP corps, la division wurtembergeoise entrant dans le couloir qui sépare Sedan de Mézières, commenceront par ôter aux Français l'usage de la ligne de retraite sur Mézières, puis déboucheront du défile, contourneront la boucle de la Meuse, et se porteront sur lUy. A droite le II® et le I®' corps bavarois, le IV® corps, le XIP et la garde, viendront, se déployant les uns après les autres, engager la bataille avec les Français en avant de Bazeilles et du plateau de Givonne, pour se porter à leur tour sur le point décisif dllly. Pour ce double mouvement tournant, les Allemands ont besoin de passer, à leur gauche la Meuse, à leur droite la Meuse et son affluent le Chiers , ils trouvent les ponts intacts, les Français ne les ont pas détruits (1). Le pont du chemin de fer, à Bazeilles, a été miné sans qu'on Tait fait sauter. Le M"* de Mac-Mahon a envoyé à Donchery, dont le pont donne accès dans le couloir entre Sedan et Mézières, un officier du génie qui est parti avec de la poudre par chemin de fer, mais l'officier descendu à Donchery a oublié de prendre la poudre, le train reparti Ta emportée à Mézières et le pont n'a pu être détruit (2). Le maréchal, informé de ce contretemps, envoie des troupes pour garder le pont ; lorsqu'elles arrivent, les Prussiens l'occupent en nombre

(1) G'^ Ducpot, La journée de Sedan, p. 16.

(2) M*^ de Mac-Mahon, Enquête parîem., 1. 1, p. 38.

■an lA CHUTE DE L'EHPIRB.

supérieur et les tetitalivesfaitespourleleun demeurent vaines.

La bataille de Sedan s'engage le 1" sop 4 heures du matin par l'attaque sur Bazeilles rois qui viennent de passer la Meuse. Le M' Mahon n'avuit point l'iutentiou de comt les positions qu'il occupait; mais reiinomi les devants, l'attaquait avant qu'il eût ena de plan de bataille déflnitif (1). Le marée sur le terrain Inspectait sa ligne de bâta.

qu'en face du village de la Moac^Ue, à moins le quart, il est atteint au-dessous de . gauche par nn éclat d'obus- Il est blessé tn ment pour continuer à commander, et on i porter. Le mai'échal a désigné le G"' Ducr remplacer ^2J . On va prévenir celui-ci; à moins le quart il prend le commandement (

Le 6"' Dncrot au premier moment do ia r l'armée sur Sedan, n'ayant pas reçu d'inslru maréchal sur remplacement à occuper par s avait eu la pensée de se placer à lUy pour la ligne de retraite sur Méziôres; ce n'est sur des ordres précis, qu'il s'était établi sur l W- de Givonnc. Le G" Ducros, prenant le comm; GO chef, ne veut pas accepter une bataille da de perdition où le M" de Mao-Mahou a laissi

(l) M"' do Mac Mïlioii, Eitquéte parlem., t. I, p. 38. (3) M*' de Mao-Malion, Enqtiéie parlem., I. 1, p. .ÎS. (a) PiocÉs du géntiral de Wiuipllen contra le Payt, Di générât Diicrol.

il forme donc le projet d'opérer avec toute Tarmée le mouvement sur Illy qu'il a déjà voulu effectuer avec son seul corps, pour s'échapper sur l'heure en gagnant Mézières. Il ignorait que la retraite sur Mézières n'était plus exécutable. JiC V° et le XP corps prussiens, la division wurteubergeoise étaient déjà maiT très du couloir entre Mézières et la boucle de la Meuse (1), ils approchaient du défilé de St-Menges. Peut être, dans ces conditions, quelques corps isolés, des hommes en plus ou moins grand nombre, eussentils pu se glisser par les bois entre les Prussiens et la frontière belge, mais l'armée entière n'avait plus la possibilité de passer, car pour cela il lui eût fallu s'ouvrir un chemin, en culbutant les troupes placées en face d'elle, pendant qu'elle eût été obligée de contenir en arrière les corps ennemis ayant déjà engagé la bataille à Bazeilles. Mais si l'armée ne peut être ramenée en France, il y a, comme pis-aller, la retraite à opérer en Belgique, et, au moment où le G^* Ducrot commande son mouvement sur Illy, les têtes des colonnes qui, de la droite et de la gauche allemandes, sont en marche pour se donner la main sur ce point, sont encore assez loin l'une de l'autre pour qu'on puisse passer et, après avoir combattu, s'écouler par les bois en Belgique. Le G"* Ducrot, pour faire exécuter son mouvement de retraite, est allé de sa personne donner des ordres au G"^ Lebrun dont le 12® corps, le plus éloigné d'IUy à Test, doit se replier le premier,

{l) Guerre frunco-ademnnde, p, [i\S,

312 Lk CHUTE DE L'EMPIRE.

et en effet le G*^ Lebrun commence à reporter ses troupes en arrière de Bazeilles. Mais à ce moment, à 8 heures et demie, Tarmée change encore une fois de commandant en chef (1).

Le G*^ de Wimpffen avait été appelé au commandement du 5** corps que le déchaînement de l'opinion publique avait amené le gouvernement de Tlmpératrice à enlever au G'* de Failly ; il avait, en outre, reçu à Paris du G*' de Palikao une lettre de service l'investissant du commandement en chef, en cas d'empêchement du M'^ de Mac-Mahon. Lorsque le maréchal a été blessé, le G*^ de Wimpffen ne s*est pas prévalu de sa lettre ; mais lorsqu'il voit se dessiner le mouvement de retraite sur lUy, il envoie un billet au G'* Ducrot, où il lui fait connaître Texistence de la lettre de service dont il est portem*, et lui dit que, désapprouvant la retraite qui s'effectue sur lUy, il doime contre-ordre au G** Lebrun (2). Le G*^ de Wimpffen, en prenant le commandement, ne paraît avoir eu aucune connaissance exacte, soit de la position des deux armées vis-à-vis l'une de l'autre, soit même de la composition et de l'effectif de l'armée dont il devenait le chef. Il était arrivé directement d'Afrique le 30 dans l'après-midi, il n'a encore eu l'occasion d'échanger aucune communication avec le M*^ de Mac-Mahon ou les chefs de corps (3). Il n'a du reste arrêté aucun plan d'ensemble sur la poursuite

p) G»i de Wimpffen, SeJan^ p. 1G2.

(2) I(i,, ibid., p. 1G2.

(3) /rf., ibid,, p. 141.

de la bataille (1), mais le combat que le 12' corps soutient à Bazeilles avec avantage, paraît avoir produit sur lui une telle impression qu'il fonde sur cet incident Tespoir d'un succès, et les Bavarois, s*étant avancés entre Bazeilles et la Meuse avec la rivière à dos, il se laisse aller à promettre à l'Empereur de les jeter dans la Meuse (2). Les résolutions que le G"* de WimpfFen venait faire prévaloir étant tout l'opposé de celles du G*^ Ducrot, les troupes qui avaient commencé à battre en retraite, firent immédiatement retour du côté de Bazeilles, et l'armée perdit ainsi la chance dernière qui lui restait de se retirer en Bel-

gique.

La bataille continuant s'étend à tout le périmètre des positions occupées par les Français. Il n'y aura jusqu'au bout, du côté des Français, nulle vue d'ensemble, aucun grand effort combiné. La force de résistance que montreront les différents corps sera du reste des plus diverses ; quelques-uns, tels que l'infanterie de marine, les chasseurs d'Afrique sauvegarderont par leur conduite la vieille réputation de courage du sang français, tandis que dans d'autres on sera en pleine décomposition avant d'avoir presque rien fait. Les Allemands ne cessent de gagner du terrain. Vers 11 heures et demie ils se sont définitivement emparés de Bazeilles que l'infanterie de marine a disputé pied ; à pied en face du plateau de Givonne

(t) Rapport officiel du conseil d'enquête sur la capitulation de Sedan.

(2) G*i de Wimpffen, Sedan, p. 164.

ils ont repoussé les troupes du t" corps tiou avancée de Dugny. En même temps XI* corps ont débouché du défilé se porti et enlevé Saint-Meiiges et Floîng aui 7' corps. Les chasseurs d'Afrique condu généraux de Margueritte et de Gallifet o charges répétées qui ont un instant conteni mais celui-ci a fait une conceiitration d'ai a rendu son mouvement en avant irrésistî nord du plateau de Givonue le XII« corps ont également contourné toutes les pos çaises et sont arrivés sur lUy donner la troupes du Xl° corps venues par l'autr double mouvcinenl tournant entrepris pa mands a réussi; tes Français vers 1 heur sont complètement enveloppés et leur sort ils sont sous le feu d'une formidable art tirant sur eux d'un cercle extérieur, les pr d'écharpe et de revers. L'artillerie françaisi en nombre de pièces, eu calibre, en maté démontée ou impuissante et, vers 3 heu reste des troupes organisées des t" et définiliveraent perdu toutes les positions d Dès le matin, profitant du mouvement ordonné par le G"' Ducrot, des hommes isi abandonné leurs corps pour se réfugier à i fois commencée, la débandade n'avait pli uuô ; à 1 1 heures et demie il y avait déjà i

(I) Gueire franeO'a'.lemaniie, p. II6T.

(î) Uhlùiie lie l'armée d« diiiloiis par un volo'tlair.

d'iiommos agglomérés dans le bas-fond de Sedan (1); à mesure que la défaite s'étendait, tous les corps en déroute prenaient successivement le même chemin. Les Allemands victorieux rétrécissent le cercle qu'ils forment autour de Sedan, et leurs obus, tombant sur les masses accumulées des Français, y portent le ravage et dans la ville allument des incendies.

L'Empereur jusqu'alors s'était tenu à l'écart, laissant agir le M"^ do Mac-Mahon et après lui les généraux qui lui ont succédé (2). 11 était tombé dans une morne tristesse, ses traits avaient perdu leur impassibilité habituelle et laissaient voir tout le trouble de son âme (3). Arrivé à Sedan le 30 au soir, on lui a proposé de le faire partir pour Mézières, il a refusé, déclarant vouloir partager jusqu'au bout le sort de l'armée (4). Il est monté à cheval le matin et s'est rendu au-dessus de Bazeilles sur le champ de bataille. Là, sous les obus, il est resté au danger avec cette sorte de courage inerte (5) qui lui était particulier : plusieurs de ses officiers ont été tués ou blessés à ses côtés (6). Les souffrances que lui faisaient éprouver ses infirmités physiques se joignaient aux tortures morales pour l'accabler ; il lui

(1) G*^ Pajol, Lettre au Moniteur universel, p. 13.

(2) M*i de Mac-Mahon, Enquête pariem,, 1. 1, p. 29. G'* Ducrot, La journée de Sedan , p. 49.

(3) Abbé Gabriel, Journal du blocus de Verdun^ p. 18. Gabriel Monod, Souveniî's de campagne^ p. 21 et 22. G'* Ducrot, La jour^ née de Sedan, p. 49.

(4) G"^ Pajol, Lettre au Moniteur universel, p. 8.

(5) George Jeannerod, le Temps^ 9 septembre 1870.

(G) G"i Pajol, Lettre, etc., p. 13. G*^ de Wimpfifen, Sedan, p. 299.

était impossible de demeurer longtemps à cheval ; à 1 1 heures et demie il est rentré en ville et s'est retiré à la sous-préfecture ; c'est là qu'il apprend la déroute de Tarmée. Vers 2 heures, sans consulter les généraux (1), il prend la résolution de faire cesser le feu. Il veut demander un armistice, mais, dans sa hâte, au lieu de l'envoi d'un parlementaire comme il convient en pareil cas, il a recours au moyen qu'on emploie pour capituler, et fait mettre un drapeau blanc sur la citadelle. Le chef d'état-major de l'armée, le G*^ Faure le fait abattre. A mesure que les corps s'effondrent, les chefs de corps rentrent en ville et vont trouver l'Empereur. Le 6*' Ducrot arrive au moment où des obus éclatent auprès de la sous-préfecture, l'Empereur lui dit : « J'ai fait arborer le drapeau parle- «mentaire, il faut faire cesser le feu, mettez-vous là « et écrivez. » Il lui dicte alors un billet où il est dit que les pourparlers vont commencer, qu'il faut faire cesser le feu et il lui demande de signer ; le général s'y refuse, observant que ce n'est pas à lui, mais au chef d'état-major de l'armée qu'il appartient de signer un pareil ordre. Le G«^ Ducrot envoie alors son propre chef d'état-major le colonel Robert porter le billet au G*^ Faure (2), celui-ci se refuse également à signer et déclare qu'ayant quelques instants auparavant abattu le drapeau blanc, ce n'est pas lui qui le fera relever.

^ (1) Procès du général de Wimp£fen contre ÏQPays, déposition du

général Pajol.

(2) Ibid,, déposition du général Ducrot.

SEDAN. 3i7

Le 6*^ Lebrun arrive à son tour, il trouve l'Empereur seul qui lui dit : « Comment se fait-il que la « lutte continue î II y a environ une heure que j*ai « fait arborer le drapeau blanc. Il y a déjà trop de « sang versé. » Le G'* Lebrun ayant de nouveau expliqué à l'Empereur que, pour un armistice, c'est par l'envoi d'un parlementaire qu'il convient de procéder, l'Empereur lui dicte une demande d'armistice, et le charge de la porter signer au G** de Wimpffen (1).

Entre temps, à 2 heures et demie, l'Empereur a reçu un billet que le G"^ de Wimpffen lui envoie par un de ses aides de camp : « Sire. Je me décide à forcer la « ligne qui se trouve devant le G*' Lebrun et le G"> Du- « crot plutôt que d'être prisonnier dans Sedan.

« Que Votre Majesté vienne se mettre à la tête de « ses troupes, elles tiendront à honneur de lui ouvrir « un passage. »

L'Empereur se borne à répondre qu'une tentative pour percer ne lui semble avoir à cette heure aucune chance de succès, qu'elle ne pourrait aboutir qu'à sacrifier inutilement de nouveaux hommes et à le faire tomber lui-même aux mains de l'ennemi (2), et au G«» Douay qui arrive à son tour, il dit que l'armée ayant fait d'inutiles efforts, c'est à lui maintenant qu'il appartient de s'immoler (3).

Que l'Empereur, qui s'est tenu efface dans une expédition où il a été entraîné contre son gré, soit subi-

(1) Procès du général de Wimpffen contre le Pays^ déposition du général Lebrun.

(2) Ibid,, déposition de Gaston de la Nouvelle.

(3) Ibid,, déposition du général Douay.

tement sorti de sa réserve pour prendre rinitiative de m(?ttre bas les armes, sans que la résistance des généraux, sans que la crainte de détruire le prestige du nom de Napoléon, l'aient arrêté, paraît d'abord incompréhensible. On dit que sur la fin de sa vie, dans Texil, l'Empereur se reportait souvent au 2 décembre et qu'il expliquait Timpossibilité dans laquelle il s'était trouvé d'asseoir l'empire, par le vice de son origine. Il faut croire qu'à, Sedan, le souvenir du parjure et du massacre auxquels il devait le trône le poursuivait, et que dans ce jour d'agonie il n'a pu supporter la vue du sang venant pour lui rafraîchir d'anciennes taches.

En même temps que le G*' de Wimpûen avait écrit son billet à l'Empereur, il avait envoyé Tordre aux chefs de corps de lui amener leurs troupes pour tenter une percée à l'est sui* Carignan. Il était trop tard pour effectuer une pareille manœuvre. Le 7® corps déjà très -compromis ne put être ramené par le G** Douay (1), et le G*' Ducrot ne recevait l'avis de son général en chef que lorsqu'il ne lui restait plus aucune troupe organisée à laquelle il pût donner des ordres (2). Le G*^ de Wimpffen réduit aux seules forces qu'il peut :■ réunir sur cette partie du champ de^ bataille, tentait malgré tout de se porter en avant, mais on lui remet à ce moment une lettre de l'Empereur lui demandant

(1) Procès du général de Wimpffen contre le Pays, déposition dii général Douay.

(2) lOid.y déposition du général Ducrot.

de solliciter un armistice et il apprend qu'on a hissé un drapeau blanc sur la citadelle. La citadelle est précisément du côté de Balan où il continue la résistance, et le drapeau sert d'excnse à un grand nombre <rhommes pour ne pas marcher. Le G** Lebrun survient à son tour qui lui réitère de la part de l'Empereur l'invitation de solliciter un armistice. Un des hommes de l'escorte du G»* Lebrun a déjà arboré un drapeau blanc de parlementaire. A cette vue le G*' de Wimpffen s'emporte et dit, sans vouloir rien entendre : « Je veux qu'on continue la bataille. » On arrache ce nouveau drapeau blanc et on recommence la lutte. Quelque temps après le G*' de Wimpffen étant allé rejoindre le G*' Lebrun du côté de Balan, lui demanda si on ne pourrait pas tenter un nouvel effort. Wimpffen et Lebrun font appel à leurs hommes en criant, En avant ! ils parviennent d'abord à entraîner deux ou trois mille hommes, mais au bout de quelques centaines de pas dans les rues de Balan ils ne sont plus suivis. Le G** de Wimpffen, reconnaissant que tout était fini, donna Tordre au G'^ Lebrun défaire rentrer les troupes dans Sedan. Ce fut le dernier épisode de la résistance ; il était près de 6 heures.

L'armée tout entière effondrée est définitivement accumulée à Sedan. Les hommes sont entassés sur les remparts, dans les rues et sur les places, mêlés aux chevaux, aux voitures et aux canons (1) ; ils ont at-

(1) G*i Ducrot, La Journée de Sedarit p. 48. — Soret, Notes d'un volontaire, p. 56. — Ds Frœschwilier à Sedan^ Journal d*un offi" cier du X»"" corps ^ p, 87.

3f20 LA CHUTE DE L'EMPIRE.

teint le dernier degré de la démoralisation et de l'indiscipline et maudissent leurs chefs qu'ils accusent de les avoir trahis et vendus (1).

Le G'* de Wimpffen à son tour rentré en ville avait envoyé sa démission de général en chef à l'Empereur, mais sur le refus des chefs de corps, de consentTr. à prendre le commandement et de décharger le G** de Wimpflen en l'assumant sur eux, de la tâche de signer une capitulation, devenue inévitable, il fut obligé de la retirer. A 8 heures du soir, il partait pour le quartier général prussien pour y négocier. L'Empereur était déjà entré en rapports personnels avec le roi de Prusse. Le roi, lorsqu'il avait vu la victoire de son armée, avait envoyé à Sedan un de ses officiers le colonel de Bronsart sommer la ville de se rendre. L'Empereur s'était alors décidé à se constituer prisonnier. Il avait fait partir avec le colonel de Bronsart le G'* Reille, chargé de porter au roi la lettre suivante :

«Monsieur mon frère, « N'ayant pas pu mourir au milieu de mes troupes, « il ne me reste qu'à remettre mon épée entre les « mains de Votre Majesté.

« Je suis de Votre Majesté, le bon frère,

((Napoléon. »

Le roi apprit par cette lettre la présence de l'Empereur à Sedan qu'il ignorait, il répondit :

(1) G'* Ducrot, La journée de Sedan, p. 49. Soret, Noies d*un volontaire^ p. 59. — Forbes, My expériences ofthowar, 1. 1, p. 206.

SEDAN. 32i

« Monsieur mon frère,

« En regrettant les circonstances dans lesquelles « nous nous rencontrons, j'accepte Tépée de Votre « Majesté et je la prie de vouloir bien nommer un de « vos officiers muni de vos pleins pouvoirs pour trai- (( ter de la capitulation de l'armée qui s'est si brave- « ment battue sous vos ordres. De mon côté, j'ai dé- « signé le G"* de Moltke à cet effet.

a Je suis de Votre Majesté, le bon frère,

« Guillaume. »

A partir de ce moment, les Allemands avaient cessé le feu, et lorsque le G** de WimpfTen arriva au quartier général ennemi, une sorte d'armistice tacite régnait déjà entre les deux armées.

Le G** de Wimpffeo fut reçu par le G*^ de Moltke ayant avec lui M. de Bismark et le G"* de Blumentlial. Sur la demande que le G"* de WimpfFen fit au G'^ de Moltke des conditions qu'il réclamerait pour une capitulation, celui-ci lui dit, que l'armée française serait prisonnière et que les officiers, tout en restant prisonniers, conserveraient leurs armes ; et comme le général français se récriait contre d'aussi dures exigences, disant que plutôt que de les subir, on reprendrait la lutte pour s'ouvrir un passage, le G*^ de Moltke lui dit : « Vous défendre dans Sedan ou tenter une « sortie, vous sont également impossibles, il ne vous « reste pas plus de 80,000 hommes, vous n'avez pas « de vivres et j'ai autour de Sedan plus de 200,000 hom- « mes et de 500 canons. » Il n'y avait rien à répondre à ces arguments qui montraient que le G'* de Moltke

connaissait la vraie situation de l'armée dans Sedan. Le G** de Wimpffen chercha donc à obtenir des concessions en faisant valoir des considérations politiques , disant que plus les conditions de la paix ' seraient douces, plus les traces de la guerre s'efFaceraient vite et mieux les longues haines seraient évitées. Mais alors ce fut M. de Bismarck qui prononça le vœvictis. Il répondit que ce serait folie de compter sur la reconnaissance ou Toubli de la France, qu'il n'y avait aucun fond à faire sur une nation n'ayant pas d'institutions fixes et où depuis quatre-vingts ans les changements les plus étranges n'avaient cessé de se succéder. « D'ailleurs, dit-il, il est inadmissible que « la France puisse nous pardonner nos succès, les « Français sont irritables et orgueilleux à l'excès, de- « puis deux siècles la France a déclaré trente fois la « guerre à l'Allemagne. Cette fois-ci vous nous l'avez <( déclarée parce que vous ne pouviez nous pardonner « Sadow^a. Il faut que la France aujourd'hui soit châtiée de son caractère agressif, nous voulons assurer la sécurité de nos enfants et pour cela il faut que nous ayons entre la France et nous un glacis ; il nous faut des frontières qui nous mettent pour toujours à » Tabri do toute attaque de sa part, nous réclamerons « donc la cession de TAlsace et de la Lorraine alle- « mande. » Le 6"* de Wimpffen lui ayant répondu qu'il se trompait en croyant que la France voulait la guerre, qu'il prêtait à la France actuelle des sentiments qui étaient ceux de 1815, que le développement de la prospérité matérielle avait amené nue préférence des

poursuites de la paix sur celles de la guerre,. qu'en France on était tout prêt à proclamer la fraternité des peuples, que par exemple on ne trouvait plus de traces de la vieille hajne qui avait subsisté autrefois avec l'Angleterre, que la France, plutôt que de céder l'Alsace et la Lorraine, résisterait certainement jusqu'àl a dernière extrémité et que, même alors, une paix consentie après de telles exigences ne serait qu'une trêve de courte durée, M. de Bismarck lui dit : « Non la <c France n'est pas changée, elle a toujours voulu la « guerre et c'est pour flatter cette manie populaire <( delagloireque,dans un intérêt dynastique, Tempe- « reur Napoléon est venu nous provoquer. Nous savons <( bien que la partie raisonnable et saine de la popu- « lation ne poussait pas à la guerre, néanmoins elle eu « a accueilli l'idée volontiers ; nous savons bien que « ce n'était pas l'armée non plus qui nous était le plus « hostile, la partie delà France qui poussait à la guerre <( est celle qui fait et défait les gouvernements, c'est « la populace, ce sont les journalistes, ce sont ceux-là i( que nous voulons punir, il faut pour cela que nous <( allions à Paris. On voudra sans doute se défendre « à tout prix; en France on forme vite des soldats, « mais do jeunes soldats ne valent pas des troupes « aguerries. Le sort des batailles nous a livré les meil- « leurs él.éments que renferme l'armée française, les « mettre en liberté pour nous exposer à les voir de <( nouveau marcher contre nous, serait folie. »

Le G** Gastelnau, aide de camp de l'Empereur, avait accompagné le G** de Wimpffen comme ayant une

communication à faire de la part de son maître, il prit la parole : « L*Empereur m'a chargé de faire « remarquer à Sa Majesté le roi de Prusse que « lui ayant envoyé son épée sans condition et s*étant « personnellement rendu à merci, il espérait qu'en « con sidéra tion il voudrait bien accorder à l'armée f ran- « çaise une capitulation des plus honorables. — Mais <( quelle est Tépée qu'a rendue l'empereur Napoléon, « dit M. de Bismarck, est-ce la sienne ou celle de la « France? Si c'est celle de la France, les conditions (( peuvent être singulièrement modifiées. — C'est (c seulement la sienne. — En ce cas, reprit le G** de « Moltke, cela ne change rien aux conditions. — « Eh bien ! nous recommencerons la bataille, dit le « G*^ do Wimpffen. — La trêve expirera demain matin (( à 4 heures, répondit le 6*' de Moltke, et à 4 heures « précises j'ouvrirai le feu. Je vous affirme de nouveau <( qu'une percée de votre part ne pourra jamais réus- <( sir, car, indépendamment de la grande supériorité « numérique de mes hommes et de mon artillerie, « j'occupe des positions d'où je puis brûler Sedan en « quelques heures et qui sont tellement fortes qu'il est « impossible de les enlever. » Revenu sur ce terrain, il n'y avait rien à répondre, et enfin le G** de Wimpfifen s'étant, comme dernière concession, borné à demander un sursis, représentant qu'il avait besoin, avant de rien conclure, de réunir les officiers généraux de l'armée et que le délai jusqu'à 4 heures n'en laissait pas matériellement le temps, sur l'intervention de M. de Bismarck, le G** de Moltke consentit à reporter

«OU dernier délai pour Texpiratiou de la trêve de 4 à 1) heures du matiu.

Le 2 septembre, à 6 heures du matiu, le conseil de guerre s'assembla à Sedan. Les velléités de résistance que les généraux avaient pii manifester s'évanouirent lorsqu'ils eurent pris connaissance de la situation. Toutes les troupes sont maintenant retirées dans l'enceinte de Sedan; les Allemands se sont avancés jusqu'aux portes ettiennent môme les barrières pour sortir delà ville (1). Sedan est situé au fond d'un entonnoir; ses fortifications se trouvent dominées par des liauteurs d'où l'ennemi, avec sa seule artillerie de <:ampagne, peut détruire sur-le-champ la ville et l'armée qu'elle contient. L'armement de la place est incomplet, on manque en partie des munitions nécessaires pour le service de l'artillerie des remparts. On n'a pas de vivres. On avait reçu un train contenant un million de rations, mais des obus étant tombés sur la gare, il a été renvoyé à Mézières (2). Dans cette situation, trente-deux généraux, sur trente quatre présents, reconniu:ent qu'il n'y avait aucune possibilité de se soustraire aux conditions imposées par le vainqueur, quelque dures qu'elles fussent. A l'issuç de ce conseil le G** de Wimpfifen signait au château de Bellevuo la ^capitulation par laquelle l'armée devenait prisonnière. Il obtenait comme concession que les officiers qui s'engageraient par écrit à ne pas reprendre les armes ])oudant la durée de la guerre, pourraient librement

^l)G'* Dxicvot^ La journée de Sédatif p. 76.

;2^ M'^ de MsiC'ULihon, Enquête parlem,ft» I, p. 37.

se retirer en France. Il violait du reste, en stipulant une pareille clause, les règlements militaires qui prescrivent aux chefs d*armée de ne pas consentir à des conditions séparant le sort des officiers de celui des soldats (1). La capitulation faisait tomber aux mains de l'ennemi 83,000 hommes et 550 canons, y compris ceux delà forteresse. Déjà, pendant la bataille, les Français avaient perdu à peu près 17,000 hommes mis hors de combat avec une vingtaine de généraux, et 21 ,000 hommes faits-prisonniers (2). Environ 3,000 hommes passèrent en Belgique où ils furent désarmés; de toute l'armée qui s'était mise en route de Châlons, une douzaine de mille hommes seulement, fuyant à la débandade dans toutes les directions, parvint à retrouver la France (3). Les Allemands avaient 8,950 hommes hors de combat.

Pendant que les généraux assemblés délibéraient sur les clauses de la capitulation, TEmpereur sortait de Sedan. Il allait à Donchery demander au roi des conditions meilleures que celles que le G** de Moltke avait imposées au G"* de Wimpffen. Le G** Reille. envoyé en avant, ne trouva à Donchery que M. de Bismarck qui, prévenu de l'arrivée de TEmpereur, monta de suite à cheval. L'Empereur et M. de Bismarck se rencontrèrent à quelque distance de Çonchery ; ils

U) Rapport officiel du Conseil d'enquét6 sur la capitulation dr Sedan.

(2) Guerre franco-allemande, p. 1225.

(3) Abbé Gabriel, Journal du blocus de Verdun, p. 81. Cornobois, Campagne de la compagnie des guides forestiers des ArdenneSf p. "ÎO et suiv. '

outrèrent, pour s'aboucher, dans la maison d'un tisserand située à quelques pas de la route, au milieu d'un petit jardin (1), puis, rassortis de la maison, ils s'assirent dans le jardiu. L'Empereur témoigna à M. de Bismarck le désir de voir le roi, il s'était rendu à lui sans conditions et il venait faire appel à sa générosité en faveur de Tarmée (2) ; il 6e prit ensuite à déplorer la guerre et chercha à se décharger de la responsabilité de ravoir déclarée, disant qu'elle lui avait été imposée par le sentiment national (3). M. de Bismarck lui répondit que le roi n'était pas àDonchery, mais à Vendresse, trois lieues plus loin, et il refusa personnellement de s'immiscer dans les questions relatives à la capitulation, disant que cela concernait les généraux, mais il lui demanda s'ils ne pourraient pas traiter ensemble de la paix à conclure. L'Empereur lui fit observer qu'il n'avait aucune autorité pour cela, ayant remis ses pouvoirs au gouvernement de l'Impératrice régente à Paris auquel il fallait s'adres ser. Le G*^ de Moltke était sm^venu, et l'Empereur chercha à obtenir de lui des concessions ; il lui proposa de s'entendre sur les termes d'une capitulation qui permettrait de faire retirer l'armée sur le territoire neutre de la Belgique, pour l'y tenir désarmée. Le G** nie Moltke, quittant alors l'Empereur et M. de Bismarck, se mit à la recherche du roi qu'il rencontra sur la route entre Donchery et Vendresse ; il lui fit part '

(1) Forbes, My expenences of the war, t. I, p. 20 J.

(2) Des causes qui ont amené la capitulation de Sedan^ p. Î8.

(3) Rapport de M, de Bismarck au roi.

des propositions de TEmpereur. Ils tinrenl ensemble, en plein air, un rapide conseil (1), dont la conclusion fut qu'il était impossible d'accorder à l'armée française des conditions autres que celles qui la rendraient purement et simplement prisonnière. Le roi, puisqu'il était décidé d'avance à repousser les demandes que l'Empereur voulait lui présenter, retourna à Vendresse et chargea le 6** de Moltke de faire savoir à M. de Bismarck qu'il n'aurait d'entrevue avec l'Empereur que quand la capitulation serait signée. Pendant ce temps les heures s'écoulaient et l'Empereur, resté dans le petit jardin, attendait toujours. Vers 10 heures, M. de Bismarck, qui l'avait quitté pour s'enquérir d'un lieu plus convenable où il pût se rendre, vint le retrouver et lui dit qu'il pourrait choisir pour sa demeure le château de Bellevue, à côté, entre Donchery et Frénois. L'Empereur se rendit au château où il trouva les généraux de Moltke et de Wimpffen ayant rédigé les clauses de la capitulation; il fit connaître au G** de Wimpffen l'insuccès de ses démarches pour voir le roi, et c'est alors que le général, perdant ses dernières espérances, signa la capitulation.

La capitulation signée, l'Empereur demeura seul

•avec sa suite au château de Bellevue. A 2 heures le

roi Guillaume vint lui rendre visite. L'Empereur

sortit à sa rencontre et descendit le recevoir devant

le château, au pied d'un perron de quelques marches.

(1) Forbes, My expériences ofihe war, 1. 1, p. 203. .

Ils rentrèrent ensemble et eurent un entretien d'environ vingt minutes. Le roi témoigna à son prisonnier les égards voulus (1), mais il ne lui concéda aucun adoucissement aux termes de la capitulation qui venait d'être conclue. Le lendemain matin l'Empereur quitta le château de Bellevue. Il se rendit par la Belgique à Wilhelmshœhe, près de Cassel, que le roi avait désigné pour lui servir de résidence pendant sa captivité. Les prisonniers furent conduits dans la presqu'île de Glaire, à côté de Sedan ; ils se trouvaient là entourés par la boucle de la Meuse et par un canal qui à sa base traverse la presqu'île. Ils durent camper dans la boue, sans abri, ayant à supporter d'affreuses privations. Les vivres manquaient à l'énorme masse

d'hommes qui était venue inopinément s'accumuler à Sedan. Dans la presqu'île, les Français subissaient

en outre les tortures de la soif, la Meuse charriait autour d'eux des cadavres d'hommes et de chevaux qui s'accumulaient dans le canal et empoisonnaient les eaux (2). Au bout de quelques jours, les prisonniers furent acheminés, par étapes, vers l'Allemagne.

Le M"* de Mac-Mahon, lorsqu'il s'était résolu à se porter sur Metz, avait cherché à faire parvenir l'avis de sa marche au M*' Bazaine. Metz était déjà entouré par l'ennemi qui commençait à établir un blocus effectif; les communications que pouvaient échanger les armées du Rhin et de Châlons par des émissaires passant à travers les lignes prussiennes, étaient donc

(1) Des causes qui ont amené la capitulation de Sedan t p. 28.

(2) Soret, Notes d'un volontaire nu 50* de ligne^ p. 08.

:i30 U CHUTE DE L'EMPIRE-

lentes, irrégulières et d'une traosmissioa i Une dépêche chiffrée, expédiée le 22 pat Mac-Mabou, n'arrivait à Metz que le 30,etl jiouvelle authentique que le M*' Bazaiue di 'k- la marche de l'armée de Ghâlons ne paK (ontes les accusations contraires, lui être que le 29, par une dépêche du G'' Ducrt d'Attiguy (1).

l/armée du Rhin, repliée dans le camp pc Metz, avait repris haleine à la suite de la Saint-Privat, La question s'était alors posf valles opérations à entreprendre. On était liîuu bloqué. La ville de Metz étant travei Moselle, il fallait avant tout décider sur i on chercherait à percer le cercle ennemi dans sa. dépêche du 19 août à l'Empereur uni; première fois amener la marche d Mac-Mahon sur Metz, le M" Bazaine eti leprendre son mouvement de retraite \ tficiir lie la France par les places do la fr fAord et Montmédy, ce qui exigeait de f er les lignes ennemies par la rive gai F Moselle, il ne semble pas qu'à ce moment n: i:un cliBf de corps ait considéré une pareille l'omme susceptible de succès et ait eu la l'ciilrciii-endre. C'est sur la rive gauche en e: l'nissii'ns, pour barrer à l'armée française vers Pans, ont concentré la plus grande par

t, Plaidoirie de M' Lachaud, psg.

SEDAN. 8di

forces, et en outre des accidents de terrain, des hau* leurs boisées, où ils ont déjà commencé des travaux, rendent extrêmement défavorable de ce côté l'abord de leurs positions. Il restait la rive droite, ayant Tin- <:onvénient d'éloigner de Paris et de l'armée de secours, mais étant moins bien gardée et présentant des dispo^ sitions de terrain plus favorables. C'est donc sur cette rive que le M** Bazaine se décidait à prendre FofiFensivcr II faisait passer Tarmée de la rive gauche sur la rive droite et la concentrait le 26 août en avant du fort de Saiut-Julien, pour une attaque sur les lignes prussiennes dans la direction de Thion ville. Mais à ce moment de grandes pluies froides sont survenues (l); le M** Bazaine, considérant les circonstances comme trop défavorables, a suspendu le mouvement de Tarmée et le 26 dans Taprès-midi appelé les chefs de corps à une (conférence au château de Grimont.

On mit en discussion la conduite à tenir. Le G'* Soleille, commandant de Tartillerie, dit qu'on n'avait de munitions que pour uuq seule bataille ; entreprendre dans ces. conditions une marche en avant pour rallier Paris, serait s'exposer à user ses munitions et à se trouver désarmé au milieu des armées prussiennes ; il fallait donc rester dans Metz, mais en frappant des coups sensibles tout autour du périmètre occupé par l'ennemi. Le G** Frossard se déclara du même avis, faisant observer qu'il régnait dans l'armée une sorte d'épuisement, pour ne pas dire de découragement ; il serait

(1) G*' Grenier, Mes souvenirs de t armée du Rhin,i^. 23.

impossible de compter sur Tarmée après un premier combat, fût-il heureux, et, s'il était malheureux, elle se dissoudrait. Le M** Canrobert se rangea à l'opinion émise parles deux préopinants ; sortir de Metz, pour s'allonger dans l'intérieur du. pays, avec des colonnes immenses de bagages, d'ambulances, d'artillerie, était une impossibilité; il concluait donc à rester sous Metz, mais non point inertes et en frappant au contraire partout l'ennemi. Le G** de Ladmirault dit qu'il est impossible d'entreprendre une opération de longue haleine, car on serait promptement usé faute de munitions. Le M*"^ Lebœuf considère que le meilleur service que Ton puisse rendre au pays est de conserver l'armée intacte, tout en se demandant comment ou pourra y parvenir sans vivres. Le G** Bourbaki eut eu la pensée de faire une trouée dans la direction de Château-Salins, mais observe que l'on np saurait tenter tien de pareil si l'on n'a pas de munitions. Enfin 1(> G"^ Coffinières, commandant supérieur de la place de Metz, déclare que la place et les forts, qui se trouvaient au moment de la déclaration de guerre mal préparés, ne sont pas encore dans un état de défense suffisant pour supporter une attaque régulière pendant plus de quinze jours; en conséquence, l'armée devait rester sous Metz en entreprenant des travaux sur les deux rives de la Moselle, pour s'établir solidement. Après cet échange de vues qui révélait que l'insuffisance d'organisation des débuts continuait à peser sur la «ituation de l'armée, à laquelle était venu se join&e, chez les chefs et les soldats, l'afTaissement moral résnl-

tant de rascendârit pris par rennemi, le. M'* Bazaine se rangea à Tavis qui avait prédominé dans la conférence : il renonça à la sortie projetée, et répartit de nouveau l'armée dans ses bivouacs âur les deux rives de la Moselle.

Cependant le 29 et le 30, lorsque lui parvinrent coup sur coup les dépêches lui annonçant rapproche de Tarmée de Ghâlons, le maréchal se décida à coopérer pour une part quelconque à Tœuvre de jonction que le M*^ de Mac-Mahon entreprenait. Il reprit doue le 31 l'opération suspendue le 26 en avant du fort de Saint-Julien. C'était déjà une circonstance défavorable que de reparaître sur le même point. Mais de plus, au lieu d'aborder l'ennemi à l'improviste pour trouver sa ligne réduite au minimum possible de défense, les troupes françaises ne se concentrent que très-lentement en face des positions occupées par les Prussiens à Noise ville et à Servigny. Les 4® et 6® corps, la garde et la réserve d'artillerie, placés sur la rive^ gauche de la Moselle, n'ont commencé le passage de la rivière qu'à 6 heures du matin, et, employant toute la journée à passer, leurs dernières colonnes n'arrivent sur le lieu du combat qu'entre 5 et 6 heures du soir. Cette lenteur a donné au G*^ de Manteuffel, qui commande sur cette partie de la ligne d'investissement, le temps d'appeler à lui les troupes les plus rapprochées (1). Malgré cela les Français se rendent maîtres sur la ligne prussienne de Noiseville ; ils ont avec

{\) Guerre franco-allemande, p. 1361.

leur armée concentrée, une force bien supérieure à celle que l'ennemi a encore pu réunir, et, en faisant un grand effort, ils pourraient assaillir avec avantage Sainte-Barbe qui, en arrière de Noiseville, est la clef des positions ; mais la bataille s'est engagée trop tard, la nuit survient et on doit remettre au lendemain l'attaque de Sainte-Barbe. Les Prussiens profitent de ce répit pour réunir leurs forces sur le point menacé, et le lendemain, ce sont eux qui prennent l'offensive. A 9 heures du malin ils dirigent leurs coups sur Textrême droite de la ligne française. La division Bastoul, assaillie de front et de revers par une nombreuse artillerie, n'a pu tenir, et s'est reportée en arrière entraînant après elle tout le 3* corps. On se repliait sur toute la ligne et on rentrait à ses bivouacs dans le camp retranché. Les Français avaient 3,500 hommes mis hors de combat, les Prussiens 3,000.

Le 1" septembre voyait donc en même temps se consommer lanéantissement de l'armée deChâlons et

nsuccès de l'effort tenté par l'armée du Rhin pour

pcer les lignes prussiennes.

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